Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes

Part 16

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Quant à leur pays d’origine, il est généralement admis qu’ils sont venus de l’est ; mais d’où ? c’est là le problème qu’il serait intéressant d’élucider. Tout ce que l’on sait, c’est qu’avant leur arrivée dans le Mandé ou Manding ils habitaient, dans le Macina, un village nommé Diaka, d’où leur est venu le nom de Diakankés (hommes de Diaka) sous lequel les désignaient les peuplades de races mandingues. Ils émigrèrent de ce village, on ne sait trop à quelle époque, et vinrent s’établir dans le Mandé en un endroit qui fut désigné sous le nom de Diakaba. C’est de ce village que sont sorties les principales familles diakankées qui habitent le Bondou, le Dentilia et le Niocolo. Elles ont formé dans le Bondou une petite agglomération de villages auxquels on donne le nom de Diaka.

Le Diaka est le canton le plus méridional du Bondou. Il confine à l’est au Tiali, au sud au pays de Gamon et au Tenda, à l’ouest au Ouli et au Ferlo-Maodo, et au nord au Niéri et au Ferlo-Balignama.

Pendant leur séjour dans le Manding, ils réussirent à convertir à l’islamisme bon nombre de familles malinkées qui veulent aujourd’hui se faire passer pour diakankées. Mais on ne saurait les confondre avec les représentants purs de cette race dont elles n’ont aucun des caractères anthropologiques, car les croisements entre ces deux unités ethniques ont toujours été excessivement rares.

Les principales familles diakankées du Bondou se sont, pour ainsi dire, conservées absolument pures de tout mélange. En voici les noms et ce que nous avons pu démêler à leur sujet de plus vraisemblable au milieu de fables et de légendes plus extraordinaires les unes que les autres.

1o Les Diaby-Gassama sont les descendants de Mody-Fatouma, qui fut père de Fodé-Diakoï-Saloum dont les fils habitent Diddé et ses environs, Bokko, près de Safalou, Diddé-Coutta, près de Bentenani, et Touba-N’ding, près de Dianna. Mody-Fatouma eut encore deux fils : Diako-Laye, qui fonda le village de Touba du Fouta-Djallon, et Fodé-Boulaye, qui fut le fondateur de Dianna dont un des arrière-petits-fils, Fodé-Ismaïlia, est aujourd’hui le chef.

Durant leur séjour à Diakaba, les Gassama adoptèrent pour ainsi dire une nombreuse famille malinkée qui prit le nom de Sambou-Gassama, de celui de son chef Sambou.

Celui-ci avait émigré du Mandé dans le Ouli à la suite du chef Koly-Tengrela, et était venu s’établir au village de Soutouko, non loin de Sini. Peu après son installation, arriva à Soutouko un marabout diakanké, qui se nommait El-Hadj-Fodé-Souaré, qui convertit sans peine Sambou à l’islamisme. Il lui persuada de quitter le Ouli, et l’entraîna dans le Diaka, où il fonda le petit village de Médina-Diaka dont les habitants ne doivent pas, par conséquent, être considérés comme de purs Diakankés.

La famille des Gassama a dans tout le Bondou une grande réputation de ferveur religieuse. Elle a donné un grand marabout, Fodé-Diakoï-Saloum, qui fit trois fois le pèlerinage de La Mecque et construisit les mosquées de Diddé et de Koussan-Almamy, qui furent détruites par les bandes d’El-Hadj-Oumar.

2o Les Dibassy-Fadiga sont, après les Gassama, la famille la plus importante du Diaka. Ils descendent d’un nommé Toullé-Fadiga, qui vécut dans les temps les plus reculés de la légende. Certains marabouts prétendent qu’il existait au temps du roi Salomon, dont il aurait été captif, et que ce dernier l’aurait libéré après lui avoir fait apprendre l’hébreu.

