La Suggestibilité

Chapter 31

Chapter 313,936 wordsPublic domain

Dans ce groupe, les eleves se sont beaucoup imites; les reponses par imitation ont toujours ete plus nombreuses que les reponses par invention. Il n'y a pas eu, semble-t-il, un _leader_, ayant le plus souvent occupe le premier rang, ayant ete suggestif plus souvent qu'imitateur. Celui qui a donne le plus de reponses justes et originales est Pet.; mais il a, lui aussi, fortement subi l'imitation des autres. Ce qui est frappant, c'est le role efface tenu par Poire. Il a pour ainsi dire toujours repondu le dernier, et il ne prenait la parole que pour repeter ce qu'avait dit le precedent camarade. Une seule fois, il a fait une reponse originale, et ce fut une erreur; les autres variaient quelque peu sur la couleur des 3 timbres; on avait dit: grenat, vert, _gris fonce_; on avait dit aussi: grenat, vert, _bleu fonce_. Les 2 reponses etaient justes, car un des timbres a une nuance qu'on peut appeler grise ou bleue. Poire cherchant a innover, a dit: grenat, vert, _jaune fonce;_ c'est la seule fois qu'il s'est distingue par une opinion personnelle: or, il n'y avait pas de timbre jaune fonce. Cette nouvelle epreuve confirme donc ce que nous savions deja de cet eleve.

Ainsi, dans ce groupe, il y a 4 eleves egaux, et 1 automate.

_2e groupe_.--Il est forme par des eleves de la 1re et de 2e classe. 3 eleves de la 1re classe: Monne, eleve moyen, qui ne presente rien de particulier; Delanse, eleve assez age (14 ans passes), figure d'adulte, peu suggestible; et enfin Bout., plus jeune, un de nos 3 types de suggestibilite complete. Les 2 eleves de la 2e classe sont Blasch, et Sag., 2 enfants tres intelligents, tres travailleurs, qui tiennent la tete de la 2e classe, et qui sont en rivalite continuelle; cette rivalite est si serieuse qu'elle a gagne les familles des 2 eleves et les a rendues hostiles l'une a l'autre. A premiere vue, il etait difficile de prevoir les resultats de ce groupement; je supposais seulement que Delanse, a cause de son age et de son peu de suggestibilite, menerait le mouvement, et que Bout. se conduirait en parfait automate, un peu comme l'avait fait Poire.

Les roles des eleves ont ete bien distincts. Deux d'entre eux ont ete des leaders, Delanse et Blasch. Ce dernier, beaucoup plus prompt, presque constamment premier, a donne un bon nombre de bonnes reponses; Delanse, un peu moins vif, arrivait le plus souvent second; parfois il repetait la reponse de Blas., mais souvent aussi il trouvait une reponse originale, et sans etre exact au meme degre que Blasch, il l'a ete plusieurs fois. Il arrive donc bien, a tous egards, le second. Les trois autres ont ete les moutons du groupe; ils ont repete docilement, Saga plus lentement encore que Monne et Bout, et lorsque l'un d'eux a fait une reponse originale, ce qui etait bien rare, elle etait erronee. Ces resultats sont conformes a nos previsions pour Bout., mais nous n'attendions pas tant d'automatisme de la part de Monne et de Saga.

Ce second groupe differe donc totalement du premier. Nous trouvons 3 automates et 2 leaders, qui ont ete en rivalite, chacun d'eux imitant peu son concurrent.

3e _groupe_.--Il se compose de 5 eleves de la 2e classe; parmi ces 5, il en est 3 qui sont plus ages, plus adultes que les autres, ce sont Lac., Bien, et Feli.; Lac, nous l'avons dit, est fort peu suggestible. Les 2 autres eleves, Motte et Martin, sont plus jeunes, plus enfants; ils ne presentent rien de marque comme suggestibilite. A premiere vue, nous pouvions supposer que Lac, esprit mur et pondere, menerait le groupe.

