Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes

Part 8

Chapter 83,859 wordsPublic domain

Deux heures après, le _Grand-Bassam_ parut devant Sansandig en même temps que nos alliés. Des obus mirent le feu au village, et les défenseurs, découragés, prirent la fuite. On fit 64 prisonniers, on s’empara de 250 bœufs, et de beaucoup de chèvres. Le chef de Samba-Yaya, quatre fils du chef de Sansandig et le fils du chef de Djenné y furent tués.

Novembre 1857. Le Bondou tout entier se soumet à Boubakar-Saada, et il est proclamé almamy par tous les Sissibés qui y résidaient alors.

BOUBAKAR-SAADA (1857-1885).

Pendant ce temps El-Hadj, établi à Koundian, dont il venait de faire construire le fort tata, ravageait Konkodougou et les provinces voisines. Il soumit le Diébédougou et vint à Sékokoto (Bambouck), puis à Kakadian, sur les bords de la Falémé. De là il se rendit à Tomboura (Bondou).

En même temps, un de ses lieutenants, Mahmadou-Dialo, se présentait dans le Haut-Bondou et prêchait partout la guerre sainte, excitant le peuple à la révolte et annonçant que le règne des Sissibés était fini, qu’ils étaient aujourd’hui des infidèles. Il réussit ainsi à rallier autour de lui plus 10,000 fanatiques et s’empara de N’Dioum (Ferlo), qui le reçut dans ses murs.

Boubakar leva une armée de 2,000 hommes et vint assiéger cette ville. Il eut à traverser pendant 50 lieues un pays parsemé d’ennemis ; mais il comprit que reculer serait une trop grande faute, il se mit donc en marche. Mahmadou-Dialo, en apprenant la marche des Bondounkés, ne parut nullement s’en inquiéter ; il comptait beaucoup sur leurs ennemis pour tourner la fortune en sa faveur et il ne douta pas un seul instant de l’extermination des Sissibés.

Boubakar trouva l’ennemi campé au milieu des bois, tout autour de la ville. Les Bondounkés avaient à opérer sur un terrain accidenté, plein de monticules, derrière lesquels l’ennemi se retranchait. Il donna l’ordre de tourner la position. En un instant l’armée ennemie est entourée de cavaliers, battue et dispersée. Boubakar, enhardi par ce succès, résolut alors de donner l’assaut à la ville. Les Bondounkés s’élancèrent pleins de courage, mais devant une résistance désespérée, ils durent se replier et se contenter de faire le siège en règle.

Le capitaine Cornu, commandant du poste de Bakel, vint à son aide avec deux obusiers et 20 hommes de troupe. L’assaut recommença. Déjà une partie de la ville est tombée en leur pouvoir, et incendiée ; mais, cette fois encore, ils sont obligés de battre en retraite dans le plus grand désordre. Le capitaine Cornu, abandonné avec ses quelques hommes, dut prendre la fuite abandonnant ses deux canons sur le champ de bataille.

Boubakar, averti après cette défaite qu’El-Hadj était campé à Tomboura et se disposait à traverser le Bondou, se dirigea en toute hâte vers Sénoudébou.

De Tomboura, El-Hadj vint à Goundiourou, ayant auprès de lui deux Sissibés, l’un de la branche de Boulébané, l’autre de la branche de Koussan-Almamy, qui lui étaient sincèrement dévoués. Il leur remit deux lettres écrites sous une fausse dictée et d’après lesquelles les chefs sissibés émigrés dans le Kaarta ordonnaient à leur famille de quitter le Bondou et de venir les rejoindre sous la garde d’une escorte que leur donnerait El-Hadj.

L’annonce de cet ordre souleva dans les capitales un étonnement profond. Mais, quelques Sissibés et quelques chefs du peuple ayant affirmé que ces ordres venaient bien de Séga et des autres Sissibés, une émigration générale commença et des villages entiers quittèrent leurs foyers, emmenant femmes, enfants, vieillards et animaux. Bientôt même, il ne resta plus à Boubakar que Sénoudébou, où il s’était retiré et fortifié avec ses fidèles. Il fallait arrêter l’émigration. Pour cela, il marcha contre les troupes que le marabout envoyait contre lui, les battit à Guirobé, non loin de la Falémé, et leur enleva quelques prisonniers. Ce succès décida un grand nombre de ses hommes, qui déjà étaient arrivés dans le Diombokho et le Kaarta, à rebrousser chemin et à venir le rejoindre.

