Le grand secret

Part 13

Chapter 133,635 wordsPublic domain

Pour revenir une dernière fois à cette question de la pensée sans cerveau, qui est la clef de voûte de tout l’édifice, supposons qu’à la suite d’un cataclysme qui sans doute s’est déjà produit et peut à chaque instant se reproduire sur notre globe, tous les cerveaux, toutes les plus élémentaires, les plus gélatineuses velléités d’organisation nerveuse ou cérébrale, depuis celle de l’amibe jusqu’à l’homme, soient brusquement anéantis. Croyez-vous que la terre resterait nue, déserte, inerte, à jamais morte, si les conditions d’existence redevenaient exactement semblables à ce qu’elles étaient avant la catastrophe? Il n’est guère permis de le présumer. Il est au contraire à peu près certain que la vie, retrouvant les mêmes circonstances favorables, recommencerait à peu près de la même façon. L’intelligence renaîtrait graduellement, des idées reparaîtraient, se formeraient de nouveaux organes, nous donnant ainsi l’irréfragable preuve que la pensée n’était pas morte, qu’elle ne peut pas mourir, qu’elle se réfugie et subsiste quelque part, intangible et impérissable, au-dessus de la ruine totale de ses instruments ou de ses véhicules, et qu’elle est, en un mot, indépendante de la matière.

VIII

Étudions maintenant en nous-mêmes cette préexistence de l’esprit. Avions-nous déjà un cerveau quand au moment de notre conception nous étions encore cet infusoire que seuls les microscopes peuvent rendre visible à nos yeux? Pourtant, nous étions déjà en puissance tout ce que nous sommes aujourd’hui. Nous n’étions pas seulement nous-mêmes, avec notre caractère, nos idées innées, nos vertus et nos vices, tout ce que notre cerveau qui n’existait pas encore allait développer beaucoup plus tard; nous renfermions déjà tout ce que nos ancêtres avaient été; nous portions en nous tout ce qu’ils avaient acquis dans une suite de siècles dont nul ne sait le nombre; leurs expériences, leur sagesse, leurs habitudes, leurs tares et leurs qualités, les conséquences de leurs fautes et de leurs mérites; tout cela s’entassait, s’agitait, fructifiait dans un point invisible. Nous y portions aussi, ce qui paraît bien plus extraordinaire, mais est aussi incontestable, toute notre descendance, toute la suite ininterrompue de nos enfants et des enfants de nos enfants en qui nous revivrons dans l’infini des temps, et dont nous contenions déjà toutes les aptitudes, tout le destin, tout l’avenir. Quand la matière accumule tant de choses en une sorte de bout de fil si ténu qu’il échappe presque au microscope, n’est-elle pas subtile au point de ressembler étrangement à un principe spirituel?

Négligeons aujourd’hui l’action de nos descendants sur nous-mêmes, sur notre caractère, sur nos déterminations, action qui est assez probable puisqu’ils existent incontestablement en nous, mais qu’il serait trop long de rechercher, et insistons un moment sur ce fait que nos ancêtres qui nous paraissent morts continuent très réellement de vivre en nous. Je ne m’attarderai pas sur ce point, car j’ai hâte d’aborder des arguments plus récents; je me contenterai donc de le signaler à votre attention, car les phénomènes de l’hérédité sont maintenant admis et classés. Il est indubitable que chacun d’entre nous n’est qu’une sorte de total de ses ascendants et reproduit plus ou moins exactement la personnalité de l’un ou de plusieurs d’entre eux qui manifestement continuent de penser et d’agir en lui. Il pense par notre cerveau, direz-vous. C’est peut-être vrai. Il use de l’organe qu’il a à sa disposition, mais il est évident qu’il existe toujours, qu’il vit et pense bien qu’il n’ait plus de cerveau personnel, et c’est tout ce qu’il importait pour l’instant d’établir.