Dans ce groupe, nous ne trouvons pas de veritable leader, mais 2 categories d'eleves; l'une est formee des trois plus ages, Lac, Bien, et Feli., qui ont tantot ete suggestionneurs, tantot imitateurs, et sont a peu pres sur un pied d'egalite; les 2 eleves plus jeunes, Martin et Motte, ont ete des imitateurs automates.

4e _groupe_.--Compose d'eleves plus jeunes que le precedent. Il y a 3 eleves de 3e classe, Uhl, And., Meri. et 1 eleve de 4e classe, Vand. Nous savons que parmi ces eleves, il existe un parfait automate, And.; les autres n'offrent rien de particulier.

En fait, And., comme nous le supposions, a ete tres automatique; c'est le plus lent de tous, et il se borne presque toujours a repeter ce que d'autres ont dit. Les 3 autres ont un role assez actif; 2 sont particulierement prompts a repondre, et ce sont ceux qui sont les plus suggestionneurs, Vand et Meri.; mais, chose curieuse, ils repondent presque toujours faussement. Vand n'a pas meme donne une seule reponse juste. Ce sont donc des leaders, mais de mauvais leaders. Uhl, qui est un peu plus lent qu'eux, qui est moins initiateur et plus imitateur, donne un plus grand nombre de bonnes reponses.

Ainsi, nous avons 1 automate, 2 mauvais leaders, et 1 eleve plus exact, mais moins en avant et moins ecoute, c'est un independant.

5e _groupe_.--C'est le rendez-vous des eleves les plus petits. Tous, sauf un seul, qui est president, Mien, et qui est de la 3e classe, tous appartiennent a la 4e classe. Ce qui caracterise ce groupe, c'est que les imitations ont ete tres nombreuses. Il y a 2 sujets qui sont de parfaits automates, Tix et Hub, les 3 autres ont eu un peu plus d'initiative. Les 2 leaders sont Mien et Diem; ce dernier, quoique donnant des reponses moins exactes que Mien, a eu un role plus en saillie, c'est surtout lui qui a entraine l'imitation des autres.

On voit que cette etude analytique confirme completement les conclusions de l'etude synthetique que nous avons presentee plus haut, et nous pouvons reproduire ces conclusions et dire que le groupement des eleves produit: 1 deg. une division de fonctions, les uns deviennent des meneurs, les autres des menes; 2 deg. une augmentation de suggestibilite; 3 deg. une forte tendance a l'imitation.

CHAPITRE VIII

LES MOUVEMENTS SUBCONSCIENTS

J'ai explique longuement, dans la premiere partie de cet ouvrage, que les faits si curieux et si etonnants du spiritisme sont en germe dans une petite experience, bien simple a executer, celle de la repetition inconsciente d'un mouvement imprime a la main, et que cette petite experience de nature fort inoffensive peut nous renseigner sur les aptitudes d'une personne a l'automatisme des mouvements. Il n'est donc pas necessaire d'autre preambule, et je vais rapporter de suite les experiences que j'ai faites.

Ces experiences consistent dans la provocation des mouvements inconscients ou subconscients de repetition. Je les ai faites a trois reprises sur les memes sujets, en leur donnant chaque fois une forme differente.

1re _Experience_.--Cette premiere experience a ete la plus longue. Elle a pris deux apres-midi entieres, composees chacune de deux heures et demie de travail. Pendant ce temps, j'ai pu experimenter sur 25 enfants; chacun a ete examine isolement dans le cabinet du directeur.

Pour enregistrer les mouvements subconscients, je desirais avoir un appareil tres simple sur lequel le sujet poserait sa main, et mon but etait de communiquer a la main du sujet, par l'intermediaire de cet appareil, un mouvement tres simple, tres regulier, par exemple un mouvement d'oscillation, afin de rechercher si la main continuerait d'elle-meme ce mouvement quand je cesserais de le produire. Je me suis servi, en le modifiant tres peu, d'un petit balancier de Wundt qui se compose essentiellement d'une tige metallique horizontale fixee a la partie superieure d'une colonnette et pouvant tourner autour de son point fixe; cette tige est terminee a une de ses extremites par une lourde masse de metal, en forme de marteau _(a)_ qui vient frapper, toutes les fois qu'elle s'abaisse, une enclume _(b)_ situee en dessous et a l'autre extremite est fixe un ressort a boudin _(c)_ qui relie la tige a la plateforme sur laquelle la colonnette est montee. La figure nous dispense d'une plus longue description de cet appareil.

