La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung
Part 44
[Note 481-1: «Alors Sigurd entendit ce que chantaient les aigles: «... Je connais une femme admirablement belle, toute brillante d'or: ah! si elle pouvait être à toi... Sur le haut sommet de Hindarhall s'élève un burg tout entouré de feu... Sur le rocher dort la vierge des combats, et le feu dompté la lèche doucement. Yggar» (Odin) «lui piqua une épine dans son voile, dans le voile de la jeune fille qui voulait tuer des hommes.» (_Fafnismal_) «Voici ce que lui dirent les oiseaux assis dans les arbres: «Brinhild est belle, la fille de Budli; elle attend ton arrivée.» Et les oiseaux sauvages assis sur les branches des chênes lui dirent: «Brinhild, la fille de Budli, est belle; elle attend ton amour.» Voilà ce qu'apprit Sjurd vers l'orient, dans son pays.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 481-2: Les Aigles: «Tu peux, ô homme, contempler sous son heaume la vierge que le cheval Wings-Kornir» (Grane, dans la _Tétralogie_) «emporta hors de la mêlée. Nul guerrier ne peut interrompre le sommeil de Sigurdrifa» (Brünnhilde) «avant que les Nornes y consentent.» (_Fafnismal._)--«Il» (Odin) «ordonna que _celui-là seul m'éveillerait de mon sommeil, qui jamais n'aurait connu la crainte_.» (_Helreidh Brynhildar_ ou _Descente de Brynhild vers Hel_, dans _l'Edda_ de Sœmund.)]
[Note 482-1: Littéralement: «le sot» (ou «naïf», ou «niais») «garçon».--Cf. p. 438, note (1).]
[Note 483-1: «Eveille-toi, Groa! éveille-toi, femme bonne! Je viens t'éveiller devant les portes de la mort.» (_Evocation de Groa._) Mais c'est surtout d'un autre chant de l'_Edda_ de Sœmund, _Wegtams-Kvidha_, que Wagner s'est ici souvenu. Dans ce poème de Vegtam, Odin, inquiet, comme tous les Ases, sur le sort de Balder, «Odin, le dominateur des peuples, se lève, il pose la selle sur Sleipner, et chevauche ensuite vers Niflhem. ... Odin avança: le chemin qui descendait de la terre retentit, et le père des Ases arriva dans la demeure de Hel. Il se dirigea vers la porte de l'Orient où était le tombeau de _Vala_. Odin _chanta devant cette tombe l'évocation des morts_, regarda le nord et _traça des runes_; _il demanda une réponse_. _Vala se leva enfin_, et chanta ces paroles de la mort: «_Quel est, parmi les hommes, cet homme_ qui m'est inconnu et qui répand la tristesse dans mon esprit? _J'étais enveloppée de neige_, battue par la pluie et _mouchetée par la rosée_; j'étais morte depuis longtemps.» (_Wegtams-Kvidha_, 6, et 8-11.)--C'est d'abord pour rappeler cette source scandinave que Wagner fait paraître, ici, Erda «recouverte de givre». Pourquoi donc ne s'en soucia-t-il pas dans _L'Or-du-Rhin_, lorsque spontanément surgit Erda plus jeune? C'est que lointaine encore était, à ce moment, l'éventualité du Crépuscule-des-Dieux. Mais voici qu'il est proche, et Wagner n'oublie point qu'entre autres phénomènes avant-coureurs du Ragnarœcker, il y aura, suivant les _Eddas_, «il y aura d'abord un hiver...: la neige tombera dans toutes les directions, une gelée très rigoureuse et des vents piquants feront disparaître la chaleur du soleil. Cet hiver se composera de trois hivers pareils, qui se succéderont sans été» etc, etc. Détails très peu dramaturgiques, non utilisés par Wagner, mais consciencieusement suggérés--d'un mot.]
[Note 484-1: C'est l'une des préoccupations d'Odin dans les _Eddas_; celle de Snorro (_Bragarodur_) raconte longuement, entre autres choses, comment, déguisé en faucheur (on songe à mainte fable hellénique) il conquit l'hydromel de Sattung, «si parfait, que quiconque en boit devient poète et fort savant».]
[Note 484-2: «On me nomme Vegtam, et je suis le fils de Valtam. _Parle-moi de l'abîme_, et je te parlerai de la terre.» (_Wegtams-Kvidha_, 11)]
[Note 485-1: «Quel est, parmi les hommes, cet homme qui m'est inconnu et qui répand la tristesse dans mon esprit?» (_Wegtams-Kvidha_, 10.)]
