Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
Part 23
M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place du Carrousel[6].
[6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, _Hist. de la Sainte-Chapelle_, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris pour ses miniatures.
Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
[7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (_Arch. de l’Art françois_, t. I, p. 220.)
Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore renommez pour le même fait.
[8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en 1663, un très-curieux volume sur son art: _Livre des ouvrages d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre des Arcis_.
Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
[9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous avons dit, que--ce qui n’étonnera pas--il prêtoit sur gages: «Elle sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans _La France devenue Italienne_, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier, pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques même à l’étranger, en se disant agent du Roi. _V._ dans _la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie_, t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel Germain à Claude Bretagne.
Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
[10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité, «surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de guéridons, éventails, écrans, etc.»
Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
[11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.»
Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
[12] On les appeloit «diamants du Temple.» _Dict. des Arts_, 1732, in-fol., I, 334.
Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
[13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le _Mercure galant_ (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines», trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte, dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement d’écailles d’ablettes, sans autre mélange... un collier de ces perles revient à deux ou trois pistoles.»
PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1].
[1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII: _Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie, et des Mathématiques_. Il commence par ces quelques lignes qui ne se retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont chez eux pour la plupart qu’à demi pension.»
Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de l’Aritmetique[3].
[2] Fleury, _Traité des Etudes_, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on commençât par _la grammaire_.
[3] _V._ ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap. 1er: _Affaires ecclésiastiques_.
Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
[4] Fleury, au chap. 20-23 du _Traité_ que nous venons de citer, vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et des transactions.
[5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.» _Etat de France_, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la chambre du roi.» On a de lui: _Le livre d’exemplaires, composé de toutes sortes de lettres_, Paris, 1694, in-fol.; _Le nouveau livre d’écriture italienne et bâtarde_, Paris, Mariette, in-4º oblong.
M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des Mathématiques.
Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le passage de la rue de Seine.
[6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué «le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui manque ici.
Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et Morice[7], ruë saint Jacques.
[7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691, p. 58.
Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
[8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691.
[9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition.
Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon, Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
[10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article, quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au faubourg Saint-Antoine...»
[11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691.
[12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691.
[13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit.
[14] Edit. 1691: «De Bassy.»
[15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté. Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le _Journal du Citoyen_ (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix; Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal; Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
[16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du _Catalogue_ ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance, dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me laisser livrer à l’étude.»
[17] «Anivel.» Edit. 1691.
[18] «Au faubourg Saint-Germain.» _Id._
[19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet, rue des Gravilliers.»
M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus ordinaire de la vie civile[23].
[20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
[21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny, mais en revanche nous pouvons citer ses _Nouveaux exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et gravés par Berey_, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut le créateur de la _coulée_, comme Barbedor son devancier avoit été le créateur de la _ronde_. On a de Berey: _Nouveau livre d’écriture financière_, Paris, 1694, in-4º oblong; _L’écriture italienne bâtarde_, 1700; _Nouveaux exemplaires d’écriture de finance_, in-4º obl.
[22] En voici le titre: _les Eléments_ ou _première Instruction de la jeunesse_.
[23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un chapitre qui a pour titre: _Formulaire de petits actes_.
Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1].
[1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails différents, au «chapitre IV, _des Académies_:... Les Académies de la deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Long-pré au carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8.
Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal; l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.
[2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et de son manége.
[3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles. Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. _V. Registre du Secrétariat_, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96 vº.
[4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des sièges. Soleysel, auteur du _Parfait maréchal_, dont nous avons parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire, aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la Danse[5].
[5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses _lettres diverses_, p. 127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi, et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.»
Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
[6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses _Portraits sérieux, galants et critiques_, 1696, in-12, p. 270, dit de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle que de lui.»
M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.
Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
[7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre _de la Mode_, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève: «On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique; par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine: Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois, près le Jeu de de Metz[8], etc.
[8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.--On voit que, sauf deux, tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui fit paroître alors l’_Art de tirer les armes_, dit qu’il y avoit dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer beaucoup de monde.» (P. Clément, _la Police sous Louis XIV_, p. 442.)
M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des Armes.
Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais: et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
[9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare celle-ci, Rousseau.» (_Souvenirs_, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée de Beauplan étoit son fils.
Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp, Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc.
[10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p. 230, de son cabinet de curieux.
[11] Son nom est écrit Rénal dans l’_Etat de France_ de 1702, t. II, p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de son frère le duc de Berry.
[12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil _Les plus belles lettres françoises_, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse, et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est. Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard, dans sa farce du Théâtre Italien, _le Divorce_, jouée en 1688, parle aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville.»
Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer les adresses.
M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon, etc.
Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
[13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et quant à sa _Description de Paris_, nous l’avons assez souvent citée pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15] et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
[14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable, Vigneron.
[15] Ajoutons, d’après Jal, _Dict. critique_, p. 1242, «à l’enseigne du _Chapeau couronné_.»
[16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement dans une note du glossaire de ses _Noëls bourguignons_: «le plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas--ce qu’oublie La Monnoye--nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre: «continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit attribuer tout entier.