Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Part 8

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[35] Jean-Baptiste Belin de Fontenay, de Caen: «Il avoit, dit d’Argenville, un vrai talent pour peindre les fleurs.» Aussi est-ce comme peintre-fleuriste qu’il fut reçu à l’Académie, le 30 août 1687. Il mourut le 12 février 1715, à soixante-un ans.

[36] Claude Huilliot, de Reims, fut reçu à l’Académie, comme peintre-fleuriste, le 7 nov. 1664, et mourut le 6 août 1702, à soixante-dix-sept ans.

Pour les ordres d’Architecture, Messieurs Anguerre[37] et Francart[38] aux Gobelins, Simon rue des Petits Champs.

[37] Guillaume Anguier, frère des deux célèbres sculpteurs normands, François et Michel Anguier. Dans l’_Éloge_ qu’il a fait de celui-ci, Guillet de Saint-Georges, d’accord avec Blegny, nous donne Guillaume Anguier, comme étant «fort recherché pour les tableaux d’architecture et les ornements». Il mourut aux Gobelins, où nous le voyons déjà logé, le 18 juin 1708, à quatre-vingts ans.

[38] Frère cadet de François Francart, qui avoit été le peintre des décorations de Molière au Petit-Bourbon et au théâtre du Palais-Royal. On le trouve lui-même qualifié «peintre des bâtiments du Roy», en 1672. Suivant Jal, dans un de ses _Errata_, il mourut en 1692, l’année même où Blegny le nommoit ici.

Pour la Mignature M. Deflan[39] rue de Guénegaud, Penel rue neuve des Petits Champs, Compardel[40] quay de la Mégisserie, Bonnet quay des Morfondus[41], Lucet rue du Four fauxbourg S. Germain.

[39] Abraham De Lan, et non Deflan, beau-frère du sculpteur Van-Clève, qu’on trouvera plus bas, p. 101. Jal fait naître De Lan en 1659, et mourir en 1722.

[40] On le connoît par des plans d’une admirable enluminure. De Bure en possédoit un, qu’il avoit fait du bois de Boulogne (_V._ son _Catalogue_, p. 11). M. le marquis de Maleyssie en exposa toute une collection: _Plans des forêts, bois et buissons du département de la grande Maîtrise des Eaux et Forêts de l’Ile-de-France, Brie, Perche, Picardie et pays reconquis_, 1688, à l’exposition archéologique et artistique de Chartres, en 1858. (_Rev. des Soc. sav._, 1859, t. I, p. 737.) Compardel fit aussi des miniatures de livres. Il passa à la célèbre vente de M. le baron Pichon un petit volume in-16, aux armes de la grande Mademoiselle: _Occupations de l’Ame pendant le saint sacrifice de la Messe_, avec neuf miniatures, dont cinq étoient signées de lui. Ce _Ms._ venoit aussi de la vente De Bure, où il avoit été payé 1,530 francs.

[41] Sylvain Bonnet, de Romorantin, suivant l’inscription de son portrait gravé, ou de Blois, suivant le _Ms._ de la Bibliothèque Nat.: _Extrait des noms des plus célèbres peintres_, 1679. Le frontispice des _Hommes illustres_ de Perrault est de lui. En 1672, il se qualifioit «peintre de feue Madame, duchesse d’Orléans». Alors déjà, il logeoit quai de l’Horloge ou des Morfondus. C’est lui qui, appelé par erreur Monet dans le _Carpentariana_, p. 79, y est qualifié «le premier homme que nous ayons pour exceller dans les portraits en miniature». Suivant le même livre, il avoit étudié le dessin chez Chauveau.

Mesdemoiselles Bonnard rue saint Jacques, et le Febvre rue de Richelieu peignent aussi en mignature.

Pour la Mignature en Email, Messieurs Petitot[42] rue de l’Université[43], Perrault rue du Chantre, le Brun rue neuve des Petits Champs[44], etc.

