Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 5

Chapter 53,688 wordsPublic domain

[80] C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous l’avons prouvé dans _le Vieux-neuf_, 2e édition, t. I, p. 133-134, note. En 1647, un charlatan avoit inventé un bandage dont il promettoit merveille. Les _Annales du Bibliophile_, t. I, p. 38, ont publié l’affiche qui en énuméroit les miracles.

Vingt deux malades accablez d’une longue suite de cours de ventre, de flux de sang et de dissenteries, ont été guéris sans retour et sans ressentir la moindre incommodité, avec une ou au plus deux prises d’un vin composé qui nourrit comme le vin ordinaire.

On a pareillement guéri un grand nombre de fébricitans par l’usage de la Liqueur fébrifuge.

On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, en deux femmes différentes, un ulcère formé dans la matrice; et par cette même liqueur aidée par les grains balsamiques, un grand nombre de personnes de Gonorrhées habituelles et de Pertes blanches.

Onze personnes ont été parfaitement guéries de la grosse maladie, sans régime et sans retraite par le seul usage du mercure d’or[81].

[81] Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny entend par «la grosse maladie». En la guérissant par le mercure, il étoit arriéré. Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, affichée sur les murs, l’annonce d’un «remède sans mercure», pour lequel le roi avoit accordé un brevet, dont le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du 7 septembre 1667. Voy. dans la _Vie de Locke_ par lord King, un extrait de ses _Voyages_ à la date du 13 février 1679.

Rien n’est plus commun que de voir des gens guéris sur le champ et pour jamais de la douleur de la carie des Dents, par l’application de l’Essence végétale.

Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze mois que de trois cuillerées de bouillon par jour, chacune desquelles luy coutoit un martire par les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle luy causoit pendant près d’une heure, et les douleurs d’estomach qu’elle ressentoit ensuite, fut soulagée très considérablement dès la première prise de l’opiate digestive, et se trouva après la deuxième en état de faire deux grands repas par jour sans aucune incommodité.

Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris par l’usage de la Conserve pulmonaire.

Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux de larmes involontaires, a été guérie en peu de jours sans opération par une simple pomade.

Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur qui ces Cures ont été faites, il ne pourroit les nommer sans imprudence, mais les incrédules pourront s’assurer de la verité, par le témoignage de diverses autres personnes qui ont eu occasion de voir opérer le Medecin par qui elles ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite cet Ouvrage, offre de donner les noms et les adresses selon l’exigence des cas.

LE LIVRE COMMODE CONTENANT les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs POUR L’ANNÉE 1692.

AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.

Monseigneur l’Archevêque de Paris donne Audience aux particuliers dans les appartemens de l’Archeveché, près Notre-Dame, le matin à onze heures quand il est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse à Monsieur de Morange pour impetrer les dispenses et autres grâces Ecclésiastiques qui emanent de mondit Seigneur.

Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et M. de la Baude Archidiacre de Brie, demeurent au Cloître.

Messieurs les Abbez Daquin[1] et de Bourlemont Agens du Clergé, demeurent; sçavoir, le premier au Jardin du Roi[2], et le deuxième ruë d’Enfer près les Chartreux.

[1] C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit donné, en avril 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (_Journal_ de Dangeau, t. II, p. 130).

[2] C’est comme frère du premier médecin que l’abbé Daquin y logeoit, la surintendance du Jardin royal étant encore, pour la plus grande part, dans les attributions du premier médecin du Roi.

Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, à qui l’on s’adresse pour les affaires du Chapitre, demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les Lundis, Mercredis et les Vendredis.

M. Chéron Official de Paris, à qui l’on s’adresse pour obtenir permission de publier Monitoire[3], demeure ruë du petit Musc près l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la maison de Pincourt rue des Amandiers Fauxbourg saint Antoine[4].

[3] Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui avoient connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en pouvoient savoir.

[4] «Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions et actions bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et est souvent à Pincourt, où il a une maison de bon air.» Edit. 1691, p. 5.

