La vie de Rossini, tome II

Chapter 16

Chapter 163,616 wordsPublic domain

Désignation d'une place superbe pour construire à Paris une salle de spectacle à l'instar de celle de Moscou 262 Des théâtres dits de _cartello_ et leur classement 264 Viganò, ses ballets admirables 271 On devrait appliquer au Théâtre-Français l'usage de donner, comme en Italie, des pièces nouvelles à des époques déterminées 274 Des décorations 276

CHAP. XLV. De _San-Carlo_ et de l'état moral de Naples, patrie de la musique 279

CHAP. XLVI. Des gens du Nord, par rapport à la musique 293

Des Allemands 294 Des Anglais 296 Des Écossais 297

NOTE des Éditeurs pour servir de complément à la _Vie de Rossini_ 313

LISTE chronologique et complète de toutes les compositions de Rossini 329

APPENDICE. NOTICE sur la vie et les ouvrages de Mozart 332

FIN DE LA TABLE DU SECOND VOLUME

ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 4 JANVIER 1920 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE ALENÇONNAISE F. GRISARD, _Administrateur_ 11, RUE DES MARCHERIES, 11 ALENÇON (ORNE)

NOTES:

[1] Ce qu'une lettre à écrire à une femme d'esprit que l'on aime un peu est à l'égard de la simple conversation, la sculpture l'est à l'égard de la peinture. Dans les deux genres, la grande difficulté est de ne pas marquer trop ce qui ne mérite que d'être indiqué.

[2] On se souvient de la cavatine d'_Otello_: le chant triomphe, et l'accompagnement dit à Othello: Tu mourras.

[3] _Le Faux Pourceaugnac, le Comédien d'Etampes_, les _Mémoires d'un colonel de hussards,_ etc., le _Deceiver deceived_ de Drury-Lane, etc. L'_high life_ dans toute l'Europe ne vit que de vanité. C'est pour cela peut-être que cette classe, la seule qui cultive la musique hors de l'Italie, a le coeur si anti-musical, et qu'en revanche elle a tant de goût pour les livres français.

Les _Contes moraux_ de Marmontel sont le sublime de l'esprit et de la délicatesse pour un grand seigneur de Pétersbourg. (_De la Russie_, par Passovant et Clarke.)

[4] Édition de 1854: «Le prince déguisé avec Cenerentola.» N. D. L. E.

[5] Lorsque je cite hardiment un mauvais vers d'un libretto italien au public le plus difficile de l'Europe, on sent bien que mon unique prétention ne peut être que de rappeler la _cantilena_ et l'accompagnement que Rossini a faits sur ce vers. Comment obtenir un tel résultat d'un lecteur qui depuis six mois n'est pas allé aux Bouffes? Je récuse donc tout lecteur qui, dans les six mois qui ont précédé la lecture de cette note, n'est pas allé à Louvois au moins dix fois, et n'a pas lu depuis deux ans un livre de discussion sérieuse sur les principes des Beaux-Arts, par exemple l'ouvrage de M. l'abbé Dubos sur _la poésie et la Peinture_, ou les _Principes du Goût_ de Paine Knight, ou le _Traité du Beau_ d'Alison, ou quelque traité allemand sur ce que nos voisins appellent l'esthétique.

[6] Empoisonnement de l'honnête Ganganelli, qui, placé à une fenêtre de son palais de Montecavallo éclairée par le soleil, s'amusait à éblouir les passants avec la réverbération d'un miroir. Singulier effet du poison jésuitique!

[7] Ces moeurs sont peintes admirablement et avec une naïveté singulière dans les seize comédies de Gherardo de'Rossi. A l'exception des grandes inconvenances sociales, telles que l'incendie par vengeance, l'empoisonnement et autres événements trop forts pour la comédie, et dont la peinture, comme chose possible dans les États de Sa Sainteté, aurait pu compromettre la tranquillité de M. de'Rossi, qui est banquier à Rome, tout y est. Ces comédies et les _Confessions de Carlo Gozzi_ sont les pièces justificatives de tout ce qu'on avance ici sur ce pays singulier, qui, au milieu de la _sécheresse_ moderne, produit encore des Canova, des Viganò, des Rossini, tandis que nous n'avons, à quelques expressions près, que des charlatans plus ou moins adroits à courir la pension.

