Chapter 8
_Description de l'experience_.--Supposons qu'on nous montre successivement et isolement plusieurs lignes de longueur croissante, qu'on nous invite a les examiner, et a reproduire de memoire chacune de ces lignes apres l'avoir examinee pendant quelques secondes. Si l'accroissement des lignes est tres net, tres apparent, ce fait nous frappera, et se logera dans notre esprit comme une idee directrice; avant qu'on ne decouvre l'une quelconque des lignes suivantes, nous nous attendrons a voir une ligne plus longue que la precedente. Voila la suggestion. Remarquons bien que cette suggestion provient de l'examen des lignes et de la comparaison que le sujet fait entre les lignes successives; c'est une suggestion qui ne resulte pas de l'influence morale exercee par l'experimentateur, et on pourrait a la rigueur, si c'etait necessaire, faire l'experience en laissant le sujet seul, en presence d'un appareil qui decouvrirait une serie de lignes dans un ordre de succession. Je crois bien que dans ce dispositif experimental la suggestion est aussi _depersonnalisee_ que possible; elle provient mecaniquement des choses materielles qui impressionnent les sens du sujet.
Pour que la suggestion d'accroissement des lignes opere efficacement, il faut que l'ordre croissant des premieres lignes soit tout a fait saisissant, meme pour l'oeil le plus distrait.
J'ai adopte deux modeles d'experience. Le second modele me parait etre un perfectionnement du premier; je les decrirai tous deux, voulant decrire successivement tous mes essais; meme les moins heureux peuvent nous apprendre quelque chose.
Ce chapitre sera consacre a la description du premier modele.
Apres quelques tatonnements, j'ai adopte la serie des 12 lignes suivantes:
TABLEAU DES LIGNES DESTINEES A PROVOQUER UNE SUGGESTION D'ACCROISSEMENT
Ordre des lignes. Longueur. Ordre des lignes. Longueur. 1 12mm 7 72mm 2 24 Piege 8 72 3 36 9 84 4 48 Piege 10 84 5 60 11 96 Piege 6 60 Piege 12 96
On remarquera, en examinant ce tableau, que les lignes n'augmentent pas suivant une progression geometrique, mais seulement suivant une progression arithmetique; la difference entre les lignes successives est constante, elle est de 12 millimetres. J'avais d'abord eu l'idee d'adopter une progression geometrique dont l'avantage est que les lignes successives sont toujours dans le meme rapport, presentent la meme augmentation relative de longueur. D'apres la loi de Weber, de telles lignes presentent la meme difficulte d'appreciation; mais a la reflexion, il m'a semble que si la difference de longueur entre les premiers termes de la serie geometrique est rendue assez forte pour creer rapidement une suggestion puissante, d'autre part, lorsqu'on arrive au terme ou la progression doit cesser, la progression reste si forte qu'on ne pourrait probablement pas l'alterer--pour les besoins de la suggestion--sans eveiller l'attention de beaucoup de sujets. Pour ce motif, j'ai donne la preference a la serie qui suit une progression arithmetique.
L'experience de suggestion consiste a briser brusquement cet ordre regulier dans l'accroissement des lignes; on n'interrompt pas l'ordre tout de suite, des le debut de la serie, parce qu'alors le sujet n'est pas encore assez fortement impressionne par la suggestion d'accroissement pour que cette suggestion puisse l'entrainer a des erreurs. J'ai mis le piege a la 6e ligne, a la 8e, a la 10e et a la 12e.
Le piege consiste en ce que la 6e ligne est egale a la 5e. la 8e est egale a la 7e, la 10e est egale a la 9e, et la 12e est egale a la 11e. (Voy. le tableau, p. 88.) Lorsque le sujet examine ces quatres lignes speciales, dont chacune est egale a la precedente, il se trouve soumis a deux impulsions de sens contraire; il a d'abord la suggestion generale de l'accroissement des lignes, suggestion qui s'exerce sur lui depuis le debut de l'experience; il a d'autre part, ou il peut avoir la perception directe de la ligne qu'on lui montre, perception qui, si elle se fait exactement, lui apprend que cette ligne n'est pas plus longue que la precedente.
Dans ces epreuves de suggestion, il faut regler avec le plus minutieux detail comment on opere, car beaucoup de circonstances qui paraissent a premiere vue insignifiantes peuvent exercer une grande influence sur les resultats. Il est incontestable que le sujet doit ignorer qu'on pratique sur lui une experience de suggestion; pour rendre cette ignorance bien certaine, je pense convenable de donner a l'experience un motif inexact.