3o La famille des Diakités n’a peut-être pas une origine aussi ancienne que les deux précédentes, mais elle jouit chez les Diakankés d’une grande autorité religieuse et politique, bien que cependant elle ne soit pas de race absolument pure et qu’elle soit fortement mâtinée de mandingue. On les désigne encore sous le nom de Kabalankés, du nom de leur ancêtre Kaba-Mody-Satan, qui lui-même, dit la légende, descendait d’un nommé Hamdiatou ou Hamza, oncle de Mahomet. Cet Hamdiatou, nous apprend-on, serait parti de Médine, près de La Mecque, pour visiter les contrées du sud et du sud-ouest et les convertir au culte du Coran. Ce fut ainsi que, de pays en pays, il arriva dans le Mandé, à la cour du grand roi mandingue Soun-Djatta, qui le reçut fort bien ; et chaque fois que le marabout pèlerin venait prêcher dans la cour royale, Soun-Djatta lui faisait remettre en cadeau une petite baguette d’or. Chaque fois aussi, en retour de ses libéralités, le marabout faisait toujours des vœux et récitait des prières pour le bonheur et la prospérité du roi mandingue. Il ne put cependant pas, malgré tout ce qu’il fit, le convertir à l’islamisme.

A cette époque se trouvait à la cour de Soun-Djatta, parmi les hommes de sa suite, un courtisan qui ne pouvait pas souffrir le marabout et qui l’accusait de tromper le souverain. Il ne pouvait lui pardonner que Soun-Djatta le comblât de cadeaux, et allait répétant partout que ses prières n’avaient absolument aucune vertu. Aussi se tenait-il toujours à l’écart, au pied d’un arbre qui était mort depuis longtemps, et ne répondait-il jamais aux oraisons du pèlerin.

Un jour le roi, avant de partir pour une dangereuse expédition, demanda à Hamdiatou de faire une prière solennelle pour la réussite de son entreprise. Celui-ci adressa alors à Dieu une invocation telle, disait-il, que Soun-Djatta reviendrait sûrement vainqueur dans sa capitale et avec un riche butin. Le courtisan ne put s’empêcher de prendre à partie le marabout à ce sujet en présence de toute la cour. Il l’invectiva violemment et lui dit, en terminant : « Marabout, je ne le regarderai jamais que comme un vil imposteur tant que, par tes prières ou par tout autre moyen, tu n’auras pas fait pousser des feuilles à cet arbre qui est mort depuis des années. » Et, ce disant, il frappa vivement et à plusieurs reprises sur les racines qui lui servaient de siège. Hamdiatou adressa alors à Dieu une fervente prière, lui demandant de faire ce miracle pour convaincre l’infidèle. En peu de jours il fut exaucé, et l’arbre se couvrit d’un vert feuillage qui devait persister toute l’année, une nouvelle feuille devant remplacer immédiatement celle qui venait de mourir.

Cet arbre fut dès lors appelé Doua-Luigo, ou « arbre de prière » en langue mandingue, d’où l’on a fait Doubaléhi et Doubalel. C’est ainsi que ce beau végétal est connu aujourd’hui des Européens au Soudan.

Le courtisan, convaincu de la puissance du marabout, ne tarda pas à se convertir à l’islamisme. Il devint le meilleur ami d’Hamdiatou, et dans la suite lui donna sa propre fille en mariage. C’est de cette union que naquirent les Diakités. Ils ne sont donc pas des Diakankés purs, mais plutôt des métis de Diakankés et de Mandingues.

Les Diakités jouissent chez tous les peuples du Soudan, et particulièrement chez les Diakankés, d’une grande influence, tant au point de vue politique qu’au point de vue religieux. Ils sont considérés comme des descendants de Mahomet, et comme tels chargés, partout où ils se trouvent, de dire les prières. Ils jouissent, à ce point de vue, des mêmes faveurs que les chérifs maures et, comme eux, reçoivent de nombreux cadeaux des fidèles au nom du prophète de l’Islam.

Les Diakités, ou Kabalankés, ont donné dans le Bondou plusieurs personnages fameux par leur sainteté et leur profonde connaissance du Coran. C’est d’abord Fodé-Amar-Kaba, marabout renommé qui vivait du temps de l’almamy Saada. Il habitait le village de N’Dioum-Alfakha, dans le Ferlo-Maodo. Il émigra en 1857, à la suite d’El-Hadj-Oumar, et s’établit à Mongua, dans le Guidioumé, où il mourut en laissant un fils nommé Demba-Kaba. Celui-ci était chef du village fondé par son père lorsque éclata la guerre entre Moriba-Saffré, chef de Paraoual, et les fils d’El-Hadj-Oumar : Bassirou, de Koniakary, et Mountaga, de Nioro.

