Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2
Part 9
Des Murs metoyens[30] de vingt pouces d’épaisseur par bas avec jambes de pierre de Taille dure sous les poutres, le restant desdits murs avec moellon piqué et enduit des deux cotez, la toise superficielle 18 livres.
[30] Métoyen, pour mitoyen, étoit aussi de la prononciation populaire. Félibien lui-même l’emploie, p. 666.
Des Murs de refend depuis le retz chaussée en amont de quinze à seize pouces d’épaisseur, avec une assise de pierre dure par bas, faisant parement des deux côtez et parpins[31] entre deux quarteaux, un avec pieds droits et fermetures de portes, de pierre de saint Leu à chaque étage, le restant desdits murs avec moellon piqué, enduit par dessus des deux cotez, la toise superficielle 18 livres.
[31] Le mur de parpin, ou parpaing, est formé de pierres qui en traversent l’épaisseur.
Des Murs de chiffres[32] de quinze pouces d’épaisseur avec deux assises de pierre dure par bas, et le reste de saint Leu, la toise superficielle 25 livres.
[32] C’est-à-dire faits de pierres entrelacées, comme des chiffres ou «entrelas».
Des Marches moullées[33] en Pierre dure d’Arcueil pour les grands escaliers, la toise superficielle 30 livres.
[33] Celles qui ont une moulure, avec filet, autour du giron.
Les Marches non moullées 25 livres.
Et celles des descentes de caves 20 livres.
Des Murs de chiffres desdites descentes de caves de quinze pouces d’épaisseur avec une assise de pierre dure par bas, la toise superficielle 12 livres.
Des Murs de puits ayant deux assises de Pierre dure d’Arcueil cramponées et une mardelle[34] au dessus de ladite pierre d’une seule pièce, lesdites assises enterrées dans le retz de chaussée et levées de deux pieds et demy de haut jusque sous ladite mardelle, le restant au dessous jusque sur le roüet[35] avec moellon dur piqué et posé par arrases[36] egales de dix huit pouces d’épaisseur, la toise superficielle 25 livres.
[34] Pour margelle. Encore une mauvaise prononciation des artisans de ce temps-là, et de quelques-uns de celui-ci.
[35] C’est-à-dire le treuil où s’enroule la corde du puits.
[36] Nous dirions aujourd’hui assises.
Des souches de Cheminées de brique[37] avec plinthes et fermetures de pierre de saint Leu sans compter de plus valeur pour ladite pierre, la toise superficielle 14 livres.
[37] Partie d’un corps de cheminée qui s’élève au-dessus du toit.
Des Bornes de pierre dure de quatre pieds de long, posées en place sur un massif d’un pied d’épaisseur, maçonnées et scellées en plâtre pur, la pièce 11 livres.
Des Murs de cloture de dix huit pouces d’épaisseur avec moellon dur posé par arrases égales en mortier de chaux et sable, crepis des deux cotez, la toise superficielle 14 livres.
Des Murs aussi de cloture maçonnez avec pareil moellon apparent et posé à bain de mortier de terre[38], la toise superficielle 8 livres.
[38] C’est-à-dire en plein mortier: «les maçons, lisons-nous dans le curieux _Manuel lexique_ de l’abbé Prévost, t. I, p. 108, disent qu’une cour est pavée à bain de mortier, pour signifier qu’il y a du mortier en abondance.»
Le Pavé de pierre de taille dure posé en mortier de chaux et sable, la toise superficielle 28 livres.
Le Pavé noir et blanc 32 livres.
QUALITEZ ET COUPE DE LA PIERRE.
La Pierre dont on se sert dans les batimens à Paris, se tire des Carrières d’Arcueil, Bagneux, fauxbourg S. Jacques, fauxbourg S. Marceau et Vaugirard[1]; la meilleure de toutes celles que l’on tire aux Carrières du fauxbourg S. Jacques, d’Arcueil et de Bagneux, coûte rendue à l’atelier 10 à 12 sols le pied cube suivant la grandeur des morceaux dont il n’y en a au plus que deux à la voye, ou sinon le prix diminue: car les morceaux de 4, 5 ou 6 à la voye ne passent que pour libages et se payent depuis 4 jusqu’à 5 livres la voye.
