Part 12
Déplacé et envoyé dans la paroisse du Trou-Madame, cet ecclésiastique paraît s’être amendé, et, lors des dernières élections législatives, il a voté, à bulletin ouvert, pour le candidat républicain.
Veuillez agréer, Monsieur le député, l’assurance de ma considération la plus distinguée,
_Le Préfet du Plateau-Central_,
JAMBEY DU CARNAGE.
_P. S._ Cet abbé Jolly vient assez souvent à la préfecture demander des secours pour aller aux eaux; comme il est le cousin du secrétaire de l’évêque, le grand rival de l’abbé Foing, il peut quelquefois renseigner d’une façon assez précise mon chef de cabinet sur ce qui se passe à l’évêché: mais il n’est pas intéressant.
Ce qu’il vous a écrit de la nomination de Barigoule est exact; mais il ignore que cela a été combiné par moi, d’accord avec l’évêque. L’abbé Barigoule est un garçon très intelligent, et qui ne nous créera aucun ennui; sa nomination me permet d’obtenir,--donnant, donnant, puisque nous ne pouvons rien traiter autrement avec l’évêché,--le déplacement du curé de Cantelles; enfin il est entendu que, si la fabrique a les soixante mille francs, les délégués sénatoriaux de Monistrol, qui sont fabriciens, voteront pour notre candidat.
Croyez, mon cher député, à mes meilleurs sentiments,
JAMBEY.
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Extrait du _Journal Officiel_ (_Chambre des députés, Compte rendu in extenso des débats. Séance du 7 décembre_).
M. TOURGNOL... les jésuites de toute robe, de tout calibre, et de tout poil! (_Violentes protestations au centre; ricanements sur les bancs de droite._)
M. MARTIN-MARTIN _essaie de prononcer quelques paroles qui se perdent dans le tumulte_.
M. COUTANT. M...!
M. LE PRÉSIDENT. Le parti-pris est évident!
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De _la Localité_:
L’ÉCŒUREMENT
Nous recevons la lettre suivante:
MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
Une surexcitation facile à comprendre agite en ce moment notre population de Chaumettes; voici les faits: l’instituteur Moulineau, qui vient de perdre une petite fille de deux ans et demi, a annoncé publiquement qu’il voulait un enterrement civil. Assurément toutes les opinions sont libres, même les moins respectables; mais il y a cependant des limites où le scandale ne devrait pas être permis. On frémit en effet en pensant que c’est à de semblables hommes, aveuglés par l’esprit de parti, caudataires et prisonniers de la franc-maçonnerie, ce sont eux à qui nous devons confier le soin de former le cœur et l’âme de nos enfants. On frémit en songeant aux générations qu’un semblable enseignement nous prépare, et l’on ne peut s’empêcher de relever dans les annales de la criminalité, depuis que Dieu est banni de l’école, la précocité de jour en jour plus effroyable dont font preuve les plus récentes recrues de l’armée du vice. Mais, en ce moment, ce que nous voulons simplement constater, c’est que l’instituteur Moulineau est la créature de Martin-Martin, et que l’enterrement civil de la petite Moulineau prend une signification toute particulière, au lendemain du jour où, dans la discussion du budget des cultes, Martin-Martin s’est affirmé avec l’attitude violente dont le _Journal Officiel_ nous apportait hier les lamentables échos. A coup sûr, nous serions les premiers à déplorer qu’un enterrement, quel qu’il soit, pût servir de prétexte à des manifestations toujours regrettables; mais j’ai cru devoir vous signaler ce qui se passait, pour que les responsabilités, le cas échéant, soient bien établies, et que les honnêtes gens de tous les partis voient et sachent de quel côté est venue la provocation.
UN PÈRE DE FAMILLE.