IX

Nous venons de voir, trop rapidement et trop sommairement, que la pensée peut exister, et en fait existe partout sans cerveau, qu’elle semble antérieure à la matière et qu’elle a en réalité une existence indépendante de celle-ci. Je ne noterai qu’en passant une objection des matérialistes qui nous disent: «Si la pensée est indépendante de la matière, comment se fait-il qu’elle cesse de fonctionner ou ne fonctionne plus qu’incomplètement quand le cerveau est lésé?» Cette objection, qui du reste n’atteint pas la source de la pensée mais seulement l’état de son conducteur ou de son condensateur, perd une partie de sa valeur si on lui oppose un nombre suffisant de constatations qui prouvent exactement le contraire. Je pourrais, si nous en avions le loisir, vous fournir une liste de cas médicalement établis où la pensée a continué de fonctionner normalement, alors que la presque totalité du cerveau est réduite en bouillie ou n’est plus qu’un abcès purulent. Je renvoie ceux que la question intéresse aux ouvrages spéciaux; ils trouveront notamment dans le livre magistral du Dr Geley: «_De l’Inconscient au Conscient_», des exemples qui les convaincront[62].

[62] Dr G. GELEY, _De l’Inconscient au Conscient_, p. 8 et suiv.

Au fond, cette objection des matérialistes est surtout un sophisme qui a été fort bien réfuté par le Dr Carl du Prel. Dire que toute blessure faite au cerveau atteint l’esprit, que toute pensée cesse quand le cerveau est détruit et qu’en conséquence l’esprit est un produit du cerveau, c’est raisonner exactement comme ceci: toute lésion de l’appareil télégraphique nuit à la dépêche, et le fil étant coupé, la dépêche n’existe plus; donc l’appareil produit la dépêche, et il est interdit à la science de supposer qu’il y a encore, derrière l’appareil, un employé du télégraphe.

X

Arrivons aux constatations que la science de ces dernières années, rejoignant par-dessus des millénaires les affirmations des anciennes religions et des occultistes, vient de recueillir. Elles jettent un jour nouveau sur le problème et corroborent enfin, par l’expérience, les doctrines ésotériques au sujet du corps astral, ou éthérique, ou de l’hôte inconnu, si vous le préférez, de ses facultés extraordinaires et incompréhensibles, de sa survivance probable et de son indépendance par rapport à notre corps physique.

Nous savions tous qu’une partie très importante de notre existence, de notre personnalité, était ensevelie dans les ténèbres de l’inconscience ou de la subconscience. Nous logions dans ces ténèbres toute notre vie organique, celle de notre estomac, de notre cœur, de nos poumons, de nos reins et de notre cerveau même, qui fonctionnent dans une obscurité où ne pénètre que par hasard,--en cas de maladie, par exemple,--un rayon de conscience. Nous y logions ensuite nos instincts, les plus bas comme les plus hauts, tout ce qu’il y avait d’inné, de mystérieux et d’irrésistible dans nos connaissances et nos aspirations, nos goûts, nos aptitudes, et notre caractère, et bien d’autres choses que nous n’avons pas le temps de passer en revue.

Mais depuis un certain nombre d’années, des études scientifiques sur l’hypnotisme et la médiumnité ont prodigieusement agrandi et éclairé cet extraordinaire et féerique domaine de l’inconscient.

On est arrivé, pas à pas, à constater d’une manière objective, matérielle et indubitable, que notre petite existence consciente et cérébrale n’est rien si on la compare à l’immense existence ultra-cérébrale et secrète que nous menons en même temps; cette existence inconnue englobe le passé et l’avenir et, même dans le présent, peut s’étendre à d’énormes distances de notre corps physique. On s’est notamment aperçu que la mémoire étroite, infidèle et fragile que nous croyions unique, était doublée dans l’ombre d’une autre mémoire sans limites, infatigable, inépuisable, incorruptible, inébranlable, infaillible, enregistrant quelque part,--peut-être dans le cerveau, mais en tout cas pas dans le cerveau tel que nous le connaissons et qui régit notre conscience, car elle paraît être indépendante de l’état de ce cerveau,--enregistrant, dis-je, de façon indélébile, les moindres événements, les plus minimes émotions, les plus fugitives pensées de notre vie. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple entre mille, qu’une servante totalement illettrée pouvait, en état d’hypnose, réciter sans une incorrection des pages entières de sanscrit, pour avoir, autrefois, entendu lire par son premier maître, qui était un orientaliste, des passages des Védas.