[8] «Tenez le prince en gaieté, moi je vais à la cave.»--On dit en Italie, d'une voix qui ne se fait pas entendre: _Canta in cantina_.

[9] «Je crois déjà voir tel de mes voisins qui me prend à part dans un coin, et me dit: Monsieur le baron, daigneriez-vous présenter ce placet à votre royale fille? _Voilà pour prendre le chocolat_; et à l'instant une quadruple me tombe dans la main. Je réponds: Ce n'est pas le crédit qui me manque, mais votre quadruple est-elle de poids?»

Telles sont les moeurs de la malheureuse Rome, telles sont les plaisanteries qui n'y sont pas sifflées! telle est la manière de traiter les affaires dans les États du pape! A Paris, nous avons plus de délicatesse. Deux jeunes gens qui taisaient de grandes et bonnes affaires avec le ministre de la ***, pensèrent qu'ils pourraient doubler la quantité des bordereaux fictifs qu'ils présentaient tous les mois à la signature, s'ils parvenaient à faire un cadeau agréable au citoyen ministre. Après avoir couru quelque temps les environs de Paris, ils trouvèrent enfin un château fort agréable, au milieu d'une jolie terre, non loin de Mon..... Nos jeunes gens achètent la terre, et font arranger le château dans le goût le plus moderne et avec toute l'élégance possible. Quand toutes les réparations furent achevées, les parquets cirés, les pendules montées, l'un des fournisseurs dit à son ami: Jouissons huit jours de notre château avant de le donner au ministre, le résultat de cette idée lumineuse fut la présence de vingt jolies femmes et de leurs amis, de grands dîners tous les jours, des bals tous les soirs. Enfin le terme fatal arrive; l'un des amis prend tristement les clefs du château et va les présenter au citoyen ministre. «Le château sera humide.» Telles sont les seules paroles du ministre en recevant le cadeau.--«Impossible citoyen ministre, nous avons pris la précaution de l'habiter huit jours avant de vous l'offrir.» Et avec quelles gens l'avez-vous habité?--«Ma foi, avec des hôtes fort aimables, avec nos amis ordinaires.»--«C'est-à-dire, reprend le ministre en fronçant le sourcil, que vous avez osé introduire des femmes suspectes dans mon château; je vous trouve, je l'avoue, d'une rare impertinence. Allez, citoyen, et à l'avenir sachez garder plus de respect pour un ministre.» A ces mots, le fournisseur s'éclipse et le citoyen ministre demande ses chevaux pour aller à sa terre.

[10] 1 «Fût-elle cachée dans le sein de Jupiter.» On voit que la mythologie est la providence des mauvais poëtes, en Italie comme en France.

[11] Nous avons réduit nos meilleurs acteurs comiques Samson et Monrose, à n'être que des gens qui nous répètent un bon conte _que nous savons_. Notre sourcilleuse pruderie ne veut rien d'imprévu. Le seul Potier a peut-être le privilège de nous faire rire _sans conséquence_. C'est que nous pouvons mépriser son genre à notre aise.

[12] Je m'attends bien que, si les littérateurs français lisent cette page, ils vont s'écrier en colère: Mais nous rions beaucoup! Il n'y a même que le Français en Europe qui sache rire!

[13] le prince de Darmstadt rappelle les beaux jours de l'empereur Charles VI, qui passait pour le premier contre-pointiste de ses États. Ce prince, ami des arts, ne manque pas une répétition de son Opéra, et bat la mesure dans sa loge; il a donné son ordre à tous les musiciens de son orchestre, qui est excellent.

[14] L'un des cent opéras de Joseph Mosca.

[15] En septembre 1823, Velluti chante à Livourne l'opéra de Morlacchi, intitulé _Tebaldo e Isolina_, où se trouve la célèbre romance.

[16] Cette _stagione_ commence le 10 avril; la _stagione_ du carnaval, le 26 décembre, seconde fête de Noël; et celle de l'automne, le 15 août.

[17] Voir les dissertations imprimées à Berlin sur cette ouverture en 1819.

[18] Ce commencement du premier acte a le caractère des Poésies de Crabbe, quelquefois l'énergie des Ballades de Burns.

