Part 3
En réclamant, dans l'intérêt du sexe entier, le pouvoir immédiat pour les plus libres d'affranchir celles qui sont opprimées, on ne favorise personne, attendu que les femmes mariées ne sont, pas plus que les célibataires, dans un état immuable et permanent.
Tous les jours, des épouses deviennent veuves, donc célibataires; tous les jours, des filles majeures, des veuves, des divorcées deviennent des femmes mariées. Alternativement, les Françaises se remplacent dans leurs successives conditions; aussi, la tactique consistant à revendiquer d'abord le suffrage pour les momentanément majeures, c'est-à-dire pour les femmes ayant l'aptitude exigée des hommes pour être électeur, ne peut être qualifiée de transaction. C'est un moyen employé pour réussir.
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Il ne peut point être question de décider à quelle catégorie de femmes on va donner le vote. Toutes les Françaises sont dans une situation trop instable pour être classées par catégories, et toutes ont droit au vote.
Il s'agit de faire obtenir adroitement le suffrage au sexe féminin. Si on le réclame pour la généralité des femmes, on jette sans profit l'alarme au camp des maris. Si, au contraire, on introduit dans la citadelle politique, afin qu'elles en ouvrent la porte à toutes celles qui parmi les femmes n'ont pas leurs mouvements paralysés par la puissance maritale, on aplanit les difficultés, on prévient les objections et très promptement on triomphe.
La revendication du suffrage pour les Françaises qui n'ont pas de mari est un démenti donné à ceux qui affirment que les femmes sont représentées à la Chambre par leur mari.
M. Aulard, dans un de ses cours, a rappelé que les hommes ont commencé à user de cette échappatoire pour s'abstenir de conférer le vote aux femmes lors de la discussion de la Constitution de l'an III.
A propos de l'abolition du suffrage universel, Rouzet, député de la Haute-Garonne, prit la parole pour dire que le suffrage universel n'avait pas existé puisque les femmes n'étaient pas admises au droit politique.
Lanjuinais, lui répondit que les femmes étaient représentées par leurs maris.
Depuis, les députés chargés de faire des rapports sur les pétitions réclamant le suffrage des femmes se sont toujours tirés d'embarras en répétant après Lanjuinais que les femmes étaient représentées par leurs maris.
Il était nécessaire d'arrêter sur les lèvres des législateurs cette version erronée en demandant les droits électoraux pour les millions de Françaises qui n'ont pas de mari.
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Quand on révise la loi électorale, des députés demandent quelquefois d'assurer la représentation des épouses en accordant aux électeurs mariés deux suffrages.
Mais, jamais il n'a été question de charger quiconque de déposer un bulletin pour les Françaises célibataires. C'est que ces femmes-là sont des majeures devant le devoir public et que l'on ne peut contester leur droit.
Ce droit des célibataires, les hommes l'appellent même parfois au secours de leurs privilèges; seulement, après qu'ils ont proclamé qu'il est indispensable que les veuves et les filles majeures aient des mandataires, ils leur disent qu'elles auraient l'esprit bien étroit si elles croyaient qu'elles ont besoin de voter pour être représentées à la Chambre.
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Demander de concéder d'abord le suffrage aux femmes qui ont les qualités requises pour le posséder, ce n'est pas transiger, c'est adapter le droit à l'aptitude.
Quand on a donné l'électorat consulaire aux commerçantes, quand on a accordé l'électorat et l'éligibilité aux conseils départementaux d'enseignement et au conseil supérieur de l'instruction publique, aux institutrices, on a adapté le droit à l'aptitude.
Les épouses sous la tutelle de leur mari, qui ne seront pas provisoirement comme les femmes majeures aptes à exercer leurs droits politiques, ne se croiront pas plus déchues que les dames qui, n'étant ni commerçantes, ni institutrices, ne peuvent de celles-ci partager les privilèges.
Les hommes sont-ils devenus tous à la fois électeurs?--Non. Avant que le suffrage soit pour eux universalisé, étaient exclus du vote les domestiques, les illettrés, les exemptés du service militaire, enfin ceux qui ne payaient pas deux cents francs d'impôts.
