Part 1
Au lecteur
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LE
VOTE DES FEMMES
DU MÊME AUTEUR
=Les Femmes Arabes en Algérie.= 1 volume.
=Le Droit Politique des Femmes.= 1 brochure (_Epuisée_).
=L'Egalité Sociale et Politique de l'Homme et de la Femme.= 1 brochure.
=L'Argent de la Femme.= 1 brochure.
=Le Nom de la Femme.= 1 brochure.
SAINT-AMAND, CHER.--IMPRIMERIE BUSSIÈRE
HUBERTINE AUCLERT
LE
VOTE des FEMMES
PARIS (5e)
V. GIARD & E. BRIÈRE
LIBRAIRES-ÉDITEURS
16, RUE SOUFFLOT ET 12, RUE TOULLIER
1908
AUX LECTEURS
Ce livre, qui relate les efforts faits en France depuis plus d'un siècle pour faire entrer les femmes en possession de leurs droits politiques; envisage le vote des femmes à tous les points de vue, il réfute les objections qui y sont faites, démontre les avantages qui résulteront de sa mise en pratique et amène à conclure que les femmes--par la force du nombre de leurs bulletins de vote--pourront seules faire triompher la raison de la folie; donc, donner à la nation entière des garanties de sécurité et de bien-être.
Ce livre mettra ceux qui le liront, à même de bien connaître; et, en mesure de défendre, cette importante question du suffrage des femmes qu'il va falloir résoudre, pour pouvoir modifier la société et faire se réaliser la République.
H. A.
LE VOTE DES FEMMES
LE SIMULACRE DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Le suffrage des femmes, c'est l'utilisation de l'intégralité de l'intelligence et de l'énergie de la nation, pour réaliser son mieux être.
Tout le monde connaît le monument élevé au promoteur du suffrage dit universel. Qui n'a vu, place Voltaire, Ledru-Rollin et son urne?
Aux jours glacés de l'hiver, comme en l'été brûlant, des hommes à la figure have et ravinée, aux loques trouées laissant apercevoir la peau, aux souliers percés qui montrent les pieds nus, s'appuient, exténués et faméliques à la grille qui entoure le monument.
Quels sont ces malheureux, sans gîte, sans travail et sans pain?
--Ce sont des souverains!
--?
--Oui, des souverains... intermittents.
Périodiquement, pendant tout un jour, ils sont rois! Le soir venu, ils abdiquent, ou plutôt ils délèguent leur pouvoir à des charlatans politiques qui se partagent leurs palais, l'or de leurs caisses et laissent les souverains errants, pourchassés, privés d'abri et de nourriture.
Les mandataires se nantissent généreusement; mais, ils ne se préoccupent pas de mettre leurs souverains en état de faire figure dans le monde, ou de ne point mourir de faim.
Le dénûment des électeurs sans travail s'offrant au regard, en même temps que Ledru-Rollin et son urne, démontre au peuple l'amère dérision du suffrage restreint pompeusement baptisé universel.
Le penseur lui, interpelle l'organisateur du suffrage.--Pourquoi dit-il, Ledru-Rollin, n'as-tu pas fait donner le bulletin de vote à la femme instigatrice d'ordre social; et ainsi, rendu valable ce papier pouvoir avec lequel les Français pourraient aussi sûrement qu'avec un chèque obtenir du bien-être et de la liberté?
--Pourquoi Ledru-Rollin n'as-tu pas fait confier à l'éducatrice accordée à l'homme par la nature, le soin de lui donner conscience de la valeur de son bulletin? La mission de lui inculquer que voter, c'est pour l'opprimé initié, le pouvoir de réaliser sa volonté d'être libre et heureux?
--Pourquoi, Ledru-Rollin, n'as-tu pas fait appeler à voter, au lieu de l'homme seul, le couple humain et ainsi précipité l'éducation politique, rendu les Français aptes à garder en permanence leur souveraineté, capables de se donner à eux-mêmes leur règle et leurs lois?