C’est ainsi qu’il a été prouvé que n’importe quel chapitre d’un des milliers de livres que nous avons lus reste inaltérablement photographié dans notre souvenir et peut, à un moment donné, reparaître sous nos yeux, sans qu’il y manque un point ou une virgule. C’est encore ainsi que le colonel de Rochas, dans ses expériences sur la régression de la mémoire et de la personnalité, faisait remonter à ses sujets le cours de toute leur vie, jusqu’à leur petite enfance, dont les moindres détails ressuscitaient avec une netteté, un relief extraordinaire, détails qui, lorsqu’ils étaient contrôlés, étaient reconnus parfaitement exacts. Il faisait bien mieux, il parvenait à réveiller la mémoire de leurs vies antérieures. Mais ici, le contrôle étant plus difficile, la question n’est pas au point, et je ne veux vous mener que sur la terre ferme des faits acquis et incontestés.

XI

Donc, voilà déjà une énorme partie de notre moi qui nous échappe, dont nous ignorons l’existence, que nous n’utilisons pas, qui vit, enregistre, agit en dehors de notre cerveau conscient, une mémoire idéale, qui, pratiquement, ne nous sert de rien, à côté de laquelle celle qui nous obéit n’est qu’un étroit sommet, une sorte d’aiguille, sans cesse rongée par le temps, émergeant de l’océan de l’oubli, et sous laquelle se prolonge et s’étale une colossale montagne de souvenirs inaltérables, dont notre cerveau ne peut tirer parti. Or, sur quoi fondons-nous notre personnalité, la nature de notre moi, cette identité que nous craignons surtout de perdre par la mort? Uniquement sur notre mémoire consciente, car nous n’en connaissons pas d’autre, et cette mémoire, nous venons de le voir, comparée à l’autre, est précaire et insignifiante. N’est-ce pas le moment de nous demander où se trouve réellement notre moi, où réside notre véritable personnalité? Est-ce dans la petite mémoire incertaine et précaire ou dans la grande, l’infaillible et l’inébranlable? Quel moi choisirons-nous après notre mort? Celui qui n’est fait que de souvenirs vacillants, ou l’autre qui nous représente tout entier, sans solution de continuité, qui n’a pas laissé perdre un fait, un spectacle, une sensation de notre existence et garde, vivant en lui le moi de tous ceux qui sont morts avant nous? S’il est à redouter que la première mémoire, celle dont se sert notre cerveau, s’altère ou s’éteigne au moment de la mort, comme au moindre malaise elle s’altère ou s’éteint dans la vie, n’est-il pas, au contraire, plus que probable que l’autre, la grande, qu’aucune secousse, aucune maladie ne parvient à troubler, résistera également au choc énorme de la mort et n’y a-t-il pas beaucoup de chances pour que nous la retrouvions intacte de l’autre côté du tombeau?

Sinon pourquoi ce formidable travail d’enregistrement, cette incroyable accumulation de clichés sans emploi, puisque dans l’existence normale nous n’en secouons jamais la poussière et que les quelques repères de notre mémoire cérébrale suffisent à maintenir les lignes essentielles de notre identité? Il est admis que la nature n’a rien fait d’inutile; on doit donc présumer que ces clichés serviront plus tard, qu’ils seront nécessaires ailleurs, et cet ailleurs où peut-il être que dans une autre vie?

On fera l’inévitable objection que c’est le cerveau seul qui enregistre les clichés de cette mémoire, comme les clichés, de l’autre et que le cerveau étant mort, etc. C’est possible, mais ne serait-il pas assez bizarre qu’il fût seul à faire avec un soin, qui l’absorberait tout entier, toutes ces opérations qui ne l’intéressent pas, dont, l’instant d’après, il n’a plus cure, et dont il ne semble pas se rendre compte? En tout cas, ce n’est pas le cerveau tel que nous l’entendons communément, et c’est déjà une très importante constatation.