Les femmes n'obtiendront peut-être pas non plus, toutes en même temps le suffrage; il est possible que ce ne soit que quand les veuves et les filles majeures voteront déjà que les épouses, acquerront la capacité électorale.
La tactique consistant à réclamer d'abord l'électorat des célibataires, a pour but d'obtenir plus vite les droits politiques aux femmes mariées.
Est-il besoin de rappeler qu'en Angleterre le vote des célibataires a précédé de vingt-cinq ans le vote des femmes mariées? C'est en 1869 que l'électorat municipal a été octroyé aux Anglaises non mariées, et ce n'est qu'en 1894 que ce même électorat municipal a été accordé aux Anglaises mariées.
L'éligibilité aux borough councils n'a encore été conférée qu'aux Anglaises célibataires, veuves ou filles inscrites sur les listes électorales de leur résidence.
La ruse de guerre dont nous usons en demandant que la catégorie de femmes qui n'est pas sous la puissance maritale, qui administre déjà ses affaires particulières, puisse gérer ses affaires publiques, nous a été suggérée par les législateurs qui ont rejeté nos pétitions réclamant les droits politiques pour toutes les Françaises, en alléguant que les femmes étaient représentées par leurs maris.
Nous avons voulu savoir ce que les députés pourraient bien objecter à la revendication du vote pour les nombreuses femmes n'ayant pas de mari, donc n'étant pas représentées.
Tel est le motif de la pétition suivante.
«Messieurs les députés,
«Nous vous prions de bien vouloir conférer le droit électoral aux millions de Françaises célibataires--les filles majeures, les veuves, les divorcées--qui sont maîtresses de leur personne, de leur fortune, de leurs gains, afin qu'elles puissent, en votant, sauvegarder, dans la commune et dans l'Etat, leurs intérêts qui sont actuellement laissés à l'abandon.»
Cette pétition déposée en 1901 sur le bureau de la chambre, fut transformée en projet de loi par M. Gautret, député.
Notre proposition d'attribuer d'abord l'électorat aux célibataires excita l'indignation de quelques femmes mariées; l'une d'elles nous écrivit:
«Alors vous pensez que le mariage est une déchéance morale?»
Le mariage n'est pas une déchéance morale, mais il est une déchéance légale bien caractérisée, puisqu'il dépouille, annihile l'épouse, fait redevenir mineure la femme, fût-elle depuis dix ans majeure quand elle se maria.
La participation du plus petit nombre de femmes à la politique aurait de suite un résultat heureux pour tout le sexe, attendu que les intérêts féminins étant identiques, les dames électeurs sauvegarderaient avec les leurs, les intérêts des autres femmes.
Il est bien entendu, que nous voulons le suffrage pour les épouses comme pour les demoiselles, les veuves, les divorcées. Pendant que toutes les femmes de la nation ne voteront point avec les hommes, le suffrage ne sera pas en France universel, mais plus ou moins restreint, réduit, émasculé.
Ce principe posé, on reconnaîtra que c'est une tactique habile d'employer les célibataires à faire une brèche en la forteresse des privilèges masculins par où l'armée entière des femmes passera. Nul ne peut nous blâmer de pousser vers les urnes les plus libres pour hâter l'affranchissement de celles qui le sont le moins; car, en politique comme à la guerre et au jeu, il faut savoir user de stratagème pour être victorieux.
Ne vaudrait-il pas mieux que les moins assujetties parmi les femmes aient avec le bulletin le pouvoir d'arracher aux fers les triplement enchaînées, que de les regarder souffrir sans avoir la possibilité de leur porter secours?
Les législateurs n'osent appeler à exercer leurs droits politiques, les filles majeures, les veuves et les divorcées, parce qu'ils savent bien que le sexe féminin, entier, aussitôt les suivrait dans la salle de vote.