Dans ces moments difficiles, il fallait un homme aussi résolu que Boubakar pour remédier à tant de malheurs. Grâce à la France et à son énergie, il put faire face à tous les dangers, à toutes les privations. C’est pour cela qu’il est appelé, à juste titre, dans le pays, le second « Fondateur du Bondou ».

Cependant, le Bondou se repeuplait, et les habitants qui avaient suivi El-Hadj revenaient peu à peu, mais absolument dénués de tout et ne retrouvant plus rien dans leurs villages, car tout avait été livré aux flammes par ordre du prophète. La famine fut à son comble dans le Bondou, et les habitants ne se nourrissaient absolument plus que de graines, de fruits et de feuilles d’arbres, qu’ils allaient cueillir dans la brousse. Il arriva même un moment — et ceci est connu partout dans la région — où Boubakar ne possédait plus à Sénoudébou qu’une seule vache, qu’il était obligé de traire lui-même pour pouvoir nourrir ses enfants et ceux de ses cousins. Quant au reste de sa famille et aux quelques guerriers qui l’entouraient encore, ce ne fut que grâce aux libéralités des commandants de Bakel et de Sénoudébou qu’il put arriver à les nourrir.

Sa principale ressource consistait en captifs, et, pour avoir du mil, il était obligé d’aller les échanger jusque dans le Ouli, le Kantora, le Fouta-Toro, et même le Fouladougou. Le mil ainsi acheté était transporté à tête d’homme dans le Bondou, car toutes les bêtes de somme, ânes, bœufs porteurs et chevaux, avaient disparu pendant l’émigration.

A Sénoudébou, le mil qu’y apportaient les quelques traitants qui osaient s’y aventurer se vendait à raison de 3 kilog. pour une pièce de guinée. Pour une vache ou un bœuf, on ne pouvait pas en avoir plus de 15 kilog., et pour un captif 60 kilog.

Sans doute, le gouverneur Faidherbe avait bien envoyé des secours en mil et en étoffes aux émigrés du Bondou ; mais le nombre en était si considérable que les secours avaient été insuffisants. Cet état de choses dura trois années environ, et ce n’est que vers le commencement de la quatrième que les villages se trouvèrent en partie reconstitués et que la production du mil fut assez abondante pour nourrir les habitants.

De Goundiourou, El-Hadj se rendit à Boulébané (15 avril 1858), d’où il expédia sous bonne escorte, commandée par Samba N’Diaye, dans le Kaarta, les deux obusiers abandonnés par le capitaine Cornu au siège de N’Dioum. Il voulait attaquer Sénoudébou, mais son armée s’y refusa. Ces deux obusiers lui servirent plus tard au siège de Marcoïa, dans le Bélédougou. Il tira quelques coups avec des boulets qu’il avait fait ramasser au siège de Médine et envoya un obus qui éclata au milieu de la ville, à la grande stupéfaction des habitants, qui crurent que Dieu se mettait aussi contre eux.

Après avoir organisé l’émigration, El-Hadj vint à Sambacolo, à Somsom-tata, à Bordé, et sur les bords du Sénégal, à Diawara, où il célébra la fête du cauri. Il entra alors dans le Fouta, pour y séjourner jusqu’en avril 1859.

Rappelé à cette époque par la révolte du Kaarta, El-Hadj repasse le Sénégal à Diaguéli et se rend à Dioukountourou, et de là à Guémou, où il fait bâtir un solide tata. Il y laisse une armée, sous le commandement d’un de ses neveux, Ciré-Adama. De là, il se dirige vers les régions septentrionales du Soudan, dont il fera la conquête.

Du jour où fut construite la forteresse de Guémou, des bandes de pillards en partirent fréquemment et vinrent dans le Bondou dévaster et piller, emmenant en captivité les malheureux qui tombaient en leur pouvoir. Tout cela entravait considérablement le repeuplement du Bondou. Boubakar s’en plaignit au gouverneur Faidherbe, et, vers le mois de septembre, une colonne commandée par le lieutenant-colonel Faron, des tirailleurs sénégalais, alla mettre le siège devant Guémou.

Boubakar, avec l’armée du Bondou, se joignit à la colonne française. Le 25 octobre 1859, Guémou fut emporté d’assaut par les alliés. Sur 1,500 hommes, nous eûmes 39 tués, dont un officier, et 97 blessés, dont 6 officiers. On tua 250 hommes à l’ennemi et on fit 1,500 prisonniers.