Ne se voyant plus en sûreté dans Mongua, Demba-Kaba alla se réfugier dans le Nioro, où il s’établit avec toute sa famille et ses captifs à Kamandapé, où il mourut. Ses descendants habitent encore ce village.

Signalons également le marabout Fodé-Mahmadou-Iéïlani, qui habitait le village de Iéïlani, à quelques kilomètres au sud-ouest de Sanoundi, dans le Diaka. Il quitta ce village vers 1882 et vint s’établir à Kaparta. C’est de là qu’il émigra en 1886, durant la guerre contre Mahmadou-Lamine, pour se réfugier dans le Niani, où il habite encore avec sa famille le village de Kouonko.

4o La famille des Souaré est de date plus récente. Elle reconnaît comme premier ancêtre un marabout qui avait fait le pèlerinage de La Mecque et qui, à son retour, fut appelé par ses compatriotes Fodé-El-Hadj-Sy-Ouaré, d’où on a fait Souaré.

Voici quelle est l’origine de ce diamou (nom de famille) :

En revenant de son pèlerinage de La Mecque, le marabout Fodé était accompagné de quelques talibés qui avaient fait le voyage avec lui. Bien entendu, tous ne marchaient pas aussi rapidement, et il y avait toujours quelques retardataires. Chaque fois que ceux-ci arrivaient après leur chef dans un village, ils avaient l’habitude de demander aux habitants si Fodé-El-Hadj n’était pas passé chez eux ; à quoi ceux-ci répondaient toujours qu’il y avait plusieurs pèlerins de ce nom qui traversaient tous les jours leur village, et qu’ils ne savaient pas, par conséquent, lequel les talibés demandaient. Précisant alors, ils répondaient : « Celui que nous demandons, c’est Fodé-El-Hadj-Sy-Ouaré, c’est-à-dire Fodé, le pèlerin qui a un cheval tacheté de blanc. » De là l’origine du nom de Souaré. Ces Diakankés sont encore des marabouts. Ils habitent particulièrement le village de Bokolako.

5o La famille des Sylla est également une famille de marabouts. Ils se sont croisés avec des Sarracolés du Diafounou. Ils ont donné quelques lettrés fameux dans le Bondou, et, entre autres, le nommé Fodé-Maram-Birahim, qui vivait à Bani-Israïlia vers 1856 et qui mourut à la suite d’El-Hadj-Oumar dans le Nioro. Son fils, Fodé-Sékou, était également un profond marabout. Il quitta Bani en 1886 et émigra dans le Niani pour fuir la colonne française qui venait de s’emparer de Dianna, et contre laquelle il avait combattu.

Les Diakankés-Sylla habitaient, sur les bords du Niéri-Kô, les villages de Bani-Israïlia et de Médina-Diaka. Quelques représentants de cette famille habitent encore Bani, dont ils sont chefs. Les autres sont dispersés dans le Damentan, le Sandougou, le Niani, le Fouladougou et le Combo.

Comme son père, Fodé-Sékou enseignait à Bani. Son école était des plus fréquentées, et il n’avait jamais moins de deux cents élèves qui lui venaient des pays riverains de la Gambie pour apprendre l’arabe et étudier le Coran.

6o Les Saouanés ont des liens de parentés avec les Sissibés. En effet, une cousine de Malick-Sy, nommée Fatouma-Sy, fut mariée à un de leurs ancêtres. Les enfants qui naquirent de cette union portèrent le titre de Saouanés tout court, par corruption de celui de Sy-Saouané, qui ne doit être attribué qu’aux seuls descendants directs de Malick-Sy. Dans le Bondou, les almamys autorisent, en effet, parfois des familles peulhs, torodos ou diakankés à prendre le qualificatif de _Sy_ ou de _Saouané_. Mais celui de _Sy-Saouané_ ne peut être porté que par les membres de la famille royale. Quiconque enfreint cette loi est puni par l’almamy d’une forte amende.

Les descendants de Fatouma-Sy eurent une belle postérité et se sont considérablement multipliés. Ils forment actuellement deux branches, celle des Dia-Counda et celle des Saouanés proprement dits. Les Dia-Counda habitent les villages de Maka-Dégué, près de Goutta, et de Sarroudji, près de Bokko.

