Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes

Part 17

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Cependant, dans leur précipitation, les musulmans avaient laissé au pied des remparts de Guédé un de leurs chefs nommé Oumar et qui était cousin d’Oumar-Boun-Kadaby, un des lieutenants de Mahomet. Oumar avait été blessé durant l’assaut, et les siens, croyant qu’il était mort, l’avaient abandonné ; mais il n’était qu’évanoui. Il revint à la vie au moment où les assiégés allaient l’enterrer. Il fut fait prisonnier, porté dans la ville où on le soigna jusqu’à parfaite guérison. Laissé en liberté à condition qu’il ne quittât pas Guédé, il s’y maria avec la fille d’un notable dont il eut trois enfants mâles qui furent les ancêtres des Torodos. Il nomma le premier Ly, le second Tal et le troisième N’Dougo. Aujourd’hui ces noms constituent pour ainsi dire chez les Torodos des titres de noblesse. El Hadj-Oumar était un Tal. Les descendants d’Ibnou-Morvan, que nous appelons Sissibés, sont des Sy, et leur noblesse est plus récente que celle des familles qui portent les qualificatifs précédents, bien qu’ils soient sur le trône du Bondou. Telle est l’origine que la légende attribue aux Torodos.

Il existe dans le Bondou un grand nombre de familles torodos. Elles habitent particulièrement le Nagué-Horé-Bondou, le Lèze-Bondou, le Lèze-Maïo, le Ferlo-M’Bal, le Ferlo-Balignama, le Ferlo-Niéri et le Ferlo-Maodo. On peut les diviser en deux groupes, les Torodos-N’Guénars et les Torodos proprement dits. Les Sissibés sont de véritables Torodos. Les Torodos-N’Guénars, dont l’origine est proche de la leur, se mirent d’accord avec eux, comme nous l’avons vu, et marchèrent avec bonheur à la conquête des pays voisins.

Malick-Sy, en s’établissant dans le pays, leur avait accordé certains privilèges qu’ils ont conservés jusqu’à nos jours.

Le Torodo est généralement musulman fanatique. Sa dévotion, ses connaissances plus ou moins approfondies de l’arabe et du Coran suffisent pour lui permettre d’aspirer aux plus hautes dignités dans son pays. Ainsi les Torodos-N’Guénars, qui constituent une famille dont la science et la religion sont partout respectées, peuvent contracter mariage avec les filles des familles royales, et de même un prince du sang peut, sans déroger, s’allier avec une famille de Torodos-N’Guénars.

Ce sont les Torodos qui, dans les guerres de religion, ont toujours montré le plus d’enthousiasme et fait preuve du fanatisme le plus farouche et le plus cruel. Ce sont eux qui ont fourni à El Hadj-Oumar ses meilleurs soldats, ses talibés les plus fidèles et ses lieutenants les plus dévoués.

INDUSTRIE, COMMERCE. — Dans le Bondou l’industrie n’existe qu’à l’état absolument rudimentaire. La plus sérieuse est celle des tisserands qui y fabriquent les petites bandes d’étoffes de coton qui, dans le sud, servent de monnaie courante. La production en est faible, parce que la matière première est peu abondante et fait souvent défaut. Malgré cela, elle est relativement rémunératrice, et un bon tisserand travaillant dix ou douze heures peut aisément gagner environ 2 francs ou 2 fr. 50 par jour. L’unité de monnaie dans le Diaka, le Tiali et le sud du Niéri est le pagne qui se compose de deux coudées au carré de ces petites bandes réunies entre elles. La valeur du pagne est d’environ deux mètres. Elle varie du reste dans chaque pays et souvent de village à village.

Les charpentiers indigènes se divisent en deux classes : les laobés, qui fabriquent les mortiers et les pilons à couscouss ainsi que les calebasses en bois dont se servent les ménagères et les manches de pioches et de haches des cultivateurs, et les laobés-lana, qui confectionnent les pirogues.

Les cordonniers forment également deux classes : les alaoubés ou galâbos, qui sont plutôt des tanneurs, et les garankés, qui confectionnent les sandales, les selles et les gris-gris.

Les forgerons travaillent le fer et l’or particulièrement. Ils fabriquent les pioches, les haches et les bijoux dont les élégantes Toucouleures sont si friandes. Ces bijoux sont loin d’être aussi primitifs qu’on pourrait le croire, et nous en avons vu qui ne seraient déplacés dans les vitrines d’aucun de nos joailliers français.

