Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 18

Chapter 183,707 wordsPublic domain

Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré.

Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles conviennent soir et matin, payent un ecu et demi.

Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations.

Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il peut en la composant diversement, produire autant de différens effets, qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes; outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus extraordinaires.

Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article.

IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE.

La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre.

Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M. l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury.

[1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté, puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa capacité dans les langues... que par la connoissance et le bon choix qu’il sait faire des livres.» _Hist. de l’Imprimerie_, 1689, in-4º p. 289.--Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du _dictionnaire_ de Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (_Lettre de Papillon à Leclerc_, dans la correspondance _inédite_ du président Bouhier, t. X, p. 104.)

Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry Libraire rue saint Jacques[3].

[2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn, quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.»

[3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du _Molière_ de 1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le libraire, l’a nommé dans son _Epître X_.

Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard.

[4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper, vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la Religion.» Edit. 1691, p. 4.--C’est le fils de Guillaume Desprez, qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit. Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à Port-Royal, où il fut enterré.

[5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares. _V._ l’abbé de Vallemont, _Réponse à M. Baudelot_, 1706, in-12, p. 79.

Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6].

[6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression. Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole, et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues, qui a succédé à la leur.

A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les Matières Beneficiales et autres[9].

[7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes.

[8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.»

[9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique de Sercy. La Caille, _Hist. de l’Imprimerie_, p. 296, n’insiste que sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à travailler pour lui. _V._ sa _Vie_, par l’abbé Goujet, p. 6.

Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint Euremont, etc.[10].

[10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.--C’est ce qu’on appeloit des _barbinades_. Le Saint-Evremond étoit surtout en grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le _Lutrin_ de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien: Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été content.» _Œuvres_, t. IV, p. 75.--Dans l’édition de 1691, p. 34, Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les _Instructions pour les jardins fruitiers et potagers_, 1690, 2 vol. in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un grand assortiment de livres de jardinages.»

Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12].

[11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry, Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit: «Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.»

[12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»--«Estienne Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom de Jésus.»

On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques.

[13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu rare.

[14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la communauté le 18 septembre 1686.

Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la Cour des Monnoyes.

[15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques, à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne, en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce titre, éditeur de la collection latine _ad usum Delphini_. On trouve des vers en son honneur dans les _Œuvres_ de Santeul (1698, 2e partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques: «Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et autres semblables négociations.» Un livre politique, l’_Histoire de Venise_, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi, lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille. (_Mss._ Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.)

Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de Vitruve, celle de Scamosy, etc.

[16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire.

Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint Jacques.

[17] Nicolas Langlois, dit _Chartres_, comme son père François auquel il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris l’enseigne des _Colonnes d’Hercule_, avec la devise: _nec plus ultra_, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit de 1675. (_V. collect. Delamarre_, nº 21,731, p. 53.)

Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe, Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les Edits et Déclarations du Roy[18].

[18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi, d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.»

Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences.

[19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre le plus célèbre qu’il ait publié, _les Caractères_ de La Bruyère, dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit, d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien, fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un fermier général épousa. (_V._ notre _Comédie de Jean de La Bruyère_, t. II, _passim_.)

On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur Jombert[20], sur le quay des Augustins.

[20] Pierre Jombert, dont on trouve le _Catalogue_ dans la collection Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du _Glossaire_ de Du Cange, et du _De re diplomaticâ_ de Mabillon.

On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle, qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. _La Mithologie Phisique_ de M. Duncan[22]. _Les Discours Philosophiques_ de Cordemoy[23]. L’_Arithmétique des Ingénieurs_ de La Londe[24]. _Les Specifiques_ de M. Boyle[25], etc.

[21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut.

[22] Ce doit être quelque résumé de l’_histoire de l’Animal ou la connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie_, ouvrage du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.»

[23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).--Ce sont les six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la distinction de l’âme et du corps.

[24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils, ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable jusqu’à la mer.

[25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit publié en 1688, à Londres: _Receipt sent to a friend in America_ (recettes envoyées à un ami en Amérique).

Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint Jacques.

[26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (_sic_) en compagnie.» Edit. 1691, p. 34.--Thiboult est le vrai nom.--Expresse défense étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº 21,730, fol. 117.)

Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27].

[27] Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, avoit succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six ans après, le 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction de Denis de Salo, le premier numéro du _Journal des Savants_. La périodicité, qui en étoit alors hebdomadaire, fut brusquement interrompue à la fin du troisième mois, à cause des opinions trop peu ultramontaines du rédacteur, et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à la condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert, l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée jusqu’à la Révolution.

Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, les Missels, les Rituels, les Graduels, les Antiphoniers, les Offices, etc., voyez l’article des affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, voyez l’article des Exercices de Pieté.

Les plus belles Heures se trouvent rue saint Jacques chez les Sieurs Angot[28], Josset, Foucault et Hérissant[29]; au Palais dans la grand’Salle chez les Sieurs le Gras[30] et Poirier; et sur le Pont au Change chez les Sieurs Poirion et Vaugon.

[28] Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une grande part au règlement qui rendit la communauté des relieurs distincte de celle des libraires, dont l’Université n’avoit jamais permis jusque-là qu’elle fût séparée.

[29] Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra comme objet de luxe, quand la misère de la fin du règne fit prendre par Louis XIV des mesures somptuaires. Hérissant fut inquiété. (_V._ sa déclaration dans la _collection Delamarre_, nº 21,627, fol. 288.)

[30] Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit publié, en 1640, les _Antiquités et Annales de Paris_, in-fol., par Malingre. Sa réception comme libraire datoit du 10 septembre 1683. On trouve dans la _collection Delamarre_, nº 21,563, f. 289-305, un curieux traité fait avec lui.