Le neveu d’El-Hadj, Ciré-Adama, fut reconnu au milieu des morts. Pendant ce temps, le prophète soumettait le Bélédougou et le Ségou. Le 10 mars 1861, à neuf heures et demie du matin, il faisait son entrée dans Ségou, tandis que son chef Ali, vaincu et sans armes, en sortait à cheval par la porte de l’ouest.

Débarrassé d’El-Hadj-Oumar, le gouverneur Faidherbe songea alors à venir occuper les mines de Kéniéba et à les exploiter au profit du gouvernement. Une colonne, partie de Bakel et passant par Sénoudébou, entrait à Kéniéba le 28 juillet 1858, sans tirer un coup de fusil. En même temps, le 18 août 1858, était signé à Sénoudébou le traité qui consacrait l’alliance du Bondou et de la France et plaçait sous notre protectorat les états de Boubakar-Saada. Trois jours avant, avait été conclue à Kéniéba avec Bougoul, chef de Farabanna et du Niagala, et Boubakar-Saada, une convention spéciale pour l’exploitation des mines d’or de Kéniéba.

Janvier 1859. Pendant l’absence d’El-Hadj, le Tomora, province du Khasso, se souleva contre lui. Elle appela à son aide Sambala, chef de Médine, et Boubakar-Saada, almamy du Bondou, qui venait de se marier avec Lallya, fille de Sambala. Tierno-Guiby, lieutenant d’El-Hadj, vint avec ses Toucouleurs à la rencontre des alliés et les mit complètement en déroute. Dès le début de l’action, Tierno-Guiby avait eu la cuisse fracassée par une balle ennemie, et malgré les soins dont l’avaient entouré ses Talibès, il était mort dans la nuit.

Boubakar-Saada et Sambala, bien montés, avaient pu échapper à la poursuite de l’ennemi, escortés seulement par quelques cavaliers, pendant que leurs fantassins étaient obligés de chercher un refuge dans les rochers. Ce ne fut que fort avant dans la nuit qu’ils apprirent la mort de Tierno-Guiby. Ils tournèrent bride aussitôt et rallièrent une partie de leur armée. La bataille recommença au point du jour et l’ennemi, privé de son chef, fut complètement battu à Toumtaré. Les Talibès évacuèrent alors en partie le Tomora et les alliés retournèrent dans leurs états respectifs, craignant d’avoir encore à se mesurer avec Alpha-Oumar, un des plus vaillants lieutenants d’El-Hadj, qui accourait de Nioro pour remettre les choses en état dans la province insurgée.

Au mois d’août 1860, la paix est conclue entre El Hadj et le gouverneur Faidherbe.

D’après les traités passés en août 1858 avec le gouvernement, Boubakar-Saada dut évacuer le village de Sénoudébou. Il transporta alors sa capitale sur les bords de la Falémé, à 25 kilomètres au sud de Sénoudébou, et donna à sa nouvelle résidence le nom d’Ambdallaye. Il y séjourna jusqu’en 1862, époque à laquelle les Français, ayant abandonné les postes de Kéniéba et de Sénoudébou, lui en laissèrent la jouissance, avec la restriction de les remettre à leur première demande.

Dès que Boubakar se vit délivré des Talibès d’El-Hadj-Oumar, il songea à attaquer à son tour ceux qui l’avaient pillé et harcelé les années précédentes. De plus, il avait à punir les villages voisins qui s’opposaient au retour dans le Bondou des émigrés qui, revenant de Nioro, y étaient venus chercher refuge. Enfin, raison capitale, il lui fallait, pour les retenir auprès de lui et calmer leurs appétits, donner chaque jour aux Sissibés une proie nouvelle pour leur permettre de reconstituer la fortune qu’ils avaient perdue dans les guerres contre El-Hadj et ses Talibès. Aussi allons-nous voir Boubakar aller guerroyer partout jusqu’à sa mort et se conduire, dans ses relations avec ses voisins, comme un pillard couronné.

En 1860, le Ferlo se révolta contre lui, sous la conduite d’un chef nommé Antioumané-Diadé. Boubakar marcha contre lui, s’empara d’un grand nombre de villages et le défit complètement. Antioumané et quatre cents Toucouleurs du Toro et du Niani, qui s’étaient joints à lui, furent tués. Un grand nombre de prisonniers tomba aux mains du vainqueur.

