Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
Part 12
[14] Ces sortes d’offices datoient du XIVe siècle. Il existe, en effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit «quarante jurés compteurs et _moleurs_ de bois.» Leur fonction consistoit à faire mesurer dans un cercle de fer, appelé _mole_ ou _moule_, le bois à brûler, qui se vendoit sur les ports. Ce sont les charges dont on se moqua le plus, surtout lorsque, par expédient de finances, elles se multiplièrent sous Louis XIV: «--Vous aimez les titres, dit Colombine dans la farce des _Chinois_ jouée au théâtre Italien en 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous mettrez de pair avec _les mouleurs de bois_.» (Acte IV, scène 2.)--Ils ne tardèrent pas à être supprimés en province, mais il fallut que les villes payassent leur suppression. (_Correspond. des Contrôl, génér._, nos 1564 et 1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de juillet 1725, on parla même d’en créer de nouveaux. (_Journal de Math. Marais_, t. III, p. 208.)--C’est par délégation que la charge s’en exerçoit. On s’explique ainsi comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à qui l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put être à la fois «sculpteur du Roy, et mouleur de bois», ainsi qu’on le voit sur son acte de mort, en date du 7 sept. 1716. (Jal, _Dict. crit._, p. 303.)
Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains et farines, en ont à la Halle et sur les quais de l’Ecole et de la Grève.
Le Bureau des Commissaires Controlleurs de la Buche, est devant le pont-neuf du côté de la Samaritaine[15].
[15] Pour tous ces «officiers sur les ports et quais» se trouve un curieux dossier dans la collection des papiers Delamarre, aux _mss._ de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13, etc.--Ceux qui avoient qualité de mouleurs et aides-mouleurs de bois, dont il est parlé dans la note précédente, exerçoient, ou plutôt faisoient exercer, principalement au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la Grenouillère--aujourd’hui le quai d’Orsay--qu’avoient lieu les grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli du _Pédant joué_ de Cyrano ne va pas autre part pour acheter les meilleurs cotrets.
Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et autres Boissons, ont leurs Bureaux, rue Frementeau[16] et sur le Quay des Célestins.
[16] C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau.
Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations des marchandises qui doivent les droits à la Doüanne.
Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux sur le quay de la Grève[17].
[17] Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de l’Hôtel de Ville.
Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux et Metteurs à bord, est sur le même quay et pareillement celuy du Domaine et Barrage.
Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec et salé, est sur le quay des Celestins.
Au même lieu est le Bureau des droits qui se levent sur les Cendres, Soudes et Gravelées.
Le Bureau des Marchands Bouchers est sur le port de la Grève devant la place aux veaux[18].
[18] C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux, jusqu’en 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes. Son ancien emplacement fut appelé «Vieille place aux Veaux.»
ADMINISTRATION DES HOSPITAUX
_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables._
Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.
Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.
Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë du Temple.
Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les Capucins du Marais.
Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.
M. de la Reynie, rue du Boulloy.
M. de Fourcy, rue de Jouy.
M. le Pelletier, vieille rue du Temple.
M. Chuppé, rue de l’Observance.
M. Acard, vieille rue du Temple[1].
[1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de l’Hôtel-Dieu.
M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.
M. Champy, rue de la Harpe.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. de Bragelonne, dans le Temple.
M. Goupy, rue Sainte Avoye.
M. Soufflot[2], rue des deux Ecus.
[2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain «contre l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme.» On sait que c’est la seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu de tous ses biens: «Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy, lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre représentant des nudités et des postures indécentes capables de blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy.»
M. le Verrier, rue Percée.
M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.
M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.
M. Marchand, rue Tictonne.
M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée.
[3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris, il fit une déclaration curieuse: «M. d’Etrechy a dit que si l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche prochain.» (_Archives hospitalières_ par Léon Brièle, 1877, in-8, p. 69.)
M. Clerambault, rue Jean Lointier.
M. Piquet, rue de la Tixeranderie.
_Receveur de l’Hotel-Dieu._
M. Perlan, ruë Saint Martin.
_Greffier de l’Hotel-Dieu._
M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.
