Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 26

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[5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années suivantes le prouve.

M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].

[6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.--C’étoit certainement un flamand.

[7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.

[8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la tonture ou _tontisse_ de laine. C’est de là que les premiers papiers peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur mieux, furent appelés des papiers-tontisses.

Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de Paris.

[9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en 1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son pays avec privilége. (_Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. 232.)

[10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui se rapprochoit aussi beaucoup du _satin de Chine_. Le marchand de Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de ces satins de Bruges, en 1604.

Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11]; Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.

[11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.--Leur vrai nom étoit, en effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour la mesure du vers:

Autant de modes que d’années, Aujourd’hui le tapissier Bon, A si bien fait par ses journées Qu’un lit tient toute une maison.

Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. _V._ le _Mercure galant_, t. III, p. 300.

[12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». _V._ une lettre de lui dans le _Journal de Paris_, 1er mars 1778, p. 238.

Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.

[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière.»--Nous n’avons pas à nous étendre sur Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer par celle de Mariette dans l’_Abecedario_, où il dit: «Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist. de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva. (_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction par les flammes de la plus grande partie de sa collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. _V._ sur lui, dans _les Archives de l’Art françois_, par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.

[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.

M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.

Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.

Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.

[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son _Dictionnaire_, ces meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la foire St-Laurent.» Dans le _Tarif des droits d’entrée_, etc., du 18 sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.

[16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35.

Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].

[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve--aujourd’hui d’Aboukir,--et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.

Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, et[19] rue Grenier sur l’eau.

[18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, _Le grand Sophy_, jouée en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous les meubles par la fenêtre.--MEZZETIN. N’allez pas faire cette sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et disparoissent._)» _Théâtre_ de Ghérardi, t. II, p. 158.

[19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36.

Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc d’Angleterre[20].

[20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» _Id._--L’usage ne s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a été plus heureux de nos jours. _V._ le curieux livre de Grosley, _Londres_, édit. de 1755, t. I, p. 238.

Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].

[21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez, ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.»

Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.

[22] Lisez: les officines.

Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez de cabinet.

Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23] pour l’ornement des chambres et des salles.

[23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son _Dictionnaire_: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait ou une glace de miroir.»

Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.

Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.

Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en couleur les Tapisseries de haute lisse.

Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.

[24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. IV, p. 205: «Ces autres tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit de quatre-vingts ans au moins.

On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près l’Hotel de la Monnoye.

CHAIR ET POISSON.

Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux publics.

Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2], marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S. Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché, Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain.

[1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc. Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. _Mercure_, mars 1739, p. 439.

[2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui, jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela _rue des Boucheries_.

[3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour _la Halle aux vieux linges_.

[4] Dans la rue Saint-Antoine même.

[5] Du côté de la Bastille.

[6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, au-dessus de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263.

[7] Un peu au-dessus du collége de la Marche.

[8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la place de Grève.

[9] Dans la rue Saint-Martin même.

[10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage du Saumon.

[11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.

Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres pour les malades.

En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts.

[12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de _Léandre et Héro_, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui devoient y jouer les rôles de victimes. _V._ à cette date, l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev. des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351.

M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13].

[13] Il étoit--nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le Coulteux--d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la grande boucherie--celle de l’Apport-Paris--et sur ceux du cimetière Saint-Jean. (Depping, introduct. au _Livre des Métiers_ d’Est. Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes, il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la _Collection_ Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185.

Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin, Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin, Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre.

Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de Paris.

Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine, les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve presque tous les jours et principalement le Vendredi[14].

[14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point, la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois. Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus bas, note 17, sur les _offices de Vendeurs de veaux_.

Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17].

[15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la volaille étoit «prodigieuse.»

[16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu, qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir 1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, p. 330.)

[17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de volailles», dont les jetons--le Cabinet des médailles en possède un de 1709--sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise: _Proderit his pecus et volucer_, le troupeau et l’oiseau viendront à eux.--En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai sur les Finances_, année 1694.)

Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple, qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec beaucoup de réputation.

[18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore que le mari. _V._ ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre _Histoire de la Butte Saint-Roch_, p. 126-128. Le nom de Guerbois, qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée culinaire.

Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour les bons cervelats.

[19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691, p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve Maheult, rue Montmartre.»

La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis Notre Dame[20].

[20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade, _Suite de la révélation_, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3:

Dans ce Parvis, où l’on contemple La face d’un superbe temple, Jambons croissent de tous côtés, Ainsi que s’ils étoient plantés.

Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade:

Oyez la voix d’un sermonneur, Vulgairement nommé Jeûneur, Pour s’estre vu, selon l’histoire Mille ans sans manger et sans boire.

M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance.

[21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit «Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze enfants de cuisine ou _galopins_.

Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult.

Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour le Boudin blanc[22].

[22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.--Les boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui, suivant Didier Christol, dans sa traduction du _De obsoniis_ de Platine, au chapitre _Jusculum album_, se composoit d’amandes et de blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et du gingembre, etc.

On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des Langues de porc et de mouton fumées.

On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23], chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint Germain l’Auxerrois.

[23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.

[24] Epicier en gros.

On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25].

[25] _V._ plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac auquel ils ont laissé leur nom.

Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie.

La vente en gros du poisson de mer se fait à la Halle au Poisson[26] par les Officiers vendeurs de marée[27].

[26] Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant _le Val-Larroneux_, qui en prit le nom de faubourg et de rue Poissonnière. Il étoit apporté, comme on le voit dans les lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, «tout de fresche pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, à chevaux, sommes et paniers.»

[27] Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition du poisson se faisoit de trois heures du matin à sept heures. Le revers du jeton des marchands et jurés faisoit allusion à ces heures matinales. On y voyoit un coq, avec cette devise: «_Vigilantibus omnia fausta_.»

Passé huit heures du matin on ne trouve plus de Poisson de mer ni d’eau douce aux Halles, si ce n’est de la seconde main comme dans les autres marchez.

Les Marchands qui font commerce en gros de Morues et Harangs, sont M. Corrüe et la veuve de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault, Levier, Estancelin et Ferrand sous les Pilliers des Halles[28].

[28] Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. précédente, p. 61: «Messieurs Gelée, rue Chanverrerie; De La Marche, rue des Prêcheurs; Iacinthe, rue Saint-Denis; et Regnauld, sous les piliers des Halles.» Levier, nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la famille de Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents qui étoient dans ce commerce. _V._ notre _Notice_ sur lui.

Il y a des bateaux et boutiques de poisson sur la riviere entre le Pont neuf et le Pont au change, où l’on vend des carpes et brochets en gros.

Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de la rue des Lombars et de la ruë de la Cossonnerie.

La Gelée pour les malades se vend en tous les quartiers de Paris chez presque tous les Traiteurs, et chez quelques Apoticaires, et encore aux Enfans trouvez parvis Notre Dame.

Les Hameçons qui servent pour la pêche à la ligne, se vendent chez les Chaisnetiers[29] du quay de Gesvre[30] et chez ceux de la rue saint Denis.