[Note 485-2: Dans la _Grepisspà_ de l'_Edda_ de Sœmund, Brynhild est désignée par ces mots: «la voyante».--Pour les _Chants des Iles Féroë_, c'est «la jeune fille pleine de savoir». Comparez p. 520, n. (1), le prologue du _Crépuscule-des-Dieux_ (scène entre Brünnhilde et Siegfried) et la scène finale du même drame.]
[Note 486-1: _Streitvater_, «le Père-du-Combat».]
[Note 486-2: «Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat; mais, pour la punir, Odin la piqua de l'épine du sommeil et décida qu'à partir de ce moment elle ne remporterait plus de victoire dans les combats, et qu'elle se marierait.» (_Sigrdrifumal._)]
[Note 486-3: «J'ai parlé contre mon gré, maintenant je dois me taire,» répète à Vegtam plusieurs fois Vala. (_Wegtams-Kvidha_, 12, 14, 16.) Et Vegtam (Odin) lui réplique chaque fois: «Parle-moi, Vala! Il est des choses que je veux savoir, et je t'interrogerai jusqu'à ce que tu les aies dites.» (_Id._, 13. 15, 17.) Ou encore (17): «Dis-moi cette seule chose, tu ne dormiras pas auparavant.»]
[Note 487-1: «Mais les fils des Ases n'ont pas d'intelligence.» (_Wegtams-Kvidha_, 12.)--«_Tu n'es point Vegtam_, comme je l'ai cru; tu es Odin le chef des peuples.--_Tu n'es pas Vala, tu n'es pas une savante femme_, mais trois fois la mère des Thursars.» (_Id._, 18, 19.)]
[Note 487-2: «Retourne chez toi, Odin, et sois généreux. Les hommes ne viendront plus me trouver avant le temps où Loke brisera ses liens, avant le moment de la mort des Dieux.» (_Wegtams-Kvidha_, 20.)]
[Note 488-1: «Il passe devant la cour du roi Juki.» (Gibich) «Dehors se tient Grimhild entourée de maints guerriers...--Sjurd, suspends ta course, écoute et réponds-moi. J'ai une fille qui est belle et qui veut t'accorder son amour» (Gudrun) «--Jamais je ne suspends ma course... Je continue à gravir la montagne où brûle la Waberlohe... Je continue à gravir la montagne pour contempler une belle femme.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 489-1: «Ecoute, Sjurd, qui t'a montré le chemin, quand tu chevauchais à travers la fumée et les flammes de la Waberlohe?--Deux oiseaux me dirent dans le bois verdoyant: Elle est belle, Brinhild, la fille de Budli, et elle attend ta venue. Voilà ce que me dirent deux oiseaux sur mon chemin, et c'est pour cela que j'ai chevauché jusqu'ici.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 490-1: «Wagner n'a pas le moindre besoin d'une aride forme sentencieuse pour émettre de ces vues profondes.» Combien de fois l'aurai-je répété? Mais il le faut.]
[Note 491-1: Pour comprendre cette phrase obscure (en apparence), il suffirait, à la rigueur, de se rappeler qu'Odin étant un dieu borgne, l'œil qui lui manque n'est autre chose que _le soleil_,--disent les mythographes. «C'est grâce à» cet «œil» de Wotan que Siegfried _peut voir_ l'autre œil, celui qui reste au Dieu.--Wagner, notais-je dans _l'Or-du-Rhin_, s'est servi çà et là de cette interprétation; mais il l'a, suivant l'habitude de son génie, enrichie d'un nouvel et profond sens philosophique, dont s'éclaire son quadruple Drame: si l'on veut bien prendre la peine de se reporter à cette même note (p. 218), et se rappeler dans quel but Wotan a «mis en gage» l'œil qui lui manque (pour épouser Fricka, la Sagesse incarnée), sans doute comprendra-t-on pourquoi, tout en recommandant comme utile, en raison de sa simplicité, la glose mythographique ci-dessus, je me rallie sans hésitation à celle de M. Alfred Ernst. L'énigmatique passage signifie, d'après lui, que l'œil auquel a renoncé Wotan (pour acquérir la froide Sagesse, qu'il a crue nécessaire au gouvernement du Monde) est «l'une de ses deux clairvoyances»: clairvoyance de l'instinct, ou, si l'on veut, du cœur. Et l'éminent critique ajoute: «Issu de la tendresse que Wotan eut pour les hommes, loin des dieux, contre les dieux même et les lois édictées» (cf. dans _La Walküre_, le rôle entier de Siegmund: le _récit_ de Wotan à Brünnhilde; l'émotion de Brünnhilde, Wotan-féminin, devant la douleur du Héros), «Siegfried est», comme le fut Siegmund, «le représentant de cette clairvoyance sacrifiée; il en procède, et il regarde Wotan précisément avec l'œil qui manque à celui-ci, c'est-à-dire avec la lumineuse sûreté d'une libre nature, d'un cœur libre.»]