[1] «Les meilleures espèces de pierres de taille, libages et moellons, se tirent des carrières d’Arcueil et de Mont-Rouge.--Il y a d’autres carrières, d’où l’on tire d’assez bonnes sortes de marchandise, vers le Marché-aux-Chevaux et à la vallée de Fecan.» (Édit. 1691, p. 38.) Le marché aux Chevaux étoit, où il se trouve encore, au faubourg Saint-Marceau, près du boulevard de l’Hôpital. Quant à la vallée de Fécamp, on appeloit ainsi une partie de la rue de Charenton à son extrémité, dans la campagne. Les carrières de Vaugirard commençoient presque dans Paris, derrière les Chartreux, voisins, comme on sait, du Luxembourg. Les meilleures même étoient dans cette partie. C’est avec le liais de la carrière des Chartreux et celui de Senlis que fut bâti le Louvre.
La meilleure pierre qui se tire encore auxdites Carrières du fauxbourg S. Jacques, d’Arcueil et Bagneux, est le Liais[2], dont il y en a de deux qualitez, sçavoir, Liais doux et Liais faraut[3], le Liais doux est de deux bancs différens dans la Carrière; le premier est de bas appareil[4] qui vaut 20 à 25 sols le pied carré pris sur son lit, sans avoir égard à sa hauteur, qui n’est que de 7 à 8 pouces.
[2] «La pierre, dit Palissy (édit. Cap, p. 294), que les Parisiens appellent _liais_.» Buffon (_Minéral._, t. I, p. 341) en a, comme Félibien cité tout à l’heure, vanté l’excellence et notamment la dureté, «qui lui vient, dit-il, de ce qu’elle est surmontée de plusieurs bancs d’autres pierres, dont elle a reçu les sucs pétrifiants».
[3] Les ouvriers prononçoient ainsi, mais le vrai mot est «liais-féraut». Il résiste au feu, et c’est pour cela qu’on l’employoit, au dernier siècle, pour faire les jambages des cheminées.
[4] C’est-à-dire par petits fragments, sans épaisseur.
Et le haut appareil qui porte 12 à 13 pouces vaut 40 à 50 sols le pied carré, le tout rendu à l’atelier.
Cette Pierre coute 40 à 50 sols la toise pour la taille polie au grais, et celle d’Arcueil coute 28 à 30 sols la toise coulante.
Le Liais faraut ne coute que 20 sols le pied carré, mais on n’en employe que rarement, parce qu’il est difficile à travailler.
La Pierre du fauxbourg saint Marceau et Vaugirard coute 4 à 4 livres 10 sols la voye, et coute 18 à 20 sols la toise à tailler.
Le Moellon[5] que l’on tire dans lesdites Carrieres, coute, savoir, celuy du Fauxbourg saint Marceau, saint Jacques, Bagneux, Pacy et Vaugirard[6], 17 à 18 livres la toise selon l’éloignement; celuy des Carrières d’Arcueil coute 18 à 20 livres.
[5] Blegny donne la véritable orthographe, que n’avoit pas adoptée Richelet, et dont on se départit au XVIIIe siècle pour la reprendre de nos jours. L’abbé Prévost la regrettoit: «On devroit, dit-il, écrire _moellon_, et non _moîlon_, puisqu’il vient de moelle.» (_Manuel lexique_, t. II, p. 97.)
[6] Celui d’Arcueil et celui de Saint-Maur, oubliés ici, passoient pour être les meilleurs, comme on l’a vu plus haut. Celui de Passy étoit le moins estimé.
On employe dans les batimens beaucoup de Pierre que l’on tire des Carrieres de saint Leu, de Serans près Chantilly; elle n’est bonne qu’à 4 ou 5 pieds de terre: c’est pourquoy on employe la Pierre dure des Carrières précedentes au retz de chaussée et le saint Leu au dessus; on la vend sur le port vers la porte de la Conférence[7] 4 livres 10 sols à 4 liv. 15 sols le tonneau, lequel contient 14 pieds cubes; cette Pierre est fort tendre, facile à travailler, et devient dure en œuvre par une croute qui se forme dessus; elle resiste à la gelée et à tous les autres mauvais temps, elle ne coute à tailler que 8 à 9 sols la toise courante, tous paremens veus sur un pied de haut.
[7] On sait qu’elle étoit située entre la Seine et l’extrémité orientale de la terrasse des Tuileries. Le port où se déchargeoient les pierres de Saint-Leu, comme le constate aussi La Tynna, étoit au bas. Il n’existe plus. Le port aux pierres est transféré de l’autre côté, un peu plus en amont, au-dessous du quai d’Orsay. Les pierres de Saint-Leu et de Senlis étoient à peu près les seules qu’on y débarquât. Les autres étoient apportées à pied d’œuvre des carrières mêmes qui avoisinoient Paris, «car, dit Félibien, p. 65, il semble que la nature même ait de tout temps voulu pourvoir aux besoins de cette grande ville, puisque toutes les choses nécessaires pour les édifices qu’on y fait se trouvent sur le lieu même.»
