Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes
Part 9
Au mois d’octobre de la même année, il alla attaquer Colibentan (Niani), dont les habitants avaient, eux aussi, méconnu l’autorité du massa de Kataba, et, après Carantaba, avaient attaqué Boubakar. Il marcha contre eux avec toutes les forces qu’il put réunir ; mais il fut complètement battu, et se retira en laissant bon nombre de ses guerriers sur le champ de bataille, parmi lesquels Couty-Filly-Fé, un des chefs du Niagala, et Boubakar-Oumar-Koly, un de ses hommes de confiance.
Dans les derniers jours de l’année, Abdoul-Boubakar, chef du Bosséa, avait eu des démêlés avec Elféky, chef du Damga, et notamment avec Boubou-Ciré, frère d’Elféky, qui n’avait jamais pu s’entendre avec Abdoul. Celui-ci avait levé une armée de quelques centaines d’hommes, et avait marché contre le Damga ; mais il fut battu par Boubou-Ciré à Diovadou. Ce fut alors que le chef du Bosséa vint demander aide et secours à Boubakar, son parent, car il était marié depuis quelque temps déjà avec la fille aînée d’Ahmady-Saada, frère de Boubakar. Elle se nommait Guiba.
Boubakar fit alors appel à tous ses guerriers, et, dans les premiers jours de 1873, il quitta Sénoudébou pour aller au secours de son neveu par alliance. Il vint camper à Bordé, dans le Lèze-Bondou, et, pendant trois mois, il ne cessa d’envoyer des émissaires à Boubou-Ciré et à Elféky pour les exhorter à revenir à de meilleurs sentiments et à se reconcilier avec Abdoul-Boubakar. Les deux chefs du Damga s’y refusèrent, et Boubakar-Saada se décida à marcher contre eux, malgré l’avis des notables du Bondou et d’Oumar-Penda, son frère, qui voulaient temporiser.
A la frontière du Guoy, les Bondoukés ne purent franchir le marigot de Guérol. Ils furent vigoureusement assaillis par les guerriers d’Elféky et de Boubou-Ciré. Le combat dura environ deux heures, et fut des plus meurtriers. Abdoul-Boubakar et Boubakar-Saada furent complètement battus. L’almamy du Bondou, cerné et séparé de son allié, dut s’enfuir vers le fleuve. Poursuivi par l’ennemi, il put cependant le passer à gué. Mais arrivé sur la rive droite, son cheval s’embourba, et il fut forcé de l’abandonner. Un de ses hommes lui donna le sien, et il parvint à s’échapper et à regagner la rive gauche à la hauteur de N’Diawara.
Dans le courant de septembre, il fut encore obligé, pour la troisième fois, d’envoyer une colonne contre Sandicounda (Tenda). Commandée par Saada-Ahmady, elle vint cerner le village dès le point du jour et s’en empara sans coup férir. Presque tous les défenseurs furent tués, et parmi eux Barka, le chef du village.
Enfin, au mois de novembre, Boubakar battit encore le tam-tam de guerre et réunit de nouveau ses guerriers. Il forma une colonne dont il donna le commandement à son fils préféré, Ousman-Gassy, et le chargea d’aller punir le village de Kotiar (Ouli), dont les habitants, des Fadoubés, venaient de piller des caravanes de Dioulas, du Bondou. Ousman-Gassy s’empara aisément du village, qui fut complètement détruit. La population fut réduite en captivité et en grande partie vendue.
En 1874, au mois de mars, il envoya de nouveau son fils Ousman-Gassy contre Sittaouma, qui venait de se reconstruire. Ousman fut reçu par une vive fusillade. Il parvint cependant à pénétrer dans le village et à y faire quelques prisonniers ; mais il en fut vivement chassé par les défenseurs, retirés dans le tata du chef. Il perdit un grand nombre de guerriers dans cette affaire, et parmi eux le chef de Dalafine (Tiali). Il parvint cependant à ramener quelques captifs à Sénoudébou.