[Note 492-1: «Ma haine».--_Neid_ pourrait encore («doit» diront certains) se traduire ici par: mon «envie».--Cf. p. 494, note (1).]
[Note 492-2: «Deux corbeaux, perchés sur ses épaules, lui racontent à l'oreille ce qu'ils ont vu et entendu. On les nomme Hugen et Munen. Ils partent à la pointe du jour, parcourent la terre et sont de retour pour le déjeuner. Odin sait ainsi tout ce qui se passe; on l'appelle le Dieu aux Corbeaux.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.)--Grimm interprète ainsi les noms des deux corbeaux, d'après leur étymologie: _Huginn_ de _Hugr_ (_animus, cogitatio_); _Muninn_ de _munr_ (_mens_).]
[Note 493-1: «_L'homme du guet_ a de la peine à se faire entendre; il dit: «Celui qui chevauchera à travers la Waberlohe obtiendra la jeune fille.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 493-2: «La flamme s'élançait, la terre tremblait et les langues de feu s'élançaient jusqu'au ciel. Nul parmi les plus braves n'osait s'avancer au milieu des flammes.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 493-3: «Jamais je ne suspends ma course...» etc. (Voir plus haut p. 488, note, l'extrait des _Chants des Iles Féroë_.)--«L'illustre Sjurd s'écrie, qu'on le sache au loin: «J'en porte le présage sur mon bouclier; je veux chevaucher à travers le feu.» (_Id._)]
[Note 494-1: Pourquoi Wotan s'oppose au passage de Siegfried?--Un commentateur de Wagner, auteur d'un livre qui, hélas! fait autorité pour beaucoup, répondrait (p. 228): «Wotan craint que le Héros qu'il a suscité pour le salut des dieux ne cause leur perte définitive...» Comme cela est bien compris, n'est-ce pas? Comme l'on s'est bien donné la peine, je ne dirai pas d'approfondir, mais de lire, seulement, la scène précédente et ces paroles du Voyageur: «La fin des Dieux ne m'épouvante guère, depuis que j'y aspire, depuis que je la--veux!» Et encore: «Au divin Wälsung je veux léguer mon héritage... A l'éternellement Jeune le Dieu cède, avec joie...» Vraiment, conçoit-on bien, maintenant, telles phrases indignées de mon _Avant-Propos_? Mais songeons à donner nous-même une autre glose.--Lorsque Le Voyageur a dit, au Deuxième Acte, qu'il venait «pour voir, et non pour agir», j'ai noté que ce dégoût de l'action datait, chez lui, de la perte de son Désir, de son vivant Désir, Brünnhilde. J'ajoutais qu'à mesure que se développe le Drame, Wotan y «agit» de moins en moins, quoiqu'il en reste, au fond, le personnage unique. Hé bien! son attitude, en présence de Siegfried, n'est pas contradictoire de ces affirmations. Lorsque, dans _La Walküre_, le Dieu a «renoncé» pour la première fois («Soit, je te bénis, fils du Nibelung!») ce «renoncement» a été suivi, on se le rappelle, d'un accès de fureur motivé par la résistance de Brünnhilde (Désir personnifié de Wotan). Or, il vient de «renoncer» encore; et son nouvel accès de fureur, consécutif, de même, à ce nouveau «renoncement» paraît symétrique du premier: chaque fois que son Désir _se réveille_, résiste (comme dans _La Walküre_), ou _va se réveiller_ (comme ici), le conflit moral doit éclater. Wotan, dans une partie de son rôle, n'étant, en somme, qu'un symbole incarné de notre Ame, de nos désirs _humains_ d'agir et de posséder, il serait du reste bien _humain_ qu'à l'instant de perdre tout pouvoir, le Dieu, même résigné, ne l'en défendît pas moins. Mais il me semble plus logique d'admettre que c'est la rigueur, d'une part,--d'un inéluctable destin, qui provoque cette suprême révolte, tandis que d'autre part Wotan fait une épreuve, non seulement de sa propre puissance, mais surtout de celle du Héros cherché: tel est le sens de toutes les questions qui finissent par lasser Siegfried; le Dieu ne les pose que pour se prouver à soi-même qu'il a bien devant lui le Héros remplissant toutes les conditions (d'ignorance, et de liberté) spécifiées, soit dans _La Walküre_, au Deuxième Acte, en la scène que Wagner nommait avec raison «la plus importante du quadruple Drame» (en est-on convaincu, maintenant?), soit, ci-dessus même, devant Erda, dans la deuxième scène culminante de l'œuvre. Ajoutons qu'au point de vue de la construction du Drame, il y a, dans la défaite de Wotan par Siegfried, une façon naturelle et merveilleusement franche de montrer le Dieu sortant de l'«action» (de l'«action» visible, du moins--puisque _Le Crépuscule-des-Dieux_, bien que Wotan n'y paraisse même plus, continue d'être, jusqu'au bout, «la figuration de sa Pensée»).]