[42] Jean Petitot, dont le nom nous dispense de tout détail. Au moment même où Blegny le faisait figurer ici, il mouroit à Genève, sa ville natale. La Révocation de l’Edit de Nantes, qui n’avoit pu le décider à se convertir, l’avoit enfin forcé d’y retourner après quelques années de résistance, où toutes les obsessions, même celles de Bossuet, avoient été inutiles.

[43] Il y logeoit en face de l’hôtel Tambonneau, que remplace aujourd’hui, nous l’avons dit plus haut, la rue du Pré-aux-Clercs. G. Brice, après nous avoir donné son adresse dans sa première édition (1684, in-12, t. II, p. 202), ajoute: «C’est lui qui fait ces beaux portraits en émail, que l’on enchasse dans des bordures de diamants, dont on fait des présents aux ambassadeurs, ou des bracelets qui ne sont pas ordinairement plus grands qu’une pièce de quinze sous, et qui, souvent, sont beaucoup plus petits.» Richelet, dans les _Remarques_ mises en tête de la 1re édition de son _Dictionn._, parle ainsi, p. 46, de Petitot et de son émule, Bordier, que Blegny n’auroit pas dû oublier ici: «Monsieur Bordier et monsieur Petitot sont les plus fameux peintres en émail de Paris, et les premiers qui ont fait des portraits en émail. On ne faisoit avant eux que des fleurs et autres petites gentillesses.» Il ajoute ensuite ces détails curieux: «Un portrait en émail, grand comme la paume de la main, vaut quarante ou cinquante pistoles, quand il est fait par un habile peintre, et les plus petits quinze et vingt pistoles.»

[44] Son art. dans l’édit. de 1691 est au chap. XI, p. 24. Il y figure seul pour son genre de peinture: «Le sieur Lebrun, qui fait de beaux portraits en émail, demeure rue Neuve-des-Petits-Champs.»

Pour le Pastel, Messieurs Vencelin rue saint Martin[45], Viviers[46] quay de l’Ecole, Desgranges rue Tictonne, etc.

[45] C’est au chap. XI: _du Commerce de Curiositez_, qu’il figure, et là, sous son vrai nom et avec son père, dans l’édit. de 1691, p. 24: «M. Vercelin, rue Saint-Martin, _au Porcelet d’or_, a de très-beaux tableaux, et M. son fils peint très-bien en pastel et en mignature.»--Jacques Versellin fut reçu, comme peintre miniaturiste, le 7 juin 1687, à l’Académie. Il mourut le 18 juin 1718, à soixante-treize ans.

[46] Joseph Vivien, et non Vivier, né à Lyon en 1657. Il fut reçu de l’Académie, comme peintre au pastel, le 30 juillet 1701, et mourut à Bonn, le 5 décembre 1735. Le meilleur portrait que l’on possède de Fénelon est de lui. L’original se trouve à Munich. V. _Catal. de la Pinacothèque_, p. 76, nº 398.

Il en est de même des Sculpteurs qui pour être généralement habiles, ne laissent pas d’avoir de particuliers talens, par exemple.

Pour les Statües, Messieurs Girardon aux Galeries du Louvre[47], des Jardins fauxbourg Montmartre, Coisseveaux et Baptiste aux Gobelins[48], le Comte rue sainte Apoline[49], Renaudin aux Galeries du Louvre[50], Vancleve à la Ville neuve[51], Lespingola[52] à la Butte saint Roch, le Gros[53] porte de Richelieu, Tuby aux Gobelins[54], Flamand au Cabinet du Roy[55], Mazeline à la Ville neuve, Jouvenet rue des Jeusneurs[56], le Grand rue Montmartre, etc.