Le petit appareil que je viens de decrire est place sur une table, a cote d'un metronome; un grand ecran qui a la longueur de la table est fixe entre les deux instruments, et divise la table en deux compartiments, dont l'un, celui de gauche, contient le metronome, et l'autre, celui de droite, contient le balancier avec le marteau tourne vers la gauche; lorsqu'un eleve entre a son tour dans le cabinet du directeur, nous le faisons asseoir a la table; sa chaise est placee un peu a gauche de l'ecran, par consequent, il se trouve juste assis devant le metronome; mais en penchant la tete vers la droite, il peut voir le balancier. Notre premier soin est de presenter a l'eleve le balancier; nous lui disons que c'est un instrument qui ne peut faire aucun mal, et qui ressemble a une balance; ensuite, lorsque l'enfant a bien regarde l'instrument et s'est a peu pres rendu compte de sa forme generale--ce qui est necessaire pour eviter toute apprehension[65]--on lui indique comment va se faire l'experience; l'enfant doit tenir entre le pouce, l'index et le medius de sa main droite la masse en forme de marteau qui termine le balancier, et serrer fortement cette masse entre ses trois doigts; il doit, en outre, faire "la main morte", c'est-a-dire laisser aller sa main, et ceder au mouvement d'oscillation que j'imprime a l'instrument en mettant moi-meme le doigt sur l'autre extremite du levier. Je fais alors, devant l'enfant, la repetition du mouvement que je dois executer pendant l'experience; je souleve 5 ou 6 fois de suite un des bras de levier, celui qui se termine par un ressort a boudin; chaque fois, apres l'avoir souleve, je l'abaisse, et j'execute ce mouvement tres regulierement; il est facile de comprendre que lorsque le bras de levier de droite est souleve, l'autre bras de levier s'abaisse et le marteau qui le termine frappe l'enclume en faisant entendre un bruit sec; ce bruit sec se fait donc entendre a chaque oscillation double du levier. L'enfant, apres avoir vu et compris ce mouvement tres simple, est invite a saisir entre ses doigts le marteau, et je recommence sous ses yeux a manoeuvrer le balancier. Le plus souvent, je ressens une resistance: l'enfant ne se contente pas de serrer le marteau entre ses doigts, mais il s'oppose plus ou moins energiquement au mouvement de bascule du marteau. Je le lui fais remarquer: "Vous resistez a mon mouvement, dois-je lui dire, et il ne le faut pas; vous devez vous contenter de serrer le marteau, et laisser votre main monter et descendre, quand j'appuie sur l'autre extremite du levier." Il faut souvent de longues explications pour faire comprendre a l'enfant ce qu'on desire de lui; mais je suis arrive a me faire comprendre de tous. J'ai ensuite, quand j'ai obtenu ce que je voulais, le soin d'insister sur la prescription suivante: l'enfant ne doit ni s'opposer a mon mouvement, ni le faciliter; il doit se laisser aller, sans s'occuper de sa main; il doit rester completement passif. Je multiplie les commentaires de ce genre, afin d'etre certain que j'ai ete bien compris. Ces explications terminees, j'attire l'attention de l'enfant sur le metronome qui occupe la case de droite; je lui explique que cet instrument marque la mesure pour les musiciens, je mets la tige du metronome en mouvement, et je dis a l'enfant qu'il doit concentrer son attention sur le metronome, suivre des yeux le mouvement du metronome et compter a voix basse ses battements, car lorsque l'experience sera terminee, il devra me donner le compte exact des battements, et je pourrai voir alors s'il s'est trompe ou non. En realite, je ne compte jamais le nombre des battements, et mon controle est illusoire; il suffit, du reste, que l'enfant s'imagine que ce controle va avoir lieu pour qu'il fasse grande attention au metronome[66]. Les explications sont maintenant terminees et l'experience peut commencer. L'enfant saisit avec ses doigts de la main droite le marteau du balancier, et attend; le coude droit est appuye sur la table; je mets d'abord en mouvement le metronome, et l'enfant le regarde attentivement, et commence a compter a voix basse. Dans tous les cas, sauf une ou deux exceptions, le sujet garde les yeux fixes sur le metronome, et ne detourne pas la tete pour regarder sa main droite; comme je lui ai explique le mouvement qui va etre imprime a sa main, comme d'autre part, il a deja l'experience de ce mouvement, il ne se produit rien de nouveau et d'insolite qui puisse attirer son attention sur sa main droite; en tout cas, quel que soit le motif, j'insiste pour affirmer que l'orientation du corps et de l'attitude de l'enfant a toujours ete tres correcte; une ou deux fois, il est arrive a un enfant de regarder sa main droite; mais ce mouvement tres rare a cesse des la premiere remarque que j'en ai faite.