Deux mois après, il marche contre les villages de Biramdiguy et de Leona-Famara, dans le Ferlo-Balignama. Il s’en empare sans beaucoup de résistance et les détruit complètement.

A peine rentré à Sénoudébou, il réunit encore ses guerriers et marche contre Sattico, dans le Tiali, dont les habitants ne voulaient pas reconnaître son autorité. Le village fut pris d’assaut et ses guerriers massacrés.

Vers le mois de mars, il attaque Talicori, dans le Tenda, et s’en empare sans coup férir. Les Malinkés qui l’habitaient ne résistèrent même pas. Les deux frères du chef perdirent la vie dans cette journée. Boubakar revint à Sénoudébou avec un riche butin, composé principalement de captifs et d’étoffes du pays. Dans cette expédition, il fut aidé par son allié Sambala, roi du Khasso, qui lui avait amené un fort contingent.

Dans le courant de septembre, Sambala ayant eu à se plaindre de la conduite de Banga, frère de Bougoul, chef de Farabanna, envoya prier Boubakar-Saada de lui prêter main-forte. Celui-ci, ne se souvenant plus du traité qui le liait à Bougoul, et encore bien moins des services que celui-ci lui avait rendus au cours de sa lutte contre El-Hadj, ne laissa pas échapper une aussi belle occasion de faire une riche razzia. Il rejoignit donc Sambala avec tous ses guerriers, et, plus heureux que ses prédécesseurs, il s’empara de Farabanna, qui fut pillé et livré aux flammes. Banga fut tué dans cette journée.

Dans le commencement de l’année 1861, Boubakar se mit de nouveau à la tête de ses guerriers et, sans autre motif que celui de piller, marcha contre le village de Kakadian, dans le Niagala. Il en prit une partie, mais ne put s’y maintenir. Des secours étant arrivés aux assiégés, il dut battre en retraite et rentrer en toute hâte à Sénoudébou. — Peu après, pour effacer les traces de cette défaite, il se mit de nouveau en campagne et tomba sur Diangounté, dans le Niagala, qu’il pilla et détruisit complètement. — Vers le mois de novembre de cette même année, il crut devoir marcher contre le village de Marougou, dans le Sirimana, qu’il accusait d’avoir pillé ses sujets. Cette expédition ne fut pas heureuse. Il fut battu à plate couture par les Malinkés et laissa bon nombre des siens sur le carreau. Il fut même obligé d’abandonner ses blessés. Au nombre de ceux-ci, se trouvait un de ses cousins, nommé Ahmady-Sôma, qui avait été laissé pour mort sur le champ de bataille. Il n’était qu’évanoui. Vers neuf heures du soir, les habitants de Marougou revinrent de la brousse où ils avaient poursuivi Boubakar. Heureux d’être délivrés des bandes de l’almamy, ils rentraient dans leur village en poussant des cris de joie, tirant des coups de fusil et au son du tam-tam. Tout ce bruit tira Ahmady-Sôma de son évanouissement. A la faveur des ténèbres, il put échapper aux Malinkés et, le lendemain, rejoignit Boubakar sur les frontières du Bondou.

En 1862, c’est de nouveau contre le Tenda que Boubakar dirige ses coups. Le village de Guénou-Dialla, surpris, fut pris d’assaut, pillé, incendié, et Boubakar en emmena les femmes et les enfants en captivité dans le Bondou. — En décembre de la même année, nouvelle campagne contre le Tenda. Cette fois, c’est Sittaouma qui est l’objectif de l’almamy. Il s’en empare aisément et y fait un riche butin, consistant surtout en captifs et en bœufs.

En février 1863, Bokko, village du Diaka, tributaire du Bondou, crut devoir méconnaître l’autorité de l’almamy. Boubakar envoya une colonne contre lui. Bokko fut détruit et sa population emmenée en captivité.

Au mois de novembre, nouvelle campagne. C’est à Tamba-Counda, gros village du Ouli, que Boubakar en veut cette fois. Mais ne se sentant pas en force pour le réduire, il eut recours à ses alliés du Khasso, du Logo, du Natiaga et même du Fouta. Malgré cela, il ne put en avoir raison, et, honteusement battu, n’eut que le temps de fuir pour échapper aux Malinkés.

