Le livre des singularités

Part 23

Chapter 233,583 wordsPublic domain

Les pierres coloriées qu'on emploie dans ces sortes de bagues sont au nombre de douze et représentent les douze mois de l'année. Les voici rangées, avec leurs couleurs, selon l'ordre des mois; nous y ajoutons les couleurs qu'on assigne à chaque mois.

NOMS COULEURS NOMS COULEURS DES PIERRES. DES PIERRES. DES MOIS. DES MOIS.

Le GRENAT rouge foncé. JANVIER blanc. L'AMÉTHISTE violet. FÉVRIER arbitraire. Le JASPE varié. MARS rouge noirâtre. Le SAPHIR blanc. AVRIL vert. l'ÉMERAUDE vert. MAI vert. l'ONYX blanc et brun. JUIN vert jaunâtre. La CORNALINE rouge. JUILLET jaune. La SARDOINE fauve. AOUT couleur de feu. La CHRYSOLITHE vert léger SEPTEMBRE pourpre. l'AIGUE-MARINE vert bleuâtre. OCTOBRE incarnat. La TOPAZE jaune. NOVEMBRE feuille morte. La TURQUOISE bleu. DÉCEMBRE noir.

Passons maintenant aux signes du zodiaque, et voyons quel espace de temps le soleil semble employer à les parcourir dans chaque mois:

Le VERSEAU du 20 janvier au 19 février. Les POISSONS du 19 février au 21 mars. Le BÉLIER du 21 mars au 20 avril. Le TAUREAU du 20 avril au 21 mai. Les GÉMEAUX du 21 mai au 21 juin. Le CANCER du 21 juin au 23 juillet. Le LION du 23 juillet au 23 août. La VIERGE du 23 août au 23 septembre. La BALANCE du 23 septembre au 23 octobre. Le SCORPION du 23 octobre au 22 novembre. Le SAGITTAIRE du 22 novembre au 22 décemb.. Le CAPRICORNE du 22 décembre au 20 janvier.

Nous avons dit précédemment que la couleur des pierres employées dans les bagues arcaniques était significative; le tableau suivant va nous indiquer l'emblême de chaque couleur.

Le BLANC signifie pureté, joie, candeur, innocence. Le BLANC mêlé de rose louange. Le BLEU amour et trahison. Le BRUN humilité. La FEUILLE-MORTE vieillesse. Le GRIS DE FER courage. Le GRIS DE LIN amour constant. Le JAUNE impudicité. Le NOIR deuil, tristesse, mélancolie. L'OR (couleur de) magnificence, puissance. Le POURPRE dignité impériale, haute magistrature. Le ROSE tendresse, amour changeant. Le ROUGE cruauté, colère, feu, zèle, pudeur. Le SOUCI ET ORANGE chagrin. Le VERT espérance. Le VIOLET jalousie.

Nous pensons que ces trois petits tableaux, réunis à ce que nous avons dit précédemment sur ce qui compose les bagues hiéroglyphiques, pourront être de quelque utilité aux personnes qui désireraient en faire fabriquer. Il y a quelques années que ces sortes de bagues, dont l'anneau et le chaton sont dans le goût du XVIe siècle, étaient revenues à la mode; on a même cité la duchesse de Berry qui en a fait faire une dont la pierre est une chrysolithe, et le signe du zodiaque une balance.

III.

DU NOMBRE QUATORZE, RELATIVEMENT A HENRI QUATRE.

On a souvent parlé de ce nombre comme d'une singularité tenant à la vie de Henri IV; on a même plusieurs fois publié le résultat de quelques recherches à cet égard; mais on est bien éloigné d'avoir donné à ce sujet curieux tous les développements dont il est susceptible; c'est ce qui nous a engagé à lui consacrer un article plus ample que tout ce qui a paru jusqu'à ce jour. Nous y avons ajouté quelques accessoires de famille qui, nous l'espérons, n'y paraîtront point déplacés. Commençons par le nom du Héros:

14 Lettres composent le nom de HENRI-DE-BOURBON.

Le 14 décemb. 1553, naissance de Henri de Bourbon (depuis Henri IV), 14 siècles, 14 décades, et 14 ans après la naissance de J.-C. Notez que les quatre chiffres de ce milliaire 1553, additionnés entre eux, présentent le nombre 14.