Le nommé Fodé-Mady-Dia, qui était chef de Moka-Dégué et un de leurs marabouts les plus savants, mourut en 1870, à l’âge de cent vingt ans.

Les Saouanés proprement dits habitent encore le village de Bokolako.

7o Les Ly se sont croisés avec les Torodos de Goundiourou et habitent les villages de Médina-Codioly et de Sanoundi.

8o Les Tounkaras, qui sont tous marabouts, habitent Bokolako. On rencontre encore quelques représentants de cette famille à Médina-Codioly.

9o Les Dramés sont des métis de Sarracolés et de Diakankés. Ces Sarracolés, originaires, pour la plupart, du Diafounou, ont peu de sang diakanké, et usurpent ainsi une nationalité qui n’est pas la leur.

Les Dramés habitaient autrefois les villages de Safalou, Bagadadié et Comondougou, près de Safalou. Après la prise de Dianna, en 1886, ils se sont dispersés, craignant que le colonel Gallieni ne les châtiât pour s’être ralliés à la cause de Mahmadou-Lamine. Ils se sont réfugiés dans le Niani, le Fouladougou, le Kantora, le Sandougou et le Damentan, où ils sont encore.

10o Les Doumbouïa habitaient le village de Goubaïel, sur les bords du Niéri-Kô. Ils l’ont abandonné pendant la guerre du marabout Mahmadou-Lamine, et se sont réfugiés dans le Niani, le Sandougou et le Damentan.

En 1891, quelques-uns d’entre eux sont venus réoccuper Goubaïel, et j’ai appris que tous les avaient rejoints peu après.

Un des membres de cette famille, le nommé Fodé-Kaba-Doumbouïa, natif de Goubaïel, devint, vers 1857, chef d’une partie du N’Ghabou. Ses descendants sont définitivement restés dans ce pays.

Il existe encore dans le Bondou bien d’autres familles de Diakankés, mais elles sont peu importantes. Citons au hasard : les Bakaiokos, les Kamaras, les Diaounés, les Haïdia, etc., etc. Toutes sont plus ou moins mâtinées de sang mandingue ou sarracolé. Celle des Haïdia se prétend issue d’un chérif maure qui se serait uni à Diakaba avec une Diakanké. Mais cela n’est nullement prouvé.

Les Diakankés avaient toujours été, jusqu’à l’arrivée de Mahmadou-Lamine, dévoués, dociles et soumis aux almamys du Bondou. Aussi avaient-ils moins de charges à supporter que les autres peuples. Ils payaient bien la dîme des récoltes, comme les autres, mais ils étaient exemptés du service de la guerre. Ils étaient chargés de construire les tatas des Sissibés et de les entretenir.

Musulmans fanatiques, ils consacrent à l’étude de l’arabe et du Coran tout le temps que les travaux des champs leur laissent libre.

Comme ils ont partout dans le pays une grande réputation de ferveur et de sainteté, ils sont craints et vénérés à la fois par leurs voisins.

Avant d’entreprendre une expédition, les almamys du Bondou faisaient appeler les plus renommés d’entre eux pour adresser au ciel des prières afin que la victoire leur fût favorable.

Les Diakankés sont des cultivateurs et des éleveurs de premier ordre. Leurs lougans sont toujours très bien entretenus et leurs villages plus propres et mieux construits que ceux de leurs voisins. Jamais la famine ne vient les visiter, car ils ont toujours la prévoyance d’avoir d’abondantes réserves de mil, riz, maïs, arachides, fonio, etc., etc.

D’après ce que nous venons de dire de leur fanatisme religieux, on comprendra aisément qu’ils n’aient pas hésité à aller se ranger sous la bannière du marabout. Mais il faut dire aussi qu’ils furent des premiers à l’abandonner quand ils eurent acquis la certitude que ses promesses n’étaient que mensonges et qu’il ne rêvait que la satisfaction de sa propre ambition.

7o _Peulhs._ — La race peulhe est une race d’origine sémitique. Ses représentants n’ont rien de commun avec les noirs. Les caractères anthropologiques se rapprochent tellement de ceux de la race blanche la plus parfaite que nous n’hésitons pas à la considérer comme l’échelon intermédiaire le plus parfait et le plus élevé entre le blanc pur et le noir.