Dans les premiers jours de 1875, Boubakar, en personne, allait encore attaquer Marougoucoto, sur la rive gauche de la Haute-Gambie. Il avait pour cette circonstance appelé à son aide ses alliés du Gadiaga, du Khasso et du Logo. L’armée coalisée traversa la Gambie au gué de Tomborocoto et vint tomber sur Marougoucoto. Mais les habitants, prévenus, se tenaient sur leurs gardes. Ils étaient sortis du village et étaient allés camper en face, sur les hauteurs qui dominent la route, afin de disputer le passage à Boubakar. Attaqué avec vigueur, il fut forcé de battre en retraite. L’armée se débanda et se rua vers le gué, poursuivie à outrance par les gens de Marougoucoto et leurs alliés. C’est à peine si les fuyards purent le franchir, et encore leur fallut-il essuyer le feu des ennemis, embusqués dans les rochers des collines environnantes. Boubakar et Ousman-Gassy ne purent, malgré leurs efforts, arriver à rallier leurs hommes, et furent obligés de s’enfuir pour échapper aux balles ennemies.
Dans cette journée, Boubakar perdit environ deux cents hommes, parmi lesquels un de ses neveux, Sidi-Ahmady-Salif, de la branche de Koussan-Almamy, et un des captifs de la couronne qu’il affectionnait le plus, Saada-Samba-Yassa.
Dans le courant du mois d’août, Boubakar envoyait encore des guerriers, commandés par un des captifs de la couronne, contre le village de Diangounté (Niagala). Il fut emporté, et les villages voisins vinrent faire leur soumission.
Dans la première quinzaine de décembre de la même année, Makane-Koulonko, chef de Lanel (Kaméra), était venu demander secours à Boubakar contre le chef de Kotéra, Allimana, avec lequel il était en désaccord depuis quelque temps au sujet de terrains. Boubakar fit faire à Allimana des propositions d’arrangement que ce dernier accepta. Il envoya même à l’almamy du Bondou des cadeaux que celui-ci n’eut garde de refuser. Mais Makane tenait absolument à aller attaquer Kotéra, ne fût-ce que pour humilier son ennemi. Boubakar alla donc camper avec ses hommes à Gatiari, sur la rive droite de la Falémé, et n’en continua pas moins à entretenir de bonnes relations avec Allimana et à recevoir ses cadeaux. Mais, un beau jour, il envoya contre Kotéra une bande de deux ou trois cents cavaliers sous la conduite d’Ousman-Gassy. Arrivé dans la plaine au centre de laquelle s’élève, sur un petit monticule, le village de Kotéra, Ousman lança ses troupes, qui arrivèrent jusqu’aux portes du village, enlevèrent quelques bœufs, mais ne purent entrer dans le tata. Les Bondounkés, battus, furent obligés de s’enfuir, poursuivis à outrance par les défenseurs de Kotéra, qui leur firent subir des pertes sérieuses.
Au mois de mars 1876, Boubakar, voulant venger la défaite de son fils, partit encore à la tête de ses guerriers et marcha contre Kotéra. Il vint d’abord camper à Lanel, et de là se dirigea sur ce village, qu’il bloqua étroitement. Trois fois il marcha à l’assaut, et trois fois il fut repoussé avec de grandes pertes. Obligé de battre en retraite dans le plus grand désordre, il n’eut que le temps de s’enfuir à toute bride pour échapper à l’ennemi. Boubakar passa l’hivernage de cette année à Médine, et, vers le mois d’août, vint attaquer Gakoura, dans le Kaméra. Il s’en empara et le dévasta complètement.
En 1877, Boubakar, criblé de dettes, ne pouvait même plus acheter la poudre et les armes nécessaires à ses guerriers. Cette année-là, il alla attaquer le village de Sabouciré, dans le Bambouck, sous prétexte qu’il avait donné asile à un pillard fameux nommé Maby-Diaoua. Sabouciré fut pris et détruit, mais le butin que Boubakar y fit ne suffit pas à ses besoins.
Mais les Sissibés étaient mécontents de leur almamy, dont le despotisme avait atteint les dernières limites. En outre, il ne pouvait satisfaire à leur soif insatiable de richesses, dont ils ne savaient cependant pas profiter. Il résolut alors de les mener de nouveau à quelque pillage.
Le Niani, province située à l’ouest du Ouli, sur les bords mêmes de la Gambie, avait donné asile à des habitants du Ferlo fuyant le joug de l’almamy du Bondou. Il exerçait aussi de fréquents pillages sur les villages du Ouli et du Ferlo. Ce fut ce qui, quelques mois plus tard, devait servir de prétexte à Boubakar pour entreprendre la conquête de ce pays, dont il rêvait de faire avec le Ouli un royaume qu’il destinait à son fils Ousman-Gassy, trouvant que le Bondou n’était pas assez vaste pour eux deux. A cet effet, il expédia ce dernier à Alpha-Molo, roi du Fouladougou, afin de conclure un traité d’alliance avec lui.