Le 14 mai 1554, ordonnance de Henri II qui prescrit d'élargir la rue de la Féronnerie; l'inexécution de cette ordonnance cause le trépas de Henri IV, quatre fois 14 ans (56) après qu'elle est rendue.

Le 14 mai 1582, naissance de Marguerite de France, sœur de Charles IX et de Henri III, première femme de Henri IV.

Le 14 mai 1588, révolte de Paris contre Henri III, à l'instigation du duc de Guise.

Le 14 mars 1590, Henri IV gagne la bataille d'Ivry.

Le 14 mai 1590, la Ligue fait la fameuse procession racontée d'une manière si burlesque dans la satyre Ménippée.

Le même jour, Henri IV est repoussé des faubourgs de Paris.

Le 14 nov. 1590, le clergé de Paris et la Ligue prêtent serment de mourir plutôt que d'obéir au Béarnais (Henri IV).

Le 14 nov. 1591, le grand conseil de la Ligue s'assemble chez le curé de Saint-Jacques, pour aviser aux moyens de se défaire des politiques. Le lendemain vendredi 15, le président Brisson, Larcher, conseiller en la grand'chambre, et Tardif, conseiller au Châtelet, furent constitués prisonniers le matin et de suite pendus et étranglés.

Le 14 nov. 1592, le Parlement (la portion restée à Paris et attachée à la Ligue) enregistre la bulle par laquelle le pape (Clément VIII) donne pouvoir à son légat d'élire un roi en place de Charles X (le cardinal de Bourbon, mort le 9 mai précédent dans sa prison à Fontenai-le-Comte) et d'exclure du trône Henri de Bourbon.

Le 14 déc. 1592, la ville de Dun est remise sous la puissance du Roi.

Le 14 juillet 1593, le duc de Féria, ambassadeur d'Espagne, déclare que le Roi son maître (Philippe II) destinait sa fille Isabelle-Claire-Eugénie au duc de Guise. Le Conseil des seize l'avait demandée l'année précédente; ce qui avait mis en fureur le duc de Mayenne, qui, à son retour à Paris, fit pendre trois des seize sans forme de procès, et exila Bussi-le-Clerc, leur chef.

Le 14 janv. 1594, le Parlement de Paris proteste contre tout ce qui s'était fait antérieurement. Le Roi fait son entrée à Paris le 22 mars de la même année.

Le 14 avril 1594, les membres du Parlement de Paris qui, retirés à Tours, étaient restés fidèles au Roi, font leur entrée dans la capitale.

Le 14 avril 1599, le duc de Savoie (Charles-Emmanuel Ier), jusqu'alors ennemi de Henri IV, vient se réconcilier avec lui, et fait son entrée à Fontainebleau.

Le 14 octobre 1602, les députés des cantons Suisses entrent à Paris, et font un traité d'alliance avec la France.

Le 14 mars 1606, Henri IV allant faire la guerre au duc de Bouillon, recommande son fils au Parlement.

Le 14 sept. 1606, furent faites à Fontainebleau les cérémonies du baptême du Dauphin et de ses sœurs. Le Dauphin fut nommé Loys, (Louis), et ses deux sœurs, Christine et Elisabeth. C'est le cardinal de Joyeuse qui fut délégué par le Pape Paul V pour cette cérémonie et qui tint sur les fonts le Dauphin au nom de S. S.

Le 14 mai 1610, Henri IV, qui faisait l'admiration de l'Europe et le bonheur de la France, est poignardé dans son carrosse, sur les quatre heures du soir, par Ravaillac, à l'entrée de la rue de la Féronnerie. Ce prince était âgé de 56 ans et cinq mois, c'est-à-dire qu'il a vécu quatre fois 14 ans, 14 semaines, et quatre fois 14 jours.

Le 14 janv. 1611, Sully demande son congé à la Reine régente (Marie de Médicis) et quitte la Cour.