Il tient son Audience en la premiere cour de l’Archeveché, le Mercredi, et le Samedi à midi, où l’on porte toutes les Causes concernant les fonctions Curiales et les Accessoires; et par conséquent les questions matrimoniales, la Morale des Prêtres[5], etc.

[5] L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. C’est lui, par exemple, qui légitimoit par mariage les unions qui n’avoient pas jusque là été régulières. Celle du perruquier Lamour et d’Anne, sa perruquière, avoient longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous l’apprend au chant Ier du _Lutrin_:

... ce couple charmant S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement, Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage L’Official a joint le nom de mariage,

L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie par Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.

M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, qui conclud pour la manutention des Canons et Discipline Ecclésiastique, est Curé de la Paroisse de S. Roch.

M. Robert Grand Pénitencier qui absout les cas reservez[6], confesse presque tous les matins et quelquefois l’apresdiné.

[6] Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder pour lui-même beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa vie n’étoit pas des plus édifiantes. L’abbé Legendre, _Mémoires_, p. 59, se contente de dire qu’il avoit «des talents, autant pour le monde que pour sa profession.» Les chansons en disoient plus. V. le _Recueil de Maurepas_, t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs «pour écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de la religion.» Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, _Mém._, p. 99.) Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres comme lui, le tenoit en grande estime. (Goujet, _Vie de Nicole_, 1re part., p. 16, et 2e part., p. 130, 144.)

M. Le Chantre de la même Eglise[7], à la nomination duquel sont tous les Maitres et toutes les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et qui connoit des causes concernant cette profession[8], demeure aussi dans le Cloître, où il tient son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.

[7] Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude Joly, dont nous trouvons un si bel éloge dans le _Valesiana_, p. 39. Il avoit été, à Munster, le conseiller intime du duc de Longueville pour les négociations du traité. Après la Fronde, où il fut des plus hostiles à Mazarin, il devint official de l’Église de Paris, puis, ce que nous le voyons ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier 1700, à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le _Mercure de France_ à cette date, p. 276.

[8] Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties: _Traité historique des Ecoles épiscopales_ par Claude Joly. Paris, Muguet, 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des contestations avec l’Université, et aussi avec les curés de Paris qui n’acceptoient pas que le droit des Ecoles de Grammaire appartînt seulement à MM. du Chapitre et au grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut lire dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de l’_Histoire du Diocèse de Paris_, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44, le détail des factums qui furent échangés entre les deux partis.

Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. M. Marais ruë Cocatrice, et M. Chevalier ruë saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers Laics de l’Eglise de Paris.

Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires Apostoliques chez qui on peut passer tous actes recevables en Cour de Rome, sont tous établis ruë Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.

Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, par l’entremise desquels on obtient toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, à peine de nullité et d’amende[9], sont:

[9] Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions par courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, mais pour les légations. Ils eurent leur chapitre spécial dans l’_Almanach royal_, dès la première année, 1699. Leur création datoit du mois de mars 1673.

_Messieurs_

Du Bourgt, ruë Bailleul.

De la Nouë, ruë de la Harpe.

Le Pelletier, ruë saint Severin[10].

[10] Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des banquiers expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame; il logeoit rue Saint-Christophe. (_Alman. royal_, 1702, p. 75.)

Daquinet, Parvis Notre Dame.

Noyer, ruë de la Licorne.

Ruelle, ruë des Prouvaires.

Le Roy, ruë Bardubec.

Chubuté, ruë des Prêtres saint Germn l’Auxerrois[11].

[11] Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). _Alman. royal_, 1702, p. 75.

Le Zineau, ruë des Massons[12].

[12] Laurent Lezineau. (_Id._)

Antoine, ruë saint Christophle.

Beaudet de Beaumont, ruë saint André.

Le Maine, ruë Hautefeuille[13].

[13] Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit y en avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année précédente, 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement les huit offices héréditaires créés au mois de décembre 1689, et supprimés le mois suivant.