Cependant, la très nette déclaration ci-dessous fut un jour faite à la chambre par un orateur: «Il y a des personnes qui ne votent pas dans la nation, mais qui ont des intérêts et des droits à être représentées. Ces personnes ce sont les femmes célibataires et les veuves disposant de leur fortune, ayant réellement des intérêts manifestes, ayant droit à avoir des représentants de ces intérêts.» Les députés applaudirent.
Quelle objection pourrait-on faire au droit des Françaises célibataires de se nommer des représentants? Il est impossible de prétexter pour elles d'empêchements naturels temporaires, ou de les dédaigner, car leur nombre est considérable. Cette catégorie de femmes formerait un Etat dans l'Etat.
On compte en France près de six millions de demoiselles qui, avec les légions de veuves et les divorcées, représentent un total imposant d'individualités dont les intérêts ne sont pas même représentés indirectement par un mari au Parlement, aux conseils généraux et municipaux.
Comme l'homme, la célibataire est maîtresse absolue de sa personne et de sa fortune. Elle garde avec son nom sa personnalité, fait ce qu'elle veut, vit comme elle l'entend. Pourquoi cette femme ne voterait-elle pas?
Il est de l'intérêt général que le droit électoral soit rendu accessible aux célibataires dont l'activité et les facultés affectives demeurent inutilisées, sont perdues pour la société, pendant qu'elles ne peuvent se dépenser au profit du bien public.
VOUS N'ÊTES PAS MILITAIRES!
Quand les femmes demandent à voter, ceux mêmes qui parlent de supprimer les armées permanentes leur répondent: «Vous ne pouvez jouir des prérogatives politiques puisque vous ne portez pas le fusil».
La loi de deux ans sert aux antiféministes de prétexte pour déclarer que les femmes point astreintes aux obligations militaires imposées aux hommes, ne peuvent être en la société leurs égales.
C'est peine perdue de leur faire remarquer que la loi de neuf mois renouvelable est plus dure pour les femmes que la loi de deux ans pour les hommes; que beaucoup plus de femmes succombent sur le lit de douleur pour l'œuvre de création, que d'hommes sur le champ de bataille pour l'œuvre de destruction.
Les femmes ne se battent pas; mais, tous les hommes non plus ne se battent pas; il y a de par le monde une foule d'hommes impropres au service militaire; on les appelle des réformés, ces réformés, jouissent cependant de leurs droits civiques.
Personne n'a jamais songé à contester le droit de vote à ceux que le conseil de revision a repoussés.
Il est donc bien singulier de voir se manifester quand le sexe féminin réclame ses droits, des exigences que l'on n'a pas pour le sexe masculin.
Cette objection du service militaire n'est pas nouvelle. J'ai épinglé dans mon cabinet de travail un numéro du _Grelot_ illustré, où sous ce titre «Hubertinauclertinade», Alfred Le Petit a dessiné un militaire qui interpelle ainsi une femme enceinte:
--Eh! dites donc vous, la citoyenne, puisque vous voulez les mêmes droits que nous, venez donc faire aussi vos vingt-huit jours?
--Pourquoi pas, si vous voulez faire nos neuf mois?... répond la future mère.
Les plaisantins qui voudraient laisser la femme hors du droit commun, parce qu'elle n'assume pas à la fois la peine de perpétuer la race et celle de défendre le territoire, négligent de songer que, s'ils exigeaient pour leur sexe pareil cumul, il serait infiniment moins facile aux hommes d'être mères qu'aux femmes d'être soldats.
Il y a déjà eu des femmes soldats: les Gauloises accompagnaient leurs maris à la guerre, elles étaient si intrépides, elles maniaient avec tant d'adresse le bouclier, qu'elles avaient reçu en présent de leur fiancé, qu'un Gaulois pouvait, disait-on, terrasser six ennemis s'il était secondé par sa femme dont les bras nerveux se raidissaient et portaient des coups aussi terribles que ceux des pierres lancées par des catapultes.
Sous l'ancienne France des femmes se ceignaient virilement d'un habit de guerre, combattaient, ou se précipitaient entre les bataillons armés, pour les empêcher d'en venir aux mains en s'écriant: «Gardez-vous de livrer un combat ou périra tout le bien du pays.»