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Du _Petit Tambour_:
TOUCHANTE MANIFESTATION
On nous écrit de Chaumettes:
MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
L’enterrement de Mlle Moulineau, la charmante enfant de notre pauvre ami, le distingué instituteur de Chaumettes, a eu lieu ce matin au milieu d’un concours considérable, d’une foule respectueuse et recueillie venue pour témoigner de sa sympathie à la douleur de M. Moulineau, et aussi à la fermeté et à la dignité de sa conduite dans cette douloureuse circonstance. Disons tout de suite que, contrairement aux bruits qui avaient été répandus, nulle note discordante n’est venue troubler cette manifestation à la fois imposante et touchante, et qu’en dépit des provocations souterraines de certaines personnalités dont il serait aisé de soulever le masque, les sectaires les plus intransigeants ont eu la sagesse ou la pudeur de ne pas bouger.
Au cimetière, un éloquent discours a été prononcé par M. Bedos, conseiller municipal à Marseille, et ami personnel de M. Moulineau. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire cette superbe improvisation, où, dans un langage élevé et vibrant d’émotion, M. Bedos a montré la marche ascendante de l’esprit humain, _se dégageant progressivement de toute mainmise, de toute superstition mesquine et avilissante, pour affirmer un Idéal supérieur que réalisera l’Individu parfait et tel que l’aura conçu et formé la Société égalitaire_.
L’assistance s’est retirée profondément impressionnée.
UN HABITANT.
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
COMMISSARIAT SPÉCIAL DES CHEMINS DE FER
Nº ...
_Le Commissaire spécial de La Marche, à Monsieur le Préfet du Plateau-Central._
Conformément aux instructions que vous m’aviez données, je me suis rendu hier à Chaumettes, où certaines manifestations paraissaient à craindre, à l’occasion des obsèques de la petite Moulineau, fille de l’instituteur. J’ai l’honneur de porter à votre connaissance qu’il ne s’est produit aucun incident de nature à motiver mon intervention. Dans le cortège, assez peu nombreux, j’ai relevé la présence de tous les fonctionnaires de Chaumettes, à l’exception du receveur d’enregistrement et du conducteur des ponts et chaussées. Sur la place de l’église, où le convoi est forcé de passer, un groupe formé de MM. Coulon, l’ancien adjoint au maire, Tardieu, notaire, et Boulet, maréchal-ferrant, ont affecté de ne pas se découvrir devant le cercueil; je dois dire que cette attitude est généralement blâmée.
Au cimetière, un conseiller municipal de Marseille, M. Bedos, camarade d’enfance de M. Moulineau, et qui était de passage pour son commerce, a prononcé un discours, où je ne vois rien de particulier à signaler; j’ajouterai que cette allocution, bien qu’elle ne m’ait point paru dépourvue de qualités littéraires et même oratoires, n’a pas semblé produire un grand effet. Un incident plutôt comique a marqué la fin de la cérémonie; quand M. Bedos a eu terminé de parler, un vieillard s’est approché, qui paraissait extrêmement ému, mais légèrement pris de boisson; il avait l’air de vouloir, à son tour, prononcer quelques mots; mais tout à coup, il s’est borné à jeter violemment dans la fosse ouverte son chapeau qu’il tenait à la main en s’écriant:--N... de D...!--puis s’est retiré en sanglotant. Ce vieillard serait un nommé Gourd, receveur buraliste, père de Mme Moulineau et qui adorait sa petite-fille et filleule, la petite Moulineau. En résumé, les cléricaux en ont été pour leurs menaces, qui n’ont atteint personne, et j’estime même qu’il sera inutile de déplacer l’instituteur Moulineau, ainsi que vous en aviez bien voulu examiner l’éventualité, avant les vacances de Pâques.
_Le Commissaire spécial_,
LAFLIZE.
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PRÉFECTURE DU PLATEAU-CENTRAL
CABINET DU PRÉFET
_Le Préfet du Plateau-Central à Monsieur le Ministre de l’Intérieur._
Sous ce pli, j’ai l’honneur de vous adresser, conformément à vos instructions, mes propositions concernant la promotion du 1er janvier dans l’ordre de la Légion d’honneur. J’ai réduit à quatre, selon les termes de votre circulaire de décembre, le nombre des candidats proposés: ce sont MM. Bedu-Martin, Collombier, Lajambe et Jolivet. Chacun de ces candidats me paraît, à des titres divers, digne de la haute distinction que j’ai l’honneur de solliciter pour eux; mais je crois devoir présenter en première ligne M. Bedu-Martin, doyen des maires de mon département, que son grand âge et les services rendus depuis près de cinquante ans à la cause démocratique me semblent désigner plus qu’aucun autre aux faveurs gouvernementales; j’ajouterai que M. Bedu-Martin est le beau-père de M. Martin-Martin, député, et que sa décoration ne pourrait que produire l’impression la plus favorable auprès des électeurs de M. Martin-Martin.
