Chapter 32
Toutes les fois que nous constatons chez un enfant que des mouvements tres nets de repetition se produisent, nous l'interrogeons apres avoir arrete sa main; nous croyons utile de savoir, par son temoignage, comment il se rend compte des mouvements de sa main. Cette interrogation est d'autant plus utile qu'on pourrait soupconner que si un enfant a repete indefiniment un certain mouvement que j'ai imprime a sa main ou a son bras, c'est parce qu'il a mal compris l'experience et qu'il a cru a tort qu'il devait repeter volontairement ce mouvement. Il faut donc s'entendre avec lui et dissiper toute equivoque. Je dirai d'abord que mes sujets ont tous, sans exception, la connaissance de leurs mouvements; ils savent que leur main vient de se mouvoir. Les conditions d'experience, jointes a leur personnalite psychique, n'ont point permis la production d'une anesthesie de la main ou du bras: j'entends par la une anesthesie profonde, comparable a celle d'une hysterique. Apres avoir constate qu'ils ont eu conscience de leurs mouvements, je leur demande si, en executant ces mouvements, ils ont resiste a l'impulsion que j'ai donnee au balancier, ou bien s'ils l'ont aidee, ou bien encore s'ils sont restes completement inactifs, n'aidant pas et ne resistant pas. Cette demande provoque des reponses tres variables; l'enfant est souvent en etat de doute et semble un peu repondre au hasard, apres avoir epie l'experimentateur pour deviner sa pensee; cet enfant-la ne sait rien au juste. D'autres pensent avoir un peu resiste; d'autres enfin, et ce sont les plus nombreux, reconnaissent qu'ils ont aide le mouvement de l'experimentateur.
Je vais maintenant passer en revue quelques-uns de nos sujets.
DEW.--Apres un amorcage de 20 mouvements, sa main commence a repeter les mouvements sur le balancier, pendant qu'il suit les battements du metronome; les deux mouvements sont bien rythmes. Quand le sujet a fait 30 mouvements de repetition, nous l'arretons, et nous l'interrogeons; nous le prions de nous dire s'il a, comme c'etait convenu, laisse sa main aller, ou s'il nous a aide a faire le mouvement: il reste indecis; nous le prions alors de recommencer en prenant soin de ne pas aider notre mouvement. A la suite de cette remarque, les mouvements subconscients sont bien diminues; on n'en compte plus que 3, apres chacune de nos tentatives d'amorcage. Le sujet a donc pu reprendre le controle de ses mouvements.
MONNE.--Apres un court amorcage, il fait tout seul 30 a 40 mouvements de repetition; mais ces mouvements s'arretent tout seuls; le sujet sans qu'on l'y ait aide, est arrive a supprimer les mouvements inconscients, et de nouveaux amorcages ne provoquent plus rien. Cet exemple, ajoute au precedent, nous montre que l'automatisme des mouvements est un phenomene fugitif, qui peut se supprimer brusquement.
Nous avons cherche a fixer davantage l'attention de Monne, en le priant de lire attentivement une page d'un livre de physique amusante; pendant cette lecture, le mouvement a ete supprime.
DELANS.--Cet eleve presente un automatisme moteur plus developpe et plus stable que celui de Monne. Apres un court amorcage, le mouvement de repetition commence, tres net et tres energique; il se continue indefiniment; le sujet suit avec la main les battements du metronome, en montrant beaucoup de regularite. Nous le prions, au bout de quelque temps, de lire une page de physique amusante; il continue ses mouvements pendant la lecture, mais le mouvement devient moins regulier, il cesse d'etre synchrone avec les battements du metronome.
SAGA.--Encore un bel exemple d'automatisme tres net et tres stable; les mouvements se produisent apres un court amorcage, et se continuent soit que le sujet ecoute le metronome, soit qu'il s'absorbe dans la lecture; au bout de quelque temps, nous arretons sa main. Nous demandons a Saga, s'il pense avoir aide notre mouvement sur le balancier ou s'il pense avoir resiste au mouvement. Sa reponse nous est qu'il a aide: nous le prions alors de recommencer en laissant completement aller sa main; nous reprenons, et ses mouvements de repetition sont aussi nets que la premiere fois. C'est un sujet qui ne s'est pas controle.
BIEN.--Apres un amorcage de 10 mouvements, il fait spontanement 30 mouvements de suite; je l'arrete, je l'interroge, il reconnait avoir un peu aide mon mouvement; a la seconde reprise, comme il a ete averti, les mouvements de repetition disparaissent presque completement, on n'en compte plus que 2.
POU.--Apres un amorcage extremement court, il execute 50 mouvements de repetition: ce mouvement se prolonge pendant la lecture. Sur interrogation, il reconnait qu'il a un peu aide mon mouvement; a la reprise, son automatisme persiste. Curieux de savoir s'il arriverait a se reprendre, je l'avertis de nouveau qu'il doit avoir soin de ne pas m'aider; alors a la seconde reprise, son automatisme cesse.
MARTIN.--L'automatisme apparait tout au debut, mais il diminue rapidement; il commence par diminuer d'intensite; le mouvement devient plus leger, plus incomplet, et il cesse; pendant la lecture, on arrive encore a l'amorcer, mais il dure peu. Plus l'experience se prolonge, plus l'automatisme diminue; c'est comme si le sujet reprenait de lui-meme le controle de ses mouvements.
MIEN.--Exemple analogue. Les premiers mouvements de repetition apparaissent tres rapidement, et sont tres vigoureux; puis ils disparaissent d'eux-memes; on ne peut pas, en l'amorcant, lui faire produire plus de 4 a 6 mouvements; la lecture ne change pas les resultats.
OBRE.--Automatisme tres brillant, qui se manifeste apres un court apprentissage, et persiste indefiniment, pendant l'audition du metronome et pendant la lecture; interroge, le sujet ne se rend compte de rien, il croit meme m'avoir un peu resiste.
MERI.--Excellent automate; apprentissage rapide; malgre les avertissements, ne peut pas se reprendre.
HUB.--Il a eu besoin d'un tres long amorcage (40 mouvements) pour faire des mouvements de repetition; mais une fois amorce, il continue indefiniment.
DIE.--Tres beaux mouvements induits, qui continuent indefiniment; malgre mon avertissement, le sujet ne peut pas se reprendre, bien qu'il soit d'avis qu'il m'a aide.
GOUJE.--Encore un excellent automate. Un court amorcage provoque les mouvements qui se continuent ensuite indefiniment. Il reconnait m'avoir un peu aide. Malgre mon avertissement, les mouvements sont aussi nets a la reprise qu'avant.
On voit, par les descriptions precedentes que le controle du sujet sur l'automatisme des mouvements est assez variable: certains, comme Mien., Martin., arrivent spontanement, sans aucun secours etranger, a corriger et a supprimer leur automatisme; d'autres, comme Dew., Bien., Pou., ne produisent l'arret de leur main que lorsqu'on les a interroges sur la maniere d'executer les mouvements, et qu'ils ont reconnu qu'ils aidaient un peu; d'autres enfin, malgre cet avertissement, continuent a la nouvelle reprise a faire des mouvements aussi nets que la premiere fois, lorsqu'ils n'etaient pas avertis.
Nous classons nos sujets de la maniere suivante, au point de vue du developpement de l'automatisme:
1 deg. Pet.....) 13 deg. Bienv...) Ex aequo. 2 deg. Poire...) 14 deg. Mien....) Automatisme corrige 3 deg. Vasse...) Ex aequo. 15 deg. Martin..) spontanement. 4 deg. Demi....) Point 5 deg. Uhl.....) d'automatisme. 16 deg. Dew.....) Ex aequo. Aut., 6 deg. Motte...) 17 deg. Monne...) corrige apres 18 deg. Pou.....) avertissement. 7 deg. Gesb....) 8 deg. Bout....) Ex aequo. 19 deg. Delans..) 9 deg. Blasch..) Ebauche 20 deg. Obre....) Ex aequo. 10 deg. Feli....) d'automatisme. 21 deg. Van.....) Automatisme 11 deg. Lac.....) 22 deg. Meri....) persistant malgre 12 deg. And.....) 23 deg. Gouje...) l'avertissement. 24 deg. Hub.....) 25 deg. Die.....)
Quelques remarques maintenant sur ce classement de nos sujets. Je suis tres frappe de voir que les plus jeunes enfants sont presque tous reunis dans le dernier groupe, celui des plus automates, et ce groupe ne compte qu'un seul enfant de la 1re classe. A premiere vue, ce classement differe grandement de celui qu'a donne l'experience sur l'idee directrice; car Poire., l'enfant le plus suggestible pour le jugement, est ici le moins automate, et au contraire Delans, si peu suggestible dans le domaine du jugement, est ici parmi les meilleurs automates. Ce fait nous laisse soupconner que ces deux genres de suggestibilite ne doivent pas etre paralleles comme developpement.