Le suffrage est une machine à progrès, qui pour produire des effets, doit être mise en mouvement par la volonté mâle et femelle de la nation; mais qui seulement activée par un petit nombre d'hommes, est faute de force motrice réduite à l'impuissance.
Avant de déprécier le suffrage universel, qu'on le fasse fonctionner; car, s'il ne donne les résultats promis, c'est parce qu'il est faussé dans son principe, tronqué dans son application.
De même que beaucoup d'inventions modernes, qui ne deviennent utilisables qu'à l'aide de certaines combinaisons; le suffrage a besoin de toutes les énergies féminines et masculines de la nation, pour devenir l'instrument d'évolution capable de transformer l'état social.
Pour tirer profit de l'excellente institution du suffrage, il faut l'appliquer rigoureusement dans toute l'étendue qu'elle comporte en l'universalisant. Il ne suffit pas de travestir les mots de notre langue, de faire l'apothéose d'une contre vérité, pour donner à un suffrage mutilé l'autorité et la puissance de celui qui engloberait l'intégralité des Français et des Françaises.
Le suffrage ne produira des résultats mathématiques, que quand pratiqué par les deux sexes, il aura été soumis à un dressage qui le rendra conscient.
Actuellement, le suffrage universel n'est pas. Ce qui existe est un suffrage de fantaisie, qui n'autorise à voter qu'une petite minorité de la nation. Il exclut en bloc toutes les femmes, les savantes comme les autres Françaises. Il exclut le grand nombre d'hommes qui sont militaires, marins, voyageurs, touristes ou privés par jugement de leurs droits politiques.
En se déplaçant, l'électeur perd sa souveraineté...
Est-ce que le papier-pouvoir ne devrait pas, comme le papier-monnaie, avoir cours partout?
Le suffrage réduit, faussé, fraudé ne donne pas même une vague idée de ce que sera le suffrage réellement universel.
Les votes émis ont si peu de poids, les électeurs ont si peu d'autorité, qu'à chaque élection, les candidats rejetés par eux--pourvu qu'ils soient gouvernementaux--sont ramassés par les ministres, qui font un pied de nez aux électeurs souverains, en hissant à de bonnes places les blackboulés.
Si les élections les plus républicaines ne donnent que des résultats stériles, si le suffrage fait faillite aux engagements pris en son nom, c'est parce qu'il est une fiction et non point une réalité, c'est parce qu'il ne s'appuie que sur une convention, au lieu de tirer sa puissance de la force du nombre.
Avec le suffrage restrictif, dénaturé qui existe, l'électeur n'a que l'illusion de la souveraineté; tandis qu'avec le suffrage universel, c'est-à-dire englobant la nation entière, les femmes comme les hommes, l'électeur aura la matérialité de la souveraineté.
DÉGRADÉE CIVIQUE-NÉE
Posséder le papier-pouvoir, facilite de palper le papier-monnaie.
Aucun homme n'est par son rôle si infime qu'il soit, exclu des prérogatives de Français et de citoyen, pourquoi donc le rôle des femmes les priverait-il de leurs droits de Françaises et de citoyennes? La perpétuation de l'espèce humaine, les soins donnés aux affaires domestiques sont-ils moins importants que l'attention apportée à l'exercice d'un métier?
«Celui de nous deux, dit Socrate, glorifiant le travail du ménage, qui sera le plus industrieux économe, est celui qui apporte le plus en la société.»
Le devoir imposé à tous est différent pour chacun. Le droit inhérent à l'individu est égal pour tous.
Le sexe ne confère pas des prérogatives particulières attendu que les qualités morales et intellectuelles sont indépendantes du sexe de l'individu qui les possède. On ne peut aujourd'hui faire croire qu'être homme, étend les facultés intellectuelles d'un individu et qu'être femme, restreint les facultés intellectuelles d'un autre individu.
La maternité que l'on objecte aux revendicatrices ne s'oppose pas plus à l'exercice des droits politiques, qu'elle ne s'oppose à l'exercice d'un art ou d'un commerce.