On trouve des instructions très importantes sur l’obtention et sur le dénombrement des Benefices de France, dans les livres que M. Le Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy[14], et encore dans quelques autres que Michallet a imprimés, ruë saint Jacques à l’Image saint Paul.

[14] «M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, qui demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur de deux livres très instructifs sur l’obtention et le dénombrement des bénéfices.» Edit. 1691, p. 5.

Le Sieur François Muguet[15] seul Imprimeur de l’Archeveché pour les Mandemens, Monitoires, Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue de la Harpe.

[15] Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit publié en 1673 le _Traité_ de Claude Joly sur les écoles épiscopales.

Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez la Veuve Coignard, rue Saint Jacques[16].

[16] «Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, _à la Bible d’or_.» Edit. 1691, p. 4. «Le bref de Paris se vend chez la veuve Cramoisy, même rue, _aux Cigognes_.» _Ibid._--La _Bible d’or_ devint, au siècle suivant, l’enseigne des Didot, et _les Cigognes_ celle des Barbou, puis des Delalain.

Les usages Romains, à scavoir Breviaires, Diurnaux, Missels, Rituels, Processionnels, Antiphonètes, Graduels etc. se trouvent chez presque tous les Libraires de la rue S. Jacques, et particulièrement chez la Veuve Coignard, et chez les Sieurs de La Caille[17], Josse et Hérissant.

[17] Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, à l’enseigne de _la Prudence_. C’est à lui qu’on doit l’excellent ouvrage, devenu rare aujourd’hui, _Histoire de l’Imprimerie et de la Librairie_, 1689, in-4º. V. ce qu’en dit Chevillier, _l’Origine de l’Imprimerie de Paris_, 1694, in-4º, p. 58.

Les Livres de l’Office Divin à l’usage du Diocèse de Paris, se vendent chez les sieurs Josse et Léonard, ruë Saint Jacques[18].

[18] «Les heures et autres livres de piété généralement compris sous le titre d’usages, se vendent chez différents libraires rue Neuve Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont au Change.» Edit. 1691, p. 4.

M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly de la Justice Nostre-Dame, demeure dans le Cloître.

M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette Justice, demeure ruë saint Pierre aux bœufs.

M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière Saint Denis de la Chartre.

M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure rue de la Draperie.

M. Taupinard Bailly de la Temporalité[19] et qui tient son Audiance le Lundy et le Jeudy à midy, demeure rue Galande.

[19] C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie de l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers de justice sur les domaines de l’archevêché. Un bailli, un procureur fiscal et un greffier étoient attachés à cette juridiction.

M. Le Comte son Greffier, demeure rue des Noyers.

EXERCICES DE PIÉTÉ.

Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de guérir par un simple attouchement les malades atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher tous ceux qui ont été visitez par M. le premier Chirurgien de Sa Majesté, la veille de Paques, de la Pentecoste, de la Toussaints, et de Noël, après avoir fait ses dévotions[1], et de leur faire ensuite distribuer à chacun quinze sols par forme d’aumone, à cause dequoi Monseigneur le Grand Aumonier de France est toujours présent à la Céremonie.

[1] Pour plus de détails, on peut lire l’_Etat de France_ de 1692, t. I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi touchoit était quelquefois très-considérable. Nous lisons, par exemple dans le _Journal de Dangeau_, sous la date du 21 avril 1685, c’est-à-dire à l’époque de Pâques, une de celles où, comme on le voit ici, cette cérémonie revenoit tous les ans: «Le roi fit son bonjour (ses pâques) à la paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et toucha ensuite treize cents malades.»

Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi Saint, une action digne de sa singulière Piété; car après le Service, l’Absoute et la Prédication, Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs de sa Cour, lave les pieds à treize pauvres enfans, revetus d’une longue Robe de ratine rouge ayant une serviette au col qui s’estend jusqu’à leurs pieds[2], à chacun desquels elle distribue ensuite par les mains de Monseigneur le Grand Aumonier de France, treize plats de bois garnis de poissons chacun avec la figure de l’un des Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, et treize écus blancs dans une bource à treize pendans, ce qui est mis dans une manne et donné ensemble à chacune des Mères de ces enfans[3].