[Note 65: Il est tres important, je crois, lorsqu'on apporte dans une ecole un appareil, de bien en expliquer l'usage et le fonctionnement aux maitres et aux eleves; ces derniers, surtout quand ce sont de jeunes Enfants, peuvent avoir peur de l'instrument, s'imaginer une foule de choses, et faire le soir a leurs parents des recits fantastiques sur les experiences auxquelles on les a soumis. Dans une ecole primaire elementaire, j'adaptai un jour un plethysmographe en caoutchouc a la main d'un enfant; l'instrument se compose simplement d'un cylindre de caoutchouc, entoure d'une peau de gant; il est donc entierement inoffensif; le soir de cette experience, l'enfant se trouva malade, et la mere vint se plaindre au Directeur de l'Ecole qu'on avait rendu son enfant malade avec de _l'electricite_.]

[Note 66: Le controle des battements du metronome se trouve realise Maintenant dans un nouveau modele de metronome que je viens de faire Construire pour des experiences de mesure sur l'attention volontaire.]

Les mouvements que j'imprime au balancier sont synchrones a ceux du metronome, celui-ci bat la seconde; a chaque battement du metronome, je fais coincider un mouvement simple du balancier, de sorte que le balancier fait entendre son bruit sec de marteau frappant l'enclume a chaque battement pair du metronome. L'avantage de ce dispositif m'a paru double: en demandant a l'eleve de compter les battements du metronome, j'obtiens une fixation assez reguliere de l'attention; en outre, en rythmant les mouvements du balancier sur ceux du metronome, je facilite les mouvements inconscients du sujet, car je suppose que ces mouvements subconscients doivent etre aides par le rythme sur lequel le sujet fixe son attention.

Pour provoquer les mouvements subconscients, je fais d'abord des mouvements d'oscillation du balancier, en suivant les battements du metronome; ensuite, j'abandonne le balancier a lui-meme, en faisant les derniers mouvements avec un peu moins de force, afin de ne pas eveiller l'attention du sujet par un trop grand contraste entre mes mouvements et mon immobilite; j'attends un moment pour voir si le sujet repetera le mouvement, alors que ma main est retiree; mais, par precaution, je ne retire pas ma main tres loin de l'instrument, car je ne veux pas donner l'eveil au sujet, et lui laisser croire que ma main abandonne l'instrument: il pourrait en resulter une suggestion pour lui, et cette suggestion pourrait etre provoquee non seulement par la vue de ma main s'eloignant, mais encore par le bruit que ferait ma manche pendant que j'execute ce mouvement. Je crois donc preferable de laisser ma main presque en contact avec l'extremite de droite du balancier, mais je cesse de manoeuvrer cette extremite.

Deja pendant ces mouvements preliminaires, que j'appellerai des _mouvements d'amorcage_, on a quelquefois la perception tres nette que l'enfant collabore au mouvement, et qu'il le facilite; mais on peut eprouver soi-meme des illusions; et pour couper court a tous les doutes, il est necessaire de cesser completement de mouvoir le balancier[67].

