Chapter 17
[71] Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des mouvements du coeur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas de _mots français_ pour traduire avec exactitude et clarté les noms des diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de me servir quelquefois des _mots italiens_. Je suis obligé de sacrifier à la précision et à la clarté.
[72] Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras: _Elisabetta_, _Otello_, _Armida_, _Mosè_, _Ricciardo e Zoraïde_, _Ermione_, _la Donna del Lago_, _Maometto secondo_, et _Zelmira_; 1815 à 1822.
[73] L'air _di tanti palpiti_ a été chanté avec succès, sous nos yeux, en trois _tons_ différents.
[74] Marchesi changeait chaque soir toutes les _fioriture_ de ses rôles. (Milan, 1794.)
[75] Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur Edwards.
[76] Calculés sur nos besoins _actuels_; cette musique est éminemment _romantique_.
[77] La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables. Elle était Romaine.
[78] Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour les _Gorgheggi_ et autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure comme _pria che spunti_ dans le _Mariage secret_. Rossini eût écrit les agréments de cet air. Il est du genre qu'on appelle à Naples _aria di narrazione_.
[79] Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie antiche.»
[80] Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit à traduire son âme par _des sons_; et les longues soirées de la captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont plus _difficiles_ qu'aucun concerto.
[81] Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamais _stentati_ (forcés).
[82] Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.
[83] Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres de rente.
[84] Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie de sa gloire.
[85] On dirait en italien: _Una voce pura o velata, debole o forte, piena o soltile, stridula o smorzata._
[86] Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près le _Prato della Valle_, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intitulé _Rome, Naples et Florence en_ 1817.
[87] Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus qu'avec l'_Isolina_ de Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.
[88] En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement, _orecchianti_; la qualité contraire est exprimée par le mot _professore_. On vous dira à Florence: _Zuchelli è un professore_; ce qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il sait fort bien la musique.
[89] J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.
[90] Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donner _les Horaces_ avec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en entreprise comme _la Scala_.
[91] Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle de _Schauroth_, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la folie du génie.
[92] Transcrire dans la partition des _Horaces_, les paroles de l'air célèbre: _Quelle pupille tenere_, telles qu'elles sont chantées.
[93] C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois jours après Desdemona.
[94] Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans le _genre simple_, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de l'auteur de _Zelmire_.
[95] C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle de _Curiazio_ dans _les Horaces_ de Cimarosa: Roméo et Médée.
[96] La clarinette, par exemple, a deux _registres_. Les sons bas ne semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces, le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements. _Voir_ les expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de bon esprit pour rapporter avec _simplicité_ les résultats de cet essai, et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence. Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.
[97] Madame Todi chanta à Venise en _1795_ ou _1796_, et à Paris en 1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait plus que chez des gens fort âgés, à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.
[98] Cette _pacatezza_ des gestes et du chant distingue madame Pasta de toutes les grandes actrices que j'ai vues.
[99] Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.
[100] Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans la _Rosa bianca_ plusieurs agréments de la prière de Desdemona.
[101] Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le chant; mais comme en amour le _naturel_ est indispensable, il faut que la vois exécute une chose _inventée pour elle_, qui ne la gêne pas, et que l'âme du chanteur trouve _délicieuse_, au moment où il chante.
[102] Voir _le Corsaire_ du 3 octobre 1823.
[103] C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre, composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de 1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos symphonistes, nous ne verrons jamais la _partie improvisée_ du beau chant.
[104] Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.
[105] Le _beau idéal_ dans tous les genres n'a qu'une mesure _raisonnable_; c'est le degré de notre émotion.
[106] _Voir_ dans le _Mémorial de Sainte-Hélène_, tome IV, un passage intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête: _Liberté, égalité_. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne soient vendues à l'épicier.
[107] Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus clair et plus agréable chez Rossini.
[108] Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.
[109] Tel de mes voisins qui préfère _Mosè_ à _Tancrède_, aimera mieux la _Semiramide e sempre bene_; si nous sommes de bonne foi, nous avons tous deux raison.
