Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 13

Chapter 133,609 wordsPublic domain

[12] «M. de Blegny... a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné successivement toutes les parties de la philosophie et de la médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (_V._ plus bas, _Pension pour les malades_). Mais on ne laisse pas de le trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi, à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin, pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures de relevée.» Edit. 1691, p. 12.

Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au Palais Brion[14].

[13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.

[14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.»

Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain espace de temps[15].

[15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde, lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois, laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier, et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces Académies.» Edit. 1691, p. 9.

La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].

[16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie, en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» _Id._, p. 10.--Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement le 30 mars 1662.

[17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10.

[18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie, pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception, qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi que le premier jour de mai.» _Id._, p. 10.

CONFÉRENCES.

Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de sujets[20].

[19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître: «Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du _Menagiana_, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa _Mercuriale_, où il eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit, existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut. (_Rev. archéolog._, t. IV, 1re part., p. 144.)

[20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12.

M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.

M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui tous les soirs après sept heures.

[21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la _Bibliothèque orientale_, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans après sa mort.

Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].

[22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement grammaticale, et qu’on appeloit la _Martiale_, parce qu’elle avoit lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme:

Je sens que je deviens puriste, J’aligne au cordeau chaque mot, Je suis les Dangeaux à la piste: Je pourrois bien n’être qu’un sot.

Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières scientifiques[23].

[23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le _Journal des Savants_ à la place de Gallois, et depuis 1683, le _Journal de Médecine_, dont il étoit le fondateur. Ses conférences du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire dans son _Paris ancien et nouveau_, 1685, in-12.

Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les sciences[24].

[24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12.

BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES.

Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les Biblioteques suivantes: sçavoir;

A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus considérable dans toutes les Langues orientales.

[1] _V._ un peu plus haut, au chap. des _Académies_.

Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].

[2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois, et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a parlé dans son _Traité des Bibliothèques_, 1644, in-8, sans oublier le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.

A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint Thomas du Louvre.

[3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel ornement par leur condition.» _De l’utilité des Voyages_, t. II, p. 418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en 1693, sous ce titre: _Bibliotheca Telleriana_. Le sorboniste Ph. Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le Tellier avoit donné la plupart de ses _manuscrits_, 500 environ, françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.

A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.

[4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots: _Sol reperit vigilem_.

A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et modernes.

A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de Thou[5].

[5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur M. de Ménars, au _chapitre_ des Présidents à mortier.

A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint Guillaume.

[6] Nous ayons aussi parlé de lui, au _chapitre_ des Présidents à mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal.

A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles antiques[8].

[7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour bibliothécaire.

[8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées de ses voyages.

A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9], rue où sont les plus belles Médailles modernes.

[9] Nous avons parlé de lui au _chapitre_ des Intendants. Il l’étoit du Languedoc.

A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier.

A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10].

[10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents des Enquêtes.

A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11].

[11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi «les gardes des offices de France», et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de ses collections.

A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre des plus rares estampes[12].

[12] «Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts volumes, gros comme l’_Atlas_, lesquels contiennent tout ce qu’il y a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et tous les saints y sont représentés,--au moins ceux dont on a fait des estampes.--Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour un recueil.» (Le Gallois, _Traité des plus belles Biblioth. de l’Europe_, 1680, in-8, p. 130-131.)

A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires.

[13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort. Gabriel Martin en publia le catalogue: _Bibliotheca Bulteriana_, 2 vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins de 850 volumes.

A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle.

[14] «Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et Espagnols.» (_Mélanges d’histoire et de littérature_, t. I, p. 97.)

A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de Monnoies, etc.

A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15].

[15] Le Gallois, dans son _Traité_ cité tout-à-l’heure, nous la donne, p. 133, comme étant «sans contredit une des plus florissantes de l’Europe.» C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000 volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du cardinal de Richelieu.

A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en partie de celle de M. Fouquet[16].

[16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de l’exemplaire du _De Bibliothecis parisiensibus_, de Dan. Maichel, 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne. Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un double Φ, sur le dos de la reliure.

A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17].

[17] _V._ ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége Montaigne. _V._ plus bas.

A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18].

[18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi, principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé Renaudot, etc. _V._ ce qu’en dit D. Bouillart dans son _Hist. de Saint-Germain des Prés_, 1724, in-fol.--Malgré l’incendie de 1792, et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule provenance.

A celle du Chapitre de Notre Dame[19].

[19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000 volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly, dont nous avons parlé au chapitre des _Affaires ecclésiastiques_. Il tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le 24 avril 1756.

A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20].

[20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre, fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec initiales en miniature. De ses nombreux _mss._ il n’en arriva que 124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution.

A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André.

[21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692 en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche.

A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22].

[22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y remarquoit 14 volumes in-fol. d’_Antiphonaires_, tous écrits, notés et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines du couvent.

A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23].

[23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires, dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris, ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire naturelle et d’antiquités.

A celle des Célestins, près l’Arsenal[24].

[24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits, dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de _Pute y musse_, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de l’édition xylographique du _Speculum humanæ salvationis_, que l’on connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi.

A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25].

[25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000 volumes; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur.

A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26].

[26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800 volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient dans une salle à part, nommée _Bibliotheca Aureliana_. Il n’est venu des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des XIIIe et XIVe siècles.

A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27].