Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 8

Chapter 83,733 wordsPublic domain

[38] C’étoit un des plus grands _curieux_ de Paris, comme on le verra plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut la visite de Lister, quand celui-ci fit son second voyage à Paris. Grand amateur de coquilles, il admira surtout celles qui étoient une des nombreuses curiosités du cabinet de Boucot (_Voyage de Lister à Paris en 1698_, traduct. de la Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G. Brice, qui lui aussi, dans sa _Description de Paris_, parle longuement, t. II, p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne en particulier la bibliothèque: «On y voit, dit-il,... une grande quantité de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers.» A la mort de Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que Brice avoit dit vrai; il nous suffira de donner le titre du _Catalogue_, qui annonçoit cette vente pour le 16 nov.: _Catalogue de la Bibliothèque de défunt M. Boucot, garde rolle des officiers de France, composée de plus de dix huit mille volumes de livres imprimez, très-bien conditionnez, plusieurs des in-folio étant de grand papier, et reliez en maroquin, de plus de soixante et dix mille estampes, entre lesquels il y a dix sept mille portraits_. M. G. Duplessis a publié, en 1870, sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à Gaignières, dans _le Bibliophile françois_, t. V, p. 97.

_Trésorier General du Sceau._

M. Bechet, Place des Victoires.

SECRETAIRES DU ROY. MAISON ET COURONNE DE FRANCE.

_Syndics en Charge._

M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé.

M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers, quartier S. Germain.

M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise.

M. Gamard, ruë Neuve des petits champs.

M. Hubert, rue Sainte Avoye.

M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.

_Trésorier de la bourse commune._

M. de Lamet, près Saint Eustache.

Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége en la Chancellerie du Palais, où l’on peut recouvrer la liste générale de ceux qui en sont Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur, rue S. Jacques.

_Advocats ez Conseils du Roy._

M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis devant la rue du petit Lion.

On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du Brec Clerc de leur Collége rue de la Calandre, ou encore chez le même Rondet.

PRINCIPAUX MAGISTRATS.

_Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines et Juridictions subalternes de Paris._

PARLEMENT.

_Premier Président._

M. de Harlay[1], Cour du Palais.

[1] Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge à M. de Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il étoit procureur général, pour la légitimation des bâtards du Roi, «doubles adultérins», fut, selon Saint-Simon, la source de sa fortune. Il avoit été «l’adroit auteur de cette légitimation... sans nommer la mère.» Saint-Simon, _Mém._ 1877, in-18, t. XX, table rédigée par lui-même, p. 257.

_Présidens à Mortier._

M. de Nesmond[2], Quay de la Tournelle[3].

[2] Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda la survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque Nesmond mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le droit, moyennant 350,000 livres données à sa famille, de reprendre la charge. (Dangeau, _Journal_, 4 déc. 1689 et 19 mars 1693.)

[3] Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la _Pharmacie centrale_, qui étoit alors, nous l’avons dit plus haut, l’hôtel dont Mme de Miramion, belle-mère de Nesmond, avoit fait un couvent. Selon Saint-Simon, c’est Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa porte un marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos _Enigmes des rues de Paris_, p. 181.

M. de Maisons[4], ruë de l’Université.

[4] Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit beaucoup de bien de son esprit, et assez peu de son caractère. Il mourut en août 1715, dans toute la force de son influence sur le Parlement, et avec l’espérance qu’à la mort du roi, qui ne devoit tarder que de quelques jours, il seroit fait garde des sceaux. Le nom de sa famille étoit Longueil. Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons, lorsque l’aïeul du président avoit obtenu l’érection en marquisat de la terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château, pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations le firent révoquer. Il se contenta de dire: «Ils ont tort; j’avois fait mes affaires, j’allois faire les leurs.» Saint-Simon, notes sur Dangeau, 12 avril 1705.

M. de Champlatreux[5], ruë du Brac.

[5] De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il eut trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.)

M. le Pelletier[6], vieille ruë du Temple.

[6] Il devint premier président après la démission de M. de Harlay, et se démit lui-même de cette charge, en 1712, à la mort de son père, Claude Le Pelletier, ancien ministre d’Etat et contrôleur général, qui l’y avoit fait rester malgré lui. Un accident arrivé au Palais, dans l’Hôtel de la Présidence, où le plancher de la salle à manger croula sous lui, avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre presque incapable de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78; VI, p. 212.) C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver au Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en 1675, le quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (_Id._, t. I, p. 301.)

M. de Mesmes[7], ruë Sainte Avoye.

[7] Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont il a été question plus haut. Il avoit succédé, comme président à mortier, à son père mort en janvier 1688. Il devint premier président en 1712, par suite de la démission de Le Pelletier.

M. de Novion[8], ruë du Baac.

[8] Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit été jusqu’en septembre 1689 premier président. Sa vénalité força le roi de lui faire abandonner cette charge pour la céder à M. de Harlay. «Sur ses injustices réitérées, dit Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de l’obliger à se défaire.» (_Note_ sur Dangeau, 20 septembre 1689.)

M. Talon[9], ruë Saint Guillaume.

[9] Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en novembre 1690, une des deux places de présidents à mortier que le roi venoit alors de créer, et pour chacune desquelles il avoit fait verser à l’un et à l’autre des titulaires une somme de 350,000 livres, afin de dédommager les présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur nombre. (Dangeau, 12 nov. 1690.)--Sa maison existe encore au nº 16 de la rue Saint-Guillaume, avec cette «structure tout à fait belle», dont parle G. Brice, édit. de 1684, t. II, p. 187. «Les appartements, ajoute-t-il, sont très agréables, ayant les vues tournées sur les jardins des maisons voisines. La cour est grande, et enfin il paroît que cette maison a été élevée avec beaucoup de dépense; mais ce qui lui donne un merveilleux ornement, est l’excellente bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a de plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, soit pour les livres imprimés.»

M. de Menars[10], porte de Richelieu[11].

[10] Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame Colbert, qui avoit d’abord été conseiller au Parlement et surintendant de la maison de la Reine. Il avoit eu la seconde des deux charges de président à mortier créées en 1690, et dont Talon, nous l’avons dit, avoit eu la première. Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle terre de Ménars, près de Blois: «plein d’honneur, dit Saint-Simon (t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige dans un président à mortier.»

[11] Son hôtel étoit en effet «à côté de la porte de Richelieu», dans l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le nom de Ménars qu’elle lui devoit. Il avoit d’abord logé rue Vivienne, près de l’hôtel de son beau-frère Colbert (G. Brice, édit. 1684, t. I, p. 89). La bibliothèque de De Thou, qu’il avoit achetée tout entière un fort grand prix, le suivit dans ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé Du Guay en furent les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en occupoit guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas beaucoup plus de souci: «Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon (t. X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort grande montre, mais de très-peu d’usage.»

_Présidens des Enquestes._

Première Chambre, Mrs de Meaupou, ruë Pierre Sarrazin[12], et de la Barde[13], Cloître Notre Dame.

[12] Il devint président à mortier à la mort de Ménars, par suite d’un marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, et qui l’est, en effet, il lui acheta en 1717 la survivance de sa charge pour la somme énorme de 750,000 livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à verser aux héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin!

[13] Denis de la Barde, qui en même temps que président des enquêtes étoit archidiacre de Josas et chanoine de l’église de Paris, ce qui explique sa demeure au cloître Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709, à soixante et onze ans.

Deuxième Chambre, Mrs Sevin de Quinsi, ruë des Blancs Manteaux, et de Thumery de Boissise, ruë Barbette.

Troisième Chambre, Mrs Briçonnet, ruë porte Foin, et Amelot[14], rue Dauphine.

[14] Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence des enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres des requêtes. Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit pas moins de 100,000 livres de rente, avec la fille de Barillon, notre ambassadeur à Londres.

Quatrième Chambre, Mrs Crosset[15], ruë Neuve Saint Augustin, et Feydeau, Cloistre Nostre Dame.

[15] Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut le 19 novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président d’honneur au Parlement.

Cinquième Chambre, Mrs de la Baroire[16], ruë de Taranne, et le Clerc de Lesseville[17], Cloître Saint Méderic.

[16] Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au mois d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, comme conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il avoit épousé une vieille mais très-riche veuve, avec laquelle il se conduisoit fort mal, suivant Mme de Sévigné, qui l’appelle de la Baroie. V. sa lettre du 4 juin 1676. C’est lui, d’après les _Clés_, qui, pour cela, auroit servi de type au 26e _caractère_ de La Bruyère, dans le chap. de _Quelques usages_.

[17] C’est, d’après les _Clés_, un des _Sannions_ de La Bruyère. Ils étoient plusieurs frères, tous dans la haute robe, qui descendoient, disoit-on, d’un tanneur de Mantes dont la fortune étoit venue d’un prêt qu’il avoit fait sur parole à Henri IV, dans le temps de la bataille d’Ivry.

_Présidens des Requestes du Palais._

Première Chambre, Mrs Ferrand, ruë Serpente[18], et Besnard de Rezé, près les Capucins du Marais.

