Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
Part 4
Ils ont été encore plus loin que cette accusation de mœurs scandaleuses. Ils ont fait courir le bruit qu’une de ces terribles affaires criminelles, comme il y en eut tant à l’époque de la Brinvilliers et de la Voisin, l’avoit eu pour complice, et qu’il avoit même fallu à cette occasion s’assurer de lui. «Pendant, dit-il, qu’il estoit en Flandres près de S. A. R. Monsieur, ils publièrent partout qu’il estoit à la Bastille, pour le poison.»
Son seul crime--et c’en est un des plus impardonnables à leurs yeux--est d’avoir écrit quelque part «qu’il y a des docteurs sans doctrine et des doctes sans doctorat». Ils se sont reconnus, et leur première vengeance a été de crier que lui aussi étoit un faux docteur. Il est vrai qu’il n’a point passé par les colléges et qu’il n’a pris de degrés dans aucune faculté. Il n’en est pas moins prêt à soutenir dans une dispute réglée les questions les plus difficiles, «soit de médecine, soit de physique», contre les plus savants.
Son livre sur la guérison des fièvres a été le plus attaqué; il le défend à outrance. Il se montre aussi très-ardent à prouver l’excellence d’un cordial--on le trouvera décrit plus loin--«auquel il a donné la forme d’opiatte (_sic_)», et qui ne seroit, à les entendre, autre chose que «l’orviétan», dont il auroit acheté le secret à Hiéronimo Cei. Il ne récuse pas celui-ci, son ami et son compère, mais il nie le reste.
Pour conclure, il espère que ses juges le feront sortir de cette affaire, non-seulement libre et justifié, mais indemnisé:
«Il oze préjuger que la Cour, en prononçant son absolution et déclarant l’escrou fait de sa personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable, condamnera ceux qui l’accusent à luy faire réparation d’honneur, en 10,000 livres de dommages et intérêts, à quoi il se restreint, et en tous les despens du procez.»
Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire du _factum_ qui nous a servi pour tous ces détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport de M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais n’ajoute pas s’il fut ou non favorable. Nous croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques mois après Blegny reprenant ses publications avec plus d’impudence et d’emphase que jamais. En 1684, par exemple, peu de mois après sa mise en liberté, il fait paraître un volume in-12 avec ce titre singulier: _La doctrine des rapports, fondée sur les maximes d’usage et sur la disposition des nouvelles ordonnances_.
Ses emplois semblent lui être restés, du moins en partie. Peut-être n’a-t-il plus sa charge chez Monsieur, ni celle de «premier chirurgien», qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678, mais il est toujours médecin du Roi, «préposé, comme il ne manque pas de le répéter partout, à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.»
Son peu de fidélité dans l’exercice de cette fonction délicate lui attira une nouvelle disgrâce. Il avoit fondé, aux environs du faubourg Saint-Antoine, à Pincourt--nous dirions aujourd’hui Popincourt--une sorte de maison de santé avec jardin de plantes médicinales, dont il sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit «un certain prieur», comme il l’appelle[68], qui se mêloit aussi de remèdes.
[68] V. plus loin, p. 157, note.
Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez efficaces, dont il avoit livré le secret au roi, à condition que le public en profiteroit pour rien.
Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la vérification de ces sortes de découvertes pour accaparer au passage les remèdes du Prieur et les ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences de son bureau ou Académie, qu’il avoit transféré de la place du Palais-Royal à la rue Guénegaud; et, qui pis est, il les vendit avec ses propres drogues.
De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles il opposa son impudence ordinaire, ce qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un curieux recueil manuscrit: _Lettres historiques et anecdotiques_[69], sous la date du 15 janvier 1686:
[69] Bibl. nat., _Mss._ Suppl. franç. nº 10,265.
«Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, pour s’estre voulu mesler d’enseigner la manière d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. Il avoit dit des impertinences.»
Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny comme nous le connoissons, pour ne nous laisser aucun doute sur l’authenticité de la nouvelle.
Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, parlant de lui, l’appelle «le bastillé et le bastillable[70]», ne dut pas être de bien longue durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus mesuré et plus modeste. L’année d’après il ne publia qu’un livre des plus anodins: _Le bon usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation et la guérison des maladies_, in-12; et, en 1688, deux autres petits volumes sans beaucoup plus de conséquence: _Secrets concernant la beauté et la santé_, qui ont fait dire avec raison par un de ses biographes: «Le titre seul de cet ouvrage annonce le charlatanisme: les vrais médecins ne connaissent pas de secrets[71].»
[70] _Anti-Menagiana_, préface, p. 16.
[71] _Biog. universelle_, art. Blegny.
De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien. Il étoit occupé de son livre: _Les Adresses de la ville de Paris_, dont, ainsi que nous l’avons dit, il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des adresses de Londres publié en 1677. Il lui falloit un privilége, mais, comme dans cet ouvrage, il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y recommanderoit, et, sous prétexte de parler de tout le monde, parler sans cesse de lui-même, en se ramenant à chaque coin de page, à tort et à travers et pour n’importe quelle raison, il se garda bien de demander ce privilége en son propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire sur le quai Conti, se le fit accorder à sa place dès le 14 juillet 1690 et se chargea de faire imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot. Un pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham Du Pradel, fut, pour lui-même, afin de ne pas se trahir, tout ce que se permit Blegny.
Le petit volume, qui se compliquoit d’un almanach, devoit de toute nécessité être prêt le premier janvier 1691; il le fut. Réussit-il? Nous le pensons. Il avoit d’avance une clientèle de lecteurs toute faite: chez les étrangers de passage à Paris, chez les gens de province et même chez les Parisiens qui, à cette époque comme à la nôtre encore, n’ignoroient rien tant que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter et de curieux à voir.
Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition, car beaucoup, même dans le monde des marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on les eût nommés sans leur permission, encouragea Blegny. Pour l’année suivante, tout en tenant compte de ces plaintes, qui paraîtront bien singulières à présent que la réclame est partout courue et nulle part évitée, il voulut faire mieux, être plus varié, plus complet. Ce fut sa perte.
Il s’en étoit tenu, la première année, presque exclusivement aux adresses marchandes ou industrielles. Pour la seconde, que nous reproduisons ici, avec le titre nouveau qu’il lui donna, il prétendit y joindre les adresses de Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc., etc., celles aussi des Curieux célèbres et des Dames curieuses, et bien d’autres encore.
Les plaintes grossirent en conséquence. De quoi se mêloit-il? De quel droit ces indiscrétions qui ne pouvoient qu’attirer des nuées d’importuns chez les personnes dont il indiquoit ainsi la qualité et l’adresse? N’empiétoit-il pas d’ailleurs, en bien des points, sur ce que, par privilége, l’_État de France_ pouvoit seul publier.
Il y avoit dans tout cela beaucoup plus qu’il n’en falloit pour faire supprimer _Le Livre commode_. Camusat dit que Blegny reçut ordre de ne pas le continuer parce qu’il fut trouvé détestable[72]. Nous croyons bien plutôt que ce fut pour les raisons dont nous venons de parler, qu’il dut ne plus paroître, et que même--ce qu’ignoroit Camusat--il fut saisi. Nous avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent[73].
[72] _Histoire critique des journaux_, t. I, p. 230-231.
[73] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., nº 21,739, p. 110.
Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois après la publication de la seconde année, la veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent à verge, d’avoir à lui présenter le privilége en vertu duquel elle avoit fait imprimer le _Livre commode contenant les adresses de la ville de Paris_ et à lui déclarer le nombre d’exemplaires qui lui en restoit. Elle répondit que le privilége étoit demeuré entre les mains du sieur Rondot, par qui elle en avoit fait faire l’impression, et elle offrit de le retirer et de le rapporter. Quant aux exemplaires, dont la plus grande partie n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi de les rapporter «en blanc», c’est-à-dire non reliés, au nombre de deux mille cinq cents.
Aumont se les fit présenter et les saisit. Même visite fut faite chez Rondot l’imprimeur.