[110] Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès qu'une jeune personne ne peut pas monter au _sol_ ou au _la_, on dit ici qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans les _Débats_ de juillet 1823.
[111] M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction du _Comte de Carmagnola_ (1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir un _Shakspeare_ traduit de ce style! C'est dans le _Comte de Carmagnola_ que se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite au XIXe siècle, du moins à mon avis:
I fratelli hanno ucciso i fratelli!
[112] On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné. _Odoardo e Cristina_ avec le plus grand succès (1822). On a placé dans _Odoardo_ les plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.
[113] «Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»
[114] Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle Colbrand.
[115] Si je cite souvent _le Mariage Secret_, c'est qu'il est au nombre des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq cents dilettanti auxquels je m'adresse.
[116] En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en Amérique? etc.
[117] Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur la mer.
[118] S'il convient jamais à M. Rossini de contester quelque phrase de ces chapitres, je la désavoue par avance; je serais au désespoir de manquer de délicatesse envers l'un des hommes pour qui j'ai le respect le plus senti. Je n'admets qu'une _noblesse_, celle des talents, ensuite celle de la haute vertu; les gens qui ont fait de grandes choses ou qui sont immensément riches peuvent être admis ensuite.
[119] Le comique, en Italie, c'est se tromper dans la route du bonheur que l'on brûle d'atteindre, et ce bonheur n'est pas toujours et uniquement placé dans l'imitation des manières de la haute-société.
[120] La musique ne laisse aucun monument en Italie; je me suis vu souvent dans la nécessité d'écrire vingt lettres pour savoir avec précision l'époque de la composition d'un opéra, et souvent l'on m'a donné en réponse trois ou quatre dates également probables. J'ai des lettres qui me disent que _Ciro_, opéra de Rossini, a été représenté pour la première fois en deux villes et en trois années différentes. Par ces considérations, je prie le lecteur bénévole de pardonner quelques erreurs de détail; il fallait beaucoup plus de temps et de patience que je n'en ai pour lui présenter une véritable histoire de Rossini, inattaquable dans toutes ses assertions. Tout ce que je puis espérer, c'est que les conclusions générales que l'auteur tire des faits montreront que suivant sa manière de voir et de sentir, il les a envisagés d'une manière correcte.
[121] Je laisse leurs noms italiens aux saisons théâtrales; nous n'avons point d'usages correspondants, et par conséquent toute traduction serait inexacte. On sait qu'à chaque saison les troupes chantantes se renouvellent. La _stagione del carnovale_ commence le 26 décembre; la _primavera_ commence le 10 avril, et l'_autunno_ le 15 août. Dans certaines villes, les époques de l'_autunno_ et de la _primavera_ varient un peu: à Milan, il y a quelquefois un _autunnino_. Quant au carnaval, il commence invariablement le jour de la seconde fête de Noël.
[122] Qui chante encore avec succès, en 1823, au théâtre de _la Scala_; sa voix est aussi belle qu'il y a dix ans. Madame Belloc, fille d'un officier cisalpin chassé de sa patrie, a débuté à Bourg en Bresse au mois de janvier 1800.
[123] A trois voix, dit M. Prunières. N. D. L. E.
[124] Les notes relatives à ce chapitre, qui sont désignées par des lettres capitales, ont été fournies par un ancien administrateur des théâtres. L'auteur prévient, dans la première édition, qu'il a cru ne pas devoir changer une seule expression à ces notes écrites au crayon en marge de son manuscrit. (_Note de l'édition de_ 1854.)
C'est pour ce chapitre que Stendhal avait obtenu la collaboration de son ami le baron de Mareste. N. D. L. E.
[125] Je me règle d'après le budget du Théâtre du Roi (Opéra-Italien) à Londres. Ce budget est fort bon à connaître. La dépense totale est de 1.200.000 fr. à Londres. J'ai consulté le cahier des charges du théâtre de _la Scala_ de Milan.