Ousman-Gassy se mit en route au mois de mars 1878 avec quelques guerriers. Il se dirigea droit sur la Gambie en traversant le Sandougou. En passant devant Toubacouta, il intimida le chef de ce village, marabout fameux qui se nommait Simotto-Moro, qui, pour l’éloigner, lui donna quelques captifs. Ousman traversa alors la Gambie, et arriva dans le Fouladougou, où il passa l’hivernage. Il conclut alors avec Alpha-Molo un traité par lequel celui-ci s’engageait à prêter main-forte à Boubakar à la condition qu’il l’aidât à soumettre d’abord les pays qui ne voulaient pas reconnaître sa domination.
Boubakar, dès qu’il connut les clauses de ce traité, partit de Sénoudébou dans les premiers jours de décembre 1878. Il passa la Gambie avec ses troupes à hauteur de Gaïada, à un gué nommé Dioudé-Gaoudi, dans les premiers jours de 1879, pour aller rejoindre son nouvel allié. Mais arrivé dans le Kantora, il y fit la rencontre de cavaliers d’Alpha-Ibrahima, chef de Labé, qui se trouvait à Kadé (Ghabou) depuis quelques années pour soumettre ce pays. Alpha-Ibrahima faisait prier l’almamy du Bondou de revenir lui prêter main-forte pour marcher contre Couttang, dont les habitants lui étaient toujours hostiles. Boubakar conclut alors avec lui une alliance offensive et défensive, et se dirigea sur Kadé, d’où les deux armées marchèrent sur Couttang, qui fut pris après une vive résistance. Mais les alliés perdirent environ deux à trois cents hommes, tués ou faits prisonniers. Ce fut Ousman-Gassy, que son père avait rappelé du Fouladougou, qui décida de la victoire. Aussi Alpha-Ibrahima, en reconnaissance, lui donna-t-il en mariage sa propre fille. Le mariage eut lieu le jour même de la bataille. Ils soumirent tout le reste du pays et s’emparèrent d’un grand nombre de villages où ils trouvèrent des quantités de bœufs et quelques centaines de captifs. Alpha-Molo s’était joint à eux et avait conclu une alliance dans les mêmes conditions que celle qui les unissait. Tous les Badiars furent donc soumis à Alpha-Ibrahima, et l’armée de la triple alliance songea dès lors à réduire les ennemis d’Alpha-Molo, puis ceux de Boubakar-Saada.
Les trois rois noirs se mirent en marche vers le Fouladougou en 1879. De là, ils marchèrent sur Diara-Carantaba, dans le Diamarou. Ils s’en emparèrent sans coup férir. Ils prirent de même Kanimenko et deux autres villages, et rentrèrent dans le Fouladougou vers la fin de mai.
Ils ne tardèrent pas à se remettre en campagne, et tournèrent leurs yeux vers le Kantora, dont Alpha-Molo avait résolu la conquête. Ils vinrent attaquer Talto. Ousman-Gassy fut chargé de s’emparer de ce village, pendant que Moussa-Molo, fils d’Alpha-Molo, garderait le chemin de Son-Counda, et que Mody-Aguibou, fils d’Alpha-Ibrahima, surveillerait celui de Badia-Counda. Talto fut pris après une demi-heure de résistance. Les deux armées se mirent alors en route, l’une pour Son-Counda et l’autre pour Badia-Counda. Ils arrivèrent dans la soirée devant les deux villages, et les cernèrent. Pendant toute la nuit, ils échangèrent des coups de feu avec les assiégés. Et le lendemain matin, à la première heure, ils donnèrent l’assaut chacun de leur côté. A trois reprises différentes, ils furent repoussés ; mais ils finirent par s’emparer des deux villages presque à la même heure. Farintombou, Kantali-Counda et Kokoum tombèrent ensuite sous leurs coups, et en peu de jours le Kantora entier était tributaire d’Alpha-Molo.