1º NOTICE CONCERNANT M. BEDU-MARTIN
M. Bedu-Martin a déjà fait l’objet de nombreuses propositions; la première remonte à 1885; depuis cette époque, tous les préfets qui se sont succédé, à la tête du Plateau-Central se sont fait un devoir et un honneur de signaler la vie, toute de probité et de dévouement à la cause républicaine, de M. Bedu-Martin, et de demander pour lui une récompense à laquelle applaudiraient tous les républicains et tous les honnêtes gens. Le préfet du Plateau-Central, en renouvelant la proposition de ses prédécesseurs en faveur de M. Bedu-Martin, tient à signaler en outre la parenté du postulant avec M. Martin-Martin, le nouveau député, son gendre, en insistant sur ce fait que, si M. Martin-Martin a été assez heureux pour grouper autour de son nom toutes les énergies républicaines et ramener à la République une circonscription qui jusqu’alors avait toujours voté pour les bonapartistes, une grande part en revient à la notoriété et aux sympathies qui avaient toujours entouré le nom de son beau-père, M. Bedu-Martin.
2º NOTICE CONCERNANT M. COLLOMBIER
M. le Dr Collombier dirige depuis quinze ans l’asile d’aliénés de La Gélinotte, près La Marche. Praticien habile et administrateur consommé, le Dr Collombier a su, dans l’accomplissement de ses fonctions délicates, se concilier l’estime et la sympathie de tous. M. le Dr Collombier est un enfant du département, où il ne serait pas impossible qu’il fût appelé quelque jour à jouer un rôle politique; il est très apprécié, pour son tact et sa grande droiture, des diverses municipalités qui se trouvent en relations avec lui; sincèrement attaché aux institutions républicaines, les républicains du Plateau-Central accueilleraient avec satisfaction la distinction que je sollicite en faveur de ce postulant.
3º NOTICE CONCERNANT M. LAJAMBE
M. Lajambe est un des plus riches propriétaires terriens du Plateau-Central; fondateur et président d’une société coopérative, _l’Abeille Marchaise_, on le trouve toujours disposé à apporter le concours de sa grande fortune et de son activité organisatrice à toutes les œuvres de bienfaisance et de mutualité. Par son _Abeille Marchaise_ qui compte d’importantes ramifications dans les milieux tant agricoles qu’industriels, et aussi parce qu’il se trouve avoir un pied dans la plupart des associations et sociétés du département, M. Lajambe est une force avec laquelle il est bon de compter; le jour en effet où il plairait à M. Lajambe de faire de la politique, et plusieurs personnalités le poussent vivement dans ce sens, nul doute qu’il n’acquière rapidement une situation prépondérante; M. Lajambe a toujours été gouvernemental, mais, pour le soustraire à certaines influences qui le travaillent en ce moment, j’estime qu’une distinction honorifique viendrait à son heure, justifiée par les nombreuses fonctions gratuites qu’il a toujours acceptées volontiers, et de nature à être accueillie favorablement par les populations du Plateau-Central, sans distinction de partis.
4º NOTICE CONCERNANT M. JOLIVET
M. Jolivet, agent voyer en chef du Plateau-Central, est un fonctionnaire intelligent et zélé, et au dévouement duquel mes prédécesseurs, comme moi-même, se sont toujours plu à rendre hommage. Sous son habile direction, le réseau vicinal a été considérablement développé durant ces dix dernières années, et les études d’importants travaux d’art, celles notamment du pont de Trembles, ont été poussées activement. M. Jolivet est un républicain de la veille, qui s’applique à maintenir son nombreux personnel dans une voie fermement républicaine. Très estimé des différentes personnalités politiques du Plateau-Central, avec lesquelles il se trouve en constantes relations d’affaires, et dont il a su se concilier les sympathies par son caractère loyal et obligeant, la décoration de M. Jolivet, digne couronnement d’une carrière honorablement remplie, serait accueillie avec faveur dans tout le département.