XII

Mais cette mémoire cachée, ou cryptomnésie, comme l’appellent les spécialistes, n’est qu’une des faces de la cryptopsychie ou psychologie cachée de l’inconscient. Je n’ai pas le loisir de rappeler ici tout ce que le savant, l’artiste, le mathématicien doit à la collaboration du subconscient. Nous avons tous plus ou moins profité de cette collaboration mystérieuse.

Ce subconscient, ce personnage étrange que j’ai appelé d’ailleurs: «L’Hôte Inconnu», qui vit et agit pour son propre compte en dehors de notre cerveau, ne représente pas seulement tout notre passé qu’il cristallise intégralement dans sa mémoire; il est aussi notre avenir qu’il pressent, qu’il découvre, que souvent il révèle, car les prédictions véridiques chez certains sensitifs ou somnambules, particulièrement doués, quand il s’agit de faits personnels, sont si nombreuses que l’existence de la faculté n’est plus guère niable. Il déborde donc prodigieusement dans le temps, notre petit «Moi» conscient, qui ne vit que sur l’étroit plateau du présent. Il le déborde tout aussi prodigieusement dans l’espace. Par-dessus les océans et les montagnes, parcourant en une seconde des centaines de lieues, il nous avertit de la mort ou du malheur qui frappe ou qui menace l’un des nôtres à l’autre bout du monde.

Sur ce point, il n’y a plus le moindre doute, et des milliers de faits contrôlés nous dispensent de renouveler les réserves que nous venons de faire au sujet des prédictions de l’avenir.

Cet hôte inconnu et probablement gigantesque, dont nous n’avons pas aujourd’hui à prendre les mesures, mais à constater l’existence, est du reste bien moins un personnage nouveau qu’un personnage oublié depuis la recrudescence de nos sciences positives. Nos diverses religions le connaissaient bien mieux que nous et qu’elles l’aient appelé «âme--esprit--corps éthérique--corps astral--étincelle divine», peu importe, c’est toujours la même entité transcendentale qui englobe notre cerveau, et notre «Moi» conscient, existait probablement avant celui-ci et lui survit aussi probablement qu’il lui préexistait, et sans la présence duquel on ne peut expliquer les trois quarts des phénomènes essentiels de notre vie.

XIII

Laissant de côté pour l’instant d’autres propriétés de ce singulier personnage, qu’on croyait à jamais relégué dans l’invisible, telles que les matérialisations, l’idéoplastie, les lévitations, la lucidité, la bilocation, la psychométrie, etc., il me reste à exposer de quelle façon imprévue et curieuse, une science assez récente est parvenue à constater, à étudier et à analyser certaines de ces manifestations physiques, et à examiner ce que ces constatations ajoutent aux probabilités de survie ou d’immortalité du même personnage, qui pourrait bien être après tout la partie essentielle et impérissable de notre «Moi».