[47] «M. Girardon, qui demeure aux Galleries du Louvre, où il a un très-curieux cabinet de bronzes et de médailles antiques, est estimé un des plus excellents sculpteurs de l’Europe.» Édit. 1691, p. 113.--François Girardon, de Troyes, «Troyen», comme lui-même se qualifioit souvent en signant ses statues. Nous nous contenterons de dire ici qu’il fut de l’Académie, dès 1657, et qu’il mourut le 1er septembre 1715, à quatre-vingt-huit ans. Ce que Blegny écrit sur son cabinet des galeries du Louvre se trouve confirmé avec détails par Brice, 3e édit., t. I, p. 73-74.

[48] «Messieurs Coisevaux, aux Gobelins, et Des Jardins, faubourg Montmartre, sont encore de très-habiles sculpteurs.» Édit. 1691, p. 113.--Antoine Coysevox, né à Lyon, en 1640, reçu de l’Académie en 1676, mort en 1720. Ce fut un des grands artistes du siècle. Les Victoires sur des chevaux ailés qui se trouvent aux deux côtés de l’entrée des Tuileries, sont de lui.--Martin Desjardins, né à Bréda, dont le vrai nom, avant qu’on l’eût francisé, étoit Van den Bogaert. Il fut de l’Académie, en 1671, et mourut n’ayant que cinquante-quatre ans, le 2 mai 1694. Le groupe de Louis XIV et de la Victoire du monument de la place des Victoires, et le bas-relief le plus en vue de la porte Saint-Martin furent ses principaux ouvrages à Paris.

[49] Louis Le Conte, de Boulogne, près Paris, reçu de l’Académie, le 4 janvier 1676, et mort, encore jeune, le 24 décembre 1694. Il avoit sculpté, d’après les dessins de Le Brun, et sur l’ordre de Colbert, nommé marguillier d’honneur, la chaire à prêcher de Saint-Eustache.

[50] Thomas Regnaudin, de Moulins, fut reçu de l’Académie, le 7 juillet 1657, et mourut à soixante-dix-neuf ans, le 3 juillet 1706. Il travailla pour Versailles, où le groupe, fondu par les Keller, _la Loire et le Loiret_, est de sa main. On lui doit aussi celui de _Saturne enlevant Cybèle_, qui se voit, depuis le grand siècle, dans le jardin des Tuileries, et se trouve à présent dans une des salles du Louvre.

[51] Corneille Van-Clève, né à Paris, en 1644, reçu de l’Académie, le 26 avril 1681, mort à quatre-vingt-sept ans, le 31 décembre 1732. Il y avoit beaucoup de ses ouvrages dans les différentes églises de Paris.

[52] «Et Cotton», édit. de 1691, p. 63. L’Espingola, dont nous avons parlé plus haut, p. 90, s’y trouve nommé «Spingola». Quant à Cotton, il est des moins connus. Nous savons seulement qu’il avoit eu le second prix de sculpture en 1675, qu’il étoit élève d’Anguier, et qu’on lui devoit, sauf le buste, qui étoit de Coysevox, les sculptures du tombeau de Le Nôtre à Saint-Roch. Celles des tombeaux de Lulli et de Lambert aux Petits-Pères étaient aussi de sa main.

[53] Pierre Le Gros, de Chartres, reçu de l’Académie le 15 septembre 1663, mort le 17 mai 1714, à quatre-vingt-six ans. Il étoit élève de Sarrazin. Il travailla au pavillon central des Tuileries, et fit à la porte Saint-Martin un des bas-reliefs qui regardent le faubourg.

[54] Jean-Baptiste Tuby, né à Rome, en 1630, et pour cela surnommé _le Romain_. Il fut reçu de l’Académie le 7 août 1663, et mourut à soixante-dix ans, le 9 août 1700. Il avoit travaillé à l’arc de triomphe de la porte Saint-Bernard, deux des figures du tombeau de Colbert à St-Eustache étoient de sa main, et on lui devoit le tombeau de Turenne, qui, de Saint-Denis, fut transféré aux Invalides. Il l’avoit exécuté d’après des dessins de Le Brun.