A la première réquisition du sergent à verge il présenta le privilége, qui fut saisi comme l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent les procès-verbaux, que par simple provision, et jusqu’à nouvel ordre; mais l’ordre contraire ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût détruits. C’est ce qui explique pourquoi cette seconde année du _Livre commode_ est beaucoup plus rare encore que la première.
Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès lors il cesse de publier. Un livre, bien inattendu de sa part et qui prouveroit qu’il a même renoncé à la médecine, est le seul qui paroisse sous son nom. Il est de 1694 et il a pour titre: _Projet de l’histoire générale des religions militaires et des ordres politiques et séculiers de chevaliers_[74]. Pourquoi l’avoit-il fait? Quel but y visoit-il? Peut-être étoit-ce un moyen d’exploiter les gens si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler par la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient ainsi qu’à devenir, suivant le mot du temps, des «chevaliers de l’industrie». Blegny étoit homme à en créer beaucoup de cet ordre.
[74] Il n’est pas indiqué dans la _Biblioth. Script. Medic._ de Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des livres de médecine de Blegny.
Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent alors sur son compte. On parla même d’escroquerie[75]; il perdit les dernières charges qui lui restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait sous les pieds, il quitta Paris pour Angers. On l’y arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce devoit être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier dans le château. Lorsqu’il eut fait son temps, il chercha un pays plus hospitalier. Il se retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut en 1722 à quatre-vingts ans.
[75] _Biog. univ._, art. Blegny.
Voilà l’homme, vous allez juger à présent de son essai d’_Almanach des adresses_. L’auteur est un assez vilain personnage, mais le livre est curieux.
LE LIVRE COMMODE CONTENANT LES ADRESSES DE LA VILLE DE PARIS ET LE TRÉSOR DES ALMANACHS POUR L’ANNÉE BISSEXTILE 1692
avec les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre et la discipline des exercices publics, le prix des Matéraux et les ouvrages d’Architecture, le Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des Courriers et des Voitures de Routes, et généralement toutes les commoditez sujettes aux mutations.
Par Abraham Du Pradel, Philosophe et Mathématicien.
A PARIS, chez la Veuve de Denis-Nion, Marchand-libraire sur le quay de Nesle, devant l’Abrevoir de Guénégaud, à l’image Sainte Monique.
M. DC. XCII. Avec privilége du Roy.
AVERTISSEMENT.
L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant que son ouvrage seroit jugé généralement utile; l’approbation du public et le débit qui s’en est fait en sont de fortes preuves; il s’en trouve très honoré, et il se propose d’en être autant reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient de redoubler ses soins et ses recherches pour le rendre plus exact et plus complet: il en fera de même dans les années suivantes; il examinera par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, et il préviendra par cette précaution, le reproche qu’il s’est attiré l’année précédente, pour s’en être tenu aux protestations de quelques personnes qui lui avoient donné de fausses adresses, et qui avoient attribué à certains artisans une réputation qu’ils n’avoient pas encore acquise.
Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende demeurer garand du mérite des personnes qu’il doit indiquer. C’est le public qui donne la réputation. Il est luy-même responsable de ses propres injustices. Un particulier n’est pas en droit de s’opposer au torrent de la voix publique quand même il seroit assez téméraire pour le faire, il ne seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des adresses de personnes renommées. Il suffit qu’un nom ait été célébré pour avoir place dans cet Opuscule: et il n’est pas permis à l’Auteur d’y ajouter celui dont on n’a pas encore parlé, quand même il appartiendroit au plus digne homme d’une profession.
La seule omission qu’on pourroit reprocher à l’Auteur, est celle de n’avoir rien dit d’un grand nombre de personnes qui ont acquis dans le Commerce et dans les Arts une distinction particulière; mais il ne tiendra qu’à ces personnes mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende là-dessus bonne justice l’année prochaine, et elles peuvent même s’assurer qu’elles auroient été prévenues dès la première édition de cet Ouvrage, si l’Auteur eut été assez intrigué[76] dans le monde, pour savoir tout ce qui mérite d’être connu.