Les femmes se font soldats aux heures désespérées.
Avant et après Jeanne Darc notre héroïne nationale, qui en 1429 arracha la France aux Anglais en les forçant avec un réel génie militaire, à lever le siège d'Orléans après les avoir vaincus à Patay--A toutes les époques de l'histoire des femmes se sont distinguées par des actions d'éclat.
Jacqueline Robin, sauva la ville de Saint-Omer, en lui procurant des vivres et des munitions.
Jeanne Hachette, défendit héroïquement Beauvais, assiégée par Charles-le-Téméraire.
Mlles Ferny, se battirent si bien que la Convention leur envoya deux chevaux caparaçonnés.
Combien d'autres femmes se sont enrôlées dans les armées de la République: Marie Pochelet, Madeleine Petit-Jean, Rose Marchand, Elisa Quatresou, pour ne citer que celles-là, obtinrent de la Convention des éloges et des pensions.
Thérèse Figueur, qui fut dragon eut deux chevaux tués sous elle, fut cinq fois blessée; se retira en 1815 après 22 ans de service militaire avec 200 francs de pension.
Virginie Ghesquière dite le «joli sergent,» s'engagea à la place de son frère jumeau qui n'avait pas sa vigueur et se distingua à Wagram.
Angélique Brûlon, nommée sous-lieutenant et décorée de la légion d'honneur, fut après ses campagnes admise aux invalides.
Marie Schellinck, frappée de six coups de sabre à Jemmapes, blessée à Austerlitz et à Iéna eut une citation à l'ordre du jour de l'armée; après Arcole fut nommée sous-lieutenant et décorée pour ses douze campagnes et ses 17 ans de service.
Ni les Conventionnels, ni Bonaparte, n'encourageaient l'enrôlement des femmes dans les bataillons. On était porté à confondre ces braves soldates, avec les troupeaux de filles qui de tous temps avaient encombré les camps; et que les chefs d'armée, soucieux de la santé de leurs troupes ordonnaient parfois de jeter dans la rivière. En 1760 le maréchal de Broglie leur faisait noircir le visage avec une drogue qui les marquait pour six mois. C'était un moyen préférable au fouet qui, disait le maréchal, ne les empêche pas de revenir.
Bonaparte eut recours au même système, il ordonna de passer au noir les femmes qui venaient sans autorisation à l'armée.
En 1870, une institutrice, Mlle Lix fit brillamment la campagne des Vosges.
D'autre part, Livingstone nous rapporte en le récit de ses voyages, que dans le petit royaume de Bantam (Ile de Java) les capitaines et les soldats sont des femmes.
L'Amérique méridionale a le fleuve des _Amazones_, parce que sur les rives de ce cours d'eau des femmes combattirent.
En 1865, Lopez, pour lutter contre le Brésil, enrôla les Paraguayennes, elles se battirent si vaillamment, et se firent tuer avec tant de courage, qu'après la paix signée il n'y avait plus au Paraguay que des hommes.
Au Dahomey, l'armée permanente formée des femmes repoussa souvent nos troupes; et, pour conquérir ce pays à la France, nos soldats durent en 1892 énergiquement lutter contre les intrépides amazones dont ils admiraient la bravoure.
Les femmes ont un peu partout suffisamment prouvé qu'elles étaient aptes à porter les armes, et qu'elles pourraient être avantageusement utilisées par le département de la guerre.
Avec les femmes «riz--pain--sel» nos soldats qui souvent souffrent et meurent surtout des privations endurées, seraient certains d'être toujours réconfortés, sustentés, car ils seraient l'objet de la sollicitude de celles qui sachant seules ce qu'un homme coûte à faire, comprennent réellement seules l'importance qu'il y a à le conserver.
Les femmes pourraient augmenter l'effectif de l'armée en prenant dans l'administration et l'intendance la place des hommes qui ont été distraits des bataillons.