[Note 67: Je dois prevoir une objection: on pourrait supposer que lorsque ma main abandonne le balancier apres l'avoir mis en mouvement, les mouvements subsequents peuvent tenir en partie a l'inertie de l'instrument, et non a l'automatisme du sujet; cette interpretation ne serait pas exacte; car les oscillations de l'instrument qui sont dues a son inertie ne peuvent pas se confondre avec celles que j'imprime ou que la main du sujet continue. Si on souleve une des extremites du balancier, quand personne autre ne le tient, et qu'on l'abandonne brusquement, on provoque une dizaine d'oscillations d'inertie qui sont tres rapides (10 oscillations doubles en 4 secondes pour l'instrument dont je me sers), or, comme les oscillations communiquees par moi et repetees par le sujet durent chacune deux secondes, on voit que les oscillations d'inertie sont 5 fois plus rapides et ne peuvent donner lieu a aucune confusion.]

J'ai regle avec autant de soin que possible le nombre des mouvements d'amorcage; je fais d'ordinaire 10 mouvements doubles; j'attends ensuite deux a trois secondes pour voir si les mouvements de repetition se produisent; s'ils se produisent, je les laisse se manifester jusqu'a ce qu'ils s'arretent spontanement; s'ils ne se produisent pas, je fais un nouvel amorcage de 10 mouvements doubles, et ainsi de suite. En general, je fais 6 series d'amorcages; si le sujet ne parait pas dispose a continuer de lui-meme les mouvements, si ces 6 series ne donnent point de resultat appreciable, je suspends cette premiere partie de l'experience, et je la considere comme ayant donne un resultat negatif.

Il est bien entendu qu'un examen aussi court, qui dure de cinq a dix minutes, est insuffisant pour determiner avec precision les aptitudes automatiques d'un sujet donne; nous nous contentons de comparer chaque sujet aux autres, et nous admettons que du moment qu'un sujet A n'a pas pu etre entraine a l'automatisme pendant notre epreuve, il est moins automate qu'un sujet B, qui pendant le meme laps de temps a montre des mouvements tres nets de repetition inconsciente; encore faut-il ajouter que c'est la une presomption, bien plus qu'un fait demontre; car il n'est pas absolument certain que le degre d'automatisme soit constamment en relation avec le degre d'amorcage necessaire pour provoquer cet automatisme.

Le classement des sujets, d'apres les resultats qu'ils ont donnes, me parait se faire tres naturellement en 3 groupes: le premier groupe est celui des resultats entierement negatifs; il comprend 6 eleves. Nous rangeons parmi eux tous les eleves dont la main n'a presente aucun mouvement appreciable de repetition, aucune ebauche de mouvement, si petite soit-elle; il est bien entendu que nous nous contentons de notre observation visuelle pour attester ce fait negatif, cette absence de mouvement; or, l'observation ne permet pas de nier la production de mouvements tres petits, a peine sensibles; il faudrait pour avoir le droit de nier ces mouvements, les soumettre a un enregistrement avec des appareils capables d'amplifier les mouvements, ou tout au moins de les inscrire. Nous devons nous contenter, pour le moment, d'affirmer, chez nos 6 sujets l'absence de mouvements appreciables a la vue.

Le second groupe se distingue a peine du premier; j'y place des eleves qui font a eux tout seuls a peine une oscillation ou une demi-oscillation du balancier, et ceux qui vont jusqu'a faire 2 ou 3 oscillations completes, une fois par hasard. Ainsi Feli. est un bon exemple de ce groupe; quand on lui a fait faire 15 a 20 mouvements, sa main abandonnee a elle-meme fait une seule oscillation; si on a laisse l'instrument au moment ou le marteau etait en haut, sa main fait un mouvement d'abaissement du marteau, puis elle s'immobilise; si on a termine par un abaissement du marteau, sa main fait un soulevement du marteau, et elle s'immobilise en l'air.