Voici comment je la presente: "Nous allons, mon ami, faire une experience de coup d'oeil; nous allons voir si vous etes capable de vous rendre compte de la longueur d'une ligne; je vais vous montrer une ligne qui a par exemple 5 centimetres, et vous la reproduirez ensuite de memoire; nous verrons ainsi si vous avez le coup d'oeil juste. Il y a des gens dont le coup d'oeil est si mauvais qu'ils reproduisent la ligne de 5 centimetres en lui donnant une longueur de 10 centimetres; c'est une erreur enorme. D'autres ne lui donnent que la longueur de 2 centimetres. Vous allez faire de votre mieux, j'espere que vous reussirez tres bien, etc.". Puis j'explique au sujet comment il doit reproduire les lignes; il a a sa disposition du papier quadrille, forme de lignes d'un gris bleute qui sont distantes de 4 millimetres[35].
[Note 35: Le quadrillage de 4 millimetres est une mesure usuelle en France; on fabrique cependant du papier avec un quadrillage de 5 millimetres. Ce quadrillage de 5 millimetres est loin d'etre exactement observe sur toutes les feuilles et sur toutes les parties d'une meme feuille; il se produit parfois des irregularites qui peuvent depasser 2 a 3 millimetres sur 10 centimetres.]
J'ai employe le papier quadrille pour deux raisons: la premiere raison est que par suite du quadrillage il est tres facile a l'experimentateur de calculer la longueur relative et les differences des lignes marquees, sans se servir d'un decimetre; la seconde raison est que le quadrillage du papier exerce une suggestion supplementaire sur les sujets. C'est une chose curieuse que lorsqu'on a a faire sur une feuille quadrillee des points pour marquer une distance, on a une tendance a marquer ces points de preference a l'intersection des lignes; c'est une suggestion a laquelle bien peu de personnes sont soustraites[36]. Il etait donc interessant de rechercher dans quelle mesure les sujets seraient sensibles a la suggestion du quadrillage. Par suite de cette suggestion, les longueurs indiquees varient au minimum de 4 millimetres, elles sont faites a 4 millimetres pres.
[Note 36: C'est par un phenomene analogue que, comme Galton l'a montre, on a une tendance, lorsqu'on fait une estimation quelconque, a prendre le chiffre rond, 12 par exemple au lieu de 13; et si quelqu'un objectait que ces petites remarques sont d'une rare insignifiance, il serait facile de le reduire au silence en lui faisant remarquer, toujours d'apres Galton, que cette tendance agit tres fortement sur la fixation de la duree des peines par les juges: il est fort probable que l'individu qu'on condamne a dix ans de prison ne doit pas trouver insignifiant d'etre condamne plutot a neuf ans de prison; cette difference de duree, qui certes lui paraitrait fort appreciable, est precisement due a la petite habitude mentale qui consiste a fixer l'attention de preference sur des nombres ronds.]
La feuille de papier mise a la disposition des eleves a 20 centimetres sur 15 centimetres; a 1 centimetre de son bord gauche est tracee une marge a l'encre; c'est a partir de cette marge que le sujet doit indiquer la longueur de la ligne qu'on lui presente; pour l'indiquer, il n'a pas a la tracer; il doit se borner a marquer un point a une certaine distance de la marge, ce point indique l'extremite de la ligne, dont l'autre extremite est supposee commencer a la marge.
Deux mots maintenant pour expliquer l'utilite de ces prescriptions. Toutes les lignes a tracer doivent partir de la marge; c'est pour que leur difference de longueur soit bien visible pour le sujet, car cette difference de longueur se manifeste specialement par la position du point track. Si les lignes n'etaient pas bien alignees, si certaines partaient par exemple a 2 centimetres de la marge et d'autres a 5 centimetres, leurs differences reelles de longueur ne sauteraient pas immediatement a la vue, d'ou un affaiblissement de la suggestion relative a l'accroissement des lignes. Quant a la prescription de noter la longueur de chaque ligne par un point, au lieu de la tracer entierement, elle a pour but, dans ma pensee, d'attirer l'attention du sujet sur la difference de longueur des lignes plutot que sur la longueur absolue de chacune d'elles. Lorsqu'un sujet, apres avoir vu une ligne quelconque et marque sa terminaison, en regarde une seconde qui lui parait plus longue que la precedente, il marque son point un peu plus a droite que le point de terminaison de la ligne precedente; s'il avait ete oblige de tracer entierement la ligne par un trait continu, son attention se serait portee tout specialement sur la longueur absolue de la ligne, et cela aurait pu affaiblir l'effet produit par ce jugement que la seconde ligne est plus grande que la premiere.