[19] C'est le même principe que pour les tableaux du Corrège et les marbres antiques. Il y a une description du _beau_ qui convient à tous les arts, depuis un duetto bouffe jusqu'à l'architecture de l'intérieur d'une prison. Des pilastres grecs dans une prison consolent.

[20] Si l'on supprime une mesure de la première phrase que chante Ninette, on sent qu'il manque quelque chose; ce qui n'a guère lieu chez Rossini que dans les mouvements de valse, du moins dans les opéras de sa _seconde manière_.

[21] Opéra célèbre en France il y a vingt ans; c'est le sujet si beau d'une fille-mère, abandonnée par son amant. Comparez l'air de Rossini avec _la Famille suisse de Weigell_, chef-d'oeuvre de simplicité allemande qui parut trop simple au public de Milan en 1819.

[22] Je vois les juifs de Pologne comme les voleurs d'un autre genre de _Fondi_, au royaume de Naples; la faute, l'unique faute est aux gouvernements dont l'imprévoyance _crée_ de tels êtres. Les juifs français, depuis Napoléon, sont comme les autres citoyens, seulement un peu plus avares.

[23] Malheureux! s'écrie le capitaine, et il se jette sur moi l'épée à la main.

[24] _Magis sine vitiis quam cum virtutibus_. Un talent calculé pour les Parisiens de 1810, c'était celui de madame Barilli. Le public de Louvois a fait depuis des progrès immenses, ce qui ne veut point dire que l'excellente Barilli n'eût encore aujourd'hui un fort beau succès. Quatre ou cinq cents personnes de Paris ont fait l'éducation de leur oreille, et sont d'aussi bons juges que les dix mille spectateurs qui fréquentent les théâtres de San-Carlo ou de la Scala.

[25] Plus pompeux que touchant. Le style de Paul Véronèse ou de Buffon. Ce style est le _sublime_ des coeurs froids. Il fait beaucoup d'effet en province.

L'harmonie du commencement de ce duetto rappelle l'introduction du _Barbier_. On adresse le même reproche à quelques parties du _finale_ du premier acte. Il y a des ressemblances entre l'air _Mi manca la voce_ de _Mosè_ et le quintetto

Un Padre, una figlia.

On dit que le morceau qui suit la condamnation de Ninetto rappelle un choeur de la Vestale: _Détachez ces bandeaux_.

[26] Il ne fallait pas faire un soldat français si tremblant _en paroles_. L'auteur du Libretto n'a pas songé à la vanité du pays où il place la scène de son ouvrage; il a peint un malheureux avec vérité. Voilà la grossièreté que les connaisseurs français reprochent aux personnages du Guerchin.

[27] «Nous voici seuls: amour seconde ma flamme et mes voeux. Belle Ninette, si vous n'êtes pas barbare, daignez m'accorder une place dans votre coeur.»

[28] Voir les admirables Mémoires de mistress Hutchinson, et les procès de Sidney et de tant d'autres. Voir certains détails de procès criminels dans Voltaire. Voir....

[29] Il Podestà--Ora è mia, son contento, Ah! sei giunto, felice momento, Lo spavento piegar la farà.

[30] Si l'on attaque les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal Consalvi. Voir Laorens: _Tableau de Rome_; Simond, Gorani.

[31] Le caractère du podestat a été peint avec esprit et énergie par Duclos, dans le roman de la _Baronne de Luz_. Le juge libertin de Duclos s'appelle Thuring; celui de la _Gazza ladra_ doit être joué avec une teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il faut faire ressortir la qualité de goguenard.

[32] Le plaisir _dramatique_ ne se voit plus que chez le peuple, à la Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.

[33] Exemple frappant du défaut de Rossini dans sa _seconde manière_; il écrit un air avec les _agréments_ que son chanteur exécute avec facilité.

[34] Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple, dans l'air: _Batti, batti, o bel Mazetto_ de _Don Juan_.

[35] Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en 1520.

[36] «Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se défendre.»

Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc. On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur français. Ces messieurs attaquent les _paroles_ d'un libretto; voyez la grande colère du _Miroir_ contre le cra, cra du Taddeo de l'_Italiana in Algeri_. Pour moi, je m'attaque aux _situations_ fausses; les paroles d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas. J'ai lu celles de la _Gazza_ pour la première fois, en écrivant la présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique en note au bas de la page, pour nommer un air.

