La Suggestibilité

Chapter 21

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Aucune etude n'a encore ete faite jusqu'ici--aucune etude methodique, j'entends--sur ces assises, psycho-physiologiques de l'autorite morale; et je ne suis pas en mesure de combler cette regrettable lacune. J'ai dirige mes recherches vers un point un peu different; je me suis attache a l'etude de l'influence suggestive de la parole. C'est par la parole, le plus souvent, que la suggestion morale s'exerce; j'ai donc voulu rechercher quelle est la puissance de suggestion des mots qu'on prononce--la personne qui les prononce restant autant que possible la meme. Le dictionnaire et la syntaxe sont ainsi mis a contribution par notre experimentation, et je suis loin d'avoir entierement explore mon domaine. Pendant que je faisais ce travail, j'ai presque constamment adopte le point de vue du juge d'instruction; et j'ai recherche ce que le procede d'interrogatoire judiciaire renferme de possibilites de suggestions et d'erreurs.

La question se divise en plusieurs parties selon la maniere dont on comprend un interrogatoire, et je ne doute pas qu'en pratique, et, de la meilleure foi du monde, les juges emploient telles ou telles varietes d'interrogatoire, sans se rendre compte des differences qu'elles presentent au point de vue des garanties de sincerite et d'exactitude. Je distingue donc 4 varietes principales:

1 deg. Le juge laisse a la personne qu'il interroge--supposons que ce soit un temoin--sa spontaneite complete; le temoin ne repond point a des questions, il depose d'abondance.

2 deg. Le juge pose des questions, il fait des questions precises, il montre de l'insistance, il force le temoin a repondre, sans du reste le suggestionner dans un sens ou dans l'autre. C'est un _forcage_ de memoire.

3 deg. Le juge exerce sur le temoin, par la nature des questions qu'il emploie, une suggestion douce.

4 deg. Le juge fait de la suggestion a outrance.

L'ordre logique voudrait que nous commencions par la 1re forme d'interrogatoire; mais en fait, j'ai commence mes experiences par la 2me, pour cette raison bien simple qu'on ne fait pas de semblables classifications au debut des recherches.

Je commencerai donc par exposer les resultats que j'ai obtenus par la forcage de la memoire.

EXERCICE DE MEMOIRE FORCEE

Supposons un juge d'instruction qui, seul en tete a tete avec un enfant, l'interroge: cet enfant a ete le temoin d'un fait grave, dont la constatation sans erreur presente une grande importance pour la justice; le juge interroge l'enfant avec douceur, avec patience, sachant combien la moindre suggestion peut avoir d'influence sur l'esprit docile d'un enfant, il pese ses moindres paroles avant de les prononcer, et il pousse meme la prudence jusqu'a cacher a l'enfant sa conviction personnelle, afin de ne pas dicter, malgre lui, la reponse qui lui parait veridique; mais, malgre cette prudence, il est oblige d'insister, et de revenir plusieurs fois a la charge, pour obtenir de l'enfant les reponses qui ne viennent pas de suite; il ne peut se contenter du silence de son petit temoin; il veut le faire parler, soit dans un sens, soit dans un autre; il est impartial, je le repete, mais tres impartialement il pose des alternatives a l'enfant: "Avez-vous vu ceci ou cela, lui demandera-t-il, precisez, les choses se sont-elles passees de cette maniere-ci, ou de cette maniere-la?" Je crois bien ne pas m'avancer beaucoup en admettant que l'interrogatoire des enfants qu'on est oblige de citer en justice comme temoins se produit le plus souvent d'apres ce procede[51]. Un juge d'instruction ne peut considerer ce procede comme incorrect, puisqu'il a la conscience de n'avoir rien suggestionne de precis a l'enfant, et qu'il a laisse celui-ci libre de choisir entre les differentes alternatives qu'on lui presente. Mais si ce n'est pas de la suggestion qu'on a fait sur cet enfant, on a exerce sur lui une influence qui n'en est pas moins dangereuse, comme je vais le montrer dans un instant, car on a _force_ sa memoire; en mettant l'enfant en demeure de preciser des souvenirs qui sont vagues et incertains, on l'oblige a commettre, sans qu'il le sache--et par consequent avec une entiere bonne foi--des erreurs de memoire qui ont une grande gravite.

[Note 51: Il ne doit pas etre rare non plus qu'un juge d'instruction Suggestionne directement l'enfant qu'il interroge. Bernheim a ecrit quelques pages instructives sur cette suggestion judiciaire des enfants: il a montre comment on peut, de la meilleure foi du monde, faire entrer peu a peu dans l'esprit d'un enfant l'image hallucinatoire d'un crime dont le juge admet la realite, et auquel il s'imagine que l'enfant a assiste. De _la suggestion_, Paris, Doin, 1886, p. 186 et seq.]