En mars 1864, nouvelle expédition, nouvelle défaite. Boukary-Counda, village du Ouli, qu’il était venu attaquer sans aucun motif, le force à se retirer et le bat à plate couture. Les pertes furent énormes.

Au commencement d’octobre de la même année, il part de nouveau en guerre avec ses alliés du Khasso et du Natiaga. C’est sur Tinguéto, village du Tenda, qu’ils marchent ensemble. Là encore, nouvelle défaite. Boubakar échappe par miracle aux guerriers malinkés.

En avril 1865, Boubakar lève de nouveau une armée, composée de guerriers du Bondou, du Khasso, du Natiaga et du Logo. Il se met à sa tête et part pour le Ouli, assiéger le gros village de Canapé, qu’il emporta sans difficulté. Du haut des murs de sa capitale, le massa (roi) du Ouli put voir l’incendie qui détruisit Canapé. Il n’osa pas aller le secourir. La moitié de la population périt dans les flammes et l’autre moitié fut emmenée en captivité. Canapé était un village de Dioulas, qui y avaient constitué un fort approvisionnement de poudre. L’incendie y mit le feu, et la plus grande partie du village sauta. Un grand nombre de guerriers furent ensevelis sous les décombres. — Au mois d’octobre de la même année, nouvelle incursion dans le Ouli. Boubakar vint assiéger Goundiourou, dont il s’empara facilement. Les femmes et les enfants furent emmenés en captivité à Sénoudébou.

En janvier 1867, il se met encore en campagne contre le Ouli. Il avait depuis longtemps formé le dessein de le conquérir entièrement. Il en parcourt la plus grande partie sans rencontrer d’obstacles et vient mettre le siège devant Médina, qui était alors la capitale. Le massa n’osa même pas résister et vint implorer la clémence de l’almamy du Bondou, qui consentit à évacuer le pays moyennant une forte rançon.

Sur ces entrefaites, le damel (roi) Lat-Dior, du Cayor, qui venait d’évacuer son pays, fuyant devant les colonnes françaises, et était venu se placer sous la protection de Maba, dans le Ripp, envahit le Sandougou avec son allié, uniquement dans le but de faire des captifs pour pouvoir acheter du mil afin de nourrir ses guerriers et ses chevaux. Il était ainsi arrivé jusqu’à Oualia, après avoir pris le village de Sandougoumana, situé sur les bords du Sandougou. Les fuyards de ce village étaient venus implorer le secours de Boubakar-Saada, qui partit de Médina à la tête de ses meilleurs cavaliers et courut en toute hâte au secours du Sandougou. Il atteignit le damel Lat-Dior non loin du marigot et le défit complètement. Il lui reprit la majeure partie des prisonniers faits à Sandougoumana et leur rendit la liberté. Il s’empara également d’un grand nombre de chevaux.

Dans la première quinzaine d’octobre 1867, le chef de Sandicounda, nommé Barka, vint implorer le secours de Boubakar contre un village voisin du sien et du même nom, et habité par des Malinkés Tarawaré qui depuis longtemps le volaient et le pillaient. De plus, Boubakar avait également à se plaindre de ce village, qui pillait fréquemment les villages du Bondou du voisinage. Il alla donc l’attaquer, s’en empara aisément et le détruisit. Le chef Soukoulou-Mahmadou fut tué dans l’action, et plus tard les fugitifs vinrent à Sénoudébou implorer leur pardon de Boubakar. Celui-ci leur permit de reconstruire leur village, à condition qu’ils lui paieraient annuellement une forte coutume en or.

Vers la fin de décembre de la même année, Boubakar se mit de nouveau en campagne. Il marcha contre Kéniéba (Bélédougou), qui avait envoyé des secours à Sandicounda. Une colonne fut envoyée contre le village. Elle était commandée par Saada-Ahmady et par le fils aîné de Boubakar, Ahmady-Boubakar. Ils échouèrent complètement et furent mis en déroute.