Marie-Thérèse d'Autriche eut seize enfants, ce qui ne l'empêcha point d'être un grand homme d'Etat auquel l'Autriche dût d'exister. Pour elle, les Magnats hongrois tirèrent leur sabre du fourreau, en s'écriant: «Mourons pour notre roi, Marie-Thérèse!»
Mères ou non, mariées ou non mariées, toutes les femmes doivent exercer leurs droits politiques afin de pouvoir mettre l'ordre dans la commune et dans l'Etat.
_Restez femmes._
A l'idée que la femme va devenir son égale en droits, l'homme se cabre! Au lieu de comprendre que c'est un auxiliaire qui lui vient pour atteindre à une vie meilleure, il semble croire qu'on va lui enlever quelque chose.
Le Français adjure la Française de ne pas chercher à devenir citoyenne. Il lui dit qu'elle n'aurait rien à gagner au suffrage universel, que sa supériorité consiste à rester asservie.
Un langage analogue était tenu par les censitaires à ceux qui ne votaient pas avant 1848. Le «Restez femmes!» d'aujourd'hui, équivaut au «Restez ouvriers!» d'alors et pareillement signifie: Demeurez inaptes à améliorer votre condition.
Les femmes qui voient quels avantages sociaux et économiques les électeurs obtiennent, les femmes, qui constatent qu'en tous les pays les hommes privés du suffrage s'acharnent à le réclamer; commencent à comprendre que ce papier-pouvoir, le bulletin de vote, leur est aussi nécessaire que le papier-monnaie, puisque posséder l'un rend plus facile de palper l'autre.
Ce sera la carte électorale qui fera rétribuer le travail ménager et comprendre, parmi les retraités ouvriers, les ménagères.
Les Françaises ne peuvent rester spoliées de la capacité politique, qu'un député appelle, avec raison, «un commencement de capital».
Le travail est, en effet, estimé suivant la condition de qui l'accomplit. L'œuvre de la femme est si dépréciée, obtient un si dérisoire salaire, parce que cette femme est une mise hors la loi, une esclave dont l'effort n'est point jugé digne de récompense. Que l'on fasse entrer la femme dans le droit commun politique et bientôt sa situation économique sera changée; son labeur, ennobli par sa qualité de citoyenne, obtiendra un salaire rémunérateur.
* * *
Les femmes n'échapperont à l'oppression du mari, à l'exploitation du patron, qu'en devenant, devant l'urne, leurs égales.
La carte électorale dont la Française est privée, est un certificat d'honorabilité qui assure la considération à quiconque peut le montrer.
En l'état actuel de la société, le suffrage est pour l'humain la plus sûre garantie de n'être lésé, ni diminué. C'est comme une assurance prise pour obtenir droit et justice. Pourquoi la femme ne jouirait-elle pas de cette assurance?
En devenant citoyenne, la Française remplira encore mieux le devoir, puisque son rôle d'éducatrice s'étendra de l'unité à la collectivité humaine et que sa sollicitude maternelle embrassera la nation entière.
La personne et la condition de la femme dépendant de la politique qui de toute part l'enserre; dans son propre intérêt comme dans l'intérêt général, la femme doit participer à la vie publique, coopérer à la transformation de la société afin de s'assurer de n'être point sacrifiée en l'organisation sociale future.
On cite cette jolie phrase de M. Thiers que ceux qui dédaignent le concours féminin feraient bien de méditer:
«Pour régler cette affaire, disait M. Thiers, il me faut mes femmes» (Mme Thiers et Mlle Dosne). Ces paroles prouvent que même l'homme d'Etat, que les louanges purent rendre orgueilleux, reconnaissait aux femmes des facultés particulières capables de compléter les siennes. Si ces deux parties du tout humain, l'homme et la femme, semblaient indispensables à M. Thiers pour régler une affaire privée difficile, combien est donc plus indispensable encore le concours de l'homme et de la femme, pour bien diriger les affaires publiques!
Le suffrage des femmes, c'est l'utilisation de l'intégralité, de l'intelligence et de l'énergie de la nation pour réaliser son mieux être.
Rapprocher hommes et femmes par la politique, ce sera faire s'établir entre les sexes une émulation salutaire pour le progrès.