Voici quelques details sur les lignes modeles que je montre: elles sont tracees a l'encre sur une longue feuille blanche, leur epaisseur est de 1 millimetre; je les ai tracees les unes au dessous des autres parallelement, en laissant entre elles un espacement de 2 centimetres; cet espacement est suffisant pour montrer une ligne isolement, en cachant les autres. La feuille des lignes modeles a une largeur de 14 centimetres; elle est posee a plat sur une grande table, devant moi, et de maniere a ce que l'eleve les voie a une distance de 50 centimetres de son oeil, et dans le sens horizontal; pour isoler les lignes je place dessus deux grandes feuilles de papier blanc tres epaisses, bien unies, ne fournissant aucun point de repere; je deplace ces deux grandes feuilles de maniere a decouvrir successivement, dans l'intervalle qu'elles laissent libre, une des lignes du modele.
Des qu'une ligne a ete percue par le sujet, je la cache, pour qu'il ne puisse pas la regarder de nouveau apres l'avoir reproduite, dans l'intention de controler ce qu'il a fait. Je l'avertis du reste qu'il ne doit point regarder deux fois la meme ligne. Lorsque le sujet a reproduit une ligne et qu'il reporte les yeux vers le modele, alors seulement je decouvre la suivante, que j'avais tenue cachee jusque-la; je la decouvre a ce moment, pour donner au sujet l'impression que c'est une ligne nouvelle; il pourrait, sans cette precaution, etre tente de croire qu'on lui montre toujours la meme ligne. Parfois le sujet est tres lent, tres reflechi, ou engourdi, et met beaucoup de temps a regarder les lignes et a les reproduire; d'autres sont au contraire tres vifs. Je presse un peu les premiers, je ralentis un peu les seconds, pour que les intervalles entre les diverses presentations soient d'environ 7 secondes. Pendant toutes ces operations, j'adresse quelques mots au sujet, afin de tenir son attention en eveil; mes paroles ne contiennent pas, c'est entendu, une suggestion precise; elles sont comme le bruit du fouet qu'on fait entendre au cheval pour l'animer. A chaque ligne que je decouvre, je dis: Voici la premiere! Voici la seconde! et ainsi de suite. Des que l'enfant a marque son point, je dis: Bien! Je ne change point le ton, je n'excite pas davantage l'attention a un moment qu'a un autre.
_Interpretation des resultats de l'experience_.--J'ai fait cette experience, individuellement, sur 45 eleves appartenant a deux ecoles primaires differentes. Ces 45 eleves se repartissent dans les 4 classes de leurs ecoles, ils different beaucoup d'age et d'instruction, les plus ages sont presque des adultes, ils ont deja leur certificat d'etudes, les plus jeunes viennent de quitter l'ecole enfantine. Il y en a:
2 de quatorze ans. 8 de dix ans. 7 de treize ans. 3 de neuf ans. 10 de douze ans. 6 de huit ans. 6 de onze ans. 3 de sept ans.
Tous les resultats, sans exception, qui m'ont ete donnes par ces 45 eleves sont inscrits dans le tableau I, p. 94, ou j'ai indique en millimetres la longueur que chaque eleve a donnee a la premiere ligne, et les differences qu'il a donnees aux lignes suivantes. Ainsi, le premier eleve, Nil..., a donne a la premiere ligne la longueur de 16 millimetres; la difference entre la premiere et la seconde ligne (qui etait reellement de 12 millimetres) a ete reproduite comme etant de 8 millimetres, de sorte que la seconde ligne reproduite par cet eleve a 16 + 8 = 24 millimetres; et ainsi de suite; en suivant la colonne horizontale, on trouve toutes les differences de longueur marquees par ce meme eleve pour les autres lignes; ces differences sont des accroissements, quand elles ne sont precedees d'aucun signe; le signe + est alors sous-entendu; quand une ligne est marquee plus courte que la precedente, la difference est precedee du signe -. Pour que les _lignes-pieges_ soient reconnaissables, les differences marquees a leur sujet sont ecrites en caracteres gras.
L'examen de ces chiffres nous suggere quelques remarques.
Parmi les lignes modeles montrees successivement, la plupart (8 sur 12) presentent une augmentation de longueur relativement a la ligne precedente. Ces accroissements reels de longueur ont ete percus par nos sujets: sauf l'exception d'un seul cas, nos sujets ont toujours marque des accroissements de longueurs dans leurs reproductions, quand l'accroissement existait dans les lignes modeles. C'est ce que montre notre tableau I; toutes les differences de longueur indiquees par les eleves sont positives, quand les differences de longueur des lignes modeles etaient positives; il n'y a qu'une seule exception, commise par Delans., et elle est due surement a un moment d'inattention.
TABLEAU I.--_Premiere experience sur l'influence de l'idee directrice._ [Illustration: Tableau01.png] ................................................................................................ | DIFFERENCE ENTRE LES LIGNES | NOMS |.................................................................| des |1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 11 et| ELEVES | 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 | (1) | Piege Piege Piege Piege |(2) (3) (4) ...............|.................................................................|............
1.Nil.... 16 8 12 12 12 8 12 -12 16 4 12 4 124 7,6 1 2.Delans. 12 12 12 8 8 - 4 8 - 8 16 8 - 4 16 " 42 2 3.Mori... 16 4 12 8 8 - 4 12 4 12 4 4 4 78 22 1 4.Gesbe.. 12 12 8 16 12 8 8 -12 8 4 8 8 130 22 1 5.Desva.. 16 8 4 12 12 4 8 4 12 4 16 4 100 33 0 6.H. Pet. 16 12 8 12 8 4 12 4 4 4 12 4 124 44 0 7.Bonl... 16 8 16 8 16 8 8 4 4 0 8 4 161 44 1 8.Duss... 12 8 8 4 4 0 8 8 8 0 12 8 83 50 2 9.Lac.... 12 16 8 8 8 8 4 0 8 0 4 4 150 50 2 10.Uhl.... 12 8 8 8 8 4 4 0 4 4 4 4 120 60 1 11.Saga... 16 8 8 12 8 8 8 4 8 4 8 4 146 68 0 12.E. Pet. 13 12 4 8 12 8 8 4 4 4 8 4 116 62 0 13.Mott... 12 8 8 8 4 4 12 4 8 8 8 4 100 62 0 14.Bienv.. 15 6 7 8 12 4 8 8 8 4 4 8 143 75 0 15.Metz... 16 4 6 8 12 4 8 8 12 8 4 4 125 66 0 16.Mass... 12 8 4 8 4 4 8 8 8 4 8 4 63 71 0 17.Geffr.. 16 4 8 12 8 8 8 4 4 4 8 4 106 71 0 18.Abrass. 12 12 8 12 4 24 8 4 8 0 4 4 139 132 1 19.Fel.... 16 12 4 8 16 4 4 4 4 8 8 8 127 75 0 20.Vass... 16 8 8 4 4 8 4 0 4 4 8 4 132 80 1 21.Pou.... 12 4 16 12 12 12 8 8 16 8 8 8 " 81 0 22.Dew.... 12 12 8 12 8 4 4 4 4 4 4 4 " 80 0 23.Clous.. 12 8 8 8 12 12 12 12 12 8 8 8 126 90 0 24.March.. 12 12 8 8 8 8 8 4 4 4 4 4 107 83 0 25.Spenn.. 12 4 8 8 8 8 8 8 8 4 4 4 110 83 0 26.Lenorm. 12 8 8 8 12 12 8 4 8 8 4 4 98 87 0 27.Poire.. 16 8 12 8 12 8 8 8 8 8 8 8 120 88 0 28.Mang... 12 8 16 12 8 8 8 8 8 8 12 8 126 88 0 29.Demill. 16 8 12 12 8 8 8 8 8 8 12 8 151 88 0 30.Bl..... 12 12 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 123 100 0 31.Obre... 16 8 8 12 12 12 12 8 8 8 8 8 209 90 0 32.Bor.... 10 8 10 10 8 8 8 8 6 4 6 4 " 85 0 33.And.... 20 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 120 100 0 34.Mer.... 12 12 12 12 12 12 8 8 12 12 8 8 " 100 0 35.Van.... 16 12 8 4 4 4 8 4 4 8 4 4 140 100 0 36.Monn... 16 4 8 16 8 8 12 12 4 4 4 4 110 100 0 37.Hube... 12 8 12 12 8 8 8 8 8 8 8 8 " 100 0 38.Gouje.. 12 4 8 8 8 8 4 4 4 4 4 4 125 100 0 39.Mouss.. 12 4 8 16 12 12 8 4 4 8 4 4 123 100 0 40.Bout... 12 12 12 16 12 12 12 12 12 12 12 16 200 108 0 41.Tixi... " " " " 8 12 8 8 8 8 8 8 210 112 0 42.Diem... 12 8 4 12 8 8 8 8 8 8 4 8 100 114 0 43.Theve.. 12 12 8 12 8 8 4 4 8 8 4 8 116 116 0 44.Martin. 12 12 8 8 7 4 9 10 4 10 5 4 " 112 0 45.Ross... 16 8 12 12 16 16 4 12 12 16 8 4 " 120 0 ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- Moyennes. 13,6 8,68 8,8 9,7 9,2 7,5 8 5,1 7,8 6 7,1 6 ...............................................................................................