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Il faut prévoir--un conflit sérieux surgissant--la nécessité que tous les hommes soient à la frontière et assurer le fonctionnement des services de l'intendance au moyen de l'élément national qui ne porte pas le fusil, au moyen des femmes.
Au théâtre, pour parer à tout événement, on fait apprendre les rôles à plusieurs acteurs, on a des artistes prêts à suppléer le chef d'emploi; pourquoi donc, lorsqu'il s'agit non plus de comédie, mais de cette effrayante réalité pour la France: être, ou ne pas être! oublie-t-on la prévoyance, néglige-t-on d'assurer avec des remplaçants féminins le fonctionnement de transports, d'approvisionnements de vivres et de munitions?
IL suffirait de diriger le dévouement que beaucoup de femmes prodiguent durant les chocs sanglants, pour obtenir du sexe féminin une coopération précieuse.
Nulle guerre n'a eu lieu, sans que plusieurs Françaises bravent la mort pour aider au ravitaillement des armées bloquées, pour porter des munitions aux assiégés. En 1870, à Châteaudun, Mme Jarrethout entretenait de munitions, sous le feu prussien, les combattants: pendant qu'à Pithiviers Mlle Dodu subtilisait ingénieusement les télégrammes allemands et ainsi sauvait un de nos corps d'armée.
Ni la décision, ni le sang-froid, ni l'intrépidité, ne font défaut aux femmes. Qu'on leur permette donc d'augmenter le nombre des hommes qui se battent, en les remplaçant dans les services inactifs comme elles les remplacent dans l'industrie, en continuant le commerce, dans l'agriculture en faisant prospérer la ferme quand ils ne sont pas là.
Les féministes ont depuis plus de 25 ans proposé d'utiliser les Françaises dans les services auxiliaires de l'armée: L'intendance, la manutention, l'équipement, l'infirmerie et tout ce qui a rapport aux vivres et aux munitions.
Lors de la campagne de Tunisie, tous les journaux publièrent une lettre adressée au général Farre, ministre de la guerre, dont voici un passage: «Nos soldats vaincraient vite l'ennemi et la maladie, si un personnel dévoué, veillait à leur bien-être matériel. Qu'on appelle les femmes à faire leur service humanitaire--pendant du service militaire des hommes--et l'on aura ce personnel[1].»
[1] _La citoyenne_, numéros 36 et 43.
Après ces offres de service, comment peut-on oser dire aux femmes qu'il faut qu'elles soient militaires pour avoir leur part de souveraineté?
Les mères remplissent des charges au moins équivalentes aux obligations des militaires et elles n'ont pas les avantages dont jouissent ceux-ci.
La femme chargée de perpétuer la nation, devrait être traitée de même que le soldat chargé de défendre le territoire; comme le soldat, la mère devrait être logée, nourrie, vêtue par la société.
VOUS ÊTES CLÉRICALES!
Dès les temps les plus reculés, la ruse religieuse a aidé la force gouvernementale à asservir, exploiter, spolier les femmes.
Sans demander aux femmes de se soumettre à une quelconque formalité, pouvoirs spirituels et pouvoirs temporels se sont entendus pour leur confisquer leurs droits, les annuler.
Les femmes accusées d'avoir causé la perte du genre humain, furent vouées à l'opprobre par le christianisme qui sanctionna la tradition juive de la chute de la femme.
Au lieu d'élever à leur niveau la génératrice que les pères de l'Eglise avaient mis sous leurs pieds, les laïques, qui rient de la légende biblique, ont adopté le dogme religieux de l'infériorité de la femme; et, l'exclue du sacerdoce a été exclue du suffrage.
Pour évincer les femmes de la politique qui leur octroierait leur part des avantages sociaux, les hommes prétextent qu'elles sont cléricales.
La séparation de l'église et de l'Etat en ses divers incidents, a révélé que ce croquemitaine le cléricalisme, avec lequel on impose depuis si longtemps silence aux femmes, est un épouvantail aussi fictif que ceux dont on se sert pour effrayer les enfants.