[55] Anselme Flamen, de Saint-Omer, reçu de l’Académie en 1681, mort le 15 mai 1717, à soixante-dix ans. Le groupe de Borée et d’Orythie, du jardin des Tuileries, est de lui en grande partie. Marsy ne l’avoit qu’ébauché.

[56] Pour Mazeline et Jouvenet, _voy._ plus haut, p. 90.

Pour les Figures et Ornemens, Mrs le Febvre dans l’anclos saint Martin, et Maniere père et fils[57] rue des Gravilliers[58].

[57] Laurent Magnier--dont le nom se prononçoit Manière--et son fils Philippe. Tous deux furent de l’Académie: le père, en 1664, le fils, en 1680. Laurent mourut à quatre-vingt-deux ans, en 1700, le fils, à soixante-huit ans, en 1715. Laurent travailla aux sculptures des boiseries du Louvre, de Fontainebleau et de Chambord; et il y a quelques bons ouvrages de Philippe à Versailles.

[58] Dans l’édit. précédente, p. 63, cet article est plus détaillé: «Entre les sculpteurs qui ont une particulière réputation pour les ornements, sont Messieurs Deville et Le Grand, rue Montmartre; Briquet, près les Minimes; Charmeton, rue Saint-André; Cottin, rue Saint-Martin; La Lande, à la Villeneuve; Ouats, au Pont-aux-Biches; François, près le Temple; et Vilaine, rue Neuve-Saint-Médéric.»--De tous ces inconnus, dont pas un ne fut de l’Académie, nous ne relèverons que le nom de Christophe Charmeton, cousin du peintre Georges Charmeton, qui eut quelque réputation; et celui de François, dont il y avoit aux Invalides une assez bonne statue de sainte Monique.

Messieurs le Comte et Lespingola, sont d’ailleurs distinguez, le premier pour les Modèles, et le second pour le dessein.

ARCHITECTURE ET MAÇONNERIE.

On a compris l’Architecture et la Maçonnerie en un même article, par cette raison, que la plupart des Maitres Maçons qui sont au rang de distinction sçavent et pratiquent l’Architecture.

Pour les Architectes des Bâtimens du Roy, voyez l’article des Batimens de Sa Majesté.

Entre les Architectes de Paris dont l’habileté est généralement reconnue, sont Messieurs le Maistre rue neuve saint Honoré[1], Mazière[2] rue Neuve des Petits Champs, Gabriel rue saint Antoine, Pipault à l’Arsenal[3], Thevenot rue saint Claude du Marais, de Bourges[4] rue Montmartre, Beausire derriere saint Jean, Lambert quay de Nesle[5], Bornac à la Pierre au Lait, Tarrade rue des Orties[6], le Pautre[7] rue du Foin, Boffran[8] rue Beautreillis, etc.

[1] Il fut de l’Académie d’architecture, en 1698, et son fils, l’année suivante. La rue Neuve-Saint-Honoré, où il logeoit, étoit la partie de la rue Saint-Honoré qui alloit du Palais-Royal à la place Vendôme.

[2] Il a été parlé de lui plus haut, p. 91.

[3] Nous l’avons vu figurer plus haut, ainsi que Gabriel, parmi les _experts-entrepreneurs_.

[4] Boullier de Bourges. _V._ plus haut les _experts-bourgeois_.

[5] C’est le nom que l’on donnoit encore souvent au quai Guénégaud, qui devoit bientôt devenir le quai Conti.

[6] Il possédoit dans cette rue de la Butte-Saint-Roch et dans les rues environnantes un certain nombre de maisons qu’il avoit construites lui-même après l’aplanissement.

[7] Antoine Le Pautre, qui mourut l’année même où Blegny lui donnoit place dans son _Livre commode_. Il avoit soixante-dix ans. C’est lui qui avoit bâti pour la Beauvais-la-borgnesse l’hôtel qui existe encore au nº 64 de la rue Saint-Antoine.