[126] J'insiste sur cette somme de vingt mille francs. J'ai tout lieu de croire que ce qui _désespère_ l'administration subalterne, c'est qu'il y a bénéfice sur le théâtre de Louvois.
[127] Engager tout simplement Sanquirico et un de ses élèves, à tant par an ou tant par décoration; il y aura encore économie. Ici je croîs qu'il faudrait dire un mot de l'immense supériorité des décorations italiennes sur les nôtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des prix. Si, par exemple, on pouvait établir comme fait que les décorations de _la Lampe merveilleuse_ ont coûté cent mille francs, et que le même nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n'auraient coûté que douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l'art, les décoration italiennes auraient été bien supérieures{*}, il me semble que ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que de gens sont intéressés à déguiser l'abus que je signale! Interroger M. Aumer, l'auteur du ballet d'_Alfred le Grand_, sur le pris des décorations à Milan.
{*} Voir _Rome Naples et Florence en_ 1817, page 10.
Si l'on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage Daguerre; il a beaucoup de talent, et qu'on le fasse peindre à détrempe et non à l'huile; que toute décoration soit mise de côté après avoir servi cent fois. C'est encore traiter le public de Paris avec bien de la mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante représentations au plus, souvent après trois jours.
Le ventilateur du théâtre Louvois vient de coûter trente-huit mille francs, et l'on y prend mal à la tête au bout d'une heure. Je serais curieux de voir le compte de cette dépense de trente-huit mille francs. Les abus sur l'achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il faudrait acheter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les fit maintenir au degré indiqué d'après là température extérieure. Pourquoi allumer du feu quand l'air extérieur est à dix degrés? Le gaz échauffe beaucoup.
[128] Cette somme devrait donc être portée au budget de la ville de Paris, dont les habitants ont le plaisir de la musique, et dont l'_octroi_ fait des bénéfices par la présence de dix mille étrangers riches.
[129] L'élection peut se faire de la manière la plus simple, au moyen d'un registre déposé à l'administration du théâtre.
[130] Comme l'esprit français est un peu moutonnier en affaires de spectacles, il faudrait appuyer de divers exemples l'organisation de cette commission, et dire que de temps immémorial le grand théâtre de Turin, l'un des premiers de l'Italie, est sous la direction d'une société de nobles (_dei cavalieri_) qui ont à peu près les fonctions que l'auteur attribuerait aux propriétaires de loges à l'année du théâtre de Louvois. Je crois qu'il en est de même à Bologne pour le théâtre Communal (le grand théâtre). _La Pergola_ de Florence est pareillement sous l'inspection des notables; et j'ai ouï dire qu'il en est de même dans plusieurs autres villes d'Italie. Le théâtre du Roi à Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L'auteur ne propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n'ait éprouvé ailleurs les bons résultats depuis nombre d'années. Voici les noms des personnes chargées de l'administration du Théâtre-Italien à Londres pour 1824:
Les lords Hertford, Lowther, Aylesford, Mountedgecumb, et M. le comte Santantonio, noble sicilien.
Le théâtre de _la Scala_ eut pour entrepreneur, de 1778 à 1788, M. le comte de Castelbarco, les marquis Fagnani et Calderara, et le prince di Rocca-Sinibalda. Actuellement, l'usage a prévalu de mettre l'entreprise sous le nom d'un commis. (_Testa di Ferro._)
[131] Si l'on veut que le goût de la musique italienne se perfectionne en France, il faut ajouter deux professeurs et une classe de chant italien au Conservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de déclamation italienne. Pellegrini ou Zuchelli seraient des hommes très précieux pour donner des leçons; mais bientôt nous verrions un Français remplir la place de professeur de chant italien. Nul doute qu'avec des maîtres italiens, le Conservatoire de Paris ne fournit des sujets distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres d'Italie pour se perfectionner, comme a _fait_ notre madame Mainvielle-Fodor. Il faudrait mettre trois ou quatre pairs de France, amateurs riches, à la tête du Conservatoire.
Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particulièrement vers les Pyrénées, des enfants de douze à quinze ans, ayant de belles voix. Il n'y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles voix au delà des Alpes que dans le midi de la France{*}. La différence qu'il y a, c'est 1º que l'enfant italien de douze ans entend bien chanter à l'église et dans la rue; 2º il entend mettre au-dessus de tout le talent du chant.
{*} On doit la mention la plus honorable à M. Choron, qui, par son zèle pour la musique, a fait d'immenses sacrifices. Un ministre de l'intérieur, jaloux de faire son métier, protègerait efficacement ce bon citoyen.
[132] Sans doute il serait à désirer que l'on donnât deux représentations par mois au grand Opéra; mais l'administration supérieure n'y consentira jamais. Au bout d'un an et non de vingt, l'Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné{*}. Cependant, on pourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas ou l'entreprise de Louvois aurait à se couvrir de dépenses extraordinaires.
{*} En 1823, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état de chanter un _quartetto_ de la _Gazza ladra_ ou de la _Camilla_; aussi ce théâtre ne produit-il pas le _tiers_ de ce qu'il coûte.
[133] Je crois qu'il faudrait terminer le chapitre en indiquant un moyen de salut pour le Théâtre-Italien, qui me paraît immanquable: c'est d'engager Rossini pendant deux ans, en lui faisant écrire trois opéras par an. Nul doute que Rossini ne vint avec plaisir si l'engagement était avantageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour Feydeau. Il ferait pour ce dernier théâtre un opéra par semaine; sa fortune serait assurée. Nicolo s'est bien fait jusqu'à trente mille francs par an avec ses oeuvres: jugez du succès de Rossini.
L'arrivée de Rossini et son établissement à Paris rehausserait à l'étranger le théâtre de Louvois; les chanteurs feraient _à pugni_ pour y être engagés, et la troupe serait bientôt complète. M. Caraffa, qui est à Paris, et dont la _Gabrielle de Vergy_ a soutenu deux ans de suite la concurrence avec l'_Elisabeth_ de Rossini, travaillerait pour Louvois: et, si l'on commençait à vouloir de la musique nouvelle à Paris, les fondations du Théâtre-Italien seraient inébranlables. Les auteurs de libretti italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus distingués d'Italie{*}.
{*} Je connais de M. Pellico, maintenant en prison au Spielberg, et le premier poète tragique d'Italie, quatre ou cinq opéras _série_ et _buffe_ qui me semblent des chefs-d'oeuvre; il y a des foules de situations fortes esquissées avec hardiesse.
La mise en scène des ouvrages de Rossini actuellement représentés gagnerait infiniment. L'oeil du maître verrait une infinité de taches, telles qu'altérations des temps par l'orchestre, tapage hors de propos dudit orchestre, etc., etc. L'engouement des badauds serait prodigieux, et les recettes s'en ressentiraient. Veut-on payer Rossini sans bourse délier et très-généreusement? que les premières représentations de ses opéras soient données rue Le Peletier et _à son bénéfice_. A trois opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à ceci les concerts, les pièces qu'il ferait pour Feydeau, la vente de sa musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété très-lucrative. Il gagnerait près de soixante mille francs par an.
[134] _Sujets que l'on pourrait engager._
D'abord et avant tout autre, madame Mainvielle; elle chante fort bien, et d'ailleurs elle est Française. Beaucoup de gens disent du mal de Louvois par patriotisme.
Davide, tenore. Donzelli, _idem._ Lablache, buffo cantante. Debegnis, buffo comico. Ambrosi, basso. Curioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien. L. Mari, tenore, chanta fort bien dans _l'Aureliano in Palmira_, à Milan en 1814.
MESDAMES
Pisaroni, contralto. Schiassetti, prima donna à Munich. Dardanelli, prima donna buffa. Schiva. Fabbrica. Ronzi Debegnis, prima donna buffa. Mariani, contralto excellent. Mombelli, prima donna.