_Le Préfet du Plateau-Central_,
JAMBEY DU CARNAGE.
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_Monsieur Martin-Martin, député, Paris_.
MON CHER MONSIEUR MARTIN-MARTIN,
Deux mots seulement: Vous savez sans doute ce dont il s’agit, ou vous le devinez; je viens vous rappeler ce que vous m’aviez dit lors de mon dernier voyage à Paris:--Nous allons faire rougir cette boutonnière-là!--Y a-t-il du nouveau? Vous êtes témoin que je n’y songeais pas, mais vous y avez mis une insistance si affectueuse:--J’en fais mon affaire! m’avez-vous répété. Et puis, n’est-ce pas? pas besoin de poser à la petite bouche devant vous: il est certain que, maintenant que je me suis un peu fait à cette idée que je pouvais être décoré, cela me serait une grosse déception de ne pas l’être, non seulement pour moi, mais pour mon fils, pour ma fille aussi quand je la marierai; or, je sens bien que si ce n’est pas maintenant, où j’ai cette chance de pouvoir compter sur votre haute influence, si ce n’est pas maintenant ce ne sera peut-être jamais. C’est pourquoi je viens vous prier, mon cher député, d’agir vigoureusement au ministère, d’autant qu’à ce que je crois comprendre, ma décoration arriverait dans un bon moment pour vous et pour le parti, car on sait que je vous suis tout dévoué, et cela serait de nature à porter un grand coup, et à vous rallier bon nombre de suffrages, de voir que vous m’avez fait décorer.
Excusez le décousu de cette lettre, mon cher député, et croyez-moi votre inaliénable.
GÉLABERT,
Professeur d’agriculture.
Peut-être ne sera-t-il pas mauvais de rappeler au Ministre qu’en 1870 j’ai fait partie des mobilisés du Plateau-Central comme capitaine, et qu’à la revision des grades, après la guerre, on m’avait offert de me conserver dans l’armée régulière comme sous-lieutenant, ce qui fait que, si j’avais accepté, je serais probablement commandant à l’heure actuelle, et sûrement décoré.
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Du _Petit Tambour_:
UN NOUVEAU LÉGIONNAIRE
Nous croyons savoir que la prochaine promotion de la Légion d’honneur comprendra le nom de M. Aristide Gélabert, notre sympathique compatriote, le distingué professeur d’agriculture du département. Tout le monde au _Petit Tambour_ applaudira à une décoration qui récompensera si justement l’homme de bien, le fonctionnaire irréprochable, le républicain convaincu, et aussi, ne l’oublions pas, le vaillant officier de l’Année terrible. De semblables distinctions honorent à la fois le citoyen qui les reçoit et le Gouvernement qui les donne, et nous nous plaisons à deviner ici la main discrète et délicate, l’intervention puissante et toujours efficace de notre éminent député M. Martin-Martin, qui mieux qu’aucun autre était à même de rendre et de faire rendre justice à la valeur de M. Gélabert, à son dévouement politique, et à l’inébranlable fermeté de ses sentiments républicains.