[8] Germain Boffrand, de Nantes, né en 1667, du sculpteur Boffrand et d’une nièce du poëte Quinault. Il eut pour maître et ami Hardouin Mansart. Quand il mourut en 1755, il étoit doyen de l’Académie d’architecture. Il construisit à Paris la porte du cloître Notre-Dame, l’hôpital des Enfants-Trouvés, qui vient de disparoître; l’hôtel de Duras, rue du Faubourg-Saint-Honoré; l’hôtel d’Argenson, rue des Bons-Enfants; la maison de Le Brun, rue Saint-Victor, etc.

M. Maübois[9] qui demeure à la place du Carrousel au magasin des Marbres[10], est un homme incomparable pour les ouvrages du Tour sur lequel il travaille les plus dures matières dont il fait des ornemens d’Architecture, qui par leurs formes carrées, octogones, ovalles, etc., sembleroient ne pouvoir estre produites par la pratique du Tour.

[9] Jean Maubois, qui, d’après une lettre qu’il a écrite sur lui-même, en 1699, et qui a été publiée par _la Revue des Sociétés savantes_ (août 1868, p. 176), vint du Dauphiné à Paris, sur un ordre de Colbert, en 1680, «pour tourner tous les ouvrages d’or et d’argent pour S. M.»

[10] Il y étoit installé depuis 1685. «Il tenoit du Roi, dit-il en effet, dans sa lettre de 1699, un logement proche son palais des Tuileries, il y a quatorze ans.»

Son industrie a semblé si admirable à plusieurs personnes de considération, qu’elles ont pris à tache de l’acquérir seulement pour s’en faire un plaisir[11]; par exemple, M. le Prevôt de l’Eglise saint Nicolas du Louvre, et Mrs de la Guyche qui demeurent rue et près la place Royale[12].

[11] «Je vous diray, écrit encore Maubois, que tous les princes me font l’honneur de me venir veoir travailler.»

[12] Maubois eut une fille, d’autres--tels que Hulot dans son livre, _l’Art du Tourneur_--disent une sœur, qui fut presque aussi habile que lui. Elle apprit à tourner au comte de Clermont, à Louis XV, encore enfant, et même, s’il faut en croire _le Mercure_ (juin-juillet 1721, p. 121), au fils de l’ambassadeur turc.

Les Maçons Entrepreneurs denommez dans l’article des Batimens du Roy, entreprennent aussi pour le public.

Entre ceux des autres Maitres Maçons qui entreprennent aussi dans le public les plus considérables edifices, sont Messieurs Tarrade rue des Orties, Bertier[13] rue Neuve saint Roch, Guezard rue Royalle, Macon rue du Roy de Sicile, Tricot rue Jean Robert, Thevenot rue saint Claude du Marais, Perdeau place des Victoires, Convers Isle Notre Dame, Rohais quartier S. Germain, Bergeron le jeune rue Royale, butte S. Roch[14], etc.

[13] Nicolas Bertier. L’_Almanach royal_ de 1702 le loge près de la porte Gaillon, c’est-à-dire à l’endroit environ où se trouve aujourd’hui la fontaine.

[14] Ce fut jusqu’à la Révolution le nom de la rue des Moulins, depuis la rue des Petits-Champs jusqu’à la rue Thérèse.

Pour les compagnons Maçons, Manœuvres, Limosins, etc., voyez l’article des Domestiques et Ouvriers.

A l’égard des Matéreaux[15] servans à la construction des ouvrages de Maçonnerie, on les peut trouver aux prix et aux endroits ci-après designez; par exemple, le muid de Chaux de Melun qui arrive au Port saint Paul[16], coute rendu à l’attelier 48 livres.

[15] C’est encore ainsi que prononcent beaucoup d’artisans, surtout en province. A l’époque même de Blegny, cette prononciation passoit pour vicieuse: «Il n’y a que ceux qui ne savent pas parler qui disent _matéreaux_», écrit Richelet dans son _Dictionnaire_, 1688, in-4º.