Le 14 mai 1643, mort de Louis XIII, fils de Henri IV; l'addition des quatre chiffres de ce milliaire (1643) donne 14. Nous avons vu précédemment que le milliaire de la naissance de Henri IV offrait la même singularité. Voilà donc la date de la naissance du père et celle de la mort du fils soumises également au nombre 14.

Nous permettra-t-on ici un petit épisode relatif à Louis XIII, et qui offre quelques rapprochements assez singuliers sur son titre numéral XIII? ce n'est qu'une unité de moins dans le nombre 14.

Lorsque Louis XIII a épousé l'infante d'Espagne, Anne d'Autriche, le 25 octobre 1615, on a remarqué

Que LOYS[146] DE BOURBON contient Et qu'ANNE D'AUTRICHE contient treize lettres; treize lettres;

[Note 146: Tous les rois du nom de Louis, qui ont précédé Louis XIII, se nommaient Loys, ou du moins ce nom s'écrivait ainsi. C'est à Malherbe que l'on doit le changement de Loys en Louis. Un jour Henri IV lui montrait une petite lettre que le Dauphin (Louis XIII encore enfant), venait de lui écrire; elle était signée Loys. Malherbe dit qu'il était assez content de la lettre, mais non de la signature qui était gothique, et qu'il fallait écrire d'une manière plus moderne et plus conforme à la prononciation. Dès-lors tous nos rois de ce nom ont signé Louis, et Loys est resté rélégué dans les vieilles chartes.]

Que ce prince avait treize ans Que cette princesse avait treize lorsque le mariage fut résolu; ans à la même époque;

Qu'il était le treizième roi de Que treize infantes du nom France du nom de Loys[147]; d'Anne d'Autriche se trouvaient dans la maison d'Espagne;

[Note 147: Ce rang (le treizième) me rappelle que Hugues Picardet, procureur général au parlement de Bourgogne, a publié des _Remontrances_ en cette Cour, _Paris_, 1618, _in-8º_, et que, dans la huitième de ces remontrances, il dit au jeune Louis XIII, en caractérisant ses douze prédécesseurs homonymes: «Plaise à Dieu de réunir en vous toutes les vertus de vos aïeux: la débonnaireté de Louys _premier_, la justice de Louys _second_, le courage de Louys _troisième_, la continence de Louys _quatriesme_, la libéralité de Louys _cinquiesme_, la piété de Louys _sixiesme_, la courtoisie de Louys _septiesme_, le bonheur de Louys _huictiesme_, la sainteté de Louys _neuviesme_, la constance de Louys _dixiesme_, la prudence de Louys _unziesme_, la bonté paternelle de Louys _douziesme_, et la valeur et clémence du grand Henri vostre père!»

La dédicace de ce recueil de _Remontrances_, adressée AU GRAND ROY DES ROYS, c'est-à-dire à Dieu, est fort singulière.]

Que Loys était de la taille Et Anne d'Autriche de la taille d'Anne d'Autriche. de Loys.

Encore un mot sur nos 14.

Le 14 mai 1643, Louis XIV, petit-fils de Henri IV, monte sur le trône. Nous avons déjà vu que les chiffres additionnés de ce milliaire donnent 14.

Ce prince est mort en 1715, milliaire qui offre également 14, et il a vécu 77 ans, nombre qui, dans son addition, forme encore 14. De sorte que le chiffre numéral de son titre, l'année de son avénement au trône, celle de sa mort, et la totalité des années qu'il a vécu présentent quatre fois le nombre 14.

On ne trouvera guère de nombres qui, dans l'histoire de France, aient autant de droits à la singularité des rapprochements.

IV.

QUELQUES SINGULARITÉS EXTRAITES D'ANCIENS REGISTRES DE L'ÉTAT CIVIL.