[18] C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, une Belizani, fit tant parler d’elle, moins pour l’_Histoire des amours de Cléante et de Belise_, assez piètre roman de sa façon, que pour l’histoire de ses propres amours. Le scandale en fut si grand, que le président refusa de reconnoître une fille, dont elle étoit accouchée, et qu’elle dut faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour se faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être reconnue par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui avoit habité, rue Serpente, l’hôtel du président, recueillit avec soin, comme souvenir, toutes les pièces de ce curieux procès. (V. le _Catalogue_ de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)

Deuxième Chambre, Mrs de Boiquemare[19], rue de Bourbon, et Brunet de Thorigny, ruë des Francs-Bourgeois.

[19] Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, grande coquette du temps, la _Lise_ de La Bruyère, l’avoit épousé en secondes noces, mais sans vouloir perdre son premier nom. C’est ce qui a fait dire à La Bruyère (_Des femmes_, § 76), à propos de certains maris et de leurs femmes: «ils n’ont souvent rien de commun... pas même le nom... chacun a le sien.»

_Avocats Generaux._

M. de Harlay[20], Cour du Palais.

[20] Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit avocat général depuis le mois de janvier 1691, et devint conseiller d’Etat en février 1697, tout cela fort jeune pour de si importantes fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1717, il n’avoit que quarante-neuf ans.

M. de la Moignon[21], à l’Hostel d’Angoulesme[22].

[21] Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier président Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une des épîtres de Boileau. Ce fils devint président à mortier en avril 1698, et mourut le 7 août 1709.

[22] Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, il existe encore, avec ses curieuses façades sur la cour, telles qu’elles avoient été construites par Diane de France, fille naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes se voient encore dans les frontons, et après laquelle l’hôtel, pour rester dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, de qui lui vint le nom qu’on lui donne ici. Il prit celui de Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y furent succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors d’une grande étendue; et dont la bibliothèque, qui avoit Adrien Baillet pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain Brice, édit. de 1701, t. I, p. 323.)

M. d’Aguesseau[23], ruë Pavée, prés Saint André[24].

[23] L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février 1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, comme nous le voyons ici, puis en octobre 1700, procureur général.

[24] Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve à gauche en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans la rue Pavée, qui s’appelle aujourd’hui _rue Séguier_, du nom d’une autre illustre famille de magistrats, qui occupoit l’hôtel voisin de celui-ci. Le 27 juin 1714, éclata à l’hôtel d’Aguesseau un terrible incendie qui donna lieu à de grands procès, par suite de la destruction de nombreux dossiers appartenant à diverses parties. (Bruneau, _Observations sur les lois criminelles_, in-4º, p. 93.)

_Procureur General._

M. de la Brisse, rue Barbette.

GRAND CONSEIL.

_Premier Président._

M. Bignon[1], rue Saint Jacques.

[1] Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son prénom étoit Thierry. Il fut d’abord simple président au grand Conseil, puis, en mars 1690, premier président. Il mourut à soixante-cinq ans, le 19 janvier 1697.

_Présidens du premier Semestre._

M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.

M. Feydeau de Brou[2], ruë neuve Saint Paul.

[2] Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son nom à l’une des rues du quartier Richelieu, construite vers la fin du XVIIe siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de Pierre Feydeau, étoit dame du fief de la Grange-Batelière, sur lequel on en avoit pris le terrain. (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 38.) Feydeau de Brou avoit eu du roi la présidence au grand Conseil, en 1689, «comme plus ancien maître des requêtes.» (_Mém. de Foucault_, p. 254.)

M. Joly de Blaizy[3], ruë des Rosiers.

[3] Lisez Joly de Bézy.

M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.

_Présidens du second Semestre._

M. Poucet de la Rivière[4], ruë des Francs Bourgeois.

[4] Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord conseiller au Parlement, puis maître des requêtes, intendant en Alsace, à Metz, à Bourges, à Limoges, et en même temps, depuis 1676, président au grand Conseil. Il mourut en 1693. Son père, Pierre Poncet, conseiller d’Etat, avoit été en passe de succéder en 1677 au chancelier d’Aligre. Un livre qu’il venoit de publier, _Considérations sur les avantages de la vieillesse_, etc., l’en empêcha par le ridicule qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût couvert par le pseudonyme de baron de Prelle. C’est sa mésaventure qui a fait dire par La Bruyère: «un magistrat alloit par son mérite à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les affaires: il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule.» _Des ouvrages de l’Esprit_, § 3.

M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple[5].

[5] Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement, embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, dont on remarquoit surtout la porte «avec un balcon au-dessus et une grande fenêtre couronnée d’un fronton.» (G. Brice, édit 1701, t. I, p. 274-275.)

M. de l’Isle, ruë de Torigny.

M. Pinon[6], ruë des Lions, près Saint Paul.

[6] Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, qui furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange Batelière, près de laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur nom jusqu’en 1850, où elle devint la rue Rossini.

