Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
Part 24
[17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le _Dictionn. histor._ de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.»
Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues Espagnole et Italienne.
Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18], Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint Germain.
[18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici, des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une _Grammaire françoise méthodique_, et, deux ans après, un abrégé en anglois de cette grammaire.
[19] Cette _Histoire des Sevarambes_, qui a été souvent réimprimée, est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’_Utopie_ de Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et religieux.
M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le Turc[20].
[20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’_Histoire de Tamerlan_, celle de _Gengiskhan_, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la traduction des _Mille et un Jours_, que Le Sage revit pour le style. En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa mort, en 1713.
Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son neveu, au Collège de Cambray.
[21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète du Roi. Il professa au collége de France--appelé ici Collége de Cambray--de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des _Mille et une Nuits_, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six ans.
Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries, enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.
[22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux _Dictionnaire_. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le _Longueruana_, et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien, faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le premier homme de France.»
M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les Batimens et sur le Calcul des Toisez.
Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.
[23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. _V._, à son nom, l’_Abecedario_ de Mariette.
Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les adresses[25].
[24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note suivante.
[25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront, dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous, c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde dans la Mazarinade, _Le Ministre d’Etat flambé_.
M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].
[26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.»
M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.
ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE.
Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M. Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].
[1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument, le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut, comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve tout ce qu’on peut désirer sur cet article.»
Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M. Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.
[2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.--Sa maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474: «Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la Barillerie, à l’enseigne de _la Chasse Royale_, devant les loges du Palais.»
M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi beaucoup de fournitures.
Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine[3].
[3] Liger, dans le _Voyageur fidèle_, 1715, in-12, p. 381, reproduit ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs quartiers de la ville.»
Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4], ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.
[4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini, devant l’hôtel de Créquy.»
On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des Halles[5].
[5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute _le voyageur fidèle_, p. 382, en ont un assez grand assortiment en temps de guerre.»
Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près le Palais[6].
[6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une _Lettre italienne_ sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour la première fois, dans le _Saint Evremoniana_, 1700, in-8, p. 385, on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne suffit pas pour les faire nettoyer... Autrefois les hommes ne pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si toute la ville partoit en poste.»
Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux Epronniers[7].
[7] _Le Voyageur fidèle_, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers à beaucoup près.»
Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.
Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.
Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint Honoré.
On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8], diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.
[8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son _Voyageur fidèle_, ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue Saint-Germain-l’Auxerrois.
[9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.
Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des Rossignols.
[10] Il sera reparlé d’eux plus loin.
Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.
La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric[11].
[11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un passage du _Dictionnaire des arts et métiers_, par l’abbé Jaubert, t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne, qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez Jabach lui-même, où nous la voyons ici.
CHEVAUX ET EQUIPAGES.
Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux heures de relevée jusqu’à six[1].
[1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se tient les mécredis (_sic_) et samedis, le matin pour les porcs, et l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.»
Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert: Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de Carosse.
[2] Ce quartier de la place Maubert--la rue des Rats, qui est aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve--et celui des environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33: «Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.»
[3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour des Miracles.
[4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère altération du nom hollandois Becker. Le marquis de _la Femme d’Intrigue_, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à _Béquet_, tant en chevaux de selle que de carrosse.»
Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5]; Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de l’Esgoust, etc.
[5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51.
Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et Langlois, rue de Seine[6], etc.
[6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.
Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes, Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8].
[7] «Et chez la veuve Chavanon...» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries», qui ne se trouvent pas ici.
[8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland, crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content: «Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit ou dix-neuf francs à peu près.»
La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux Carosses de louage[10].
[9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny. C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le peuple le nom d’hôtel Salé.
[10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé: «Il y a encore des magasins de carrosses rue Michel-le-Comte, vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue du Four du faubourg Saint-Germain.»
Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11].
[11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes objets, sous ce titre: _Des voitures parisiennes_, se trouvent d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les Jésuites.--Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme, à un écu par jour, ou dix sols par heure.»--L’existence des carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (_Traité de la Police_, t. IV, p. 441-442.)
On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette, Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de Richelieu.
Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps.
[12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille, avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.
On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers, porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St Germain[14].
[13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon.
[14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg (Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de dépesseurs (_sic_) du quai de la Mégisserie.»
Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des Miroitiers.
On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix.
[15] Les _soufflets_ étoient une sorte de chaise roulante à deux roues et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un _soufflet_, suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites voitures. (_Journal de la santé du Roi_, publié par M. Le Roy, 1862, in-8, p. 299.)
Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four, près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du petit Heuleu[16], etc.
[16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages. Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre, rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.»
Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement le courtage des mules et mulets.
Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies des Chevaux[17].
[17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle, p. 387.
Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme.
La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye parfaitement bien les Carosses et Chaises[18].
[18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p. 51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages circonvoisins.--On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal, des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne» doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.
PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS.
Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2].
[1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit fait bâtir pour les représentations de sa _Mirame_, et qui avoit ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se l’étoit fait donner par le roi.
[2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691, p. 8.
Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze livres dix sols reliez[4].
[3] C’est-à-dire brochées.
[4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez en veau», p. 9.
M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc., demeure aux galleries du Louvre[6].
[5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de théâtre que Mariette (_Abecedario_, t. I, p. 119) fait surtout son éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de sa décoration du 5e acte d’_Armide_, en 1686, figure en ce moment à l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: _Ornements inventez_ par J. Bérain.
[6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la moins belle partie.»
Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies et des Comedies.
[7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros.
Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8].
[8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs.