La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung

Part 45

Chapter 453,622 wordsPublic domain

[Note 503-1: Dans les chants des Iles Féroë, Brinhild est fille d'un roi Budli. «Et dans les chants héroïques on disait d'elle qu'elle faisait pâlir l'éclat du jour.» Elle rayonne du poudroiement d'or d'un mythe en ruines: «Une vive lueur jaillissait de ses épaules et c'était comme si l'on avait vu du feu.» En vain son père la presse, elle ne veut point se marier: «Il n'est pas encore venu le vaillant guerrier que je puis prendre pour époux...--Vers l'est, au-delà de la forêt, mon cœur s'élance vers lui. Et cet homme s'appelle Sjurd, fils de Sigmund, et c'est la jeune Riördis» (Sieglinde) «qui le mit au monde... Ce sont les Nornes qui l'ont voulu ainsi. Cet amour emplit mon cœur. Il y a neuf hivers que j'aime Sjurd, _et mes yeux ne l'ont jamais vu_... Tu me permettras de préparer une salle dans la marche solitaire... Une flamme, la Waberlohe, et de la fumée entoureront cette salle. Cette flamme, la Waberlohe, me protégera; seul l'illustre Sjurd osera s'y attaquer.» Budli exauce sa fille. «Et il fit brûler une si grande flamme, la Waberlohe, que les nains ne pouvaient s'en approcher par trahison.» Et, nouvelle trace du mythe perdu, «et c'était de bon matin; le soleil rougissait les montagnes.» Puis «Brinhild est assise dans sa chaise d'or, la belle jeune fille. _Elle attire de loin Sjurd vers elle pour son malheur._»]

[Note 504-1: Dans toutes les sources scandinaves, Grani est le cheval de Sigurd avant même la mort de Fafnir, avant même que Regin lui ait forgé l'épée. «Va,» dit à Sigurd la veuve de Sigmund, «va vers la cascade et jette une pierre dans le fleuve et prends le cheval qui ne recule pas devant toi.» Il alla vers la cascade, jeta une pierre dans le fleuve et prit le cheval qui ne recula pas devant lui. Il était choisi parmi tous ceux du royaume, et c'était le meilleur, et il fut appelé Grani, le cheval de Sjurd.» (_Chants des Iles Féroë._) Le cheval de Sigurdrifa, celui qui «l'avait emportée hors de la mêlée», s'appelait d'autre part _Wingskornir_, d'après le _Fafnismal_ de l'ancienne _Edda_.]

[Note 505-1: «Brinhild est assise à Hildarfiall, elle est rebelle à l'amour.» (_Chants des Iles Féroë._) «Ecoute-moi, Sjurd, fils de Sigmund, ne sois point si prompt.» (_Id._)]

[Note 507-1: «L'inclination du héros se tourna vers celle qui prétendait l'avoir aimé de tout son cœur avant de l'avoir vu.» (_Le Poème Antique sur les Vœls_, 2.) Il s'agit là de Helge, autre fils de Sigmund; et de Sigrun, autre Walkyrie. Mais la légende de leurs amours est si voisine de celle de Sigurd et Brynhild, qu'on peut véritablement croire à quelque identification.]

[Note 508-1: «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre.» etc. (_Sigurdrifumàl._ Voir l'annotation de _la Walküre_.) «Sigurd dit: «... Je le jure, je veux que tu sois à moi, car tu es comme je le désire.» Elle répondit: «C'est toi que je préfère et nul autre, quand j'aurais à choisir parmi tous les hommes.» Et leurs serments confirmèrent ces paroles.» (_Id._) «Va d'abord à la cour de mon père et demande-lui conseil.» Sjurd, fils de Sigmund, parla; il était à la fois sage et beau: «Tu as reçu peu de bons avis de ton père, car tu as attendu longtemps ma venue. Je ne vais point vers ton père, afin de lui demander son conseil.» Les liens de l'amour l'attachèrent à la jeune fille pleine de savoir. ... Il se coucha dans les bras de Brinhild.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 510-1: Ne nous refusons pas le triste plaisir d'indigner le lecteur, encore tout ému par cette scène sublime (sublime au sens concret du Drame, sublime et redoutable au sens symbolique,--puisqu'il s'agit de la fin d'un Monde!), en mettant sous ses yeux l'étonnant résumé qu'en trouva naguère--car c'est une trouvaille!--l'un des commentateurs qui le plus contribuèrent (avec les meilleures intentions, je me hâte de le reconnaître) à répandre chez nous l'idée que Richard Wagner, cet incomparable Poète! ne fut que son propre librettiste: «Après les amours de frère à sœur, _ceux de tante à neveu_!» (p. 237). Oui, ces sublimes symboles, voilà ce que c'est, lecteurs: n'est-il pas vrai que c'est à pleurer? car on ne peut rire de cela--qu'aux larmes!--Je ne multiplierai point des exemples pareils. Que celui-ci suffise, et celui de la page 494! En les fournissant, j'accomplis un devoir, qui m'est fort cruel, je puis le dire, car j'aimerais beaucoup mieux qu'on eût compris Wagner. Mais il faut avant tout démontrer au lecteur avec quelle prudence il importe de consulter certains livres, riches d'ailleurs de détails biographiques précieux quoique présentés sous un faux jour.]

[Note 510-A: Le thème qui domine, parmi toute l'ampleur fervente de ces dernières harmonies, est le thème de l'Amour de Siegfried et de Brünnhilde. Il s'avoisine de plus en plus, vers l'extrême fin, ayant accéléré son dessin, aux motifs d'impétuosité entendus, au début de l'acte, dans le tableau de l'enfance de Siegfried. Ce que certains wagnéristes, et non des moindres, ont regretté.--Pourquoi? Peut-être, au strict point de vue de l'expression musicale, ont-ils raison. Mais qu'on laisse revenir en sa mémoire d'autres harmonies d'amour, les motifs de l'Amour de Siegmund et Sieglinde.--Comparaison mélancolique! Alors, les Dieux fleurissaient encore. Ils mettaient dans l'âme de leurs enfants cet infini bercement, qui s'exhalait en vagues cantilènes parmi la religieuse sérénité des nuits de printemps.--Mais ici l'Humanité se lève, prompte, ivre d'elle-même,--ne voyant qu'elle. On saisit la nuance. (Partition, de la page 297 à la fin.)]

[Note 513-A: Prélude.--Après les harmonies du Réveil de Brünnhilde, voici, plus majestueusement réapparu[513-A-a], plus profond, le Thème de la Nature Eternelle. Par deux fois le rythme se gonfle; il demeure suspendu. Puis au bout d'un long, d'un morne silence, lorsqu'a surgi la formidable apparition des Nornes, il revient, s'étale en sombres ampleurs; et, après un accord formé du motif mélodique de la Nature, la première Norne commence son grave chant.

(Partition du _Crépuscule-des-Dieux_, pages 1 et 2.)]

[Note 513-A-a: Il ne faudrait pas croire que ce thème réapparaît selon la même suite qu'au début de _Rheingold_. Les deux motifs constitutifs en sont, au contraire, intervertis ici. Le motif qui, dans _Rheingold_, apparaît le premier et se développe tout d'abord, figurant un fil méthodique, sur l'épanchement ininterrompu des accords, n'arrive ici que le second.]

[Note 514-1: «_Il faisait nuit_ dans le château; les Nornes... arrivèrent... _Elles filèrent avec force le fil du destin_, et tout le château trembla dans Brölund. _Elles déroulèrent la ganse d'or et la fixèrent_ en-dessous de la salle de la lune. _Elles en attachèrent les bouts_ à l'Est et à l'Ouest. Alors la sœur de Nere _lança un fil au Nord_, en lui ordonnant de durer éternellement.» (_Le Poème sur Helge_, ou _Helge-Kvidha_, dans l'_Edda_ de Sœmumd.)]

[Note 515-1: «Quelle est la première et la plus sainte place suivant les Dieux?... C'est auprès du frêne Yggdrasel; les Dieux s'y assemblent tous les jours... Yggdrasel est le plus grand et le plus beau de tous les arbres; ses rameaux s'étendent sur tout l'univers et s'élèvent au dessus du ciel. Il est soutenu par trois racines... En-dessous de la racine qui touche aux Hrimthursars, se trouve le puits de Mimer; la Raison et la Sagesse y sont cachées... Odin vint un jour en ce lieu et demanda une gorgée de cette eau; il ne put l'obtenir qu'après avoir mis son œil en gage... La troisième racine du frêne Yggdrasel atteint le ciel, elle abrite une fontaine d'une sainteté particulière; c'est la fontaine d'Urd» (la plus ancienne des Nornes); «les dieux se réunissent près d'elle... Il y a sous le frêne Yggdrasel, et près de la fontaine d'Urd, un très bel édifice d'où l'on voit sortir trois vierges nommées Urd, Verdandi et Skuld. Ces vierges disposent de la vie de tous les hommes; ce sont les Nornes.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.) «L'une d'elles se nomme Urd, la seconde Verdandi; elles créèrent Skuld, la troisième, avec leur baguette, qu'elles sculptèrent. Elles font des lois, décident de la vie, et racontent au monde les arrêts du destin.» (_Völuspa_, 20, 21, dans l'Edda de _Sœmund_.) «J'aime cette représentation qu'ils» (les Scandinaves) «avaient de l'Arbre Igdrasil. Toute la vie est figurée par eux comme un Arbre. Igdrasil, le Frêne, arbre de l'Existence, a ses racines profondément enfoncées dans les royaumes de Héla ou Mort. A ses pieds, dans le Royaume de la Mort, se tiennent trois _Nornes_, Fatalités,--le Passé, le Présent, le Futur; arrosant les racines d'eau puisée à la Source Sacrée. Ses «rameaux», avec leur bourgeonnements et leurs effeuillements--événements, choses souffertes, choses faites, catastrophes,--s'étendent à travers toutes les terres et tous les temps. Chacune de ses feuilles n'est-elle pas une biographie, chaque fibre, là, un acte ou un mot? Ses rameaux sont les Histoires des Nations... C'est Igdrasil, l'Arbre de l'Existence. C'est le Passé, le Présent, et le Futur; ce qui a été fait, ce qui se fait, ce qui sera fait; l'infinie conjugaison du verbe _Faire_. Considérant comment les choses humaines circulent, chacune inextricablement en communion avec toutes, comment le mot avec lequel je vous parle aujourd'hui est emprunté... de tous les hommes depuis que le premier homme commença à parler, je ne trouve aucune assimilation si vraie que celle d'un Arbre. Belle: tout à fait belle et grande. La «_Machine_ de l'Univers»--hélas! pensez seulement à cela comme contraste.» (Carlyle, _les Héros_, trad. citée, pp.33-34).]

[Note 516-1: «Cet arbre endure plus de souffrances que les hommes ne peuvent se l'imaginer: le cerf mord sa tête, son côté pourrit, et Nidhœgg ronge ses racines» (_Poème de Grimner_, dans l'_Edda_ de Sœmund.)]

[Note 516-2: Relativement à l'usage fait (par le traducteur) des temps du verbe dans cette scène, Cf. ci-dessus, p. 302, mon Annotation de _L'Or-du-Rhin_.]

[Note 516-3: Au Ragnarœcker (Crépuscule-des-Dieux) «toutes les chaînes, tous les liens seront rompus.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.)]

[Note 517-1: «C'est aussi une très frappante conception que celle du _Ragnarök_, Consommation ou _Crépuscule des Dieux_. Elle est dans le chant de _Völuspa_; à ce qu'il semble, une très vieille, prophétique idée. Les Dieux et les Jötans, les divines Puissances et les Puissances chaotiques et brutes, après une longue lutte et une victoire partielle des premières, se rencontrent à la fin dans un combat universel, dans un duel embrassant le monde.., et la ruine, «le crépuscule», s'abîmant dans les ténèbres, engloutit l'Univers créé.» (Carlyle, _les Héros_, trad. citée, pp. 62-63.)]

[Note 518-A: A ces paroles de la 3me Norne, la fanfare du cor de Siegfried passe rapide dans l'Orchestre (Partition, page 17, en bas), comme suscitée par le thème de l'Epée, qui vient de jaillir (Voy. même page, la ligne au-dessus, 3e mesure).]

[Note 518-B: A la rupture du câble, gronde le thème, deux fois répété, de la Malédiction d'Alberich! (Partition, page 18.)]

[Note 519-1: «Il demeura sept mois dans la résidence de la jeune fille.--«Brinhild, donne-moi ma selle et mon bouclier et ma cuirasse. D'autres devoirs m'appellent ailleurs» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 519-2: «SIGURD:... Que dira la voyante à Sigurd qui puisse être utile à ce héros?--GRIPIR: Elle t'enseignera les runes puissantes que tous les hommes voudraient connaître; elle t'apprendra à parler toutes les langues et à distinguer les baumes qui guérissent. Salut, ô roi!--SIGURD: Tout est bien; j'ai recueilli la science et je suis prêt à chevaucher plus loin...» (_Grepinspà._)]

[Note 519-3: Voir _la Walküre_, note (1) de la p. 393.]

[Note 519-A: L'Orchestre développe ici magnifiquement le thème de Brünnhilde réveillée à l'Amour, devenue femme. (Partition, page 20 et seq.).

Plus loin, va surgir, sur d'héroïques accords, la fanfare agrandie du cor de Siegfried (partition, pages 1, puis 25). Ce développement solennel de la Fanfare de Siegfried est très important. Il exprime comme une vaillance plus virile. Le Héros est devenu homme. Nous le retrouverons notamment dans la marche funèbre du _Crépuscule-des-Dieux_.]

[Note 520-1: «Sigurd lui répondit et la pria de lui _communiquer la sagesse_, _elle qui connaissait tous les mystères de l'univers_. Sigurdrifa parla: «Je t'apporte, ô chêne des combats, de la bière mêlée de force et de gloire, _pleine de chants et de paroles bienfaisantes_, _pleine des charmes qui donnent le bonheur et des runes_ qui procurent la joie.» (Suit l'énumération des runes) «Apprends à les connaître et laisse-les agir jusqu'à ce que les dieux meurent. _Maintenant, c'est à toi de choisir_, car tu dois faire un choix, vaillant héros, semblable au chêne des forêts. Songes-y bien, il faut parler ou te taire. Tous les actes ont leurs suites nécessaires.»--«... Sigurd dit: «_Il n'y a point de femme qui en sache autant que toi, et, je le jure, je veux que tu sois à moi, car tu es comme je le désire._» (_Sigurdrifumàl._) Dans la _Völsunga_, Brynhild, pareillement, communique à Sigurd les Runes.]

[Note 520-A: Voy. la note précédente, 2e alinéa.]

[Note 521-1: «Et leurs serments confirmèrent ces paroles.» (_Sigurdrifumàl._) «Appuyé sur sa poitrine, il dit: «Je te fais le serment de fidélité, jamais je ne te trahirai.» (_Chants des Iles Féroë._) «SIGURDRIFA: «Je te conseille ensuite de ne jamais prêter un serment sans y être fidèle...» (_Sigurdrifumàl._)]

[Note 521-2: «Il déposa douze anneaux d'or sur ses genoux: «Voilà le premier lien de nos fiançailles.» Il déposa les douze anneaux d'or sur les genoux de la jeune femme, _et tout au-dessus il plaça son anneau royal auquel il tenait tant_. Les douze anneaux d'or, il les mit dans ses bras: «Ce sera là le second lien de nos fiançailles.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 522-1: Ce don de Grane par Brünnhilde est une idée de Wagner.--Dans l'_Edda_, il est dit que «Sigurd se rendit là où Hialprek élevait ses chevaux, et parmi ceux-ci il se choisit un étalon qui depuis lors fut appelé Grani.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur._)--Voir aussi la note (1) de la p. 504.]

[Note 522-2: «Grani... était doué d'une intelligence humaine.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 522-3: «SIGURD: Quand je verrais la mort devant moi, je ne reculerais pas. Je ne suis point né lâche. Je suivrai tes bons conseils tant que je vivrai.» (_Sigurdrifumàl._)]

[Note 523-1: «Puisses-tu avoir longue vie, bonheur et succès en tout! _Nous nous quittons cette fois au milieu de la félicité et la joie._» Sjurd, le noble héros, lui donna cette réponse: «Jamais, ma vaillante bien-aimée, jamais tu ne sortiras de mon cœur.» Et c'était Sjurd, fils de Sigmund, qui se tenait sur la selle et il embrassa Brinhild, la jeune femme, de tout son cœur.» (_Chants des Iles Féroë_).]

[Note 523-2: Pour une fois, à la traduction quelque peu gauche de ce passage (_sept ou huit autres_ motiveraient des réflexions tout analogues), je n'essaierai point de substituer une adaptation dramatique. Il est en effet capital: si le texte n'était si précis, je développerais volontiers pourquoi. Sommairement, j'aime mieux être «gauche» que de dénaturer l'idée, beaucoup «plus humaine qu'historique, et nullement limitée à l'accomplissement d'exploits matériels» (cf. Carlyle), que se faisait Wagner du Héros complet. Je conseille au lecteur d'en chercher le commentaire dans le livre de M. Ernst (_L'Art de Richard Wagner_: _l'Œuvre poétique_, pp. 478-482), qui lui démontrera que Siegfried, à ce point de vue, s'achève par Brünnhilde, et que «le Héros complet, l'Homme intégral, c'est le couple héroïque», Siegfried et Brünnhilde, «l'Humanité neuve qui rayonne, souverainement belle et forte, sous une double figure, _une et pourtant totale_.»]

[Note 524-1: «Elle le suivit longtemps sur le chemin et lui souhaita un bon voyage.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 524-A: Voy. Partition, page 39.]

[Note 524-B: Ici commence la symphonie du Voyage sur le Rhin.

Elle débute par un développement de la fanfare du cor de Siegfried (page 40, en bas, et 41). Le Héros descend les eaux du fleuve, et la Urmelodie épanche de nouveau ses rythmes puissants (page 42). Mais voici le thème de la Fin-des-Dieux (_ibid._), et il semble roulé aux ondes de la Mélodie primitive, qui continue par dessus (page 42 en bas, et 40, en haut). La fanfare du cor de Siegfried sonne, puissante, par l'ampleur du fleuve (page 43); et, comme naissant à cet appel, un rythme lent s'élève, s'élargit en plainte mélancolique, la plainte des filles du Rhin (Cf. partition de _Rheingold_, page 215), qui semblent implorer du Héros Rédempteur la restitution de l'Or perdu (page 43). Très important est le sens dramatique de cette page symphonique qui exprime la venue du Héros dans le Monde, dans ce Monde en proie au mal. Il arrive pur sur une route de pureté (le Rhin).--C'est ici, en quelque sorte, la première grande confrontation du Drame avec le Héros; une prise de connaissance des choses.

Pour l'ensemble de la symphonie, voy. la partition de la page 39 à la page 45. (Voy. aussi la note de la page 428.)]

[Note 525-1: On verra, dans l'_Étude_ d'Edmond Barthélemy, p. 143, qu'un _Gibico_ burgunde (Gibich, le Giuki des sources scandinaves) figure, en la _Loi_ dite _Gombette_, comme père de _Gundahar_ (Gunther ou Gunnar).--Le même Gibico devient _Ghibic_ et frank, siégeant à Worms, avec _Gunther_ pour fils et _Hagan_ (cf. ci-dessous, p. 569, note (2) pour vassal, dans le _Waltharius manu fortis_ (poème en vers latins, du Xe siècle).--Enfin, le _Nibelunge-nôt_ a recueilli (sans savoir pourquoi,--comme si souvent) le nom de Gibeke, dont il fait (XXIIe aventure, 8e strophe) un vassal d'Etzel (Attila), mais sans le moindre lien de parenté soit avec Gunther, soit avec Hagen.--Cf. encore la note suivante.]

[Note 525-A: Deux thèmes principaux paraissent au début de ce 1er acte: La fanfare des Gibichungen et le motif de Hagen (partition, page 45).]

[Note 526-1: «Gunnar et Högni étaient héritiers de Gjuki, ainsi que leur sœur Gudrun. Gutthorm n'_était pas de la famille de Gjuki, cependant il était leur frère_.» (_Poème de Hyndla_, dans l'_Edda_ de Sœmund.) «...Un roi qui s'appelait _Giuki_. _Sa femme avait nom Grimhild._ Ses enfants étaient Gunnar, Högni, Gudrun et Gudny. Gutthorm était le beau-fils de Giuki.» (_Edda_ de Snorro.) «Sigurd chevaucha avec _les Giukungen_...» (_Id._) «Et voici _Grimhild, l'épouse de Juki_, qui parle à sa fille... Alors _la fille de Giuki_, _Gudrun_, parla...--_Gudrun_ parla... «Pourquoi _mon frère_, _le roi Gunnar_...?--Alors _Högni_, _fils de Juki_, parla...:--_Les Jukungen_ veulent chevaucher dans la forêt.» (_Chants des Iles Féroë._) Dans toutes les sources scandinaves, y compris la _Völsunga Saga_ et la _Thidreks_ ou _Wilkina Saga_, Grimhild est ainsi mère de Gunnar (ou Gunther), de Högni (ou Hagen), et de Gudrun (ou Gutrune), c'est-à-dire des Gjukungen (Gibichungen) ou enfants de Gjuki (Gibich). S'il était dit expressément que Grimhild est aussi la mère de Gutthorm («beau-fils de Gjuki» mais «non de la famille de Gjuki»), Wagner se serait donc contenté, par une de ces simplifications qui lui sont habituelles, de transférer sur son Hagen ce que les sources disent de Gutthorm. Mais nous n'avons même pas à discuter ici l'hypothèse d'une transposition: nous verrons en effet plus loin que des raisons plus «tétralogiques», si l'on peut dire, plus directement dramatiques, ont fait à Wagner une nécessité de concevoir Hagen comme fils de Grimhilde, mais non pas comme fils de Gibich.--D'autre part on sait que, dans le _Nibelunge-nôt_ ou _Nibelungen-lied_, Giuki est devenu Dankràt; Grimhild est devenue dame Uote, mère de _Gunther_ (Gunnar), de Gernôt, de Giselher et de _Kriemhilt_ (_Gudrun_): «la vierge était leur sœur, et ces chefs avaient à veiller sur elle.»--«Ils habitaient _en leur puissance_ à Worms _sur le Rhin_. Beaucoup de fiers chevaliers de leurs terres les servirent» et notamment «Hagene de Troueje, _von Tronje Hagen_», le «féroce Hagene» figure terrible, mais d'un vassal, et non d'un frère ou d'un demi-frère.]