En janvier 1868, le chef de Mamakono, Dially-Silman, roi du Bélédougou, ayant été cerné par le chef de Marougou, sous prétexte qu’il avait fourni des guerriers à Boubakar contre lui, l’almamy du Bondou, prévenu, se mit de nouveau en campagne pour prêter main-forte à son allié. Il arriva dans la plaine de Mamakono, où se trouvaient campés tous les guerriers du Dentilia, du Niagala, Tambaoura, Diabéli et Diébédougou, qui étaient venus prêter main-forte aux gens de Marougou. Boubakar attaqua immédiatement, et en peu de temps dispersa l’armée alliée. Il fit même un prisonnier de sa main, et le chef de l’armée coalisée faillit tomber en son pouvoir. Ce dernier perdit environ trois cents hommes. Les pertes de Boubakar furent minimes ; mais il eut à déplorer la mort d’un de ses meilleurs lieutenants, Baïdi-Saumaram.

De Mamakono, Boubakar envoya dans tout le Bambouck des émissaires aux pays qui avaient fourni des contingents à Marougou, pour les informer d’avoir à payer un fort tribut en or et pour leur déclarer qu’à l’avenir il en exigerait autant chaque année. Les chefs y consentirent, et Boubakar rentra à Sénoudébou avec un riche butin en or et en prisonniers.

En septembre, avec l’aide des guerriers du Khasso, il marcha contre N’guiguilone, dont les habitants refusaient de payer le tribut. N’guiguilone fut pris, détruit et sa population emmenée en captivité dans le Khasso et le Bondou.

En novembre de cette même année, il alla de nouveau attaquer Talicori dans le Tenda, qui s’était reconstruit. Il s’en empara aisément, le pilla et le détruisit de nouveau.

Le chef de Labé, Alpha-Ibrahima, était depuis quelques années à Kadé, dans le Ghabou, et avait eu à réprimer la révolte de plusieurs cantons de ce pays ; mais il n’avait pu en venir à bout. Il fut obligé de demander secours à Boubakar-Saada, qui partit de Sénoudébou avec ses meilleurs guerriers, accompagnés de ceux du Khasso et du Fouta-Toro. Il passa tout l’été dans le Ghabou, pillant partout, véritable détrousseur de caravanes.

Vers le mois de juin, il revint à Sénoudébou avec une grande quantité de bœufs et de nombreux captifs. Mais, six mois après, une épizootie détruisit tous ses troupeaux.

En décembre 1869, c’est-à-dire après la récolte du mil, Boubakar marcha contre le village de Marougoucoto, dans le Niocolo, dont les habitants avaient pillé une caravane composée de gens du Bondou et du Galam. Marougoucoto fut pris. La moitié de sa population se sauva. Plus tard, ils vinrent demander leur pardon, et Boubakar leur permit de reconstruire leur village.

En 1870, dans les premiers jours de février, il marcha encore en personne contre Sandicounda, dont les habitants avaient méconnu son autorité. Il s’en empara de nouveau, le pilla et le rasa complètement.

Au mois de juin de la même année, nouvelle campagne contre Sittaouma (Tenda), qui venait d’être reconstruit. Il s’en empara aisément, et emmena en captivité les femmes et les enfants.

Un mois après, il envoya contre le village de Coulary (Ghabou) une colonne que commandait son frère Oumar-Penda. Le village fut pris et détruit, et la population réduite en esclavage.

Enfin, en décembre, il voulut de nouveau attaquer Boukary-Counda (Ouli) ; mais il fut battu. Quelques jours après, il réussit avec des forces plus considérables. Boukary-Counda fut emporté, ses guerriers massacrés, les femmes et les enfants faits captifs.

Dans les premiers jours de janvier 1871, il partait encore de Sénoudébou à la tête de ses troupes pour marcher contre Coussaïé (Ouli), dont il s’empara sans que la moindre résistance lui fût opposée. Il emmena en captivité, bien entendu, les femmes et les enfants, et s’empara d’une grande quantité de guinée.

A la même époque, il détruisit Fodé-Counda, village situé dans les environs de Coussaïé.

Au mois de septembre, nouvelle expédition contre le Tenda. Il va attaquer Goundiourou, dont le chef avait pillé les caravanes du Bondou. Goundiourou tomba en son pouvoir, et femmes et enfants furent conduits à Sénoudébou.

Dans la première quinzaine de janvier 1872, le massa de Kataba (Niani) vint lui demander de lui prêter main-forte contre quelques-uns de ses villages qui refusaient de lui obéir. Boubakar fit alors appel à ses alliés, et marcha avec eux contre les rebelles. Le village de Carantaba, dont les habitants étaient les plus hostiles, tomba sous les coups des alliés, qui y firent un grand nombre de prisonniers.