Ces reflexions me sont inspirees par les resultats de l'experience que j'ai imaginee sur les erreurs de memoire chez les enfants; les resultats de cette experience ont, de beaucoup, depasse toutes mes previsions, et elles ont etonne le Directeur d'ecole qui m'assistait et qui a collabore a mes recherches. Je n'ai aucune crainte que les enfants aient cherche a nous tromper; ils ont trop de respect de leur Directeur pour s'y risquer, et du reste, l'etonnement qu'ils ont tous eprouve, l'experience terminee, lorsqu'on leur a fait toucher du doigt leur erreur, etait manifestement sincere.

L'epreuve a ete faite individuellement, sur chaque enfant isole, dans le cabinet du Directeur.

Je commencais par dresser a l'enfant les explications suivantes: "Mon ami, nous allons faire ensemble une experience, pour savoir si vous avez une bonne memoire, une memoire meilleure que celle de vos camarades; je vais vous montrer un carton, qui est la, cache derriere cet ecran; sur ce carton sont fixes des objets. Je vais mettre le carton sous vos yeux, vous regarderez les objets avec soin pendant dix secondes; dix secondes, remarquez-le bien, c'est un temps tres court, ce n'est pas une minute; une minute contient soixante secondes; dix secondes sont tres vite passees; il faudra donc ne pas perdre ce temps precieux, et le mettre a profit pour regarder tres vivement et tres attentivement les objets du carton; car des que les dix secondes seront ecoulees, je vous enleve le carton, et alors je vous poserai une foule de questions sur ce que vous aurez vu; je vous poserai plus de 30 questions, sur beaucoup de petits details, et il faudra me repondre exactement; est-ce compris?" Cette explication a presque toujours eu pour effet d'exciter la curiosite et le zele d l'enfant. Je lui repete encore une ou deux fois: "faites bien attention", puis je prends d'une main le carton, je le pose sous les yeux de l'enfant, devant lui, sur la table; a ce moment je fais partir de l'autre main une 7montre a secondes, puis j'attends douze secondes. L'enfant penche sur le carton, le devore des yeux, promene son regard d'un objet a l'autre, sans rien dire; aucun ne prononce de parole a haute voix, ni ne touche l'objet avec ses mains. Les douze secondes etant ecoulees, je cache le carton derriere l'ecran, et je prends une plume, je demande a l'enfant quels sont les objets qu'il a vus et dont il se souvient. Dans tout ce qui suit, c'est moi qui tiens la plume; j'adresse des questions a l'enfant, il me repond oralement, et j'ecris ses reponses. Cet interrogatoire est assez long. A cause de la necessite d'ecrire les reponses, je parle lentement; le plus souvent j'ecris tout en parlant. L'interrogatoire dure pour chaque enfant de dix a vingt minutes, car il y a beaucoup de questions a poser, et, en outre, certains enfants sont tres lents a trouver leurs reponses, il faut repeter chaque question un grand nombre de fois avant qu'ils se decident a sortir de leur mutisme, et on leur arrache certains details par monosyllabes; d'autres au contraire donnent spontanement les details qu'on doit leur demander et l'interrogatoire va beaucoup plus vite.

Quand l'experience est terminee et que toutes les reponses sont ecrites, je montre de nouveau le carton a l'enfant, pour qu'il puisse reconnaitre les erreurs qu'il a commises; tous les enfants sont tres curieux de revoir le carton. En leur permettant de prendre connaissance de leurs erreurs, je me prive de recommencer une experience analogue sur ces memes eleves, mais je leur rends service, et d'autre part je me mets d'accord avec eux sur les erreurs qu'ils ont commises. En effet, il aurait pu arriver qu'un enfant n'eut pas fait d'erreur de memoire sur un objet, mais eut mal explique sa pensee; en lui montrant l'objet en litige, il est facile de s'entendre. Du reste, ce cas, que je craignais pour des raisons theoriques, ne s'est jamais presente.

Les erreurs une fois reconnues, l'experience est terminee, l'enfant quitte le cabinet du Directeur; toujours le Directeur lui recommande expressement de ne pas raconter a ses camarades les objets qu'il a vus sur le carton. Cette recommandation est faite sur le ton le plus serieux, et le Directeur s'est charge de savoir, par une enquete discrete, si les prescriptions avaient ete suivies. Les experiences ont ete faites en trois apres-midi successives; dans la premiere, on a termine avec les enfants de la 1re classe; dans la seconde, on a termine avec les enfants de la 2e classe; et enfin, dans la troisieme, avec les enfants de la 3e et de la 4e classe. Pour empecher des indiscretions, nous avons donc pris toutes les mesures qu'il nous etait possible de prendre, et nous sommes persuades que les enfants, craignant une punition du Directeur, n'ont rien dit a leurs camarades.

Le carton sur lequel les objets[52] sont fixes est jaune fonce; il est de forme carree, il a 22 centimetres de longueur sur 15,5 centimetres de hauteur. Les objets colles sont au nombre de six: un sou, une etiquette, un bouton, un portrait d'homme, une gravure representant des individus qui se pressent devant une grille entr'ouverte, et un timbre francais neuf, de 2 centimes. Nous donnons, dans notre figure 15, une photographie d'ensemble du carton et des objets qu'il porte; c'est une reduction de la realite, comme on peut le voir par la grandeur du sou. Nous donnons en outre une photographie speciale et grandeur naturelle de chacun des 6 objets. Il est peut-etre necessaire que nous decrivions en detail chacun des 6 objets; nous nous bornerons a l'essentiel, renvoyant pour le reste aux figures. S'il fallait decrire _completement_ un de ces objets, nous aurions besoin de plusieurs pages pour chacun, et encore ne serions-nous pas complet.