[16] «Le pavé et la chaux se vendent au port Saint-Paul, près les Celestins.» Édit. 1691, p. 38.

Le muid de Ciment qui se fait sur les fossez de l’Estrapade et au fauxbourg saint Antoine, chez le Sieur Petit à l’entrée de la rue de Nappe[17], coûte rendu à l’atelier 20 livres.

[17] Lisez rue de Lappe, nom qui lui venoit du maraîcher Girard Lappe, qui avoit, par là, de grands terrains sous Louis XIII. Dans l’édit. de 1691, p. 39, il est dit: «à l’entrée de la rue de la Roquette.»

Le muid de Plâtre de Montmartre, de Montfaucon, de Norillon sous Belleville, de Charonne[18], etc., coute rendu 6 livres et au plus 6 liv. 10 sols à la mesure et choisi[19].

[18] «Les carrières et fours à plâtre sont, pour la plupart, au bas de Montmartre, au bas de Belleville, à Montfaucon. On tire de ces carrières une sorte de moellons qui est bonne pour les fondations.» Édit. 1691, p. 38. Le plâtre de Montmartre étoit «le plus estimé», selon Félibien, _Des principes de l’architecture_, 1676, in-4º, p. 698. Les carrières de plâtre au bas de Belleville existent encore. On les appelle aujourd’hui _Carrières d’Amérique_, à cause de l’exportation d’une partie de leurs produits aux États-Unis, où le plâtre manque.

[19] Soixante ans après, ce prix étoit augmenté d’un tiers. Le muid de plâtre se payoit 9 livres. (_Journal du Citoyen_, 1755, in-8, p. 381.)

Le tonneau de Pierre de Saint Leu contenant 14 pieds cubes coute rendu depuis 5 jusqu’à 5 livres 10 sols à proportion de l’eloignement, et sur le Port 4 livres 10 sols, avec cette différence que quand les morceaux ont plus de 28 pieds cubes, le prix est augmenté selon le plus ou le moins; c’est ce qu’on appelle Pierre d’échantillon.

Le bel appareil de Pierre de Liais[20] coute le pied en superficie rendu depuis 20 jusqu’à 25 sols, et celuy de la même Pierre de 13 à 14 pouces de haut 40 à 50 sols.

[20] «Pierre très-dure, dit Félibien, p. 66, blanche et approchant du marbre, c’est pour cela qu’elle reçoit une espèce de poly avec le grès et l’émeril, particulièrement celui de Senlis, qui ne se gaste ny à la gelée ny aux autres injures du temps.» C’est avec ce liais de Senlis, tiré d’une carrière tout près de la ville, que se firent en grande partie, sous Louis XIV, les constructions du Louvre. Nous reparlerons plus loin des pierres de liais.

Le pied cube de Pierre d’Arcueil[21] d’échantillon 10 sols.

[21] Il sera parlé, avec plus de détail, au chap. suivant, p. 111, de la pierre d’Arcueil, dont on se servoit alors beaucoup dans les constructions à Paris.

Le pied carré de Pierre de saint Cloud[22] pris sur toute sa hauteur et rendu 28 sols.

[22] C’est avec la pierre de Saint-Cloud et avec celle de Saint-Non, dont la carrière se trouve au bout du parc de Versailles, que furent faites les constructions du château. La pierre de Saint-Cloud se tiroit de la _carrière_, dite des _grès_, située à gauche en sortant de Saint-Cloud pour aller à Versailles. C’est de la partie appelée le _banc blanc_ que furent extraites quelques-unes des plus grandes pierres du Louvre. Celles du fronton de la colonnade, qui ont l’une et l’autre cinquante-deux pieds de long, ont été tirées auprès de Meudon. (Félibien, p. 68.)