[Note 494-A: Le thème de la Fin des Dieux s'élève significativement à la fin de cette scène. (Partition, pages 279 et 280.--Pour ce thème, cf. partition de _Rheingold_, page 74; voy. note de la page 269; même partition, page 194; voyez note de la page 302.)]
[Note 495-A: Surgit ici l'aveuglante symphonie de la Traversée du Feu. (Cf. _Walküre_, partition, page 303 et seq.--Voy. note de la page 402.) (Partition de _Siegfried_, pages 281 à 285.) «Les rapides batteries du Feu courent aux instruments à cordes; on se croit revenu à l'Incantation finale de la _Walkyrie_. Nous sommes en pleine traversée du Feu: dans l'étincellement du glockenspiel et du triangle, au milieu de la vibration des cymbales, des frémissantes traînées des cordes, des clairs dessins des flûtes, les cuivres proclament le thème de Siegfried, auquel répond l'allègre sonnerie de son cor d'argent. De grands traits de harpe mettent leur triomphante ivresse dans la magie de ce pittoresque tableau...»
Cette page instrumentale est, en comptant la symphonie des _Murmures de la Forêt_, la deuxième dans la série des grands morceaux d'orchestre affectés à Siegfried.--Les deux autres principales sont la symphonie du Voyage sur le Rhin et la Marche funèbre du Crépuscule des Dieux. Je crois que ces grandes pages musicales, qui accompagnent, à travers le Drame, le personnage de Siegfried, et où, à mesure qu'elles se succèdent, se retrouvent, de plus en plus nombreux, des thèmes importants entendus déjà, je crois, dis-je, que ces grands passages symphoniques ont pour but, ainsi constitués, de ramener peu à peu, condenser, résumer sur le personnage du Héros les principales idées, les principaux thèmes de la Tétralogie entière.--C'est par ces symphonies, habilement ménagées, que Siegfried est mêlé à l'universel concept du Drame; elles sont comme des chœurs l'accompagnant et le prolongeant dans l'infini frisson des choses:--le chœur des Tragédies grecques.--A ce propos, on lira avec fruit, page 264, la note de mon collaborateur sur l'Unité dans le Drame de Wagner. Il ne serait pas impossible que Wagner, dans ces commentaires symphoniques, eût vu, en dehors de leur éblouissant effet orchestral, un procédé de plus pour obtenir cette unité.
La Traversée du Feu est un mythe que l'on retrouve dans plusieurs religions. Tout près de nous, ce n'est autre que le Purgatoire. Voyez dans la _Divine Comédie_ (_Purgatoire_), le passage où Dante traverse la flamme pour arriver à Béatrix.--Les deux religions chrétienne et scandinave, n'ont pas que ce point de commun.]