_Receveurs et Greffiers des Incurables._
M. Garilde, rue du Four S. Germain.
Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi.
Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux mêmes heures.
Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées.
_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General._
CHEFS DE L’ADMINISTRATION.
Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses ci-devant marquées.
ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.
M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.
M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois.
[4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689, il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à _fond perdu_, que La Bruyère écrivit: «Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu.» _De quelques usages_, § 39.--Les _Clés_ disent qu’on chassa les administrateurs accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi les administrateurs de l’Hôpital général.
M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.
M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.
M. le Caron, rue Bardubec.
M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel.
[5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais.--Le 14 août 1671, il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la recherche des pères pour cette catégorie d’enfants: «Monsieur Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce des _Archives hospitalières_, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez, lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences, et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin.»
M. Blin, quay des Augustins.
M. Berthelot, près la place des Victoires[6].
[6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des Convalescents: «Il a esté dit, lisons-nous dans le _Récolement des archives hospitalières_ dressé par M. Brièle, que le prieuré de Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu.» (Janv. 1675.)
M. Petitpas, Parvis Notre Dame.
M. Husson, rue du Roy de Cicile.
M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.
M. Rillart, près Saint Paul.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.
M. de Bie, rue Bardubec.
M. le Bœuf, Isle Notre Dame.
M. le Febvre, près saint Sulpice.
M. Thieriac, près l’_Ave Maria_.
M. de Fremont[7], porte Gaillon.
[7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des _Gardes du Trésor royal_.
M. Boucot[8], rue Hautefueille.
[8] Il figure déjà plus haut parmi «les gardes des rôles des offices de France.»
M. David, cul de sac saint Sauveur.
M. Braquet, Cloitre Notre Dame.
M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.
M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse.
[9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme «receveur charitable de l’Hôpital général.»
M. Colin[10], Isle Notre Dame.
[10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour les hospices: «Monsieur Colin, lisons-nous dans le _Récolement des archives hospitalières_, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903 livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste faicte à la Cour.» (1694, 28 avril.)
M. Badoulleau, rue des Prouvaires.
M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.
M. Pirot, rue de Ventadour.
BANQUIERS POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.
Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.
[1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous retrouvons dans l’_Almanach d’indication_ de Roze de Chantoiseau: «Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque; une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que Berryer père, dans ses _Souvenirs_ (1837, in-8, t. II, p. 320), dit sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la capitale.»
M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes lieux, et encore;
[2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’_Epée de bois_. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de Venise et surtout rue Quincampoix--nous en trouverons un plus loin--qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt, en 1710, dans sa _Comédie des Comédiens_ (acte II, scène 9), fait lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois, dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur appartiennent guère.»
Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.
Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.
M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.
M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.
M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le Lionnois.
M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.
Et M. Michon, rue Aubry Boucher.
M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne, Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.
M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le Lyonnois.
[3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’_Almanach général des Marchands_ de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place des Victoires.
Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.
Et Messieurs Vallentin, rue
M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre, Hollande, etc.
M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.
M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.
M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.
M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise, etc.
M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.
M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.
M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.
Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour la négociation des Lettres et Billets de Change[4].
[4] _L’Almanach royal_ de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus, lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644, la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres: «Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il, n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (_V._ Extraits de son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des bibliophiles, p. 230.)
Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.
ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].
[1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8.
Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le Roy est protecteur.
Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy[4].
[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’_Histoire de l’Académie_, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.»
[3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides... les Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (_Hist. du Louvre_, p. 66, dans _Paris à travers les âges_[5].)
[4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.
[5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des séances servoit pour le travail du _Dictionnaire_, dont le roi payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.»
La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les parties de la Philosophie et des Mathématiques.
Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].
[6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8.
[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss. de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, _Topographie de Paris_, Place Vendôme.
Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.
Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.
[8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la composition de M. Quinault...» Edit. 1691, p. 8. (_V._ plus loin au chap. _Passe-temps et Menus plaisirs_.)
[9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie. » (_V._ notre _Hist. de la Butte Saint-Roch_, p. 182.)
[10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.
La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de tous les Arts.
[11] «... Est établie par ordre de la Cour, et... disciplinée sur le pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691, p. 12.