Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 17

Chapter 173,703 wordsPublic domain

[22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des _Essais de médecine_ de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence», qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.

Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité, elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.

Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement, seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.

Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées, des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence d’urine[23], etc.

[23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches, et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.--Cet article y est précédé de celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels d’une mauvaise constitution.»

Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des Dents.

[24] «Une essence végétale...» _Id._, p. 17. On y lit à la suite de cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les parties... le sirop de vanille, qui a une propriété singulière contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions pressantes et subites.»

Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des mauvais travaux.

Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].

[25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange distillées.

[26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes, les cuillères, etc.--Les cassolettes royales, par lesquelles on réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe, pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs indispositions.»

Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].

[27] _V._ sur les bandages ou _brayers_, depuis le moyen-âge jusqu’au XVIIe siècle, le _Vieux-Neuf_, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut p. 13.

[28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691, p. 16.

Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les signes, les porreaux, etc.

Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en très peu de prises.

Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus et leurs usages[30].

[29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce qu’au temps de Rabelais on appeloit des _Silènes_: «Silenes estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons bridez, lièvres cornuz, canes bastées... et aultres telles painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire... mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zivette...» _Silènes_ passoient aussi pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens, lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les _Silènes d’Alcibiade_. (V. le _Bulletin du bibliophile_, 1857, p. 152.)

[30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de Regnault, et autres.

Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au double pour une parfaite guérison.

Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine, vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31].

[31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.--Les eaux minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses _Essais de médecine_, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il, avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol--nous dirions aujourd’hui d’acide sulphurique;--or, les limonades gazeuses ne se font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les _Mss._ de la collection Delamarre, nº 21, 738, _ad finem_. Un certain Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre _des Jugements_, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu. Nous trouvons aux _Mss._ de la Bibl. nat., dans un des registres du Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les remèdes de son invention.»

Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits Carreaux.

Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint Germain.

Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32].

[32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne plus le quitter, celui de _Cul-de-sac des Provençaux_, qu’il doit aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons ici, et dont il sera reparlé.

L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des Barres, rue S. André.

Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des Canettes.

[33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici, qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir le commerce:--Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé, et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire. (Amelot de la Houssaye, _Mémoires histor._, t. II, p. 365.)

Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34].

[34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit, pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de celle du Cœur-Volant, des _Vipères d’or_ pour enseigne. Cette apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle.

M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des Augustins à l’enseigne du Page du Roy.

[35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.--Son fils, l’abbé Alary, fut de l’Académie française, et président du club philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de _Club de l’entre-sol_. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses _Mémoires_ (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.»

[36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18.

Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une promptitude extraordinaire[37].

[37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies des chevaux.»

On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage, et qui donne une fort grande fraicheur au teint.

PENSION POUR LES MALADES.

Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte saint Antoine[4].

[1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier président du Parlement, de 1403 à 1413.

[2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au faubourg Saint-Antoine.

[3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (_Registres de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 48.)

[4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70, rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire son incroyable coup d’Etat contre l’Empire.

La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de plaisance[6].

[5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des promenades du Rempart ou du Boulevard.

[6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le _Voyageur fidèle_, p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes, qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand jardin, et au-dessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui forment une perspective fort agréable.--C’est aussi dans cette maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.--Il n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller, de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.»

Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux minéralles, les Bains, les Etuves, etc.

Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience consommée.

C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant.

On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine, Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers, Varices, etc.

On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté.

Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du voisinage.

A cela près telle que puisse être la condition des gens et la nature des maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger.

[7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16.

Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.

On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la maladie.

En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au temps du coucher.

Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre des mesures pour les accroître de beaucoup.

BAINS ET ETUVES.

Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des Marmouzets, etc.

[1] Les baigneurs,--et cela depuis longtemps déjà (_Anc. poésies_, t. II, p. 284, et XIII, p. 204)--non-seulement tenoient des bains, mais des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes déclarations que les maîtres des auberges. (_Correspond. administr. de Louis XIV_, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t. I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne, à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (_V. Hist. amoureuse des Gaules_, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.»

[2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (_Journal du Citoyen_, p. 186.)

Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3].

[3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie, les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle. Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur les _Bourgeoises qui se font appeler Madame_.

Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.

[4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit, entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui l’ont fait disparoître avec la rue, _Cul-de-sac des Etuves_.

Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt, entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.

C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou d’esprit de vin.