[76] Nous dirions aujourd’hui «lancé». Boileau, dans l’_Art poétique_, chant III, a donné à ce mot le même sens:
L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage, Se pousse auprès des grands, _s’intrigue_, se ménage.
Un Médecin et quelques autres personnes indiquées dans l’édition précédente, avoient trouvé mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles connaîtront par celle-ci, qu’on a eu soin de flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient raisonnablement désirer.
Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre l’ordre de dignité en parlant des Compagnies, des personnes et des professions; mais outre qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini sur les rangs et sur les préséances, il auroit été presque impossible à l’Auteur de s’en assurer, quand même il y auroit quelque certitude; c’est pourquoi il a dû avertir qu’il a traité sans aucune distinction de droits ni de mérite, toutes les différentes choses qui sont le sujet de cet Ouvrage, ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront pas dans l’ordre qui leur conviendroit en autre chose.
Comme on s’est proposé en ceci de donner annuellement au public toutes les instructions qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les vacations des Tribunaux et le prix des matereaux et des ouvrages concernant les batimens: car si d’un côté ces choses ne sont pas du genre de celles qu’on doit indiquer par des adresses, elles sont du moins de celles qui peuvent être changées en quelques circonstances.
Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû comprendre dans cet ouvrage, tout ce qui est contenu dans les listes des Tribunaux et dans les catalogues des Compagnies et des Communautés, devroient se ressouvenir de la protestation qu’il a faite de servir tout le monde sans nuire à personne, et réfléchir sur le tort qu’il feroit à ceux qui ont accoutumé de vendre ces listes et ces catalogues; outre que le seul recueil qu’on en feroit composeroit un trop gros volume pour un simple manuel journalier, et qu’ainsi il étoit plus expédient et plus raisonnable d’indiquer seulement, comme il a fait, les sièges où l’on peut recouvrer les listes et les Bureaux où l’on peut trouver les catalogues.
Sur ces deux considérations que l’Auteur ne veut nuire à personne, et qu’il ne s’est proposé de traiter que les choses sujettes à mutations, on peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, ni la situation des Eglises, ni la description des Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des autres Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le sujet de M. le Maire à qui nous devons un Livre en trois volumes, qui a pour titre Paris ancien et nouveau[77], et celui de M. l’abbé Brice, qui nous a donné une description de la Ville de Paris[78], et que d’ailleurs ces choses ne regardent qu’indirectement les commoditez qui doivent satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé de pourvoir.
[77] Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet: _Paris ancien et nouveau, avec une description de tout ce qu’il y a de plus remarquable dans toutes les églises, communautés, palais, maisons, rues, places, etc._ D’après le P. Lelong et les éditeurs de la neuvième édition du livre de G. Brice, dont nous parlerons dans la note suivante, cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en style moins ancien, des _Antiquités de Paris_ du P. Du Breul.
[78] Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an avant le livre de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre de: _Description nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable dans la ville de Paris_, par M. B... L’auteur, Germain Brice, qui se déroboit sous cette initiale, portoit, sans être prêtre, l’habit ecclésiastique, c’est pourquoi il est ici appelé abbé. Il se mettoit au service des étrangers de qualité pour leur apprendre le françois et leur faire voir Paris, ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui valoit «de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles». Son livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit monté de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, à soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit ne fut achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault qu’en 1751 et fut publiée l’année suivante. C’est un ouvrage très-utile et qu’il est bon surtout de suivre dans toutes ses transformations de 1684 à 1752.--Nous ajouterons que Brice n’étoit pas seul à faire le métier de cicerone parisien, almanach des adresses allant et venant au service de chacun. Le _Novitius_, dictionnaire latin-françois de 1721, nomme, au mot _Nomenclator_, un certain Herpin, qui gagnoit sa vie de la même manière: «C’est un homme qui enseigne à Paris les noms et les demeures des gens de qualité».
Au surplus, comme ce Livre sera chaque année publié dès les premiers jours du mois de Novembre, et qu’on en commencera par conséquent l’impression dès le commencement d’Aoust, il serait inutile d’envoyer des mémoires ni pour les nouvelles adresses, ni pour les mutations passé la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un temps considérable pour diriger sa matière.