Depuis le milieu du premier acte de la _Gazza_, tout est tristesse et désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'_horreur_; le podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un sujet à peu près semblable (_le Déserteur_), Sedaine évita toutes ces sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel, l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française compterait un homme de génie de plus.

La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut, au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus inutile pour les arts que la protection des sots riches et l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à admettre Sedaine; jugez des autres.

[37] Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère un peu la vérité _simple_ et _une_ de la parole de l'homme passionné. Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est cette parole. Racine altère pour orner; les moeurs de 1670 lui demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature. _Guillaume Tell_ de Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'_Iphigénie en Aulide_.

[38] «Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»

[39] Prison de l'historien Giannone.

[40] Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans honte, du _café_, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs successeurs?

[41] On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dans _Otello_.

[42] L'_honneur national!_ grand argument musical du _Miroir_ d'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout bonnement l'art d'en appeler aux _passions_ des gens trop _occupés_ pour avoir une opinion.

[43] Il y a quelque temps que, dans _Tancrède_, l'orchestre de Louvois exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le duetto _Ah! se de'mali miei_, un demi-ton plus haut que la note écrite; il est on ut, on le chante en _re_. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra criait: _Messieurs, attention au démanché!_

[44] Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt à le louer.

[45] Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce qui _coûte bien cher_, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an 1830.

[46] _Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;_ voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges à _l'italienne_, et faire d'autres corridors latéraux.

[47] Voir _la Renommée_ des premiers jours de septembre 1819, autant que je puis m'en souvenir, et les autres journaux.

[48] Voir ci-après les chapitres relatifs au _chant_ tel qu'il était en 1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les idées dans les conversations dont je viens de parler.

[49] Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donner _Moïse_ à Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique de _Moïse_ un _Pierre l'Ermite_, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on fera des _libretti_ passables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est impossible en France, même à Toulouse.

[50] Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même chant! Excellente critique.

[51] Nous sommes accoutumés à voir les montagnes _faire ombre_ sur le ciel; première scène de _Don Juan_, à la reprise de septembre 1823.

[52] C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.

[53] Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire et de les élever au sublime. Le superbe poëme _Job, le Lévite d'Ephraïm_, l'épisode de _Ruth_, sont faciles à arranger en _opera seria_. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a essayé une tragédie intitulée: _la Passion de Jésus_.

[54] Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture d'_Otello_, Rossini a fait un air pour _Osiride_.

[55] Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute traduction eût été fort inexacte.

[56] Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques, et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.

[57] Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains, c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.

[58] Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils, reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez de _douceur_ dans son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en 1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi que le bon Mayer, l'auteur de _Ginevra di Scozia_.

[59] Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique; le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les environs de Cologne.

[60] C'est par le _mouvement_ que la musique élève l'âme jusqu'aux sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir un instant comme un homme d'esprit.

C'est par l'_immobilité_ que la sculpture parvient à faire concevoir ce même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.

J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le présent chapitre.

[61] Voir les singuliers raisonnements du _Journal des Débats_ d'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie du récitatif; le _chant_ lui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et le raisonnement ne peut y conduire.

[62] Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes de vingt-cinq ans.

[63] _Mémorial de Sainte-Hélène_, de M. le comte de Las-Cases, tome IV; révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures curieuses des patriotes déportés aux Bouches du _Cattaro_, décrites par M. Apostoli, de Padoue, dans ses _Lettere Sirmiensi_, 1809.

[64] _Natum pati et agere fortia_, vers fait pour saint Ignace de Loyola.

[65] Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est vrai que le ciel a oublié de placer un coeur dans le voisinage de ce gosier sublime.

[66] Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien, _biscroma_ y veut dire double croche. N. D. L. E.

[67] Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)

[68] Et les premiers essais de Rossini: _la Cambiale di Matrimonio_, _l'Equivoco stravagante_, _Ciro in Babilonia_, _la Scala di seta_, _l'Occasione fa il ladro_, _il Figlio per azzardo_.

[69] Il avait vingt-deux ans.

[70] L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il bouda comme un enfant tout le temps des représentations de l'_Aureliano_: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est entièrement mené par un valet de chambre.