Je dois dire en terminant comment j'interprete cette experience sur les mouvements subconscients de repetition. Je suppose que les enfants qui ont montre le plus d'automatisme sont ceux qui ont fait avec le moins d'exactitude la distinction entre les mouvements passifs de leur main et les mouvements actifs; quand je faisais moi-meme mouvoir le balancier, leur main avait un mouvement passif; lorsqu'ils ont continue seuls le mouvement, ils ont fait un mouvement actif, et s'ils ne se sont pas rendu compte qu'a ce moment-la je cessais d'agir sur le balancier, c'est qu'ils n'ont pas percu que le mouvement de leur main changeait de nature et devenait actif, apres avoir ete passif. Certes, ces deux genres de mouvements doivent presenter des differences caracteristiques, qui se revelent surtout dans les experiences ou le sujet fait un effort d'attention volontaire pour distinguer ces deux mouvements; mais, dans nos experiences sur les eleves, la perception de leur difference ne se fait pas ou se fait d'une maniere incomplete. Pourquoi? Nous n'en savons rien au juste; ces questions de mecanisme sont toujours compliquees; on pourrait supposer que les sensations particulieres qui font la difference des deux mouvements sont plus faibles et plus confuses chez les sujets automates; une autre supposition que je crois plus vraisemblable, est que le sujet automate pour les mouvements n'a point l'habitude de fixer fortement son attention sur ses sensations musculaires. Mais laissons la question en suspens. Toujours est-il que lorsqu'on interroge le sujet sur la maniere dont il s'est comporte et sur la nature des mouvements qu'il vient d'executer, on l'oblige a se rendre compte de ses mouvements; on le determine a fixer son attention sur ces mouvements, et par consequent on trouble les conditions mentales de la precedente experience; le sujet, ainsi aide par l'experimentateur, surveille de plus pres sa main, il doit mieux percevoir les caracteres differentiels du mouvement actif et du mouvement passif, il se laisse moins aller, il veut savoir; bref, ces dispositions differentes contrarient le developpement du mouvement automatique, car un mouvement est d'autant moins automatique, en general, qu'on le surveille avec plus d'attention. C'est ainsi que nous expliquons comment il se fait que la repetition de l'experience, l'exercice, produisent sur nos sujets un effet diametralement oppose a celui que fournissent les recherches d'hypnotisme; plus nous experimentons sur nos enfants d'ecole, moins ils deviennent suggestibles. Nous en avons deja fait la remarque a propos des experiences sur les lignes, et Sidis avait fait une remarque analogue sur des eleves de laboratoire. C'est donc un fait sinon general, du moins frequent, et il est contraire a tout ce qu'on observe dans l'hypnotisme: le sujet hypnotise devient d'autant plus suggestible, on le sait, qu'il a ete suggestionne plus souvent, et c'est ce qui constitue le danger moral de la suggestion hypnotique, qui, au bout de quelque temps, livre le corps et l'ame d'un individu a la volonte d'un autre individu. Il est fort heureux pour nos recherches qu'elles ne presentent point ce caractere si dangereux; en realite, on pourrait dire d'elles qu'elles guerissent de la suggestion, elles rendent nos sujets refractaires, elles leur apprennent a se rendre compte des erreurs qu'ils commettent et les habituent a se controler. Ce sont des experiences qui meritent d'etre qualifiees de pedagogiques, puisqu'elles procurent aux sujets un profit intellectuel.