On scie les Pierres dures dont il est parlé ci-devant[8] afin de menager la pierre et même il est indispensable de le faire pour les apuis des croisées, seuils de portes, pavé de pierre, marelles[9], etc. On paye le sciage toisant un seul parement des deux qui viennent de chaque trait de scie à 4 sols, même 4 sols 6 deniers le pied carré.
[8] On les scioit comme le marbre dans les Pyrénées, d’après le procédé récemment inventé par Misson, avec des scies qui tournoient et scioient le marbre ou la pierre sur place. (Félibien, p. 736.)
[9] Lisez margelle.
Lors que les morceaux que l’on veut scier sont trop courts, on en joint plusieurs bout à bout de la longueur de la scie, ce qui est aussi tôt fait que si on scioit un seul petit morceau.
On scie aussi la Pierre de saint Leu, lorsque les morceaux sont d’une grandeur propre à en tirer deux pour mettre en œuvre, ce qui est d’un grand menage, parce qu’outre que cela epargne la pierre, on profite de deux paremens qui ne sont pourtant pas de conséquence comme à la Pierre d’Arcueil et de Liais, on donne du pied carré pour le Sciage à ne toiser qu’un des deux paremens 9 à 12 deniers.
On employe aussi de la pierre dure que l’on tire des Carrieres de S. Cloud[10], elle est fort blanche et bonne, on la scie comme les précédentes, elle coûte 14 à 15 sols le pied cube.
[10] Il en a déjà été parlé plus haut.
On tire desdites Carrières des pierres fort longues dont on fait des colonnes d’une seule pièce, et qui resistent au fardeau et à la gelée.
OUVRAGES ET FOURNITURES
DE CHARPENTE.
Les Charpentiers Entrepreneurs des batimens du Roy entreprennent aussi pour le public.
Entre les autres Maitres Charpentiers qui font des entreprises considérables, sont Mrs Petit père et fils[1] près la porte Montmartre, Guilbert[2] sur l’aile du Pont Marie[3], le Sage porte saint Antoine, Guesnier, rue [4], etc.
[1] Antoine Petit et Gaspard Petit. Ils avoient encore, en 1702, leur chantier près la porte Montmartre.
[2] Lisez Gilbert.
[3] C’est l’espace, formant une espèce de port, qui est au bas du Pont-Marie, du côté du quai des Ormes. Gilbert n’y étoit plus en 1702. Il avoit transféré son chantier au faubourg Saint-Antoine, rue de Lappe.
[4] Blegny, qui ignore son adresse, ne savoit guère mieux son nom. Il s’appeloit Jean Guemier, et demeuroit au bout de la Villeneuve, près de la porte Saint-Denis.
Le bois de Charpente arrive pour la plus grand’part au Port au plâtre[5] et à l’Isle Louvier[6].
[5] A Bercy, près d’un cimetière de protestants. C’est aujourd’hui la rue des Charbonniers.
[6] Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, ce ne fut qu’un dépôt pour le foin, les fruits, les bois de menuiserie et de charpente. On n’en fit plus ensuite qu’un immense chantier de bois à brûler.
Mrs Lion et Patissier Marchands de bois Carré, rue des fossez S. Victor, ont beaucoup de bois de Charpente dans leurs Chantiers.
Le prix ordinaire du cent de Bois de Charpente[7] pour combles, planchers, cloisons, pands de bois, escalier, etc., mis en œuvre et toisé aux us et coutume de Paris, est de 330 jusqu’à 340 livres, si ce n’est lorsque le bois des planchers est apparent qu’il va jusqu’à 360 livres[8].
[7] «A Paris, le bois de charpente se vend au cent de pièces. La pièce doit avoir douze pieds de long et six pouces en quarré: de sorte qu’elle contient trente-six pouces sur douze pieds de long.» Félibien, p. 117.
[8] Ce prix, en 1734, c’est-à-dire quarante-trois ans après, avoit presque doublé: «Montant du cent de bois façonné... 612 livres. _Prix de 1734._» (_Journal du Citoyen_, p. 385.)