Mais, quoi qu’il en soit, on ne peut pas dire qu’il existe dans le Bondou une industrie quelconque qui mérite absolument ce nom. La production est des plus primitives et limitée aux besoins de la population qui est loin d’être assez dense pour permettre un écoulement rémunérateur.

Quant au commerce, il n’y est absolument qu’à l’état embryonnaire. Quelques rares dioulas (marchands ambulants) visitent de temps en temps les villages avec une mince pacotille qu’ils échangent généralement contre de l’or ou contre l’argent monnayé que nous répandons dans le pays. On comprend aisément que l’état de guerres perpétuelles, dans lequel a vécu le Bondou depuis des siècles, n’a pas permis aux transactions commerciales de s’y développer. S’il a pu inscrire dans son histoire de belles pages militaires, il est resté absolument retardataire au point de vue commercial. Sous ce rapport, il est peut-être le pays le plus déshérité du Soudan.

CONCLUSIONS. — Nous venons de voir ce qu’a été et ce qu’est encore le Bondou. Que pourra-t-il être dans l’avenir, et quels avantages pourrons-nous en tirer ? Un pays ne vaut, à notre avis, que par ses richesses minières et agricoles et qu’autant qu’il possède une population relativement dense. Dans l’état actuel des choses, on ne peut songer à exploiter le fer et l’or dans le Bondou. Nous avons suffisamment démontré dans le cours de ce travail que ces deux industries ne pourront pas de longtemps y donner des résultats satisfaisants et rémunérateurs. Quant à la production agricole, il en est tout autrement. Il existe dans tout le pays de vastes étendues de terrains qui pourraient être utilement mises en valeur. Le mil, le maïs, l’arachide, l’indigo et le tabac y prospèrent à merveille et y donnent un rendement considérable. Mais il faut des bras pour cultiver et le Bondou est absolument dépeuplé aujourd’hui. Il convient donc d’assurer son repeuplement rapide, et pour cela le moyen le plus efficace est de mettre un terme à ces guerres néfastes dont les résultats jusqu’à ce jour n’ont été que d’entraver le développement de la fortune publique. Une bonne administration y est indispensable, et il convient de veiller à ce que les populations ne soient plus pressurées par les chefs de différents degrés qui les commandent. Si, enfin, on peut arriver à lui ouvrir des débouchés soit sur le Sénégal, soit sur la partie navigable du cours de la Falémé, on pourra espérer que le commerce s’y développera dans une certaine mesure. Ce commerce ne sera jamais qu’un commerce d’échange. L’Européen pourra s’y livrer, mais il lui sera toujours interdit, sous ce climat meurtrier, de s’adonner à une exploitation agricole quelconque autrement que pour la diriger.

Dr RANÇON, _Médecin de 1re classe des Colonies._

NOTES :

[Note 1 : L’expression _Kô_ que, dans le cours de cette description, on trouvera ajoutée au nom des marigots signifie en langue mandingue : marigot. On ne l’ajoute pas aux noms des fleuves et des rivières.]

Note du transcripteur :

Page 437, " les régions Boudounkées " a été remplacé par " Bondounkées "

Page 438, " ellle arrose avant " a été remplacé par " elle "

Page 447, " passe à Deudoudi " a été remplacé par " Dendoudi "

Page 456, " Kéniéba on donné " a été remplacé par " ont "

Page 462, " une varité de reptile " a été remplacé par " variété "

Page 466, " l’on désigne sour le nom " a été remplacé par " sous "

Page 484, " village de Mixanguikou " a été remplacé par " Miranguikou "

Page 484, " Il songa alors " a été remplacé par " songea "

Page 500, " SAMBA-TOUMANÉ (1784) " a été remplacé par " 1764 "

Page 503, " Silman-Moladion s’enfuit " a été remplacé par " Silman-Moladiou "

Page 508, " par les Boudounkés " a été remplacé par " Bondounkés "

Page 515, " compoir à Sénoudébou " a été remplacé par " comptoir "

Page 543, " au moins de mars " a été remplacé par " mois "

Page 548, " bien s’en em-emparer " a été remplacé par " emparer "

Page 578, " Boulébané qni commandait " a été remplacé par " qui "

Page 591, " Le vilage fut " a été remplacé par " village "

Page 598, " des cavaliers boudounkés " a été remplacé par " bondounkés "

Page 603, " Il n’osa j’amais " a été remplacé par " jamais "

Page 617, " qui rêva un moment fortune " a été remplacé par " qui rêva un moment la fortune "

Page 637, " si Fadé-El-Hadj n’était " a été remplacé par " Fodé-El-Hadj "

De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe ont été apportés.