La toise cube de Moellons de Paris et des Carriéres des fauxbourgs S. Jacques et S. Marcel[23] rendu en toise sur le lieu 18 livres, et celle de Moellons de plâtre depuis 16 jusqu’à 17 liv.

[23] Blegny oublie les meilleurs: ceux des carrières de Saint-Maur et de Vaugirard. (Félibien, p. 662.)

Le cent de Bottes de lattes de cœur de chêne sans obier[24], coûte sur le Port depuis 36 jusqu’à 40 livres.

[24] L’aubier est la partie molle qui se trouve entre l’écorce du chêne et son bois.

Le Clou à latte 13 sols le millier.

Le Clou de charette et de bateaux la livre 2 sols, et le cent de livres depuis 7 jusqu’à 8 livres.

Pour les Pots d’Aizances[25] et fouilles de terres, voyez l’article des Vuidanges.

[25] C’est ce qu’on appeloit, au XVe siècle, «tuyau des chambres aisées.» _Chron. du roy Louis XI_, an. 1479.

Pour le gros Fer, voyez l’article des Ouvriers et Marchands de Fer.

Le prix ordinaire des Murs de fondation depuis 22 jusqu’à 28 pouces d’épaisseur avec portes de pierres ceintrées, la toise superficielle.

On toise ordinairement les Fondations à la toise cube dont on paye 40 à 42 livres de chaque toise reduite à 216 pieds cubes, et alors on déduit les vuides qui s’y trouvent et même la place qu’occupe la Pierre de taille, pour la toiser ensuite à raison de 28 à 30 livres la toise quarrée tous paremens veus, à condition qu’elle soit des Carrières d’Arcueil[26].

[26] Félibien, p. 68, énumérant les diverses sortes de pierres «qu’on emploie à Paris», nomme celle d’Arcueil la première. Il en sera reparlé bientôt.

Des Voutes de caves et de fosses d’Aizances avec Arcs de Pierre de taille dure d’Arcueil de 18 pouces de longueur de tête l’une, et 30 pouces l’autre de 14 à 15 pouces d’epaisseur au couronnement de la Voute; espacez à 12 pieds de distance de milieu en milieu la toise superficielle 16 livres.

On observe ordinairement dans le milieu desdites Voutes un trou de deux pieds en quarré pour faciliter la vuidange desdites fosses d’Aizances, lequel trou est garni d’un chassis de Pierre dure d’Arcueil dans lequel se met une autre Pierre feuillée[27] de 3 pouces de largeur et renforcée d’autant pour s’emboîter dans ledit châssis que l’on paye séparement, ou qui est compris dans le toisé, suivant qu’il est expliqué dans le marché.

[27] C’est-à-dire plate, et comme en feuille.

Les reins des dites Voutes se doivent payer au moins à 9 livres la toise cube ou au tiers de la superficie des Voutes en berceau, ou au quart de la superficie des Voutes en lunettes[28]; mais il faut que les dits reins soient remplis et garnis avec moellon de la qualité des dits murs, maçonné avec mortier de chaux et sable, et arrasez d’après le couronnement de la dite Voute.

[28] Les voûtes en lunettes ou à lunettes sont, selon Furetière, celles qui s’élèvent sur les côtés pour augmenter la hauteur des fenêtres, comme sont toutes les voûtes gothiques.

Des murs de face de Pierre de saint Leu[29] avec trois assises de Pierre dure d’Arcueil, dont les deux derniers faisant parement en dedans, les dites trois assises faisant ensemble trois pieds et demi à quatre pieds de haut, de vingt deux pouces d’epaisseur au nud avec portes, croisées, fermetures, plinthes et entablemens de pierre de S. Leu, la toise superficielle 45 livres.

[29] Il ne faut pas s’étonner que le nom de la pierre de Saint-Leu revienne continuellement ici. C’étoit une des plus employées pour les constructions de Paris. «Elle est tendre à tailler, dit Félibien, p. 67, mais elle durcit à l’air.»