Les Poutres et tirants au dessus de quatre toises de longueur, et les Solives au dessus de dix huit pieds de long, valent depuis 380 jusqu’à 400 livres le cent, et même depuis 410 jusqu’à 430 livres si les pièces sont apparentes.
On paye depuis 70 jusqu’à 75 livres pour le cent de vieux bois de chêne façonné et mis en œuvre.
Les Charpentiers tiennent compte du vieux Bois de chêne provenant des démolitions sur le pied de 200 livres le cent, celuy de Sapin sur le pied de 150 livres.
_Nota_, qu’avant la démolition on toise le vieux Bois, que l’on donne en compte aux Charpentiers, mais dans le toisé on ne comprend point le bois au dessous de trois pieds de longueur qui demeure au profit des bourgeois, et les Charpentiers en tiennent compte à 170 livres le cent.
Lorsque tous les ouvrages de Charpente sont de sujettion et d’assemblage, et qu’il n’y a aucuns planchers à faire, on les paye depuis 450 jusqu’à 500 livres le cent.
Le cent de Bois carré de saint Dizier[9] se vend sur les Ports du lieu 150 livres le cent, et il coute d’ailleurs 60 livres de voiture jusqu’à Paris.
[9] On y fait encore, par la Marne, un grand commerce de bois et planches de sapin.
La toise de Bois carré de 18, 20 à 21 pouces de grosseur vaut sur les Ports de Paris[10], 11 à 12 livres.
[10] C’est sur ces ports, dont nous avons parlé plus haut, que les experts-jurés devoient, même à l’exclusion des maîtres, visiter les bois à bâtir et non ouvrés.
Le Bois carré se vend dans les Chantiers de Paris depuis 250 jusqu’à 260 livres le cent, non compris le gros bois, si ce n’est de 15 à 18 pieds de long.
Le cent de Poteaux et Solives se vendent sur le Port environ 200 livres, et dans les Chantiers depuis 230 jusqu’à 240 livres.
Les pièces de Bois carré propre à faire des Poutres de 4 toises de long et de 18 à 20 pouces de grosseur valent environ 100 livres, celles de 4 à 5 toises depuis 45 jusqu’à 50 écus, et celles de 5 à 6 toises environ 200 livres.
OUVRAGES ET FOURNITURES
DE COUVREURS.
Les Entrepreneurs des Couvertures des Batimens du Roy dénommez en l’article fait exprès, entreprennent aussi pour le public.
Entre les autres Maitres Couvreurs de Paris qui font des entreprises considérables, sont Messieurs Rottier rue saint Joseph, Bourgoin rue Françoise près l’Hôtel de Bourgogne[1], etc.
[1] Il s’établit plus tard à l’apport-Paris. Ses noms étoient Pierre Bourgoing.
M. Bidot rue saint Martin au Colombier, tient magasin d’ardoises d’Anjou[2].
[2] On ne se servoit à Paris que de ces ardoises et de celles de Mézières, qui étoient moins estimées.
Il y a d’ailleurs des magasins d’Ardoises sur le quay de la Tournelle[3] et sur le quay neuf[4] où l’on vend encore Briques, Tuiles et Carreaux.
[3] Au port des Miramionnes. On y débarquoit aussi les tuiles et les briques, comme on verra un peu plus loin. Il en avoit pris le nom de «port aux tuiles et ardoises».
[4] Le quai Le Pelletier, comme on l’a vu plus haut.
La Tuille commune se fabrique en divers endroits du fauxbourg saint Antoine.
Il y a au bas de Passy une Tuillerie où l’on fait une sorte de Thuille meilleure, et plus chère[5].
[5] Les tuileries avoient été nombreuses de ce côté, depuis Passy jusque bien au-delà d’Auteuil. Il en est parlé dans un titre de 1233, à propos d’un droit qu’y percevoient les génovéfains de Paris. Celle dont il est parlé ici fut une des dernières, du moins sous Passy.
La Thuille de Bourgogne se décharge sur le quay de la Tournelle, on tient que c’est la meilleure espèce de Tuilles.
Le bardeau de Douves de tonneau est façonné par les Menuisiers.
Pour ce qui est des Ouvrages de couvreurs, ils se payent ordinairement suivant le tarif qu’on va lire.
La Toise carrée de couverture d’Ardoyses avec lattes et contrelattes de chêne de trois pouces neuf lignes de pureau[6], se paye à neuf livres la toise carrée, ou seulement à vingt cinq sols pour façon en fournissant par l’entrepreneur les ardoises, clouds et lattes.