LA FEMME DANS LA COMMUNE
En constatant que dans la commune les hommes souvent sacrifient au superflu, l'indispensable, on se demande s'il ne serait point sage de faire s'appliquer tout l'effort humain à l'administration publique; et, si ce n'est pas se montrer ennemi de son propre bien-être que de tenir éloignées du gouvernement, du bourg ou de la ville, les femmes qui sont particulièrement aptes à s'ingénier et à prévoir.
Quant à propos d'adjudications de fournitures d'ustensiles ou de provisions de ménage, on entend à l'Hôtel de ville des conseillers municipaux discuter; chacun fait la réflexion que des femmes seraient beaucoup plus capables que nos édiles d'apprécier ces matières.
Les conseillers municipaux de Paris, ainsi d'ailleurs que ceux de toutes les communes de France, sont forcés d'être à la fois hommes et femmes. Ils doivent résoudre des difficultés qui auraient besoin d'être élucidées par des matrones.
Certes, ils se dépensent pour le bien public; seulement, réunissant dans leurs mains les attributions masculines et féminines, on a à déplorer dans leur administration des lacunes.
Il n'est pas possible, en effet, d'être à la fois homme et femme. On trouverait étrange qu'un homme cumulât dans la famille le rôle de père et de mère et l'on admet que les hommes cumulent dans la commune ce double rôle.
Ne vaudrait-il pas mieux, dans l'intérêt général, que chacun des deux facteurs qui concourent à former la population parisienne mette ses aptitudes particulières au service de l'administration de la ville de Paris?
La femme, qui est contribuable, productrice et consommatrice, doit être électeur et éligible dans la commune.
Au temps où la loi, comme la monnaie et les mesures étaient spéciales à chaque province, des Françaises délibéraient et votaient dans beaucoup de villes et de communes. On ne peut les avoir privées à jamais, des droits que de nombreuses Européennes exercent présentement.
Dans presque tous les pays qui nous entourent, en Angleterre, en Ecosse, en Russie, en Autriche, en Hongrie, en Suède, en Norvège, dans plusieurs Etats de l'Allemagne, etc., les femmes participent, plus ou moins complètement, à la gestion des affaires municipales. Seule la France--oubliant les précédents--en compagnie de quelques Etats enténébrés, exclut la femme de l'administration communale.
En France, la femme qui possède les trois quarts du territoire de la commune, n'est pas devant l'urne l'égale de son domestique mâle. Le domestique vote, la propriétaire qui l'emploie ne vote pas.
L'habitante qui a une résidence fixe, une industrie, des intérêts engagés dans sa commune, n'a pas le droit qu'a le touriste qui s'arrête là six mois, d'exercer--en votant--son influence dans l'administration communale.
La veuve chef de famille qui se trouve à la mort de son mari à la tête d'une grande maison de commerce, n'a pas le droit de donner son avis dans la commune. Ses ouvriers, ses employés, tous ceux qui dépendent d'elle, ont le pouvoir de lui nuire en votant contre ses intérêts; il lui est impossible de se défendre. Elle ne peut rien puisqu'elle n'est pas électeur.
Les Français se déprécient, en refusant aux femmes dont ils proviennent, les prérogatives qu'ont les dames des nations voisines.
Si, en effet, les femmes de France sont inférieures aux femmes des autres pays et ne peuvent exercer les droits de celles-ci, il est bien certain que leurs pères, leurs frères, leurs époux sont eux-mêmes inférieurs aux hommes des autres pays.
Si le Français continue à tenir dans un tel état d'infériorité, sa mère, il finira par faire penser à ses contemporains étrangers qu'ils ont sur lui une suprématie héréditaire; et par faire croire qu'au lieu d'être né d'une femme, il pourrait bien être issu d'une guenon, puisqu'il la laisse aussi loin, derrière lui.
La compatriote que le Français comble d'humiliations et qu'il se complaît à faire, à son détriment, déconsidérer, est, ô ironie! plus qu'aucune femme au monde, intelligente, utile et agréable.