Nous n’avons pas ici à traiter cette importante question. Il faudrait un volume tout entier pour résumer seulement ce que l’on sait aujourd’hui du Peulh. Nous ne nous occuperons que des Peulhs du Bondou. Il y sont relativement peu nombreux et habitent particulièrement le Tiali et le Do-Maïo. Leurs griots font remonter leur origine bien avant Mahomet. Ils seraient, d’après eux, issus d’un descendant de Cham qu’ils nomment Ilo-Falagui.

Les familles des Camanadjios, des Sandaradjios et des Fouladjios auraient, d’après eux, pour ancêtre Nemrod-Boun-Canana (Nemrod, fils de Chanaan).

Ces trois familles jouissent dans le Bondou d’une assez mauvaise réputation. Le tamsir Bodéoul se plaisait souvent à dire qu’il ne pourrait jamais sortir des Djios des musulmans bien fervents.

Bien que la race peulhe ne soit pas aussi fanatique que la race toucouleure et particulièrement que les Torodos, elle a cependant donné des hommes illustres dans l’histoire politique et religieuse du Soudan. Nous citerons particulièrement Cheickou-Ahmadou-Tidjiania, le fondateur du royaume du Macina, dont les descendants régnèrent sur ce pays jusqu’en 1861, époque à laquelle il fut conquis par El-Hadj-Oumar, qui fit mettre à mort son dernier roi, Ahmadou-Mahmadou ; Boubakar, le conquérant du Fouta-Djallon, dont les fils sont encore almamys de ce pays ; Suleyman-M’Bal, qui fit une guerre acharnée aux Déniankés des bords du Sénégal, et enfin Abdoul-Kader, qui, de simple marabout, parvint à se faire élire almamy du Fouta sénégalais et eut avec les souverains du Bondou des démêlés que nous avons racontés plus haut.

Les principales familles peulhes qui habitent le Bondou sont : les Irlabés, les Kolébés, les Hamanabés ou Camanadjios, les Foulabés ou Fouladjios, les Sandarabés ou Sandaradjios, les Ouolarbés, les Séléyabés, les Yalalbés, les Ourourbés, les Halaïbés, etc., etc.

Les Hamanabés, les Foulabés et les Sandarabés sont venus du Fouta sénégalais et s’étaient établis dans le Dô-Maïo (Haut-Bondou) depuis Tomboura jusqu’à Baledji. Ils conservèrent leurs habitudes et leurs mœurs, et restèrent complètement étrangers aux mœurs des Sissibés, sous la domination desquels ils étaient.

Bien avant les guerres intérieures du Bondou, ils avaient formé de grands villages et avaient réuni des troupeaux considérables. Ils avaient même parmi eux des hommes influents, qui furent condamnés à mort de crainte qu’ils ne fissent soulever leurs compatriotes. La ville de Torogua fut pillée et incendiée par les ordres de l’almamy Toumané-Mody, ses habitants se croyant assez forts pour fomenter une émeute contre les Sissibés. Ils sont toujours restés dans l’obéissance depuis cette époque.

Les Peulhs émigrés du Fouta-Djallon habitent le Tiali, au sud du Bondou, et une partie du Niéri. Ils ne se sont jamais mélangés avec les Peulhs du Fouta sénégalais, qu’ils ont toujours méprisés et regardés comme des hommes sans foi ni loi. De plus, le Peulh du Fouta-Djallon est de race absolument pure, et il est fier de son origine, tandis que les autres sont plus ou moins mitigés, et bien qu’ils se disent Foulbés comme ceux-ci, doivent être plutôt considérés comme des Toucouleurs.

Les premiers Peulhs du Fouta-Djallon qui émigrèrent dans le Bondou y vinrent à la suite de Boubou-Malick-Sy, lorsque celui-ci alla y chercher des troupes pour venir en aide à son père alors en guerre contre le tunka de Tuabo. Dans la suite, d’autres familles vinrent se joindre à ce premier noyau, et quand ils furent relativement nombreux, ils se dispersèrent ; une partie vint habiter le pays compris entre Sénoudébou et N’Dangan, c’est-à-dire les villages de Lally, Sittabenta, Bayéga, etc., etc., et l’autre partie se fixa dans le Tiali et le Niéri.