[Note 496-1: «Sigurd dirige Grani (son cheval) avec son épée. Le feu s'éloigne du chef; les flammes s'abaissent devant le héros.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 497-1: «Nul n'osait s'avancer assez près pour contempler la Waberlohe... Nul ne chevauche sur le sommet de Brinhild, sauf Sjurd le rapide. Lui et son cheval Grani traversent la fumée et les flammes. ... Il était ardent, le feu qui brûlait les flancs de Sjurd. Sjurd gravit le sommet de Brinhild, ce que nul n'osa avant lui. D'un coup de son épée, il fend la haute porte. Avec sa bonne épée, il abat le bois des fenêtres. Il contemple alors la belle jeune fille couchée et revêtue de son armure. L'illustre Sjurd entre dans la salle et regarde autour de lui.» (_Chants des Iles Féroë._) «Sjurd chevaucha vers Hindarfiall; il s'avança dans la direction du sud, du côté du pays des Francs. Sur la montagne il vit une vive lumière comme celle d'un feu qui brûle, et ses lueurs illuminaient le ciel. Quand il approcha il vit un château fort et sur ce château une bannière.» (_Sigurdrifumàl._) Détails analogues dans l'_Edda_ de Snorro, la _Völsunga_, etc.]
[Note 497-A: De flottantes suavités succèdent, dans l'orchestre, aux flamboyantes harmonies de la Traversée du Feu. Le thème amoureux de Freya reparaît, modifié, et, combinaison significative, le motif de Brünnhilde endormie y vient ajouter sa douceur. Nous voici transportés dans d'immenses profondeurs de souvenir, au soir serein de l'ensommeillement de la Vierge. Voici l'émouvante phrase des Adieux de Wotan. Le souvenir s'approfondit encore: voici, par nostalgiques bouffées, des sérénités plus lointaines: la mélodie de l'Enchaînement d'Amour! (Pour tous les passages cités ici, voir la partition de _Siegfried_ de la page 285 à la page 296.)]
[Note 498-1: «Sigurd entra dans ce Burg et y vit _un guerrier_ qui dormait armé de pied en cap.» (_Sigurdrifumàl._)]
[Note 499-1: «Il voit la jeune fille couchée sur son lit. Il contemple la belle jeune fille, endormie sous son armure.» (_Chants des Iles Féroë._)--«Il lui enleva d'abord le heaume de dessus la tête et alors il vit que c'était une femme. La cotte de mailles tenait si fort qu'on aurait dit qu'elle était entrée dans la chair. Avec son épée Gram il coupa la cotte de mailles du haut en bas, et il la coupa aussi aux deux bras. Puis il l'en dépouilla.» (_Sigurdrifumàl._) Détail commun à toutes les sources scandinaves (Snorro; _Völsunga_; Iles Féroë).]
[Note 500-1: Dans le _Heldenbuch_ de Simrock, c'est aussi d'un baiser que Brünnhilde est réveillée par le Héros. Wagner, s'assimilant l'idée, l'a seul enrichie d'une valeur _humaine_.]
[Note 500-A: «Ici, dit M. Ernst[500-A-a], la musique de Wagner semble reculer les limites du Sublime: une solennelle harmonie,--des plus simples en elle-même,--inaugure l'incomparable Réveil. Assise sur le tertre de mousse, ses longs cheveux dénoués flottant sur ses épaules, tandis qu'à ses pieds brillent ses armes éparses, Brünnhilde contemple autour d'elle la radieuse nature. Les yeux grands ouverts, les bras levés vers le ciel où le soleil flamboie, toute à l'immense félicité de son extase, elle reprend peu à peu conscience du monde et de la vie. De nouveau, les accords du Réveil sonnent majestueusement à l'orchestre. Brünnhilde salue le Jour, tandis que de religieux arpèges vont s'épanouir, à l'extrême aigu, en un trille aérien d'une sérénité infinie.--Il n'y a ici nul conflit de sentiments, mais lorsque la poésie atteint ce degré de grandeur, elle agit sur l'âme humaine tout entière. Je sais plus d'un spectateur qui a pleuré au réveil de Brünnhilde.» (Partition, pages 296 et 297.) Le thème héroïque de Siegfried répond solennellement à l'hymne de Brünnhilde (page 298).]
[Note 500-A-a: Partition, page 235--note.]