Je viens de rappeler à quel point les études sur l’hypnotisme et la médiumnité ont étendu le champ du subconscient. Jusqu’ici, selon les écoles, on attribuait les phénomènes qu’on y constatait, soit à la suggestion, soit à un fluide dont on ignorait la nature et dont on se bornait à enregistrer les effets surprenants. Les choses en étaient là, et les querelles entre suggestionistes et mesmériens menaçaient de s’éterniser lorsque, il y a une cinquantaine d’années, en 1866 et 1867, pour être précis, un savant autrichien, le baron von Reichenbach, publia ses premiers ouvrages sur les effluves odiques. Le docteur Carl du Prel, un savant allemand, compléta l’œuvre de Reichenbach et, doué d’un esprit scientifique de premier ordre et d’une intuition parfois géniale, sut en tirer toutes les conséquences. On ne leur a pas rendu pleine justice jusqu’ici, et leurs travaux n’ont pas encore obtenu le retentissement qu’ils méritent. Il ne faut pas s’en étonner, les progrès de la science officielle, la seule qui pénètre jusqu’au public, sont toujours beaucoup plus lents que ceux de la science indépendante. Il a fallu plus de cent ans pour que l’électricité de Volta devint notre électricité moderne et la reine du monde industriel. Il a fallu également plus d’un siècle depuis les expériences de Mesmer, pour que l’hypnotisme fût enfin reconnu par les académies de médecine, étudié dans les universités et classé dans la thérapeutique. Il en faudra peut-être autant pour que les expériences de Reichenbach, mises au point par du Prel et complétées par de Rochas, portent tous leurs fruits. En attendant, leurs études jettent un jour admirable sur toute une série de phénomènes obscurs et confus, dont, pour la première fois, elles ont objectivement démontré l’existence et repéré la source.

Reichenbach a réellement redécouvert le fluide vital universel qui n’est autre que l’Akahsa des religions préhistoriques, le Télesma d’Hermès, le feu vivant du Zoroastre, le feu générateur d’Héraclite, la lumière astrale de la Kabbale, l’Alcahest de Paracelse, l’esprit de vie des occultistes, la force vitale de Saint Thomas. Il l’a appelé «Od» d’un mot sanscrit qui veut dire «Qui pénètre partout», et il y voit très justement la limite extrême de notre analyse de l’homme, le point où la ligne de démarcation entre l’esprit et le corps disparaît, si bien qu’il semble que l’essence intime de l’homme soit «odique».

Je ne peux naturellement pas exposer ici les innombrables expériences de Reichenbach, du Prel et de Rochas. Il suffira de dire qu’en principe, l’Od est le fluide magnétique ou vital qui à chaque seconde notre existence émane de tout notre être, en flots ininterrompus. A l’état normal, ces émanations ou ces effluves dont on soupçonnait l’existence, grâce aux phénomènes de l’hypnotisme, nous demeurent totalement inconnus et invisibles. Reichenbach, le premier, découvrit que les «sensitifs», c’est-à-dire les sujets en état d’hypnose, voyaient très nettement ces effluves dans l’obscurité. A la suite d’un très grand nombre d’expériences dont toutes possibilités de suggestion consciente ou inconsciente étaient soigneusement exclues, il a établi que l’amplitude et la puissance de ces effluves variaient d’après les émotions, l’état d’âme ou de santé de ceux qui les produisaient, qu’ils étaient toujours bleuâtres du côté droit du corps, et d’un rouge jaune du côté gauche. Il a encore constaté que de semblables effluves émanent non seulement de l’homme, des animaux, des plantes, mais même des minéraux. Il est parvenu à photographier l’Od émanant des cristaux de roche, l’Od humain, l’Od résultant d’opérations chimiques, celui de masses de métal amorphes, celui que produit le bruit ou le frottement; en un mot, il a démontré que le magnétisme ou l’«Od» existe dans la nature entière, ce qu’avaient d’ailleurs enseigné les occultistes de tous les temps et de tous les pays[63].

[63] De récentes expériences de M. Walter-J. Kilner, rapportées dans son livre: _The Human Atmosphere_, sont venues matériellement démontrer l’existence de ces émanations, de ces effluves, de cette «Aura» humaine ou du moins d’une «Aura» analogue qui est un véritable double astral ou éthérique. Il suffit de regarder le sujet à travers un écran formé d’une cuve de verre très plate renfermant une solution alcoolique de dicyanine, substance chimique dérivée du goudron de houille, qui sensibilise la rétine aux rayons ultra-violets, pour que l’«Aura» apparaisse non plus seulement aux sensitifs, comme dans les expériences de Reichenbach, mais aux yeux de 95 p. 100 des individus doués d’une vue normale. Il est du reste possible que cette «Aura» ne soit pas un double éthérique, mais un simple rayonnement nerveux. Voir à ce sujet l’excellent résumé de M. RENÉ SUDRE, dans le nº 3 du _Bulletin de l’Institut métapsychique international_ (janvier-février 1921).