On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres et ruë Neuve Nôtre Dame.

La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du Carême, s’imprime chez le Sieur Chevillon ruë saint Jacques.

Le Mercure[31] et les autres Livres de l’Histoire du Temps, se vendent chez le Sieur Guèroult au Palais dans la galerie neuve[32].

[31] Le _Mercure galant_, qui, puisqu’il avoit commencé à paroître le 1re janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième année. Visé, qui l’avoit créé, le dirigeoit toujours; il en garda même la direction pendant plus de dix-huit ans encore. Il ne l’abandonna, presque mourant, qu’au mois de mai 1710. Durant ces trente-huit années, il n’avoit pas publié moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.

[32] «Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay des Augustins.» Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au numéro, comme aujourd’hui les journaux dans les kiosques: «M. de Torcy m’a appris, écrit Racine à son fils aîné, le 6 février 1698, que vous étiez dans la _Gazette de Hollande_: si je l’avois su, je l’aurois fait acheter pour la lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un homme d’importance.» Une lettre _inédite_ de Dom Calmet, du 4 septembre 1714, nous donne de curieux détails sur la vente, et aussi sur le louage des différents journaux françois et étrangers à Paris: «Je me suis informé, dit-il, de la commission des journaux des Savants et des Gazettes pour M. Olivier. Le journal des Savants se vend 6 sols, et les deux gazettes de Hollande, avec les suppléments, 30 sols. Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis. Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que ces gens se privent par là du petit gain qu’ils tirent de la lecture qu’ils laissent faire dans leur boutique de cette gazette pendant deux jours.» En 1655, selon Loret, t. II, p. 127, la _Gazette de France_ se vendoit 4 sols et demi.

Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, se vendent à Parisien gros et en détail chez le Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve Oudot[33], ruë de la vieille Bouclerie.

[33] C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets populaires: légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit une autre librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit surtout cette littérature d’almanachs et de bibliothèque bleue. Son fils Jean Oudot lui succéda sous la Régence.

Les Livres de Bibliotèque et genéralement les vieux Livres et Manuscrits rares, se peuvent recouvrer chez les Sieurs Villery[34] et Moette[35], rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la Harpe, Clouzier et Emery, David et plusieurs autres, sur le quay des Augustins et place de Sorbonne[36].

[34] Il donnoit ainsi son adresse: «Jacques Villery, rue de la Vieille-Bouclerie, _à l’Estoille_.»

[35] Thomas Moette, libraire depuis 1659: «Il se fait distinguer, dit La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté, par la grande connaissance qu’il a dans les livres.»

[36] «Et quai de la Tournelle.» Edit. 1691, p. 34.

Les Sieurs le Vasseur[37], Barnache[38] et Nion[39], fameux Relieurs et Doreurs, qui sont employez à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint Hilaire[40].

[37] Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus célèbre relieur de ce temps-là.

[38] Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit à cumuler le métier de relieur et celui de libraire.

[39] Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des premiers gardes de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs.

[40] Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs.

Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie se font chez les Sieurs Cottin[41] et Sanlecque[42].

[41] Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que fondeur, et donnoit ainsi son adresse: «P. Cottin, fondeur de caractères d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à l’entrée de la rue du Foin, _à la Minerve_.»

[42] Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que Philippe Cottin, qui précède, avoit appris l’art de graver, de frapper les matrices et de fondre les caractères.--Le P. Sanlecque, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à qui l’on doit de bonnes satires, étoit son grand-oncle.

Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de faire une matière fort propre aux Fondeurs de caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne déchet que de très peu.

_Livres qui ont été imprimez pendant le courant de l’année 1691._

Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a été parlé,

Une nouvelle édition des Ordonnances pour la Marine, in-4º.

La septième édition de la Chimie de Lemery[43], in-8º.

[43] La première édition étoit de 1675.

La sixième édition des Caractères ou Mœurs de ce siècle[44], in-12.

[44] Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée, comme il est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date de l’année suivante.

_Du Hamel Theologia speculatrix et practica_, in-8º, 7 vol.[45]

[45] C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat Duhamel, de l’Académie des Sciences.

_Manuduxio ad praxim executionis Litterarum S. Pœnitent_. 12.

Dictionnaire Mathématique avec explications et figures, in-4º[46].

[46] _Dictionnaire de Mathématiques_ par Ozanam, qui parut, en effet, cette année-là.

La Connoissance des temps, Calendrier et Ephemerides du Soleil et de la Lune, in-12.

L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12.

Traité du légitime Usage des Medicamens selon les Modernes, in-12[47].

[47] Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le publia, n’avoit que vingt-et-un ans.

Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12[48].

[48] Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En 1701, un an après sa mort, on y ajouta les _Règlements_ qui firent un second volume.

L’Ortografe dans sa pureté[49].

[49] Le vrai titre de ce livre très-rare est: _Traité de l’Ortographe françoise_, ou _l’Ortographe en sa pureté_. L’auteur s’appeloit De Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé Goujet, un volume très-inutile, il eut, en 1692, une seconde édition un peu moins rare que la première.

La Conquête de la Nouvelle Espagne avec figures, in-4º[50].

[50] Le vrai titre est: _Histoire de la Conqueste du Mexique_ ou de _la Nouvelle Espagne_, par Fernand Cortez, traduit de l’espagnol d’Antonio de Solis, par l’auteur du _Triumvirat_, c’est-à-dire par Citri de la Guette.

Le Desordre du Jeu.

Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier.

Histoire des Monnoyes de France par M. le Blanc, avec figures, in-4º[51].

[51] C’est une seconde édition. La première est de 1690.

Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury, 2 vol. in-4º[52].