[6] «Le _pureau_ d’une tuile, dit Félibien, est la partie qui est à découvert et qui n’est pas cachée par les autres.» _Des principes de l’Architecture_, 1676, in-4º, p. 711.
La Toise carrée de couverture d’Ardoises sortes de cartelettes[7] pour les dômes depuis deux jusqu’à trois pouces de pureau lattées comme aux precedentes à 16 livres.
[7] Ou petites cartelles, c’est-à-dire planchettes.
Le millier d’Ardoises communes vaut vingt huit livres, et le millier de fortes depuis 36 jusqu’à 40 livres.
Les couvertures de tuille neuve du grand moule de Passy ou du fauxbourg saint Germain[8], latées de quatre pouces de pureau ou échantillon, se payent à sept livres la toise carrée.
[8] Le faubourg Saint-Germain avoit eu ses tuileries, qui se rattachoient à celles du Petit-Vaugirard et de Vaugirard. Il en existe encore un souvenir dans le nom de _la Cour des vieilles Tuileries_, située à l’extrémité de la rue du Cherche-Midi, qui, elle-même, s’étoit longtemps appelée ainsi, depuis la rue du Regard, jusqu’à la rue du Petit-Vaugirard. En 1389, il est déjà parlé des «Tuileries près Saint-Germain des Prés». _Reg. crimin. du Châtelet_, 1389-1392, t. I, p. 20.
Pour façon en tout fournissant quinze sols en batimens à lucarnes, et huit sols en simple grange.
Les couvertures de tuilles neuves du grand moule de Passy à claire voye, lattées comme dessus, se payent à quatre livres quinze sols la toise carrée.
La toise carrée de trente six pieds de superficie, se paye de quinze à vingt sols pour les recherches.
La couverture de tuille maniée à bout, latée de neuf, découverte et recouverte, se paye pour chaque toise de trente six pieds de superficie à 4 livres.
Les recherches[9] de couvertures d’Ardoises, et raccommodement des anciennes combles[10] dans les ouvrages neufs, à une livre cinq sols la toise carrée.
[9] «En termes de couvreurs et de paveurs, lisons-nous dans le Manuel lexique de l’abbé Prévost, t. II, p. 339, on appelle _recherche de pavé, recherche de couverture_, la réparation qui s’y fait lorsque l’on met de nouvelles ardoises ou de nouvelles pierres à la place de celles qui manquent.»
[10] Ce mot avoit été d’abord du féminin, mais l’usage auquel se conforma l’Académie lui avoit donné enfin le genre qu’il a gardé.
OUVRAGES ET BOIS
DE MENUISERIE.
Les Menuisiers Entrepreneurs des Batimens du Roy, cy devant designez, entreprennent aussi pour les particuliers les ouvrages considérables.
Entre les autres Maîtres Menuisiers qui font de pareilles entreprises, sont Messieurs de Sanceaux rue Royale quartier saint Roch, Girard et Senincourt à la Ville neuve, Marteau au coin de Rome[1], Saint Blimont devant saint Martin des Champs, du Coing rue Couture saint Gervais, etc.
[1] On disoit aussi cul-de-sac de Rome. C’étoit une impasse de la rue Frépillon, qui devoit son nom à l’enseigne du «puits de Rome», dont nous ignorons l’origine, et qui se voyoit encore il y a trente ans figuré en or sur plaque de marbre noir.
M. Paillard Menuisier de l’Opéra fort entendu dans les machines[2], demeure rue Fromenteau[3].
[2] Il existe aux Archives Nationales un manuscrit contenant un certain nombre de ces machines de l’Opéra au XVIIe siècle. Elles ont été reproduites en partie dans le _Magasin pittoresque_ de 1867, p. 283, 331, 379.
[3] Ce sont les menuisiers, et non les charpentiers, qui étoient aussi chargés de fournir les estrades et les châssis à tentures pour les grandes cérémonies. Monteil possédoit un manuscrit des _Menus plaisirs_, année 1678, où on lisoit: «A Nicolas Hertier, menuisier du Roi, la somme de 940 livres pour les menuiseries qui étoient nécessaires à la cérémonie des cinq _Te Deum_ chantés pour les victoires du Roi.»
Le plus grand’ aport du bois carré pour la Menuiserie, arrive à l’Isle Louvier[4].
[4] _V._ une des notes précédentes, p. 116.
Les planches chevrons et autres bois de batteaux se trouvent à la Grenouillière et sur le Port saint Paul.