La première pièce légale relative à la tenue des registres de l'état civil, en France, est l'ordonnance de Villers-Cotterets, du 10 août 1539, qui enjoint de tenir en chaque paroisse un registre en forme de _preuves de baptesme_. Cependant il existait auparavant, mais en très-petit nombre, des espèces de registres de baptêmes, de mariages et de décès. Il faut dire qu'en général ces registres, avant et depuis l'ordonnance de 1539 jusqu'au XVIIIe siècle, ont été tenus de la manière la plus défectueuse et quelquefois la plus singulière. C'est ce que nous allons prouver par deux ou trois exemples puisés dans les anciens registres de quelques paroisses de Paris au XVIe et XVIIe siècles; par exemple, dans l'un de ceux de la paroisse de Saint-André-des-Arts, on trouve:

«Le xxije d'_aoust_ 1574, furent baptizées deux filles gemelles et de la mesme _ventrée_.» Charmante expression, très-délicate! mais aucun détail, aucune signature; on apprend seulement que l'une de ces deux petites eut pour marraine l'épouse du célèbre Ambroise Paré, (m. à Paris le 20 déc. 1590).

Dans un registre de Clignancourt, le curé de cette paroisse a ainsi enregistré un baptême:

«Le xxe _de décembre_ 1661, fut baptizée la fille d'Estienne Lemire, laboureur. C'est la dixième de suite sans aucun masle, et toutes les autres sont vivantes.» Rien de plus.

L'article suivant est puisé dans un des registres du curé de la Villète:

«Le xxxe _juing_ 1644, j'ai célébré un service pour le repos de l'âme de François Caignet, mon bon ami, lequel a donné plusieurs choses à mon église. _Signé_ COTTEREAU _et ami_.»

Le successeur de ce M. Cottereau s'exprime ainsi dans un autre acte:

«Le xxje _décembre_ 1675, a esté enterré Jean Tessier, laboureur, homme très-doulx, très-paisible, fort respectueux et très-déférent envers ses pasteurs.»

Il est présumable que le registre de la paroisse Saint-Landry servait de mémorial au vicaire. Ce bon prêtre y détaille naïvement les étrennes qu'il a reçues au commencement de l'année 1630 pendant quatre jours; voici le résumé de ces étrennes:

«Onze bouteilles de vin, dont deux de blanc; »Quatre boistes de conserve; »Trois chapons, dont un prêt à mettre à la broche; »Trois livres de bougie; »Deux fort bons fromages; »Deux grands pots de beurre; »Une bouteille d'hipocras[148]; »Un lapin de garenne, une langue fumée, un gâteau et une talmouse; »Une douzaine de serviettes; »Une pistole d'Espagne, trois escus d'or.»

[Note 148: L'hypocras était un breuvage agréable, une espèce de vin de liqueur composé de divers ingrédients dont un vin léger et délicat était la base. Il y en avait plusieurs espèces; l'une des plus anciennes recettes est celle que donne le vieux Taillevent, célèbre cuisinier du roi Charles VII. «Pour une pinte, dit-il, prenez trois treseaux (3 gros) de cinnamome fine et parce, ung treseau de mesche, ou deux qui veult; demi-treseau de girofle, et de sucre fin six onces, et mettez en pouldre; et la fault toute mettre en ung coulouoir avec le vin, et le pot dessoubs, et le passez tant qu'il soit coulé, et tant plus est passé et mieux vault, mais qu'il ne soit esventé.» Cette recette de Taillevent est, comme son style, un peu surannée.

«Pour préparer l'hypocras des grands seigneurs, dit le docteur Pegge, prenez du gingembre, de l'anis et du sucre. Quant à l'hypocras du peuple, il se fait avec de la canelle, du poivre et du miel clarifié.» Mais de toutes ces anciennes liqueurs, la seule qui mérite un souvenir, est l'infusion de suc d'oranges de Séville avec le sucre dans un vin léger. En général, l'hypocras se faisait et se fait encore avec du vin, du sucre, de la canelle, du girofle, du gingembre et autres ingrédients. On en fait du blanc, du rouge, du clairet, du framboisé, de l'ambré, etc., etc.]

A la suite d'un acte d'inhumation du 29 octobre 1650, M. le vicaire nous fait part de l'anecdote suivante:

«M. de Saint-Paul (_son curé_) me commanda d'aller dîner avec lui, où de sa grâce, je fis bonne chère: _vivat ad multos annos!_»

C'est fort bien; mais peut-être cette bonne chère, prise un peu copieusement, occasionna-t-elle à M. le vicaire quelques remords d'estomach ou d'entrailles, car le lendemain, à la suite d'un acte de convoi funèbre, il écrivit ces mots:

«J'ai pris un lavement pour apaiser une colique.»