[Note 501-1: «Mais» (lorsque fut coupée sa cotte de mailles) «elle se réveilla, se souleva, vit Sigurd et dit: «Qui coupe ma cotte de mailles? _Qui interrompt mon sommeil? Qui me délivre de ses sombres liens?_» Sigurd: «C'est le fils de Sigmund. _L'épée de Sigurd_ a coupé la cotte de mailles.» Sigurdrifa: «_J'ai dormi longtemps; longtemps le sommeil m'a tenue captive._ Longtemps durent les souffrances des humains. Odin a ordonné que je ne puisse secouer les runes du sommeil.» Sigurd s'assit et demanda son nom. Elle prit une corne pleine d'hydromel et lui donna la boisson de la bienvenue: «_Salut, ô jour! salut ô fils du jour! Salut, ô nuit, et toi, terre nourricière, salut._ Jetez sur nous des regards bienveillants et accordez-nous la victoire.--_Salut à vous, Ases! Salut à vous, Asinies! Salut à toi, campagne féconde._ Accordez-nous à nous deux, qui avons un noble cœur, la parole et la sagesse et des mains toujours pleines de guérisons.» (_Sigurdrifumàl._) L'_Edda_ de Snorro dit sèchement: «Elle s'éveilla et dit qu'elle s'appelait Hilde. Son nom était Brunhilde et c'était une Walkyrie. Sigurd s'en alla chevauchant et arriva près d'un roi, etc.» Les chants des Iles Féroë gardent un pâle, très pâle reflet du splendide réveil de Sigurdrifa dans le poème de l'_Edda_ de Sœmund, plus haut cité.]
[Note 501-2: «_Eveilleur de la vie, toi, victorieuse Lumière!_» et, plus loin: «Joie du Monde»--«Splendide!»--«Trésor du Monde»--«Vie de la Terre»--«lumineux rejeton,» etc.--Force m'est bien de rappeler que, suivant la «science» moderne, Sigurd (Siegfried) est un «héros solaire».--«Ainsi Wagner ne néglige rien; il se garde bien de ramener étroitement toutes ces figures mythologiques à la météorologie, comme certaines écoles qu'on sait trop; mais il fait leur part à ces hypothèses, dont le naturisme, dépouillé de ses exagérations grotesques,--recèle une vérité relative.» Cette Note de _L'Or-du-Rhin_ (p. 308), que je me permets de répéter, indique assez que le rôle du Siegfried de Wagner ne doit avoir et n'a qu'un sens _purement humain_. Néanmoins, par acquit de conscience, et pour préparer certaines Notes futures, je copie, de M. Max Muller, les phrases qui suivent: «[La nature entière était divisée en deux royaumes: l'un noir, froid, semblable à l'hiver et à la mort; l'autre brillant, chaud, plein de vie, comme l'été.] Sigurd, le _héros solaire_ de l'_Edda_, le descendant d'Odin, tue le serpent Fafnir, et conquiert le trésor sur lequel Andvari, le nain, avait prononcé sa malédiction. C'est le trésor des Niflung's ou des Nibelung's, _le trésor de la terre, que les sombres pouvoirs de la nuit et de l'obscurité_ avaient emporté comme des voleurs. Sigurd, _qui représente ici le soleil du printemps_, reprend le trésor, et, comme Déméter ayant recouvré sa fille, _la terre_ s'enrichit pour un moment de tous les trésors du printemps. Puis, selon l'_Edda_, Sigurd délivre Brunhild, qui avait été condamnée à un sommeil magique, après qu'Odin l'eut blessée avec une épine, mais qui maintenant, _comme le printemps après le sommeil de l'hiver_, renaît à une nouvelle vie par l'amour de Sigurd.» (_Mythologie comparée_, traduction française, p. 140.)--Entre cette conception de Brunhild (Brynhildr) et celle de la Brünnhilde du Drame de Wagner, la différence est donc sensible. Je ferai remarquer toutefois avec quel art Wagner, ne pouvant sacrifier tout élément mythique, et transposant de l'_Edda_ les premiers mots de Brünnhilde («Salut à toi, soleil! salut à toi, lumière! salut à toi, splendeur du jour!»), les lui fait prononcer de manière qu'ils puissent paraître s'adresser, soit réellement au jour, réellement au soleil; soit, symboliquement, à Siegfried. La chose est d'autant plus frappante que si, d'après les _hypothèses_ (d'après les hypothèses _seulement_), Brynhildr, aux Chants de l'_Edda_, personnifiait la Terre,--ici Brünnhilde est, _en effet_, fille de la Terre-personnifiée. Mais, encore une fois, tout cela est bien vain, et, tout en nous montrant Wagner soigneux des plus minimes détails, ne doit point nous faire oublier qu'ici,--le profond sens _humain_ des personnages importe seul.--Cf. p.588, n. (4).]
[Note 502-A:
«O si tu savais, Joie du Monde.....»
Ineffable, la phrase de sérénité, qui, dans l'orchestre, soupire, à ces paroles. (Partition, page 302.)]