L’armée de la triple alliance prit alors ses dispositions pour passer l’hivernage et attendre le moment favorable pour marcher contre les ennemis de Boubakar-Saada et envahir le Niani. Son objectif était Koussalan, le plus fort village de toute cette région, que l’almamy du Bondou accusait de retenir des fugitifs du village de Naoudé (Ferlo-Maodo). Les guerriers étaient fatigués, et il fallait les faire reposer quelques mois pour pouvoir recommencer la guerre avec certitude de succès. Enfin, il fallait surtout renouveler les approvisionnements en poudre et en balles.
Dans le courant de mars 1880, l’armée coalisée traversa donc la Gambie, et vint camper entre Sini et Makadian-Counda. Alpha-Molo, malade, avait cédé le commandement de ses troupes à son fils, Moussa-Molo.
Le gouverneur anglais de Mac-Carthy fit tous ses efforts pour dissuader Boubakar d’aller attaquer Koussalan. Il se rendit même auprès de lui, et lui offrit une rançon au nom du Niani. Mais ce fut inutile.
Du Ouli, Alpha-Ibrahima et Boubakar envoyèrent donc des émissaires à Koussalan pour exhorter les habitants de ce village à revenir à de meilleurs sentiments et à laisser les gens de Naoudé rentrer chez eux. Mais ceux-ci, se fiant à la solidité de leurs sagnés et de leurs tatas, s’y refusèrent net et battirent le tam-tam de guerre. Ils réunirent dans leurs murs un grand nombre de guerriers de la région ouest de Koussalan, tandis que ceux de la région est avaient fait évacuer leurs villages par leurs familles. Seuls les guerriers valides restèrent pour pouvoir se défendre au cas où ils seraient attaqués. Prêts à la lutte, ils attendirent tranquillement les événements. L’armée coalisée ne tarda pas à se mettre en route pour Koussalan. Arrivés dans le Sandougou, les deux rois expédièrent de nouveau des émissaires à Koussalan pour dicter aux habitants leurs volontés. Les Torodos les chassèrent et en mirent même deux à mort. En apprenant cette nouvelle, Boubakar et Alpha résolurent alors d’attaquer immédiatement. L’armée se mit en marche aussitôt contre le village ; mais, en voyant les formidables sagnés dont il était entouré et les nombreux guerriers qui garnissaient les murs, les alliés reconnurent qu’il leur serait difficile de l’emporter de vive force. L’armée du Bondou campa à l’est, celle du Fouta-Djallon au nord, et le Fouladougou au nord-est. Il fut alors résolu qu’on ferait un siège en règle et qu’on prendrait Koussalan par la famine. A cet effet, les assiégeants firent construire de solides sagnés à environ une portée de fusil de ceux du village, afin de s’abriter. Du matin au soir, ce ne fut alors qu’un échange continuel de coups de fusil.
Cependant, les assiégeants parvinrent à franchir le fossé qui entoure le village et à faire évacuer les postes qui se trouvaient entre le fossé extérieur et le sagné. Ils réussirent même à ouvrir quelques portes du sagné en coupant les lianes qui les retenaient. Mais ce n’étaient là que de maigres succès, et l’armée alliée se décimait peu à peu sans obtenir de grands résultats. Elle se disposait à donner un assaut décisif, lorsque tout à coup en entendit de grands cris du côté du campement du Fouladougou. C’était du secours qui arrivait à l’ennemi. Attaquée à l’improviste par de nombreux contingents venant de Carantaba, l’armée alliée, prise entre deux feux, se débanda. Ce fut une panique générale et un effroyable désordre. Alpha-Ibrahima et Boubakar, abandonnés par leurs hommes, n’eurent que le temps de monter à cheval et de s’enfuir. Ils faillirent même être cernés par des cavaliers ennemis, dont quelques-uns arrivèrent jusqu’à eux, et ils eussent été faits prisonniers si Ousman-Gassy et Modi-Yaya ne s’étaient pas vivement portés à leur secours et n’avaient pas dispersé les assaillants. Toute la soirée ils couvrirent la retraite des deux rois et purent repasser le Sandougou au gué de Paquéba. Ils rentrèrent alors à Sini, où ils se reposèrent deux jours pour rallier leurs hommes, dispersés de tous côtés et qui s’étaient enfuis jusque dans le Kalonkadougou et sur les bords de la Gambie, car les guerriers du Niani et du Sandougou les avaient poursuivis dans toutes les directions. Trois cents hommes environ furent tués ; neuf cents avaient été faits prisonniers, et cinq ou six cents avaient disparu. Trois jours après, Boubakar reprit le chemin du Bondou, et Alpha-Ibrahima, après avoir passé la Gambie à Passamassy, était rentré à Kadé. Moussa-Molo regagna le Fouladougou par Oualiba-Counda.