* * *
En demandant que les femmes participent à l'administration municipale, nous ne réclamons pas une innovation, mais simplement le retour à ce qui fut de 1182 à 1789; la remise en vigueur et la généralisation, de la _loy et coutume de Beaumont_.
Cette loi rendue en 1182, à Beaumont en Argonne, se répandit dans tout l'Est, dans le Nord et sur les pays Basques. Elle prescrivait que les veuves, les filles ayant leur ménage et les femmes mariées en l'absence de leurs maris prissent part aux délibérations et aux votes.
Dans les documents qui mentionnent la part prise par les femmes à l'administration des bourgs et des villes, elles sont traitées sur le pied d'égalité avec l'homme, témoin cette finale: «Lesquels, _tous et toutes_ firent, ordonnèrent et devisèrent entre eux.»
Plus d'un siècle après la révolution, les communes où les femmes sont les plus nombreuses et les plus imposées, n'ont pas même d'électeurs du sexe féminin. La participation des femmes à la gestion municipale décuplerait pourtant, la prospérité des localités auxquelles leurs flancs fournissent sans cesse de nouveaux habitants.
VOIX DONNÉES AUX FEMMES
L'intervention des Françaises dans les affaires du pays est depuis longtemps jugée si nécessaire, qu'en certaines élections municipales, des femmes ont obtenu des voix sans avoir sollicité de mandat.
Les bulletins portant inscrits des noms de femmes ont quelquefois été comptés.
En 1881, dans la commune de Grandpré (Ardennes), Mme Jules Lefebvre, commerçante, mère de famille, eut son nom écrit sur bien des bulletins électoraux. «En votant pour elle, disaient ses électeurs, nous avons voulu choisir le plus capable parmi nous, à quelque sexe qu'il appartienne.» Ce raisonnement de ruraux n'est-il pas propre à inciter les citadins à réfléchir?
Toujours en 1881, à Paris, Mme Léonie Rouzade, candidate dans le XIIe arrondissement, obtint 57 voix.
Peu après, à Thorey (Meurthe-et-Moselle), trois dames obtenaient chacune cinq voix. Elles étaient, proclamaient leurs électeurs, les plus dignes de nous représenter.
En 1884, à Houquetôt (Seine-Inférieure) les électeurs accordèrent à une femme huit voix de plus que la majorité des suffrages exprimés.
Dans le (Lot-et-Garonne) les électeurs donnèrent à une femme trente-quatre voix de majorité.
A Vornay (Cher) Mme Gressin, propriétaire, obtint suffisamment de voix pour être nommée conseillère municipale.
En enregistrant ces succès qu'ils savaient dus à l'active propagande faite par _La Citoyenne_, de grands quotidiens nous disaient de mettre un bouquet à notre chapeau.
Ces trois élections de femmes furent annulées; le suffrage dit universel n'étant--pendant qu'il est restreint à la moitié de la nation--qu'une institution de fantaisie que les gouvernants mutilent à leur gré.
Mais les voix accordées en tant de points du territoire à des femmes, prouvent que les électeurs sont las de la fiction, qu'ils veulent dans la commune une représentation réelle de la population.
Tous les habitants de la commune doivent être déclarés égaux devant les prérogatives, comme ils le sont devant les charges.
Evincer de l'administration municipale, les Françaises qui savent avec rien, faire régner le bien-être en la maison, c'est de gaieté de cœur sacrifier le bonheur commun.
La femme ne doit pas seulement être l'âme de la famille, il est nécessaire qu'elle soit l'âme de la Cité, afin de pouvoir, en décuplant et en ménageant ses ressources, faire resplendir de bien-être le visage de chacun de ses habitants.
A chaque élection, le suffrage bien que réduit, borné, faussé et mutilé fait entendre un bégaiement de vérité. Ce serait trop long, de citer toutes les circonscriptions électorales où les femmes ont obtenu des voix.
Voici, cependant, à propos de succès électoraux féminins ce qui s'est passé en 1897 à Ménerville (Algérie).