_Avocats Generaux._

M. de Benoist, rue Beautreillis.

M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.

_Procureur General._

M. Hennequin, Cloître Notre Dame[7].

[7] Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez son frère, chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. C’est à lui qu’étoit arrivée cette peu honorable aventure du testament de Mme Valentin, dont il fut fait un conte, attribué à La Fontaine, publié avec plus de vraisemblance dans les _Œuvres_ de Régnier Desmarets, et qui se trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le chansonnier Maurepas, t. VII, p. 137-142: Mme Valentin, près de mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce qu’elle possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un testament qui n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans doute possible, restitution au mari. Hennequin ne l’entendit pas ainsi; il se mit en grand deuil comme héritier sérieux, et se hâta de mettre la main sur le bien. Le coup par bonheur étoit prévu. Un second testament, qui annuloit le premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête et plus fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la testatrice. «Hennequin, dit une des notes du chansonnier Maurepas, fut déshonoré et vilipendé partout.» La Bruyère a fait une allusion directe à cette affaire dans les _Caractères_ 59 et 60 de son chapitre _de Quelques usages_.

COUR DES AYDES.

_Première Chambre._

Mrs le Camus, Premier Président, ruë de Berry[1] au Marais, et de Briou[2], ruë Michel-le-Comte.

[1] Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus loin, et du cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas Le Camus, marchand de la rue Saint-Denis, qui avoit été un des entrepreneurs de la place Royale, où, comme on sait, les bâtiments devoient d’abord servir à l’établissement de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit l’enseigne de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur champ de gueules, dans leurs armes.

[2] C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage avec Mlle de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son père, que son amour pour cette vieille fille, plus âgée que lui de près de vingt ans, désespéroit, elle trouva moyen de le voir et de le faire échapper. Un prêtre, qu’ils avoient gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation de son curé, les maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant majeur depuis à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps. Dès le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une audience du roi, auquel il remontroit que Mlle de la Force qui étoit pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils qui étoit considérable; et le roi lui promettoit que, malgré la puissance de la famille de Mlle de la Force, il laisseroit toute liberté à la justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare fut un des premiers effets de cette promesse. Ensuite vint le procès, qui aboutit, le 15 juillet 1689, à un arrêt qui cassoit le mariage pour abus de célébration. (Nic. Nupied, _Journal des principales audiences du parlement_, 1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de cette affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août 1689).

_Deuxième Chambre._

Mrs Payen, dans le Temple, et Chassepot de Beaumont, rue Beautreillis.

_Troisième Chambre._

Mrs de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et le Vasseur, ruë de Berry.

_Avocats Generaux._

M. des Aguests[3], ruë Vivienne.

[3] Il avoit cette charge depuis six ans: «M. des Aguets, homme de beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, a été fait avocat général de la Cour des Aydes.»

M. Bignon, ruë des Bernardins.

M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.

_Procureur General._

M. du Boscq, Isle Notre Dame.

CHAMBRE DES COMPTES.

_Premier Président._

M. Nicolaï[1], vieille ruë du Temple.

[1] Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de 1506 à 1791, fournit, sans interruption, son président à la Chambre des comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne Cour, qu’un Nicolaï devoit seul occuper cette charge que pendant la Restauration, le prince de Condé ne pouvoit s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé Marbois, alors président des Comptes: «Mon cher Monsieur de Nicolaï.»--Celui qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous ajouterons que ce sont les archives de cette famille, mises à la disposition de M. A. de Boislisle par M. le marquis de Nicolaï, qui lui ont fourni les éléments de son bel ouvrage, _la Chambre des Comptes de Paris_.

_Autres Présidens._

M. de Bretonvilliers[2], Isle Notre Dame[3].

[2] Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier 1700, sans qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à cause de sa femme, Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité avec l’archevêque de Harlay fit quelque peu scandale, et à cause aussi des magnificences de son hôtel.

[3] L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le père du président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du roi, et intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de l’Ile Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il avoit fait construire à l’entour de cette pointe et les fondations seules de son hôtel lui avoient coûté huit cent mille livres. On peut juger par-là de la dépense du reste, dont on peut lire d’ailleurs le curieux et magnifique détail dans l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t. I, p. 392-394).--A la mort du président des Comptes, en 1700, son hôtel fut aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en 1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la somme relativement minime de 220,000 livres. On y plaça sous Louis XV la Cour des Aides. Les principales façades furent détruites pendant la Révolution. Ce qui restoit de l’hôtel du côté du quai fut emporté dernièrement pour le percement du boulevard Henri IV.

M. Lambert de Torigny[4], la même[5].

[4] Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en août 1700. Il avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance de son père. Il étoit gendre du fameux Bontems.