Ce désastre mit le Bondou entier en émoi. La nouvelle en parvint à Saint-Louis, où le bruit courut même que Boubakar y avait perdu la vie.
Quelque temps après, les habitants du Niani recommencèrent de nouveau à piller dans le Ferlo-Maodo et le Ferlo-M’Bal. Ils s’emparaient de tout ce qui leur tombait sous la main : hommes, femmes, enfants, bœufs, et allaient vendre dans les pays voisins le fruit de leurs rapines. Cet état de choses ne pouvait durer plus longtemps sans plonger le Ferlo dans la plus épouvantable misère, d’autant plus que Sénoudébou était trop éloigné pour pouvoir les défendre efficacement. De plus, il était excessivement pressuré par les captifs de Boubakar et par les hommes de sa suite, qui ne cessaient de venir à chaque instant dans les villages imposer aux habitants des redevances que leurs caprices seuls leur faisaient percevoir et auxquelles ils n’avaient aucun droit. C’était le pillage des deux côtés à la fois. Il y eut alors dans le Ferlo une épouvantable émigration. Boubakar, pour tenter de l’enrayer, y envoya des guerriers pour les protéger en cas de besoin et en même temps aussi pour arrêter leur fuite. Une partie de ses troupes alla camper à Saré-Diaguili, sous les ordres de son fils Ousman-Gassy, et l’autre partie, commandée par son neveu Malick-Touré, s’établit à Sabouciré. Ils passèrent l’hivernage dans le Ferlo, et, au mois de novembre, Boubakar alla en personne s’établir à Longué, où il construisit un fort sagné. Il réussit alors à décider le lam (roi) des Fadoubés de N’Dogan à se retirer à Sabouciré, et à se rapprocher ainsi du Bondou, où il serait plus en sûreté.
Les affaires du Bondou arrangées, les guerriers du Bondou rentrèrent avec leurs chefs à Sénoudébou.
Au mois de mars 1881, Boubakar-Saada réunit de nouveau ses guerriers et fit appel à ses alliés du Guoy, du Kaméra, du Fouta et du Khasso pour recommencer la campagne contre Koussalan. Il alla camper à Diamwély, où il attendit ses alliés, et, le 20 avril suivant, il se mit en marche pour Koussalan. Mais arrivé à Sambardé, sur les bords du Niéri-kô, il y fit la rencontre de quelques Dioulas du Bondou, qui vinrent se plaindre à lui qu’en revenant du Niocolo, où ils étaient allés commercer, ils avaient été pillés par les gens du village de Gamon, et que, malgré leurs réclamations, on n’avait jamais voulu leur rendre leurs marchandises. Le traité passé avec les chefs du Tenda était donc ouvertement violé. Boubakar envoya des cavaliers à Gamon pour le faire remarquer aux chefs de ce village. Mais ceux-ci leur répondirent avec arrogance, les maltraitèrent même et les chassèrent du village. A cette nouvelle, Boubakar, furieux, renonça à son expédition contre Koussalan et marcha contre Gamon. Il comptait bien s’en emparer dans la première quinzaine d’avril. Mais toutes ses attaques furent repoussées, et il dut se retirer à Bentenani et se contenter de les harceler par des escarmouches répétées. Quelques jours après, il envoya contre Gamon trois ou quatre cents cavaliers commandés par Ousman-Gassy et Saada-Ahmady. Le 30 avril, ils arrivèrent devant Gamon, échangèrent quelques coups de fusil avec les défenseurs et s’emparèrent de quelques bœufs. Mais ils ne purent entamer le village, et furent obligés de rentrer à Bentenani quelques jours après, sans avoir obtenu de résultats appréciables. Gamon résistait à toutes les attaques.