Il y a des Chantiers de bois de Menuiserie dans presque tous les quartiers de Paris, où il est débité en détail aux Bourgeois et Menuisiers.
Le prix ordinaire des croisées à panneaux de verre avec chassis dormans et volets brisez aboument[5], de 4 pieds à 4 pieds et demi de large le pied courant mesuré sur la hauteur seulement.
[5] Lisez «à bouvement». C’étoit une certaine espèce d’assemblage, pour laquelle on employoit le bouvet, sorte de rabot.
Les Croisées sans volets pour les escaliers de pareilles largeurs et mesurez de même, le pied 30 à 35 sols.
Les Croisées à carreaux de verre, avec volets brisez aboument[6] et de pareille largeur, le petit bois orné d’un quart de rond et deux cartez à chacun, le pied de hauteur 3 l. 5 à 3 l. 10.
[6] Même note que la précédente.
Les Croisées aussi à carreaux de verre sans volets comme les precedens, le pied de hauteur 40 à 45 sols.
Les Chassis à carreaux de verre à coulisse[7] dont le petit bois de chêne semblable au precedent, sur 4 pieds de large, le pied de hauteur 36 à 38 sols.
[7] C’est ce qu’on appela depuis des croisées à guillotines. Le châssis à panneaux de verres étoit immobile et à demeure, tandis que le châssis à carreaux de verres et à coulisse se mouvoit de bas en haut, et _vice versâ_.
Les Chassis à papier[8] aussi de bois de chêne à coulisse de 4 pieds de large avec meneaux[9] arrondis comme les precedens 25 sols le pied de hauteur.
[8] Richelet, au mot «châssis», nous donne la définition de ce «châssis à papier»: «Clôture de bois qu’on rabotte, et qu’on fait par carreaux, sur laquelle on colle du papier qu’on huile, et qu’on met ensuite aux croisées des fenêtres devant les vitres, afin que la chambre soit plus chaude.»
[9] C’est ce que nous appelons «les montants».
Le Parquet[10] de bois de chêne dont le basti[11] aura un pouce et demi d’épaisseur, les panneaux et frises un pouce, le tout en œuvre bien assemblé et posé sur lambourdes[12] de 3 à 4 pouces de grosseur la toise carrée 25 livres.
[10] «Le parquet, dit Félibien, p. 682, est un assemblage de pièces de bois qui font un compartiment en quarré, ou d’une autre manière, pour servir au lieu de pavé dans les chambres, sales et cabinets.» L’usage alors en étoit encore nouveau.
[11] «Le bâti», l’encadrement.
[12] Pièces de bois mises de distance en distance sur un plancher, pour servir d’appui au parquet.
Le Parquet de même bois de chêne dont les bastis de 2 pouces d’épaisseur, les panneaux et frises un pouce et demi, le tout en œuvre posé aussi sur même lambourdes, la toise carrée 30 à 36 livres.
Les Planchers d’ais de chêne d’un pouce d’épaisseur en œuvre assemblez à raineure et languette, mis en place sur lambourdes de 3 à 4 pouces de grosseur espacées de 12 à 15 pouces de milieu en milieu, la toise carrée 12 à 13 liv.
Les Planches d’ais[13] de chêne d’un pouce et demi d’épaisseur avec les conditions precedentes, la toise carrée 15 à 16 liv.
[13] «L’ais», comme on voit, n’étoit pas la planche, mais la feuille de bois dans laquelle on tailloit la planche.
Les Cloisons[14] d’ais de chêne de 15 lignes d’epaisseur en œuvre dressées et rabotées des deux cotez, assemblées à reineures et languettes[15] avec coulisses par bas, et par haut, et avec poteaux et linteaux de 3 à 4 pouces de grosseur au droit des portes qui seront compris dans le prix cy-après 15 livres la toise carrée.
[14] Les cloisons ne se faisoient pas encore avec des briques et du plâtre, mais seulement en bois; aussi les appeloit-on, selon Félibien, p. 531, _pans de bois_ ou _colombages_. Richelet les définit ainsi: «Séparation qu’on fait par le moyen de quelque charpenterie dans quelque chambre et autre lieu de la maison.»
[15] Par la languette, on assujettissoit «l’ais» dans la rainure.
Lesdites Cloisons rabotées d’un seul coté 14 liv. la toise carrée.
N’étant point rabotée 12 liv.
Les Cloisons d’ais de chêne d’un pouce et demi d’epaisseur avec les qualitez précedentes, la toise carrée 18 liv.