Le dépouillement du scrutin terminé, M. Vissonnaux, candidat, fit observer que les bulletins, portant le nom de Mme Pellier-Le-Cerf, ayant un caractère inconstitutionnel, devaient être considérés comme nuls. Il demandait que sa déclaration fût inscrite au procès-verbal et lesdits bulletins y annexés.
Le maire trouvant l'observation bien fondée, s'empressait de jeter les bulletins dans la cheminée et d'y mettre le feu.
A ce moment, survint M. Bouayoume qui, voyant l'escamotage, donna de grands coups de poing sur la table, protestant avec indignation contre la suppression de bulletins sur lesquels était inscrit le nom de Mme Pellier-Le-Cerf. Il flétrit énergiquement les procédés du bureau.
--«Vous violez, dit-il, la liberté du suffrage universel en annulant les voix données à une femme!»
Aux élections municipales de 1908, Melle Jeanne Laloé, candidate à Paris dans le 9e arrondissement obtint 987 voix, mais 527 bulletins portant son nom furent seulement comptés.
L'exclusion des Françaises de l'administration communale, fait qu'en la cité le bien-être manque, comme en la maison où il n'y a pas de femme.
Les édiles veulent Paris beau, ce dont chacun ne peut que les féliciter; mais parce qu'ils sont exclusivement des hommes, leurs efforts tendent seulement à faire de la capitale du monde le plaisir des yeux; alors, que des hommes et des femmes réunis, la rendraient en même temps qu'un séjour enchanteur, le pays de Cocagne souhaité.
* * *
Il est inutile d'insister sur les inconvénients du gouvernement d'un seul sexe, ni de parler des négligences dont souffrent les habitants des villes et des villages seulement régis par les hommes; et où il n'y a qu'une moitié de la sollicitude humaine éveillée, alors que l'espèce entière devrait être appelée à tout prévoir.
Avec l'administration des seuls hommes, nous avons de tout, seulement l'apparence: les rues sont arrosées pendant que l'eau manque dans les maisons. Avec l'administration des hommes et des femmes, l'illusion deviendra réalité, les génératrices perpétuellement préoccupées de conserver les êtres, d'entretenir la vie qu'elles donnent, s'emploieront à accumuler à Paris l'air et l'eau.
Au pays de la soif, la garde de l'eau vivifiante est confiée aux femmes. A Ghat, seules les femmes disposent des sources.
Tout ce qui a trait au boire et au manger est office de ménagère; malheureusement, ceux qui parlent de laisser la femme à son rôle, le lui dérobent ce rôle, dès qu'il rapporte des honneurs et de l'argent.
Les hommes sont de mauvais ménagers, chacun se trouverait donc très bien, que les femmes fassent avec eux la cuisine administrative.
Les Françaises ont le sens de l'utilitarisme démocratique. Quand elles seront électeurs et éligibles, elles forceront les assemblées administratives et législatives à se pénétrer des besoins humains et à les satisfaire.
* * *
La République qui ne laisse pas en la métropole les femmes participer à l'élection du conseil municipal de leur commune, a autorisé en Océanie, des femmes à exercer les fonctions de Maire.
En 1891, le gouvernement fit remettre par le gouverneur de Tahiti aux huit cheffesses de districts de Tahiti et de Moréa, une écharpe aux couleurs nationales; en même temps qu'il les fit rétablir en leurs pouvoirs et dignités d'officières de l'état-civil, pour mettre fin aux irrégularités constatées dans les actes de l'état-civil, depuis que l'annexion leur avait fait retirer leur emploi.
Les faits, forcent parfois les populations à reconnaître que la femme exclue de l'électorat municipal, est supérieure aux élus de la commune: A Rieufort de Randon (Lozère) momentanément privée de maire et d'adjoints, on vit un jour une jeune fille remplir sans embarras le rôle d'officier d'état-civil, procéder à un mariage à la place d'un conseiller municipal qui se déclarait inapte à unir les futurs époux, parce qu'il ignorait la loi et ne savait pas lire (_sic_).
C'est seulement le couple humain, qui peut en tout accomplir exactement ce qui convient dans la commune et dans l'Etat.