AVIS
SUR LES ADRESSES CASUELLES.
Dans le courant de l’année précédente, bien des gens ont donné des mémoires que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira que dans un cahier volant, par cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez qui n’ont rien de permanent, c’est à dire qui sont aujourd’hui existantes, et qui ne le seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir une année entière, et dans lequel même il ne se doit presque faire aucun changement que par rapport aux simples mutations.
Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, et aura pour titre _les Adresses casuelles de la Ville de Paris_[79]; on y trouvera, par exemple, le dessein des Auteurs qui auroient besoin de mémoires, l’arrivée et le départ des Marchands forains, l’ouverture des ventes de meubles publiques et judiciaires qui mériteront d’être sçues, l’adjudication d’héritages licitez et décretez, les Bureaux pour la levée des charges de nouvelles créations, les Fermes à bailler et les biens à vendre, l’état des Marchandises dont les Courtiers-Commissionnaires se trouveroient chargez; la qualité des Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers voudront se défaire par vente ou par échange, les bois qui seront à couper, les Emplois qui seront vacans, les ouvrages et fournitures qui seront à faire au rabais, les fonds qui seront à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire, et généralement les adresses de toutes commoditez dont la fin paroitra prochaine.
[79] C’étoit un essai de _petites affiches_ mensuelles dont nous n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il pas suite. Renaudot en avoit tenté du même genre, mais trimestrielles, sous Louis XIII. On en trouve le _plan_ dans sa rarissime brochure: _Inventaire des adresses du bureau de rencontre_, 1630, gr. in-4º. Le roi lui avoit, à cet effet, accordé un privilége le 8 juin 1629. On ignoroit si l’exécution avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes assez heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un numéro de ces premières _petites affiches_, portant la date du 1er septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15e _feuille_ de cette publication. Or, comme elle avoit dû commencer à la fin de 1629, il y avoit juste quinze trimestres qu’elle existoit en septembre 1633. Nous avons publié, avec des notes, dans le tome IX de nos _Variétés_, p. 51 et suiv., cette 15e feuille, la seule que l’on connoisse encore.
SUCCEZ DES REMEDES
INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.
L’Auteur étant persuadé qu’entre tous les besoins ausquels il s’est proposé de pourvoir, il n’y en a point de plus pressans que ceux qui concernent le rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit ici, avec plaisir, une relation qu’il tient de son libraire par qui elle est certifiée véritable, puis qu’elle contient un grand nombre de cures merveilleuses opérées dans le courant de l’année précédente, par l’usage des remèdes spécifiques qui avoient été par lui annoncez.
Plus de trente personnes de l’un et de l’autre sexe accablées par des Rhumatismes habituels et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes des pieds et des mains, et par des douleurs causées par les panacés et autres poudres mercurielles, ont été parfaitement guéries en peu de jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la liqueur anodine marquée à la page 51.
Autant en est-il arrivé à un paralitique qui avoit d’ailleurs au bras droit des nodus d’une prodigieuse grosseur, les membres paralitiques ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez entièrement dissipées dans l’espace de cinq semaines.
Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune homme à peu près dans le même espace de temps, la guérison de la Goutte des pieds et la dissipation de plusieurs Loupes et Tumeurs froides qu’il avoit aux deux genoux.
Un homme d’une particulière considération, en qui il s’étoit fait un effroyable dépôt d’humeurs sur les jambes, après avoir fini par le quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, a été parfaitement guéri en six semaines par la liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement replet, non seulement de cette fluxion, mais encore de plusieurs grands ulcères qu’elle causa subitement avec mortification de la peau et des chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et d’un vomissement continuel que le quinquina avoit causé.
L’un des domestiques de ce malade fût guéri dans le même temps d’une Hidropisie formée en deux prises d’un Sirop spécifique.
Plus de cinquante personnes ont été gueries de Décentes de Boyaux, les unes en un mois ou cinq semaines en faisant retraite à la pension de Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant à leurs affaires; par les Bandages[80] et par les emplatres de la Manufacture royale.