Mais comment peut-il se faire, demandera-t-on, qu'une tentative de suggestion qui, lorsqu'on fait de l'hypnotisme ou meme sans hypnotisme, produit une augmentation de la suggestibilite, puisse produire entre nos mains un effet justement oppose, une diminution de la suggestibilite? C'est encore une question sur laquelle je ne puis presenter que des opinions probables, mais je ne veux pas eviter de la traiter, car elle est extremement importante; c'est sans doute le noeud de toutes nos recherches. Pour mieux me faire comprendre, je vais faire la comparaison entre notre experience du balancier et l'exercice spirite des tables tournantes; ce sont la, ce me semble, des experiences tout a fait voisines, car l'art de faire tourner les tables consiste dans de petites poussees inconscientes que les doigts des sujets--surtout des sujets appeles mediums,--impriment a la table; or, on sait que les mediums s'entrainent et que l'entrainement produit chez eux une culture intensive de l'automatisme. Pourquoi donc ces mouvements inconscients que l'exercice developpe chez le medium, l'exercice les suspend-il chez nos ecoliers? Je pense que sous cette forme, la question fait d'elle-meme entrevoir la reponse probable. Que pense l'adepte du spiritisme lorsqu'il appuie les doigts sur un gueridon ou lorsqu'il prend en main une plume pour ecrire sous la dictee de l'esprit qu'il invoque? Avant de donner une seance, il doit se preparer de diverses manieres, par exemple par la meditation ou la concentration d'esprit sur differents problemes; de plus et c'est la le point le plus important, son attitude d'esprit n'est point sceptique; il ne cherche point a controler les mouvements de sa main, a se rendre compte de leur nature, a savoir s'il pousse ou ne pousse pas la table, parce qu'il est convaincu que sa main n'est qu'un organe au service d'une force superieure a la sienne. Certes, cette intention de ne pas se controler ne suffirait pas pour faire un medium; il faut encore une disposition forte a l'automatisme et d'autres qualites qui nous echappent, mais je crois et je veux surtout montrer que les theories auxquelles le spirite adhere ne le portent point a etudier de pres les sensations musculaires qui accompagnent les mouvements de sa main. Prenons maintenant un enfant d'ecole, qui a presente, des le premier amorcage, un bel exemple d'automatisme; la suite que l'experience aura pour lui me parait dependre en grande partie de l'explication qu'on lui donne; si nous lui disions--ce que nous n'avons jamais fait, d'ailleurs--que le balancier est un instrument merveilleux, qui se ment tout seul quand on y met la main, et qui par ses oscillations repond a nos interrogations, si nous l'avions convie, en un mot, a interroger le balancier comme on interroge les tables, et si nous l'avions convaincu du caractere sacre de cet exercice--alors, certainement, l'effet aurait ete tout different de celui que nous avons obtenu; l'enfant n'aurait point cherche a se controler, il aurait fixe son attention non pas sur sa main, mais sur les questions a poser et les reponses a recueillir, et son activite automatique se serait developpee au fur et a mesure sans obstacle, parce que toute activite se developpe par l'exercice; des associations d'idees nombreuses se seraient formees et auraient consolide cette activite.
Voila, ce me semble, comment on peut expliquer que dans certains cas l'automatisme grandit et dans d'autres il s'attenue et finit par disparaitre. Notre explication ne pourrait pas convenir a toutes les circonstances, car il y a des observations dans lesquelles l'automatisme s'est developpe chez des personnes n'ayant pas d'idees preconcues ou meme refractaires aux idees spirites: diverses experiences citees plus haut en sont des exemples, celles de Stein par exemple, ou celle de Patrick. Nous avons vu que Stein a cultive son propre automatisme en faisant de vigoureux efforts de distraction pour oublier sa main. L'experimentateur s'est donc mis artificiellement dans des conditions utiles pour la suppression du controle. D'autre part, on a vu des cas ou l'automatisme etait si puissant qu'aucun controle ne pouvait l'arreter et chez les hysteriques, dont la main est insensible et l'attention mobile, le controle est souvent bien difficile. Mais ces remarques, tout en corrigeant notre interpretation, nous paraissent en laisser subsister la plus grande partie, et nous conclurons en admettant que dans nos experiences sur le balancier, si l'automatisme ne se developpe pas, c'est parce que la maniere dont l'experience est presentee aux sujets oriente leur esprit vers le controle de leurs mouvements.
2e _experience_.--Deux jours apres avoir termine la recherche precedente, je concus l'idee d'en faire une autre du meme genre sur les memes enfants. Il me parait extremement important de repeter plusieurs fois une meme recherche sur une serie de sujets, en donnant toutefois aux epreuves un tour ou un dispositif exterieur qui leur imprime un caractere de nouveaute pour les experimentes. L'avantage principal de ces repetitions et variations d'une meme experience est de permettre la verification des resultats; en meme temps on se rend compte si les resultats sont bien probants et ont un certain caractere de constance ou bien s'ils sont variables, s'ils varient d'un jour a l'autre, sous l'influence de petites causes insaisissables; tous les tests nouveaux devraient etre, dans la mesure du possible, soumis a ce genre de controle.
Le premier controle auquel j'ai pense est le suivant: dans l'experience precedente, la main de l'enfant repetait un mouvement tres simple, en faisant osciller un balancier; etait-il exact de supposer que l'aptitude a repeter inconsciemment un mouvement aussi elementaire, etait un signe, une presomption d'une aptitude a repeter des mouvements plus compliques, par exemple les mouvements graphiques, qui sont des mouvements appris? Cette question m'a paru interessante a resoudre. Au moment ou j'ai fait cette seconde recherche, je n'avais pas encore etudie les resultats de la premiere, et mon esprit n'etait pas prevenu que tel sujet serait suggestible aux mouvements et que tel autre ne le serait pas. Pour enregistrer les mouvements graphiques, je mettais simplement une plume dans la main droite du sujet, je le priais de me confier sa main, et de me laisser faire; sa main etait cachee par un ecran; pour occuper son attention, je lui faisais compter les battements d'un metronome, comme dans l'epreuve precedente; l'arrangement materiel etait le meme, et j'ai trouve chez mes sujets une aussi grande docilite que la premiere fois. Ils etaient bien convaincus que le point important de l'experience consistait a compter exactement le nombre des battements.