Cela dura ainsi jusqu’au mois de juin suivant, époque à laquelle les habitants de Gamon, voyant que la saison des semailles approchait, comprirent qu’ils devaient traiter avec Boubakar s’ils voulaient pouvoir cultiver leurs lougans et ne pas s’exposer à la famine pendant l’hivernage. Ils vinrent donc trouver l’almamy à Bentenani, et la paix y fut conclue. Boubakar revint hiverner à Sénoudébou avec ses guerriers.
La paix et la tranquillité régnèrent alors dans le Bondou jusqu’au mois de septembre 1882, époque à laquelle Mahmoud-N’Darry, frère de Maba, roi du Saloum, réunit une colonne de huit cents fantassins environ et quatre cents cavaliers, et marcha sur Sabouciré, village habité par le lam Paddo de N’Dogan, dont les Torodos, réfugiés dans le Niani, avaient beaucoup à se plaindre ; car ils avaient prétendu que c’était le chef des Fadoubés, le lam Paddo, qui les dénonçait toujours auprès de Boubakar et qui leur pillait leurs biens. Mahmoud-N’Darry tomba donc sur Sabouciré et s’en empara au bout d’un quart d’heure. Le lam Paddo trouva la mort dans cette affaire, et la moitié de ses enfants furent faits prisonniers. Il n’échappa de Sabouciré que ceux qui étaient allés aux lougans. Mahmoud-N’Darry reprit aussitôt le chemin du Niani sans attendre seulement une demi-heure sur le champ de bataille, et quand Boubakar-Saada arriva, quelques jours après, de Sénoudébou pour venger les siens, il ne trouva que des cadavres.
Cependant, les habitants de Gamon avaient encore violé certains articles du traité. Boubakar leva de nouveau ses guerriers et revint camper à Benténani, d’où il leur envoya, comme la première fois, des émissaires qui furent fort mal reçus. Il recommença alors à les harceler par des colonnes volantes jusqu’au mois de juillet, époque à laquelle les plaines marécageuses du Tenda étant inondées, la cavalerie ne pouvait plus opérer. Il fut donc obligé d’ajourner ses projets et d’en remettre l’exécution à la fin de l’hivernage.
Au mois de février, Boubakar vint camper à Safalou, et de là à Tenda-Médina, sur le marigot qui forme la limite du Badon et du Bondou. De là, il envoya contre le village rebelle une colonne pour le harceler avant son arrivée. Cette colonne était commandée par Ousman-Gassy. Il put arriver jusque sur le tata après avoir franchi les sagnés. Le combat dura trois heures, après lesquelles les Bondounkés durent battre en retraite. Au fort de la mêlée, un des fils de Toumané, massa (roi) du Badon, nommé Couroundy, et qui avait été élevé par Boubakar, fut tué à ses côtés. Il commandait les auxiliaires du Badon. Le lendemain matin, Boubakar se mit en marche et vint cerner le tata sans l’attaquer. Il campa autour et s’empara des puits et du marigot qui fournissaient l’eau à la population. Au bout de quatre jours, la population, dévorée par une soif ardente, se précipita sur les portes pour les enfoncer. Les auxiliaires du Badon, ayant entendu ce tumulte, accoururent vers le village, qui les reçut par une fusillade bien nourrie. Ils y répondirent, arrivèrent bravement jusqu’au tata et, par une ouverture qu’ils avaient pratiquée, purent incendier quelques cases. Mais les assiégés accoururent en grand nombre, éteignirent le feu, qui commençait à se propager, et repoussèrent les assaillants.
Étroitement bloqués dans leur village, les habitants de Gamon ne pouvaient avoir assez d’eau pour leurs besoins journaliers. Arrêtés dans leur première tentative de sortie, ils en tentèrent une seconde du côté du campement du Bondou. Trois cents guerriers environ sortirent par une porte qu’ils avaient défoncée, malgré les ordres des chefs du village, et se dirigèrent sur le marigot. Les Bondounkés se portèrent immédiatement en avant pour leur barrer le passage. Pendant quatre heures ils échangèrent une vive fusillade, et des deux côtés personne ne recula. Boubakar-Saada fit des pertes très sensibles. Trois des meilleurs captifs de la couronne tombèrent, et peu après eux un de ses confidents intimes, El-Hadj-Kaba, qui avait été élevé avec lui, avait partagé tous ses travaux et couru tous les dangers auxquels il avait été exposé. Il fut blessé au front, et expira peu après. Toutes ces pertes découragèrent l’almamy, et on battit en retraite.