(1) Longueur de la premiere ligne. (2) Coefficient de suggestibilite pour les longueurs de ligne. (3) Coefficient de suggestibilite pour les ecarts. (4) Nombre de pieges evites.
Remarquons aussi que tout en tenant compte de cet accroissement de longueur des lignes du modele, les sujets ont diminue la valeur de cet accroissement dans leurs reproductions; il etait constamment de 12 millimetres; les sujets l'ont fait parfois de 16, parfois de 12, et bien plus souvent de 8; ils ont donc a la fois percu et diminue cet accroissement.
Cette diminution ne s'est pas faite au hasard; du moins, si, negligeant les cas individuels, on prend les moyennes, on voit que les eleves n'ont point donne la meme valeur a tous les ecarts, bien qu'en realite ceux-ci eussent tous la meme valeur; ainsi que c'est indique dans la derniere colonne horizontale de notre tableau I, le premier ecart a recu la valeur de 13mm,6; pour les autres ecarts, la valeur a ete diminuee; elle passe par une serie d'irregularites, elle est d'abord de 8, puis de 9, puis de 7; dans l'ensemble, elle tend a diminuer, ce qui est conforme a cette regle de psycho-physique que nous ne percevons pas les differences absolues, mais seulement les differences relatives des sensations; il n'y a pas lieu de chercher ici une plus grande precision de la loi psycho-physique, car elle est tres probablement contrariee par des influences complexes.
Ainsi, en resume, nous observons que les eleves ont reproduit les accroissements successifs des lignes modeles; mais ils ont reproduit ces accroissements en les diminuant, et cette diminution a ete d'autant plus forte, en general, que la longueur absolue des lignes etait plus grande.
Ce n'est pas tout; nous pouvons degager en outre, dans nos resultats, une autre influence, celle de la suggestion; et il est bien curieux de voir que le simple trace d'une longueur de ligne obeit a tant d'influences diverses, et qu'on peut etablir l'existence de chacune de ces influences avec certitude, si on ne peut pas l'evaluer quantitativement. La suggestion, disons-nous, a eu une influence sur le trace de l'accroissement des lignes; nous parlons ici seulement des lignes du modele dont l'accroissement est reel, et non des _lignes-pieges_ qui sont pour le moment hors de question. Pour ces lignes du modele dont l'accroissement est reel, le sujet a eu une tendance a augmenter leur longueur; s'etant apercu en les copiant qu'elles etaient en ordre croissant, il a recu de cette idee une impulsion inconsciente a augmenter les longueurs. C'est ce dont nous avons pu nous convaincre en priant ces memes eleves, dans une autre circonstance, de copier isolement une seule ligne. Nous leur avons montre une ligne unique de 60 millimetres, et nous la leur avons fait copier sur du papier quadrille, par le procede qui nous sert dans nos experiences; or cette ligne copiee isolement, sans idee directrice d'accroissement, est presque toujours beaucoup plus courte que la ligne 5, de 60 millimetres aussi, que le sujet copie apres avoir ete entraine par la copie des lignes 1, 2, 3 et 4, qui sont plus courtes. Nous ne reproduisons pas toutes nos experiences; voici les resultats pris sur 14 eleves. Dans un seul cas, la ligne faite en copie isolee a ete plus grande que la ligne tracee par entrainement (c'est-a-dire apres avoir copie les lignes 1 a 4); dans les autres cas elle est plus courte, et la difference est meme notable.
_Longueur donnee a une ligne de_ 60 mm.
Par entrainement En copie isolee Lac. 52 36 Blas. 48 48 Poue. 56 44 And. 52 48 Sag. 52 40 Breiw. 48 36 Uhl. 44 40 Huh. 52 36 Obr. 56 32 Boul 56 44 Mart. 47 28 Die. 44 52 Vanderp. 44 36 Tix. 52 32