Une petite difficulte s'est presentee tout de suite; beaucoup d'enfants tenaient mal leur main; en vain, je leur recommandais de prendre l'attitude necessaire pour ecrire, de tenir le porte-plume solidement presse entre les trois doigts, d'appuyer l'extremite de la plume sur le papier; malgre ces recommandations, plusieurs enfants tenaient le porte-plume mollement; il glissait; ou bien la main s'appuyait trop sur le bord cubital; ou encore, la main, les doigts, le poignet se raidissaient; exces de mollesse et exces de raideur avaient a peu pres le meme inconvenient pour moi; je n'arrivais pas a conduire la main d'une maniere satisfaisante, a lui imprimer un mouvement graphique. J'ai vu la combien il etait preferable d'employer un instrument, au lieu du contact direct, pour imprimer a la main un mouvement passif. Il m'a semble que dans certains cas, chez des enfants tres jeunes par exemple, si je n'ai pas reussi a provoquer la repetition de mouvements graphiques, c'est parce que je n'ai pas pu manier leur main comme il l'aurait fallu. Une autre cause d'erreur aussi serieuse, c'est qu'il est parfois delicat de faire la part entre les mouvements qu'on imprime soi-meme a la main du sujet et les mouvements que cette main execute spontanement; pour eviter la difficulte, il faudrait quitter la main du sujet; mais cette sensation de suppression de contact peut eveiller son attention et troubler l'experience.
A tous nous avons fait ecrire des series d'e, ayant en general comme dimension 1cm,5 de hauteur; nous ecrivons chaque lettre en rythmant notre mouvement sur les battements du metronome.
Les eleves peuvent etre repartis en 4 groupes.
Dans le 1er groupe, les eleves n'ont repete aucun mouvement; ce sont les eleves Feli., Blasch., Uhl., Mott., Vase., Gesbe., Pet., Poire., Die.
Dans le 2e groupe, ils ont trace seulement une lettre ou une portion de lettre: eleves Bien., Van., Lac., Mousse., Mi.
Dans le 3e groupe, ils ont trace une courte serie de lettres. Eleves Sag., Bout., Pou., Dew.
Dans le 4e groupe, ils ont trace une serie indefinie de lettres. Obre., Delan., Gouje., Hub.
Dans le 1er groupe se rencontre un sujet tout jeune, Die., dont l'insucces tient peut-etre a ce que je n'ai pas pu me rendre maitre de sa main. Il en est de meme pour Van., qui est au 2e groupe; c'est l'attitude incoherente de sa main qui m'a empeche d'etudier son automatisme.
Je donne une figure reproduisant les lignes tracees par Saga., les premieres lettres sont conduites par moi; a partir de la croix, je reste en contact avec sa main sans le guider, et il continue le mouvement en le deformant un peu; quand j'abandonne sa main, celle-ci s'arrete.
Chez Hub., le phenomene prend plus de developpement (fig. 29), je conduis d'abord sa main, puis je reste en contact et cesse de la conduire; (en 1) le mouvement se continue regulierement. Enfin, je supprime le contact (en 2), mais cela ne trouble nullement le mouvement de l'ecriture.
Chez Delans., grand garcon de 14 ans, dont la resistance a la suggestion des lignes etait des plus remarquables, l'automatisme des mouvements de la main ne se manifeste qu'apres un assez long amorcage; ce sujet deforme completement le mouvement. Voici une serie de boucles qu'il a faites spontanement, je ne tenais plus sa main (fig. 30). Quand il a termine, je lui demande des renseignements sur les mouvements qu'il a executes; je lui demande notamment s'il a resiste a mon mouvement ou s'il a cede; il me repond aussitot: il y a des moments ou vous m'avez lache.--_Demande_. "Alors pourquoi avez-vous continue le mouvement, quand je vous ai lache?"--_Reponse_ (apres un moment d'embarras.) "C'etait pour pouvoir mieux compter les bruits du metronome." Cette justification apres coup est a rapprocher de celles que d'autres eleves ont trouvees pour expliquer comment ils ont marque des lignes trop longues, dans l'experience sur l'idee directrice.