Chez Lac., le mouvement induit se prolonge un peu plus; il en a esquisse une fois 2, une autre fois il en a meme fait 4. Chez d'autres, on observe une preference pour un seul genre de mouvements; ainsi, ils ne savent que soulever le marteau, ou bien ils ne savent que l'abaisser; on peut alors les amener a faire une serie isolee de mouvements subconscients; il suffit par exemple de soulever le marteau pour qu'ils l'abaissent, et ils continueront ainsi a l'abaisser 7 ou 8 fois de suite. C'est la preuve qu'ils ont des aptitudes automatiques, mais celles-ci sont encore mal developpees.

Notre troisieme groupe contient les eleves qui presentent un developpement complet de l'automatisme; ces eleves sont au nombre de 14; par consequent ce groupe est le plus important, il est meme plus important que les 2 premiers groupes reunis. Ici, une remarque preliminaire est necessaire. Les resultats de cette experience sont distribues tout autrement que ceux des experiences de suggestion portant sur les sensations et sur les jugements. Rappelons-nous ce qu'a produit l'influence de l'idee directrice; nous avons pu donner a nos eleves des coefficients de suggestibilite variant de 100 a 600; ici, nous n'avons point cette serie bien ordonnee de resultats; on pourrait presque dire, en exagerant un peu la verite, que pour l'automatisme des mouvements, c'est tout ou rien; si on cherche a evaluer l'automatisme moteur par le nombre de mouvements induits, on aura, comme nombre moyen pour les eleves du 1er groupe, le nombre 0; pour les eleves du 2e groupe, la moyenne oscillera entre 0,5 et 1; enfin, en ce qui concerne le 3e groupe, la moyenne sera par exemple de 20 ou 30. Il y a donc un abime entre les resultats du second groupe et ceux du troisieme. Ce fait depend probablement de ce que le nombre de mouvements automatiques ne peut pas donner une mesure exacte de l'automatisme. Lorsqu'un sujet commence a faire une serie de mouvements de repetition, il y a des chances pour que cette serie se prolonge tres longtemps, si quelque hasard ne vient l'interrompre, et il y a beaucoup de cas ou nous avons du nous-meme mettre fin a l'experience, pour qu'elle ne se prolongeat pas outre mesure; il etait d'un interet mediocre de constater si un sujet qui en etait par exemple a son 40e mouvement de repetition irait ou non a son 100e mouvement.

Nous pouvons presenter cette particularite sous une autre forme; comparons l'experience dont nous parlons en ce moment avec celle de l'idee directrice; toutes deux ont ce trait commun de faire echapper un certain automatisme au controle du sens critique; dans un cas, c'est un automatisme de perceptions et de jugement, dans l'autre cas, c'est un automatisme de mouvements. Il resulte des observations que nous avons faites que l'automatisme des perceptions et des jugements se produit, plus ou moins, chez tous les sujets, et a des degres variables d'un sujet a l'autre: l'automatisme moteur, au contraire, tel qu'il nous est revele par l'experience actuelle, parait ne pas exister du tout chez plusieurs des sujets; et il parait, en outre, quand il se realise, prendre de telles proportions qu'il efface presque les differences individuelles. Voila ce qui ressort de la comparaison des deux genres d'experiences; il faudra rechercher maintenant si des differences aussi nettes, aussi saisissantes, proviennent de la nature meme de l'automatisme, ou si elles tiennent aux conditions des experiences.

Les mouvements automatiques que nous reussissons a produire presentent un certain nombre de caracteres interessants; le premier est leur inconstance. Il n'est pas rare qu'un sujet qui, a un premier amorcage, ne montre aucun automatisme, en montre un extremement developpe apres le second amorcage, et que cet automatisme disparaisse ensuite pour ne jamais revenir. Quelquefois, a la reprise des battements du metronome, un sujet fait spontanement des mouvements automatiques, sans qu'on l'amorce de nouveau, alors qu'au precedent amorcage il n'avait manifeste aucun mouvement de repetition. Ces irregularites peuvent sembler deconcertantes, mais il n'est pas impossible d'en trouver l'explication, nous reviendrons sur ce point dans un instant.