[2] L’_Etat de France_ de 1692 contient aussi, à ce sujet, d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.

[3] Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes prenoient part à cette cérémonie de la _Cène_, comme on l’appeloit, et y servoient: «Le roi, écrit Dangeau, à la date du Jeudi Saint, 7 avril 1689, entendit le sermon de l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille; ensuite le Roi fit la cérémonie de laver les pieds des pauvres. Monseigneur le duc de Bourgogne servit à la cène pour la première fois. Monseigneur--c’est le Dauphin--communia à la paroisse, et puis revint servir à la cène.»

Le même jour Monseigneur l’Archeveque de Paris, fait aussi la Sêne dans la grande salle de l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à douze pauvres, à chacun desquels il distribue trois plats de bois garnis de poissons, un pain, un pinte de vin et un écu blanc.

M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes logé dans la maison Abbatialle de Saint Germain des Prez[4], distribue par ordre du Roy, une infinité d’Aumones et de pensions considérables aux Nouveaux Convertis[5].

[4] Il y logeoit comme administrateur de l’économat de l’abbaye, charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, _Pellisson, Etudes sur sa vie et ses œuvres_, 1859, in-8, p. 331.)

[5] Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il étoit lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de ses fonctions: en même temps que l’économat de Saint-Germain des Prés, il administroit la caisse des conversions créée en novembre 1676. (_Id._, p. 342.)

Mesdames de Guise[6], de Créqui et de la Trémoüille[7] qui sont Directrices de la Charité de la Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de grandes aumosnes aux pauvres honteux.

[6] C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du palais du Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, que la duchesse de Guise étoit restée une des grandes aumônières de la paroisse Saint-Sulpice. Sa résidence étoit alors, en effet, bien loin de là, au Marais, dans l’Hôtel occupé aujourd’hui par les Archives.

[7] Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la mère et la fille. Mme de la Trémoille mourut la première, au mois d’août 1711.

Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon[8] rue de Taranne, et l’Eschassier[9] derrière la même Eglise.

[8] Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa mère la présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la Fronde. (Feillet, _Misère au temps de la Fronde_, 1862, in-8, p. 231.) Elle avoit contribué surtout à l’œuvre des prisons, dont elle fut une des premières trésorières. (_Etat ou tableau de la Ville de Paris_, 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des œuvres où les dévots, comme Tartuffe, s’entremettoient le plus volontiers, surtout par leurs fréquentes visites. (_Athenæum_, t. II, p. 565.)

[9] Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons plus loin.

Il y a paraillement dans toutes les Parroisses de Paris des Communautez de Dames Pieuses[10], qui font assister les pauvres malades honteux d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, et qui font même instruire des orphelins de l’un et de l’autre sexe.

[10] «Sous la direction des quelles il y a des médecins, des chirurgiens et des sœurs grises.» Edit. 1691, p. 3.

Quelques unes de ces Dames pratiquent encore la charité avec un zèle exemplaire, pour la délivrance des pauvres prisonniers retenus pour dettes[11]. Celles là sont connuës de tous les Concierges et Geolliers des Prisons, à qui on peut s’adresser pour en avoir les addresses[12].

[11] V. l’avant-dernière note.

[12] «On apprendra les noms et demeures de ces Dames redemptrices, dans les geolles mêmes des prisons, et entre autres en celle de la Conciergerie du Palais, où l’on trouve la dame Bourcier, femme du concierge, de qui elles sont très-bien connues.» Edit. 1691, p. 4.

Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du Fort l’Evêque, peuvent impetrer avec succez le secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure dans le Cloître.

Madame de Miramion[13] Institutrice et Supérieure de la Congrégation des Filles de Sainte Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle[14], a toujours la même application aux œuvres pieuses et charitables; et particulierement en faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister dans tous leurs besoins.