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_Monsieur Martin-Martin, député, Paris._
MON CHER AMI,
Tu connais mon opinion sur les décorations, Légion d’honneur, ou autres balivernes; du moins faut-il que cet attrape-nigauds nous serve à prendre des imbéciles de quelque utilité, de quelque importance; or ce qui est pour toi, en ce moment, de première importance, ce sont les élections sénatoriales, et il ne faut pas te dissimuler que cela ne va pas tout seul; à tort ou à raison, vous vous êtes entêtés sur la candidature de ce pauvre Moulin dont le titre le plus clair à faire un sénateur est d’être à demi gâteux, par avance. Il faut pourtant que nous le fassions réussir, et il réussira; seulement il convient d’y mettre le prix. Pour cela, il faut que nous ayons Lajambe avec nous, et un bout de ruban rouge nous attache Lajambe; je sais parfaitement tout ce que tu peux dire sur le compte de cette vieille fripouille, qui fait de la bienfaisance à 60 p. 100, et qui ne préside les sociétés ouvrières que pour embrasser des petites ouvrières de moins de quinze ans. Mais, n’est-ce pas? à la guerre comme à la guerre; Lajambe, d’abord, c’est de l’argent; et puis, si nous ne l’avons pas avec nous, nous l’aurons contre nous, tous les amis de Caille le travaillent actuellement pour qu’il se porte concurremment avec leur patron dont il ferait le jeu au second tour. Je crois que le préfet a indiqué cela timidement dans son rapport; mais ces rapports-là ne signifient rien; ce qu’il faut, c’est faire une démarche collective au ministère et enlever la chose, d’assaut; voilà huit ans qu’il n’y a pas eu de décorations dans le Plateau-Central, le ministère doit t’accorder cela comme don de joyeux avènement, et à part Lajambe, je ne vois pas trop qui décorer? Je ne parle pas de ce pauvre Gélabert, dont l’article du _Petit Tambour_ (car cet article émanait très visiblement de lui) a provoqué un long éclat de rire. Ce brave Jolivet est un excellent agent voyer, mais, que diable! il n’y a pas péril en la demeure: c’est déjà très bien qu’il soit proposé; la politique d’abord, les fonctionnaires ensuite, plus on attendra, plus il aura fait de ponts, et mieux il méritera son ruban; j’ai aussi entendu prononcer le nom du Dr Collombier.--Collombier est déjà presque fou; si on le décore, il le deviendra tout à fait. Reste ton beau-père; mais tu connais l’aimable caractère de ce vieillard; le père Bedu a formellement déclaré qu’il refuserait la croix si on la lui donnait maintenant, qu’il ne voulait à aucun prix avoir l’air de te devoir quelque chose, qu’il avait déjà attendu seize ans, et qu’il pouvait donc bien attendre deux ans encore que tu ne sois plus député. La situation est ainsi bien nettement posée et délimitée; à toi d’agir.
Mes hommages à tes dames, et bien à toi.
CARBONEL.
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De _la Localité_:
... L’homme s’agite, le ruban le mène! Nous écoutons impassibles s’élever, des marécages d’une politique de boue, les coassements de toutes les grenouilles panamistes gonflées vers le chiffon écarlate. Et nous songeons que c’est pour la jeter en pâture aux appétits des laquais électoraux qu’un gouvernement de lâches et de cosmopolites arrache la croix d’honneur à cette même poitrine que notre grand et cher Déroulède offrait jadis, bouclier de la Patrie, aux balles et aux lances des uhlans prussiens!...
JUVÉNAL.
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_M. Bédu-Martin, à La Marche._
MON CHER GRAND-PAPA,
C’est la première fois, depuis sa naissance, que votre petite-fille Vovonne n’est pas auprès de vous, le jour de l’an, pour vous embrasser bien fort et vous souhaiter la bonne année. Savez-vous que j’en ai un gros chagrin, malgré ma joie d’être à Paris; ah! grand-papa, pourquoi n’être pas ici avec vos enfants qui seraient si heureux tous de vous avoir! Mère ne cesse de me le répéter chaque jour:--Si bon papa était ici, Vovonne, nous serions vraiment trop contents!...--Et elle a bien raison, je trouve, moi: car, allez cher grand-père, à présent que je connais bien Paris, je vous en ferais voir de belles choses, et faire de longues promenades, nous en ferions chaque après-midi, tous les deux, et ce que nous serions contents, allez, je vous le garantis, vous ne penseriez plus à vos méchantes douleurs rhumatismales. Enfin, cher bon papa, si vous nous aviez accompagnés à Paris, comme on vous en avait tant prié, eh bien! au lieu de vous écrire comme je fais, je serais venue moi-même demain matin dans votre chambre, vous crier comme toujours:--Bonne et heureuse année, cher grand-père!--J’ai aussi le cœur gros en songeant que ce n’est qu’au printemps que je vous embrasserai, les occupations de père ne nous permettront pas de nous éloigner de Paris avant mai, et vous-même je vois bien que vous ne viendrez pas cet hiver, alors...--Mais, ne nous attristons pas, n’est-ce pas, cher bon-papa!