[Note 527-1: «Derechef des récits se répandirent sur le Rhin. On disait que là-bas, bien loin, il y avaient maintes vierges et le courageux Gunther songeait à en conquérir une. Cela parut bon à ses guerriers et aux chefs.» (_Nibelunge-nôt_, VI, p. 53 trad. Laveleye). «Un jour Gunther et ses hommes étaient assis, _réfléchissant_ et _cherchant de toute façon quelle femme leur seigneur pourrait prendre qui lui convînt pour épouse et qui convînt au pays_» (_Id._, _ibid._)]

[Note 527-2: «Au-delà de la mer siégeait une reine, nulle part on ne vit plus la pareille. Elle démesurément belle et sa force était très grande. (_Nibelunge-nôt_.)]

[Note 528-1: «Nul ne chevauche sur le sommet de Brinhild, sauf Sjurd le rapide. Lui et son cheval Grani traversent la fumée et les flammes.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 528-2: «Ainsi parla Hagene de Troneje: «Voilà ce que fit Siegfrid; jamais aucun guerrier ne conquit plus grande puissance.» (_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 528-3: «Le roi» (Budli) «répondit en buvant le clair hydromel: «Pourquoi Sjurd est-il plus illustre que les autres fils de roi? Écoute, ma fille chérie, pourquoi est-il plus renommé, ce Sjurd, que les autres fils de roi?»--«Voici pourquoi Sjurd est plus renommé que les autres fils de roi... Avec sa bonne épée, il tua le dragon aux écailles chatoyantes... qui était couché sur la Glitraheide. Après qu'il eut tué le dragon... Sjurd pensa à s'emparer du grand trésor.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 529-1: «Et je sais encore de lui des choses plus extraordinaires. La main du héros a tué le dragon...» (_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 529-2: «Il a par sa force accompli tant de merveilles!» (_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 529-3: «L'homme hardi possédait un Trésor, le plus grand que jamais homme posséda, excepté ceux qui l'avaient eu avant lui. Il l'avait gagné par la force de son bras, au pied d'une montagne, et en cette occasion il donna la mort à plus d'un vaillant guerrier.» (_Nibelunge-nôt_, XI, 111.)]

[Note 529-4: «Le pays des Nibelungen était soumis à Siegfrid... ainsi que les deux héros de Schilbung et tout leur bien. Siegfrid en portait le cœur plus haut.» (_Nibelunge-nôt_, XI, 111.)]

[Note 530-1: «Cette flamme, la Waberlohe, me protégera. Seul, l'illustre Sjurd osera s'y attaquer.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 530-2: «Voici mon conseil, dit Hagene: Priez Siegfrid, qu'il supporte avec vous les dangers de l'expédition. Tel est mon avis.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 56.) «Car,» ajoute-t-il, «il sait ce qui en est de cette femme.»]

[Note 530-3: «Priez Siegfrid de se charger de ce message» (dit Hagene à Gunther dans le _Nibelunge-nôt_, en des circonstances d'ailleurs différentes): «grâce à sa force prodigieuse, il saura bien l'accomplir. S'il refuse de faire ce voyage, vous le prierez gracieusement, _par l'amour de votre sœur_» (Kriemhilt-Gutrune), «de s'acquitter de cette mission.» (IX, 81.)]

[Note 531-1: «Du bon temps de Siegfrid et des jours de sa jeunesse, on peut raconter bien des merveilles: quelle gloire s'attachait à son nom, et combien son corps était beau! _Aussi beaucoup de femmes charmantes l'avaient aimé._» (_Nibelunge-nôt_, II, 13.) «_Maintes femmes et maintes vierges souhaitaient_ que sa volonté le portât toujours près d'elles; _beaucoup lui voulaient du bien, et le jeune chef s'en apercevait_.» (_Id._, _ibid._)]