On ne conçoit pas en vérité comment on pouvait consigner de pareilles niaiseries dans des registres destinés à conserver le souvenir d'actes aussi importants que les naissances et les décès.

Quelquefois aussi MM. les curés relataient sur ces mêmes registres, entre un acte de baptême et un acte de mort, quelque événement récent qui tenait aux troubles du moment; et, comme on le pense bien, l'esprit de parti s'y manifestait clairement. Par exemple, le curé de Saint-André-des-Arts (Christophe Aubry), après avoir enregistré la naissance d'un enfant né le 23 décembre 1588, raconte ainsi le meurtre du duc de Guise; nous rendons littéralement ses expressions copiées sur le registre:

«En ce mesme jour du sabmedi XXIVe décembre 1588, est venu un courrier de la ville de Blois, qui a apporté nouvelles comme M. le duc de Guise avoit esté tué et massacré le vendredi précédent (23 _déc._) au cabinet du Roy, luy estant présent, lequel sieur estoit allé à son service à l'assemblée des estats; faict trop exécrable et qui ne demeurera pas impuny; _anima ejus requiescat in pace, amen!_

»Et encore non content, comme estant possédé du diable, comme il est vraisemblable, a depuys faict massacrer le cardinal de Guyse, et non pour autre cause sinon qu'ilz s'oposoyent aux entreprises du Biarnoys qui se dict roy de Navarre, héréticque, excommunié, que ledict roy, jadis[149] roy de France, nommé Henry de Valoys, vouloit instaler après luy à la couronne de France contre la volonté de nostre sainct Père le Pape Sixte cinquiesme qui l'en avoit jugé indigne pour sa mauldicte hérésie et pour avoir esté relaps[150].»

[Note 149: Ce mot _jadis_ prouve que le curé de Saint-André-des-Arts et les autres ecclésiastiques ligueurs regardaient Henri III comme déchu de la couronne par ce seul fait.]

[Note 150: Cela prouve qu'alors on attribuait encore au Pape le droit de priver un souverain de sa couronne.--Par la suite, on a tellement rougi de pareils actes et de pareilles opinions, qu'on a biffé sur le registre en question, la note que nous venons de transcrire. Mais l'écriture n'a pas été tellement effacée qu'on ne puisse très-bien la lire.]

Sur le même registre, à la suite d'un acte de mariage du 31 juillet 1589, on lit:

«Le 1er jour d'aoust 1588, Henry de Valoys jadis roy de France, s'estant armé avec ses héréticques, et le roy de Navarre et ses consorts estant à Saint-Cloud pour assiéger Paris, ayant donné le pillage à toutes sortes de larrons desquels il estoit accompaigné, ayant practiqué beaucoup de traistres dans ladicte ville, et ayant juré la mort de toutes sortes de gens de bien, permectant seulement de saulver les héréticques et leurs adhérents pour puys après ruiner l'église de Nostre Seigneur et planter l'hérésie au beau milieu de la France. Par un juste jugement de Dieu qui ne permet regner longuement, un si pervers tiran et hipocrite[151] a esté tué par un religieux à l'ordre des Jacobins, nommé frère Jacques Clément, lequel religieux a esté tué à l'heure mesme par les satellites dudict Henry. _Anima ejus requiescat in pace!_[152]»

[Note 151: Nous sommes bien éloigné de prendre la défense du caractère faible et de la conduite légère, vacillante et blâmable de Henri III; mais méritait-il les infames calomnies répandues dans cette note, sur ses principes religieux? Non; ce prince était très-catholique, et jamais il n'a eu l'intention de favoriser l'hérésie; au contraire, il était dévot jusqu'à la superstition. Mais on voulait un bouleversement dans l'Etat pour favoriser l'ambition des Guises, et il fallait bien ameuter le peuple contre la Cour. C'est donc par d'atroces calomnies semées à profusion contre les Valois qu'on en est venu à bout.]