Du moment que les ministres des différents cultes sont électeurs on n'a pas d'objection à faire contre l'électorat des femmes fussent-elles pratiquantes de ces cultes.
Car, si le fait d'avoir les opinions religieuses est par lui-même répréhensible, peu importe le sexe des personnes qui ont ces opinions. On peut même soutenir que les actes religieux accomplis par les hommes qui se sont attribué dans la société un rôle prépondérant, ont une portée plus considérable que ceux accomplis par des femmes annulées.
Pourquoi les femmes croyantes seraient-elles donc traitées avec plus de rigueur que les hommes croyants?
On ne demande pas aux hommes quelles sont leurs idées philosophiques quand on leur délivre la carte électorale: les prêtres, les pasteurs, les rabbins, la reçoivent, comme les libres-penseurs.
Puisque les hommes ne sont pas spoliés de leurs droits pour cause d'opinions, pourquoi les femmes le seraient-elles?
Si la religiosité aide plutôt des hommes à s'élever dans la République aux premières fonctions et dignités, comment cette religiosité ferait-elle dégrader civiquement les femmes?
Ceux qui excommunient les Françaises de la vie publique, entendent substituer au déisme, le masculinisme.
--Femmes! disent-ils, ne croyez pas à l'infaillibilité du pape, mais admettez sans discussion l'infaillibilité de l'homme!
Ce sont surtout les femmes malheureuses en ménage qui s'adonnent au mysticisme. Cela m'a été tant de fois démontré, que dès qu'un citoyen me confie que sa compagne légitime ou illégitime, tombe dans la religiosité ou l'occultisme; avec la certitude d'avoir devant moi un coupable, je lui demande aussitôt:--Qu'avez-vous fait à votre femme?
Pendant qu'elles sont les embastillées des codes, s'occuper de l'opinion des femmes, c'est comme si l'on s'occupait du chemin qu'un prisonnier prendra quand il aura brisé ses chaînes. Tous les délivrés de l'oppression courent du côté où ils voient le plus de liberté.
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On arrête le progrès en laissant à la loi l'empreinte cléricale qui lui fait inférioriser le sexe pour lequel les pères de l'Eglise avaient une haine contre nature.
Ainsi que saint Jérôme et saint Cyprien, qui mutilaient leurs corps pour s'abstenir de s'avilir avec la femme impure, les législateurs libres-penseurs mutilent le corps social, retranchent la moitié de ses membres, pour s'épargner l'impur contact féminin.
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Les détenteurs du pouvoir considérèrent toujours comme subversive l'idée féministe. L'Eglise favorisa cette tendance en flétrissant au concile de Paris «les dames qui au mépris de la constitution canonique, se mêlent des choses de l'autel, manient effrontément les vases sacrés et, ce qui est plus grave, plus indécent, plus inepte, offrent le corps et le sang du Seigneur aux fidèles».
Quand les hommes veulent se réserver le monopole d'une bonne place, que ce soit celle de prêtre ou celle de député, ils sont d'accord, pour dire à la femme que c'est inepte et indécent, de la leur disputer.
Les libres-penseurs enlèvent aux femmes l'espoir d'être indemnisées au ciel de leurs souffrances; mais, ils ne se hâtent point de leur donner ici-bas tout leur dû.
Laïciser la France, ce n'est pas seulement cesser de payer pour enseigner des dogmes religieux, c'est rejeter la loi cléricale--infériorisant la femme--qui découle de ces dogmes.
Les apôtres de la foi civile qui dénient aux Françaises leurs droits politiques, sont frères jumeaux des évêques du concile de Mâcon, qui se demandaient si les femmes avaient une âme et faisaient partie du genre humain.
LA RELIGION LAIQUE
Je fus un jour déléguée par une société de libres-penseurs pour prendre la parole à un mariage civil. Aucun programme ne m'ayant été tracé, je crus avoir carte blanche et après avoir entendu le maire lire aux nouveaux époux les articles 213-214-215-217 du Code civil, je ne pus m'empêcher de dire aux conjoints: