Part 5
Anciennement, dans les seules îles Orkneys, 20 000 hommes étaient occupés toute l'année à ramasser des Fucus et à les brûler. Aujourd'hui, dans ces mêmes îles, l'industrie de la soude a été remplacée par celle de l'iode, laquelle est bien loin de donner les mêmes avantages. (L. Wraxall.)
Un autre produit de la mer, exploité sur les bords de l'Océan, c'est la _Zostère marine_[26], plante remarquable par ses longues feuilles rubanées, d'un vert sombre. Cette plante n'est pas une Algue; elle appartient à la famille des _Zostéracées_. Elle a des racines très-grêles qui l'attachent aux sables mouvants; elle possède de véritables fleurs, à la vérité bien petites et bien modestes. La Zostère est employée, dans beaucoup d'endroits, pour les matelas, les coussins, et surtout pour les emballages. En Hollande, à l'entrée du Zuyderzée, on s'en sert, sous le nom de _Wier_, pour la construction des digues. (De Candolle.)
[26] _Zostera marina_ Linné.
On est vraiment saisi d'admiration, quand on réfléchit sur les énormes masses de végétaux marins que chaque marée ou chaque tempête rejette et accumule sur les plages tous les ans, tous les mois, même tous les jours, sans que jamais leur quantité paraisse s'amoindrir.
CHAPITRE V
LES ANIMAUX INFUSOIRES.
«_Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est._»
(PLINE.)
I
La Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les individus inférieurs de l'animalité. Dieu semble avoir voulu consoler (et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et par milliards les représentants les plus mobiles de la vie.
L'Océan est donc peuplé de légions innombrables d'infiniment petits... Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne possédions pas le _microscope_, ce sixième sens de l'homme, comme l'appelle M. Michelet.
Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l'organisation ce que le télescope a fait pour les étoiles[27]!
[27] «Le microscope précise les caractères des infiniment petits, comme le télescope rapproche les infiniment grands.» (LEIBNITZ.)
La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles conquêtes de l'optique. C'est un monde entièrement nouveau que nous a révélé la précieuse lunette, et l'une des sources les plus fécondes de notre admiration pour la puissance créatrice.
«Il n'y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.)
Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu'une gouttelette de liquide en contient plusieurs millions.
Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des quantités énormes dans la mer.
Le Gange en transporte, dans l'espace d'une année, une masse égale à six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d'Égypte. Parmi ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes. (Ehrenberg.)
L'eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize espèces.
Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas exister, on rencontre encore des myriades d'Infusoires. Ceux qu'on a observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine James Ross, offraient une richesse toute particulière d'organisations inconnues jusqu'ici et souvent d'une élégance remarquable. Dans les résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70° 10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes. (Ehrenberg.)
A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus puissantes montagnes, chaque couche d'eau est animée par des phalanges innombrables d'imperceptibles habitants. (Humboldt.)
Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les plus petits et les plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, aussi bien que l'espèce humaine, un des rouages de la machine si compliquée de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: ainsi l'a voulu la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques bestiolettes, et le monde sera incomplet! On l'a dit il y a longtemps, il n'est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion!
II
Les Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n'ont pas assez de substance pour arriver à l'opacité!
[28] Infusoire d'eau douce des environs de Lille, réduit d'après un dessin communiqué par M. Lacaze-Duthiers.
Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati comme un disque, aminci comme une feuille.... Certains ressemblent à un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, à une fleur, à une graine....
Les _Monades_[29], ces petits des petits, semblent n'être que des molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se meuvent. Ces délicates créatures n'ont environ qu'un trois-millième de millimètre de grand diamètre!...
[29] _Monas termo_ Müller.
III
On a regardé d'abord les Infusoires comme privés de toute espèce d'organisation. On a cru qu'ils se nourrissaient par absorption, uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines espèces étaient assez compliquées. Il en est (_polygastriques_) qui n'ont pas moins de quatre estomacs (_vacuoles_) bien distincts. Les mammifères ruminants n'en présentent pas davantage. M. Ehrenberg assure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents estomacs!.... L'appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe stomacal?
Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer avec du carmin ou de l'indigo le liquide dans lequel elles s'agitent. Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de verre, auprès d'une goutte d'eau pure, on fait communiquer les deux gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s'offrir à l'observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de carmin ou d'indigo.
Les difficultés que présente l'examen des Infusoires et l'imagination des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à la connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à se servir des microscopes qu'il fabriquait lui-même, apporta dans leur étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits au delà de ceux qu'il voyait réellement. Il s'extasiait devant la complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d'or et d'argent!.... On sait aujourd'hui que les Infusoires ne sont, ni aussi compliqués que l'ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l'ont voulu plusieurs autres. C'est au savant professeur Ehrenberg, et plus tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que possède la science sur ces jolis petits nains de l'animalité.
Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d'un certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une) les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il s'agit, servent non-seulement à l'alimentation de l'animalcule, mais encore à sa respiration et à ses mouvements.
Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits. Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue.
Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. Les _Volvoces_[30] roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des boules abandonnées sur un plan incliné.
[30] _Volvox globator_ Linné.
La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt, éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous réjouit, nous émeut et nous fait rêver!....
IV
Les Infusoires se propagent de diverses manières. D'abord par division spontanée (_scissiparité_): ils se partagent en deux parties égales qui deviennent chacune exactement semblables à l'individu primitif; de telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié de sa mère, et le petit-fils le quart de son aïeule. D'autres se perpétuent par émission de bourgeons (_gemmiparité_). Comme on le pense bien, ces sortes d'œufs doivent être d'une excessive petitesse.
Dans l'espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d'eau de mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d'individus.
Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus mâles et des individus femelles[31].
[31] D'après M. Balbiani, les Infusoires seraient des _hermaphrodites complets_ dans le genre des Limaçons. (Voyez le chapitre XXIII et la planche V _bis_, communiquée par M. Gerbe.)
Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu'une masse homogène (fig. 6). Celle-ci s'entoure d'une enveloppe transparente, et laisse voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s'étendent et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt l'enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig. 9), lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement. Alors la semence germe (fig. 10, 11), l'Infusoire se dessine (fig. 12), grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15), reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire de son espèce, auquel il unira sa destinée.
Il peut donc y avoir de l'amour et des caresses dans une goutte d'eau! O Jéhovah!
V
La vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que de très-petits Infusoires s'établissent en parasites sur d'autres Infusoires _un peu plus grands_, et servent à leur tour de demeure et de pâture à d'autres animalcules _encore plus petits_. (Humboldt.)
Les parasites de la _Paramécie Aurélie_[32] sont tantôt sous la forme de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez courts et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées de leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les premiers nagent librement dans l'eau et vont à la chasse des Paramécies. Les seconds attendent dans une immobilité complète qu'un Infusoire vienne les effleurer en passant: ils sont à l'affût. Ils s'attachent à leur victime et se laissent emporter par elle. Bientôt ils s'enfoncent dans sa chair, où ils se multiplient avec une telle rapidité, qu'il y en a quelquefois jusqu'à cinquante dans un seul individu.
[32] _Paramecium Aurelia_ Müller.
VI
Un des phénomènes les plus surprenants qu'on rencontre dans l'étude des Infusoires, c'est leur désorganisation par _diffluence_. Cette décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu une _Kolpode pintade_[33] se résoudre en molécules jusqu'à la sixième partie du corps; puis le reste se mettre à nager, _comme si de rien n'était!_
[33] _Kolpoda meleagris_ Müller.
Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l'on approche de la goutte d'eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume trempée dans de l'ammoniaque, l'animalcule s'arrête, mais continue à mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, il se fait une échancrure qui s'agrandit peu à peu, jusqu'à ce que l'animal entier soit _dissous_. Si l'on ajoute une goutte d'eau pure, la décomposition est brusquement enrayée, et _ce qui reste_ de l'animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujours _comme si de rien n'était!_
CHAPITRE VI
LES FORAMINIFÈRES.
_Siès pichoto, ségur, maï qué dé souveni!_
(AUBANEL.)
I
Lorsqu'on examine au microscope le sable de la mer, on y distingue un grand nombre de corpuscules solides, réguliers, souvent géométriques.
Beccaria paraît être le premier qui ait fait attention à ces petits grains, à peine visibles à cause de leur taille; il les découvrit dans le sable de Ravenne. On crut mal à propos, pendant longtemps, que ces productions microscopiques n'existaient que sur les bords de la mer Adriatique. On en recueillit plus tard en France, en Angleterre, en Allemagne, et enfin sur les rivages de toutes les mers.
Des recherches d'une patience infinie, entreprises par Bianchi, Soldani, Walker, Fichtel et Moll, et surtout par Alcide d'Orbigny, ont fait connaître un grand nombre de ces petits corps.
Ces granulations ne sont autre chose que la charpente solide ou la coquille d'une foule d'animalcules marins, lesquels constituent un ordre tout entier des plus curieux parmi les habitants de l'eau salée. La grève en est tellement remplie, dans certains endroits, qu'elles forment presque la moitié de sa composition. Bianchi en a trouvé 6000 dans 30 grammes de sable de la mer Adriatique. D'Orbigny en a compté 3 millions 840 000 dans une quantité semblable recueillie dans les Antilles. Par conséquent, un mètre cube de ce dernier sable en renferme un nombre qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer!
Ces petites coquilles varient beaucoup dans leurs figures. Les micrographes y ont constaté plus de deux mille organisations différentes, symétriques ou non symétriques, souvent remarquables par leur bizarrerie et presque toujours par leur élégance. Il y en a de globulaires, de discoïdes, d'étoilées, de festonnées, de contournées en limaçon, d'allongées en massue, de façonnées en amphore..... Les unes ont une ouverture très-élargie, les autres un orifice très-étroit.
Elles sont divisées généralement en plusieurs chambrettes (_polythalames_), lesquelles communiquent entre elles par de petits trous; elles offrent aussi des pores qui s'ouvrent à l'extérieur. De là le nom de _Foraminifères_, c'est-à-dire _porte-trous_, donné par d'Orbigny aux animalcules auxquels appartiennent ces dépouilles.
On a mis à profit la forme générale de ces coquilles, le nombre et la disposition de leurs chambrettes, pour les grouper en familles. La classification de d'Orbigny est assez heureuse et méritait d'être adoptée, quoique ses dénominations ne brillent pas par l'euphonie. Ce savant naturaliste (qui peut être regardé comme le grand historiographe de ces infiniment petits) distingue cinq familles de Foraminifères, lesquelles comprennent environ soixante genres.
Les cellules sont quelquefois simples et comme enfilées sur un axe droit ou peu courbé (_Stichostègues_), ou bien disposées en deux séries alternatives (_Énallostègues_), ou bien encore rassemblées en petit nombre et ramassées comme en peloton (_Agathistègues_).
D'autres fois elles sont groupées en spirale (_Hélicostègues_), et dans ce cas les tours de la spire s'enveloppent ou ne se recouvrent pas, ou bien s'élèvent les uns au-dessus des autres.
Dans certaines espèces, les cavités ne sont plus simples comme dans les familles précédentes, mais subdivisées par des cloisons transversales, de manière que la coupe de la coquille représente une sorte de treillis (_Entomostègues_). Que de géométrie, que de mécanique, que d'harmonie dans les plus chétives des organisations!
[Illustrations: ÉNALLOSTÈGUES. AGATHISTÈGUES.]
La ressemblance de ces petits tests avec les coquilles polythalames des Nautiles fit croire d'abord qu'ils étaient produits par des animaux semblables ou analogues à ces derniers, mais extrêmement petits. C'est pourquoi les naturalistes proposèrent de rapprocher les Foraminifères des Mollusques céphalopodes[34]. Ils les regardèrent comme des Nautiles microscopiques et dégradés. Mais la découverte de quelques espèces vivantes, et un examen attentif de leurs caractères, apprirent bientôt que ces animalcules constituaient une tribu beaucoup plus simple en organisation que celle de ces derniers Mollusques. Dujardin les a considérés comme des Infusoires[35]. D'autres ont conseillé de les placer dans le voisinage des Méduses[36].
[34] Voyez le chapitre XXV.
[35] Voyez le chapitre V.
[36] Voyez le chapitre XIII.
Cuvier se borne à dire, sur les habitants de ces coquilles, qu'ils ont le corps oblong, couronné par des tentacules nombreux et rouges..... Les observateurs modernes ont reconnu qu'ils sont formés d'une gelée transparente qui remplit les chambrettes dont nous avons parlé, et que les différentes parties de la petite bête communiquent entre elles par les pores des cloisons. Les trous extérieurs de la coquille laissent sortir des filaments capillaires (_pseudopodies_) très-longs, flexueux, de forme indéterminée, incessamment variables, diaphanes, semblables à du verre filé, lesquels s'étendent en rayonnant autour de l'animal. Dans certaines espèces, on en compte seulement huit ou dix; dans d'autres, il y en a un plus grand nombre. Ces filaments se meuvent en divers sens et avec assez de vivacité. Ce sont à la fois des pieds et des bras, mais d'une ténuité excessive. L'animal s'en sert pour ramper et pour saisir sa proie. Ces fils paraissent avoir quelque chose de venimeux. Le docteur Schultze (de Greifswalde) a remarqué à plusieurs reprises que des Infusoires vivants étaient privés tout à coup et tout à fait de leurs mouvements par le simple contact de ces bras. C'est probablement ainsi que le Foraminifère réussit à pêcher ses petits aliments.....
[Illustrations: DISCORBINE. MILIOLE.]