[13] Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. S’étant vouée aux œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, l’année même qui suivit son mariage, et après que Bussy eût tenté de l’enlever, elle fonda la _Maison du Refuge_ pour les filles qu’on arrachoit de force à la débauche, et celle de _Sainte Pélagie_, pour les repentantes, qui s’en retiroient volontairement. Sa dernière fondation fut la Congrégation dont il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661, qu’une Communauté de douze filles pieuses, destinées à tenir les petites écoles, panser les blessés, assister les malades. Son premier nom fut _la Sainte Famille_, puis elle prit celui de _Sainte Geneviève_ qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. Mme de Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le 24 mars 1696.

[14] On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, _Quai des Miramionnes_, à cause des saintes filles que dirigeoit Mme de Miramion. L’hôtel, dont elle avoit fait pour elles un couvent, est aujourd’hui la Pharmacie centrale des hôpitaux civils. Celui de sa fille, mariée au maître des requêtes, Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son marbre à lettres d’or au-dessus de la porte: «Hotel ci-devant de Nesmond.»

Madame de Poncarré[15] occupée du même zèle, demeure ruë Neuve Saint Mederic.

[15] Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier président à Rouen.

Les Revérends Pères Celestins font distribuer tous les jours du pain, à tous les pauvres qui se présentent à leur porte à huit heures du matin, à deux, et à six heures de relevée.

Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent tous les jours à disné à vingt quatre pauvres.

Les Révérends Pères Chartreux, donnent à disné tous les Vendredis à un grand nombre de pauvres honteux.

Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant Jésus ruë d’Enfer, donnent aux pauvres la déserte[16] de leur table.

[16] Lisez «desserte.»

On donne à disné tous les Dimanche à douze pauvres honteux au Jardin Médicinal de Pincourt, Fauxbourg Saint Antoine[17].

[17] «Où ils sont servis par Monsieur le Directeur.» Edit. 1691, p. 4. C’étoient, y est-il dit aussi, «les médecins de la Société Royale» qui donnoient le dîner.

L’_Almanach Spirituel_ qui marque toutes solemnitez des Eglises de Paris, les jours et la condition des Indulgences, se vend rue Saint Jacques chez George Josse[18] à la Couronne d’Epine.

[18] Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. De 1659 à 1661, il avoit été syndic.

Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé Galliot sous Pénitencier de Paris, tient une conférence publique de Controverse en la Chapelle du Collége des Lombards ruë des Carmes.

FINANCES ROYALES.

_Chef du Conseil Royal des Finances._

M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye[1].

[1] Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, gouverneur du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil des finances, depuis 1685, et le roi l’avoit fait ministre d’état en 1691. Il habitoit rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, comme on sait, dans la rue Vieille-du-Temple, l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom d’_Hôtel Saint Aignan_, inscrit encore au-dessus de la haute porte, seule partie qui en soit restée à peu près intacte.

_Contrôleur Général des Finances._

M. de Ponchartrain[2], au bout de la ruë Vivienne devant les Filles Saint Thomas[3].

[2] Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de 1689 à 1699, contrôleur général des finances. Il fut ensuite chancelier de 1699 à 1704. M. de Maurepas, ministre sous Louis XVI, étoit son petit-fils.

[3] L’année précédente, il logeoit dans un tout autre quartier: «M. de Pontchartrain a son hôtel à Paris, près les Carmes dechaussez du faubourg Saint-Germain.» Edit. de 1691, p. 5.

_Intendans des Finances._

M. De Breteuil, ruë du grand Chantier[4].

[4] François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller au Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et enfin, en janvier 1684, intendant des finances et conseiller d’État.

M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine[5].

[5] Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été conseiller au Parlement, et successivement intendant de Franche-Comté et de Flandre, s’étoit trouvé en passe de devenir contrôleur général à la place de son frère. C’est celui-ci qui lui fit préférer Pontchartrain, «par un motif rare de conscience», dit Saint-Simon dans une note sur Dangeau, mais par pure jalousie, suivant nous.--Son hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la pension Jauffret.

M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye[6].