[Note 152: On a vu des écrivains assurer que Jacques Clément n'avait point été l'assassin du Roi, mais que c'était un homme sûr que le gouverneur de Vincennes lui adressait. On fit entrer cet homme à Surennes dans un cabaret où on le tua. On lui prit ses papiers que l'on remit au véritable assassin du Roi, qu'on avait revêtu d'une robe de feuillant. Ces écrivains s'appuient sur ce que l'assassin ayant été massacré dans l'appartement du Roi, on ne put le reconnaître parce qu'on l'avait défiguré. Cette anecdote est hors de toute vraisemblance. Le culte insensé que l'on a rendu au vil assassin après son crime et sa mort, en fait foi; il devait être très-connu dans son couvent, et peut-être chez la duchesse de Montpensier.]

Voici encore une autre pièce; mais celle-ci n'est pas, comme les précédentes, superflue dans un registre de l'état civil; c'est l'acte de décès du président de Thou:

«Le lundy huictiesme jour de may 1617, fut inhumé en l'église de Sainct-André, à neuf heures du matin, en la cour de sa chapelle, messire Jacques-Auguste de Thou, conseiller du Roi en ses conseils d'estat et privé, et président en la Cour, qui estoit décédé le jour précédent en sa maison, environ une heure après midy, en présence de plusieurs notables personnes, comme le révérend père Domogier, prieur des Chartreux de ceste ville; M. Perrot, conseiller en la Cour; M. de Bonœil, M. Rigaut, avocat, et plusieurs autres devant lesquels il déclara que tout ce qu'il avait escrit, il le remettait au jugement et à la censure de l'église catholique, apostolique et romaine, et suivant le discours qu'il m'avoit tenu à moy soubsigné vicaire, parlant à luy le sixiesme jour de ce dict moys, après lui avoir donné et administré les sacrements le jeudy de l'Ascension, infirme de corps, mais fervent et vigoureux d'esprit et d'entendement. _Ego vidi, ego audivi, et ut testis omnibus significavi_; et ce mesme jour huictiesme, fut rapporté le corps de madame sa femme de sa maison de Villeroy, où il fut transporté le jour de feste de la Magdeleine de l'année dernière pour y estre inhumée selon le dessein du deffunct. _Animæ eorum requiescant in pace!_»

Nous ne prolongerons pas ces notes et actes copiés sur les anciens registres de l'état civil à Paris. Le peu que nous en avons rapporté suffit pour prouver l'exactitude, le soin et l'attention que l'on mettait à tenir ces registres dans les XVIe et XVIIe siècles. Nous n'avons parlé que des naissances et des décès; nous ajouterons que les actes de mariage étaient enregistrés avec le même soin. On trouve par exemple:

«Le lundy viije _juing_ 1545, furent espousés Romain Langlois et Germaine Carre, serviteurs.» Point d'autres détails.

»Le xxive _octob._ 1568, Henry et Jehanne Jacquin ont esté espousés en l'église.» _Idem._

»Le xvje _juing_ 1597, ont été mariés Olivier Darve, de la paroisse Saint-Eustache, et Magdelaine de Lacroix, de cette paroisse.» Rien de plus, point de mention de publication de bancs, point d'assistance de témoins; parfois on ne mettait que les prénoms et on laissait en blanc les noms.

On conviendra que voilà de singuliers registres d'état civil; et au bout de deux ou trois générations, il devait être facile de reconnaître les filiations, les degrés de parenté, les droits en résultant, etc.! (VOY. sur l'origine des registres en question, _Mélanges littéraires, philologiques_, etc., par Gabriel Peignot; Paris, 1818, _in-8º_, mais surtout les _Recherches sur la législation et la tenue des actes de l'état civil_, par M. Berriat-Saint-Prix, pp. 245-293 du tome IX des _Mémoires sur les Antiquités nationales et étrangères_; Paris, 1832, _in-8º_. Ces recherches sont très-curieuses; nous y avons puisé les principales citations de cet article.)

V.

D'UN CERTAIN USAGE DANS L'INDE.