N'est-il pas digne de remarque que des êtres si petits soient, malgré leur taille exiguë, des _carnassiers impitoyables!_ Ainsi, avec une dose homœopathique de venin, la bestiole la plus faible et la plus microscopique peut devenir un redoutable destructeur!
Dujardin a constaté dans les _Milioles_, que lorsqu'un individu veut grimper sur les parois d'un vase, il compose à l'instant, aux dépens de sa substance, une sorte de pied _provisoire_, qui s'allonge et qui fonctionne comme un membre permanent. Puis, le besoin satisfait, ce pied temporaire _rentre dans la masse commune et se confond avec le corps_.
La volonté d'une fonction à remplir a donc le pouvoir de créer un organe? Et dire que l'Homme, malgré la perfection de son intelligence, n'a pas le privilége de faire naître un tout petit cheveu! Comme c'est humiliant!
Il paraît que les filaments de toutes les espèces peuvent aussi se rétracter complétement, et se confondre avec le reste de la substance. O Nature! que tes combinaisons sont admirables!
Les Foraminifères n'ont pas d'estomac proprement dit, mais la Nature leur a donné ce tissu particulier, glaireux et contractile, essentiellement assimilateur (_sarcode_), que Dujardin a découvert chez les animalcules infusoires.
II
Les pseudopodies ne se rencontrent pas seulement dans les Foraminifères; ces sortes de fils pêcheurs sont le caractère important de toute une classe d'animalcules. Comme ces organes ressemblent au chevelu des racines, on désigne ces animaux sous le nom collectif de _Rhizopodes_ (pieds-racines).
Les Rhizopodes comprennent, avec les _Foraminifères_, dont le test est calcaire, des animaux dépourvus de toute espèce de coquille, comme les _Amœbinées_, et d'autres dont le test est siliceux: ces derniers sont les _Radiolaires_.
Les _Amœbinées_ sont des Infusoires à fils pêcheurs, des _Infusoires rhizopodes_; elles peuvent être regardées comme des animaux non encore asservis à un plan d'organisation nettement déterminé. Ce sont des masses microscopiques informes, mais susceptibles d'expansion et de contraction. Comme exemple, nous citerons les _Amibes_[37]. Imaginez-vous une gouttelette de matière demi-solide, demi-transparente, demi-gélatineuse, homogène, douée de mouvement volontaire. Elle s'agite dans divers sens, se dilate ou se resserre, adopte les figures les plus irrégulières et les plus inattendues. Quand on place l'animalcule sur le porte-objet d'un microscope, il glisse comme une gouttelette d'huile, se déforme et se reforme. Véritable Protée, il est, suivant les moments, circulaire, oblong, échancré, sinueux, lobé, étoilé et même tout à fait rameux.....
[37] _Amiba divergens_ Bory de Saint-Vincent.
La _Lieberkuhnia de Wagener_ est aussi une Amœbinée; elle présente un nombre considérable de pseudopodies, qui roulent dans tous les sens, se soudent ou se séparent, s'allongent ou se raccourcissent, paraissent ou disparaissent.
Les _Radiolaires_ flottent en abondance à la surface de la mer. Sous le beau ciel de Messine, on les voit parcourir les eaux bleues, aussi profondément que l'œil peut les distinguer, sous l'aspect d'une masse de gelée molle, diaphane, incolore, en apparence immobile. Leur taille varie d'une ligne à un point, rarement plus, souvent moins. Leur forme est sphérique ou elliptique, ou cylindrique, parfois contournée en couronne. Si l'on essaye de les saisir avec une pince, elles se déchirent; si l'on tente de les pêcher au filet, elles restent collées aux mailles: on les mutile quand on essaye de les détacher. On ne peut les avoir intactes qu'en les recueillant avec un vase de verre où elles puissent flotter librement.
Vues alors à la lumière, ces gelées ne tranchent sur l'eau par aucun contour déterminé, et l'œil aperçoit à peine à leur surface quelques points clairs ou sombres. Sous un fort grossissement, ces bestioles montrent toute la délicatesse et la beauté de leur organisation. On peut voir, dans le magnifique ouvrage de M. Haeckel, la variété de forme, la bizarrerie des contours de ces légions innombrables d'infiniment petits.
M. Haeckel a distingué les Radiolaires qui vivent isolées, et qu'il appelle _Monozoa_, de celles qui forment des associations, sortes de colonies flottantes qui sont emportées par les courants: ces dernières sont les _Polyzoa_.
Les _Monozoa_ sont très-nombreux et forment vingt-neuf genres[38].
[38] Voyez planche VI, fig. 1, 2, 3, 4, 5, 7.
Les _Polyzoa_ ne comprennent que quatre genres[39].
[39] Voyez planche VI, fig. 6.
III