XIV

Voilà donc l’existence de cette émanation universelle expérimentalement démontrée. Il s’agirait, maintenant, d’en faire connaître les propriétés et les effets.

Je me borne à quelques traits essentiels. Grâce à ces effluves, on a pu constater que ce fluide était le même que celui qui produit les manifestations des tables tournantes; en effet, aux yeux des sensitifs, ces manifestations s’accompagnent de phénomènes lumineux dont le synchronisme ne laisse aucun doute sur la corrélation de l’émission du fluide avec les mouvements de la table. Elle ne se met en branle que lorsque les radiations qui sortent des mains des assistants deviennent suffisamment puissantes. Ces radiations se condensent en colonnes lumineuses au centre de la table, et plus elles sont intenses, plus la table s’anime. Quand elles s’éteignent, la table retombe inerte.

Il en est de même pour les déplacements d’objets sans contact, les apports, la lévitation, manifestations aujourd’hui suffisamment établies et contrôlées pour qu’on n’ait plus besoin d’en refaire la démonstration. Il est donc certain que ce fluide, qui peut mettre en mouvement un pendule dans un vase de verre clos au chalumeau, comme il est capable de soulever une table de plus de cent kilos, possède une force parfois énorme, indépendante de nos muscles, que l’on peut attribuer à nos nerfs, à notre âme, à tout ce que l’on veut, mais qui n’en est pas moins d’une nature nettement et purement spirituelle.

Il est en outre à peu près certain, bien que les constatations expérimentales soient ici moins avancées et plus difficiles, à cause de la rareté des sujets, que c’est ce même fluide odique qui intervient dans les phénomènes de matérialisation, notamment dans ceux que produisait la célèbre Eusapia Paladino et dans ceux, beaucoup plus probants et beaucoup plus rigoureusement contrôlés du médium, de madame Bisson. Il tire probablement, soit du médium, soit des assistants, la substance plastique à l’aide de laquelle il forme et organise les corps _tangibles_, qui naissent et disparaissent au cours de ces manifestations, nous donnant ainsi un aperçu très curieux sur la manière dont la pensée, l’esprit ou le fluide créateur agit sur la matière, la condense, la modèle et se comporte, lorsqu’il s’agit de former notre corps.

XV

Il a encore été expérimentalement démontré que ce fluide odique peut être capté. Il est possible d’en charger n’importe quel objet. L’objet magnétisé, dans lequel le magnétiseur a fait passer une partie de sa force vitale, toute possibilité de suggestion étant écartée, conservera toujours sur le sensitif la même action, c’est-à-dire celle qu’avait voulue le magnétiseur. Il le fera rire ou pleurer, grelotter ou suer, danser ou s’endormir, selon la volonté qu’avait le magnétiseur en émettant son fluide. En outre, ce fluide paraît indestructible: un pilon de marbre magnétisé, et mis successivement dans l’acide muriatique, nitreux et sulfurique, soumis à l’action corrosive de l’ammoniaque, ne perd rien de sa force. Une barre de fer chauffée à blanc, de la résine fondue et recoulée en d’autres formes, l’eau bouillie, le papier brûlé et réduit en cendres, garde toute sa puissance. Il y a plus, pour prouver que l’appréciation de cette force ne dépend pas d’une impression humaine, on a constaté que l’eau magnétisée, puis bouillie, dévie de vingt degrés, comme avant l’ébullition, l’aiguille d’un rhéomètre, qui est, comme chacun le sait, l’appareil qui mesure les courants électriques. Il serait intéressant de savoir si cette force vitale emprisonnée dans un objet survit au magnétiseur. Je ne sais si des expériences ont été faites sur ce point. En tous cas, on a observé que plus de six mois après avoir été chargées d’Od, les substances les plus hétéroclites: fer, étain, colophane, cire, soufre, marbre, gardaient intactes leurs vertus magnétiques.

XVI