Savez-vous que je deviens tout à fait Parisienne, et mère aussi; nous sortons beaucoup, beaucoup, nous allons quelquefois au théâtre, et fort souvent en visite; j’ai été vendeuse à une grande vente de charité, j’aidais ces dames Tirebois qui avaient un buffet; nous avons eu un monde énorme; beaucoup de jeunes gens: ils aiment beaucoup les gâteaux, je vous assure, bon-papa! A lui seul, le cousin de Germaine Tirebois a avalé pour quinze francs de beurres-mokas, j’en avais mal au cœur pour lui! Je me suis, naturellement, énormément amusée, Germaine est si gaie, si boute-en-train, et sa mère réellement très aimable. Ce sont là de très bonnes amies que nous avons, et nous nous voyons fréquemment. Mère a pris un jour de réception; nous commençons à avoir pas mal de relations, et comme nous rendons beaucoup de visites, les mercredis de maman sont très courus. J’ai des amies très gentilles ici, mais je n’ai de réelle affection que pour Germaine. C’est elle d’abord que je connais le plus, et depuis très longtemps, et ensuite nous avons deux natures qui sympathisent parfaitement. Son père et sa mère sont aussi, il faut l’avouer, des gens réellement aimables, et fort liés avec mes parents, de cette façon l’amitié que j’ai pour Germaine ne fera qu’aller en augmentant. Elle ne vous a vu qu’une fois à La Marche, il y a quatre ans, pour la fête du 15 août, vous rappelez-vous, cher bon-papa? eh bien! elle a gardé un très bon souvenir de vous, et elle se souvient parfaitement que vous lui avez offert une belle fleur de votre petit jardin...
Cher bon-papa, je ne veux pas vous ennuyer plus longtemps de mon bavardage, et je me sauve bien vite. Encore une fois, bonne et heureuse année, et de bons et affectueux baisers de votre petite-fille bien aimante,
YVONNE MARTIN-MARTIN.
Maman me charge de vous dire qu’elle vous écrira demain, mais qu’elle fait partir pour vous une petite caisse de fruits confits.
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_Mademoiselle Yvonne Martin-Martin, chez Monsieur Martin-Martin, député, Paris._
CHÈRE YVONNE,
Vous avez peut-être su par M. Bédu-Martin, votre grand-père, que nous nous étions absentés de La Marche pendant quinze jours, et, de là, chère amie, le retard de ma lettre; excusez-moi, je vous en prie; je serais tout à fait ennuyée que vous ayez pu penser un moment que je vous oubliais! Pourtant votre longue missive, si détaillée, si intéressante, demandait une réponse immédiate; mais, vous savez ce que c’est, chère amie, et c’est pourquoi je compte beaucoup sur votre indulgence à mon égard: quand on voyage, on ne s’appartient plus!
Ma mère et moi avons été chez une vieille amie qui a une magnifique propriété à trois heures de La Marche. Nous n’avons pas eu lieu du reste de le regretter, car ces quinze jours ont passé trop rapides à mon avis, je me suis tellement amusée, chère Yvonne!
Nous étions très nombreux, beaucoup de jeunes filles, par conséquent beaucoup de gaîté! J’ai eu le plaisir de faire là la connaissance de votre charmante cousine, Mlle Jane Roche, nous avons beaucoup causé de vous, elle m’a dit avoir reçu un long journal de votre vie parisienne, et elle a même eu la gentillesse de m’énumérer tous les plaisirs que vous avez eus ces dernières semaines. Je vois avec bonheur que, quoique vous amusant bien, vous ne nous négligez pas, nous autres petites provinciales...