Les Peulhs du Fouta-Djallon font peu de cas de la guerre. Ils s’occupent beaucoup plus de la lecture du Coran, de l’agriculture, du commerce des kolas et de l’élevage des bœufs.

Les Peulhs du Bondou ont toujours été les plus riches du pays. Aussi les almamys les ont-ils regardés de tout temps comme leurs pourvoyeurs de mil, riz, maïs et bestiaux. Ils ont été, comme leurs voisins les Diakankés, plus souvent en butte aux exactions des Sissibés que les autres peuplades. Malgré cela, ils sont restés fidèles à leurs maîtres, et le mouvement d’émigration a été chez eux plus faible que chez les autres.

8o _Toucouleurs._ — La race toucouleure est dérivée de la race peulhe. C’est peut-être son rameau le plus important. On peut dire que, chez le Toucouleur, c’est l’élément peulh qui domine ; mais les croisements y sont si multiples qu’il est bien difficile d’en faire une histoire anthropologique absolument méthodique. Dans le Bondou, elle est représentée par les Torodos, c’est-à-dire par des Toucouleurs originaires du Fouta-Toro.

Nous avons vu plus haut quelle était l’opinion la plus généralement admise au sujet des origines de ce groupe ethnique, que caractérise surtout un fanatisme musulman farouche et démesuré. Mais la légende à leur sujet ne saurait perdre ses droits dans un pays où elle règne en maîtresse. Voici celle que racontent volontiers les griots. On verra que, d’après eux, les Torodos ont des origines absolument sacrées pour les musulmans, et c’est peut-être beaucoup à cela qu’ils doivent l’autorité qu’ils ont acquise sur presque tous les peuples du Soudan qui pratiquent la religion du prophète de l’Islam.

Donc, d’après la tradition, les premiers Torodos seraient les produits de croisements d’Arabes, de Berbères et de Maures avec les femmes peulhes et ouoloves qui habitaient jadis le Fouta-Toro, auxquels seraient venus s’unir dans la suite des familles entières de Ouolofs, de Peulhs, de Sarracolés et même de Malinkés, qui, convertis à l’islamisme, se firent également appeler Torodos.

Si l’on en croit les traditions, les Torodos seraient postérieurs à Mahomet. Mais ce prophète aurait, peu avant sa mort, prédit que, quelques années après lui, surgirait une race qui parlerait une langue tout autre que l’arabe et différente de toutes celles connues jusqu’à ce jour, et que cette race se nommerait Hal-Poular, mot à mot « parleur de poular ». Cette race, ajoutait-il, devait naître d’un de ses califes et devait être un des plus fermes soutiens de l’islamisme. Elle donnerait de grands marabouts et des rois puissants qui combattraient dans le sentier de Dieu pour faire disparaître l’injustice de la terre.

Ceci fut même écrit par un calife qui se nommait Ousman-Boun-Affan. Malheureusement, le travail de ce savant homme sur les origines des Torodos n’est pas arrivé jusqu’à nous. Tout ce que savent les marabouts les plus érudits du Soudan occidental, ou plutôt ce qu’ils prétendent, c’est qu’à l’époque où la propagande musulmane était la plus active, les armées du prophète étaient venues jusque dans le Toro, qui était alors habité par des idolâtres.

Il arriva donc qu’un jour le village de Guédé, qui était alors la capitale du Toro, fut attaqué par les disciples du prophète ; mais, malgré tous ses efforts, l’armée musulmane ne put pas s’en emparer. Elle fut même battue et obligée de battre en retraite en grand désordre, après avoir laissé beaucoup de cadavres sur le champ de bataille. Les habitants de Guédé se mirent alors à leur poursuite. Les fuyards se dispersèrent en emportant leurs blessés, et l’on dit même qu’un de leurs plus grands marabouts, Abdoul-El-Dardaye, trop faible pour pouvoir les suivre, fut porté en civière par ses hommes jusqu’à Boumba, capitale du Lao, où il mourut et où il fut enseveli en un endroit que l’on montre encore à l’est du village actuel.