Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 25

Chapter 253,718 wordsPublic domain

Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9], et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10].

[9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit organisé la mascarade turque du _Bourgeois gentilhomme_, en 1670. D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni moins de cent trente-huit habits.

[10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra», s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis XV.

Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de Carnaval[11].

[11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres ustenciles.»

Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré, fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera.

Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.

Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré.

Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint Denis, près le grand Châtelet.

Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des Etoffes brodées or et argent.

Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12].

[12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.»

Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14].

[13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. _V._ le _Théâtre_ de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même. (_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.)

[14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p. 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.»

Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.

Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].

[15] On s’en amusoit même chez le Roi. _V._ dans les _Mélanges histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de ce pauvre abbé Genest, l’académicien.

On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.

[16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist. de la Régence_, t. II, p. 319.)

La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits Chiens pour les Dames[18].

[17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.--On l’appelle aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.

[18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse, comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint, contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les chiens _Burgos_ commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence. Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la _Lettre italienne_ déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de baisers et d’embrassements.»

Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de la rue Troussevache.

Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché.

Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis.

Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19].

[19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»--Les jeux défendus dans les maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes brelandières» dont parle la _Xe Sat._ de Boileau, et que visoit l’abbé de Villiers dans une de ses _Epîtres_, 2e édit., p. 375, lorsqu’il nous rappelle

... L’industrieux génie Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.

«--Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc. 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui tinrent ainsi des maisons de jeux. _V._ P. Clément, _la Police_ sous Louis XIV, p. 340-341.

Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles Exercices.

Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique.

Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en perfection.

[20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211, comme «fabricant de guitares en perfection.»

JARDINAGES.

Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place Royale.

[1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut, p. 124.

[2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit de tout.»

M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].

[3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à parler de lui longuement.

[4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la description au chap. IV du _Voyage_ de Lister, et au commencement de la _Jeunesse de Bachaumont_, qui fut publiée en 1859 par les soins de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les premières livraisons du _Magasin de Librairie_.

M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.

[5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin, rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de Villedieu: _Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_, édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin de la Norville_; _Plan du jardin et château de Louvois_; _Plan du château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares.

[6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette Orangerie. (_Etat de France_, 1692, p. 498.)

M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux Louvre[8].

[7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651, in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon, bosquets et autres_.

[8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre, qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers blancs.» (_Archives curieuses_, 1re partie, t. IX, p. 130.)

M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch, tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de Parterres, de Bosquets, etc.

M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.

[9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la dirigeoit alors, dans l’_Etat de France_ de 1692: «M. Balon, qui est au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que Lister y alla voir (_V._ son _Voyage_, ch. X), fut le successeur de Balon à la pépinière du Roule.

Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont renommez pour les compartimens, par exemple,

Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint Poüange[10], etc.

[10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom qu’elle porte encore.

Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil.

[11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le vilain aspect des maisons voisines.» _Voyage à Paris_, chap. IX.

[12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé. Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.

[13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal, dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné, dans ses _Lettres_, en vante la beauté, mais en regrette la trop grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.»

[14] Ou de _la Meute_, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de _camélia_. (Dufey, _Memorial parisien_, 1821, in-12, p. 67.)

Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc.

[15] _V._ sur ces floristes du faubourg, _le Mercure_ d’avril 1721, p. 176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.

[16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.

Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides: Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin: Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.

[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier _filaria_, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.

Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est ordinairement en Cour.

Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses avec un succez merveilleux.

[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre sur _Les jardins_, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit: «les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme maréchais.»

[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans plusieurs familles de maraîchers--les Dulac, Deberg et autres--des chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la profession de jardinier.»

M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend particulierement la culture des plantes medecinales[21].

[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son _Voyage_.

[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le voit par son _Traité des matières médicales_.

Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.

On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons Pomplions, etc.

[22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour le garder jusqu’à présent le nom de ces _Provençaux_ qui y faisoient leur commerce.

Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons d’Espagne.

[23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis, «le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II, p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.»

Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].

[24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers, forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, chaque année. Les _forestiers_ étoient surtout fournis par les faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est maintenue et même étendue.

On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au Menil-Montant.

Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes et autres machines pour l’elevation des eaux.

[25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un gouverneur.

Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.

Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.

Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment de graines et oignons de Jardins[26].

[26] Lister, ch. X, _ad finem_, nous parle de ce M. Lefebvre «le marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.» Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il, une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une grande variété.»

On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en fayances.

Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.

Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen[27].

[27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle de Saint-Cloud.

TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES.

[1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en Italie de les embellir par des sculptures.»

Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3], et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.

[2] Tapisseries de haute lisse--c’est-à-dire faites sur un métier perpendiculaire--et à personnages ou à verdures. Les ouvriers flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.

[3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35.

[4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» _Id._--La manufacture de Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse comme aux Gobelins.

Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont rue de la Huchette et aux environs.