[Note 52: Si nous nous etions propose une experience de psychologie Generale sur les erreurs d'imagination, nous n'aurions pas employe des Objets concrets et compliques, mais des lignes, des teintes, des figures Geometriques, en un mot des elements aussi simples que possible. Mais Notre but etait surtout de provoquer une grande abondance d'erreurs D'imagination, et nous avons pense que les objets usuels, grace aux Associations complexes qu'ils eveillent, seraient plus suggestifs que des elements simples. Il faudrait aussi, si on reprenait cette experience, calculer le temps d'exposition pour chaque objet, rechercher si la suggestion varie avec la duree du temps d'exposition, si elle est plus efficace quand elle est donnee apres que lorsqu'elle est donnee avant la perception de l'objet, etc.]

_Le sou_.--Il est colle sur le carton; on apercoit la face, a l'effigie de Napoleon III, non couronne; le sou est vieux, sale comme tous les vieux sous; il presente une deterioration en bas et un peu a droite, sur son contour exterieur; c'est une surface de quelques millimetres qui est lisse, depourvue de dessins, comme si elle avait ete frappee d'un coup de marteau.

_L'etiquette.--_ C'est une etiquette des magasins du Bon Marche. Elle est collee au carton; elle est traversee par une epingle, dans le sens de bas en haut; elle est verte; elle est double. Les autres details, forme et inscriptions, se voient sur la figure.

_Bouton_.--Colle au carton. Il est de forme circulaire, avec un rebord en relief; il est perce de 4 trous, par lesquels ne passe aucun fil. Il est en corozo; sa couleur est brun fonce, avec des marbrures brun clair.

_Portrait_.--Ce portrait est emprunte a une serie chrono-photographique de M. Demeny.

_Gravure_.--Cette gravure, que j'ai decoupee dans un journal illustre, represente une scene de la greve des facteurs, qui avait eu lieu quelques jours avant l'experience. Il n'est pas plus necessaire de decrire la gravure que le portrait, puisque nous en donnons la photographie. La gravure et le portrait sont imprimes en noir.

_Timbre_.--Il est francais, de 2 centimes, rouge-brun de couleur, non oblitere, colle au carton.

Tous les enfants connaissent ces objets; ils savent que le sou est francais, ils distinguent et connaissent l'effigie de Napoleon III sur les sous; ils connaissent l'existence des magasins du Bon Marche, qui sont a peine a 1 kilometre de l'ecole; le bouton a une forme et une couleur des plus vulgaires, qui ne peuvent etonner les enfants; le timbre leur est connu; seulement quelques enfants ne savent pas--c'est une chose assez inattendue--reconnaitre un timbre qui a deja servi; nous noterons ce fait d'ignorance quand il se presentera. La photographie n'offre rien de particulier, si ce n'est la grimace de l'homme. Enfin la gravure, qui represente la greve des facteurs, illustre un evenement dont plusieurs enfants avaient entendu parler, car il avait occupe tout Paris quelques jours auparavant; aussi, plusieurs enfants ont-ils pense a la greve des facteurs et en ont-ils parle, quand ils ont decrit de memoire la gravure. L'un d'eux avait meme vu la gravure dans un journal illustre, ce qu'il nous apprit en rougissant beaucoup. En resume, les 6 objets que nous montrons ne presentent aucune difficulte d'interpretation pour les enfants, et quelques uns leur sont familiers.

Si notre but avait ete de rechercher comment un enfant se rend compte des objets qu'il percoit, et de quelle maniere il les percoit, nous aurions prie les eleves de faire une description des objets par ecrit; nous avons deja employe, a d'autres occasions, ces descriptions par ecrit, qui sont une bien curieuse experience de psychologie individuelle; elles permettent de distinguer ceux qui decrivent minutieusement leurs sensations, les descripteurs secs, puis ceux qui font la synthese, qui cherchent l'interpretation de ce qu'ils percoivent, puis ceux qui melent a leur description une nuance d'emotion, ceux enfin qui quittent l'objet pour evoquer des souvenirs ou developper des idees generales[54]. En ce moment, notre but est tout autre; nous ne cherchons pas a nous rendre compte de l'orientation d'esprit d'un individu quand on le met en presence d'un objet; nous cherchons a provoquer chez cet individu des erreurs de souvenir, pour connaitre la puissance d'erreur de son imagination. C'est pour cette raison qu'au lieu de l'abandonner a lui-meme, et de le laisser en tete a tete avec l'objet qu'on lui a montre, nous lui posons toute une serie de questions precises. C'est ainsi que deux experiences qui paraissent etre de meme nature peuvent, suivant le mode operatoire, servir a des fins bien differentes. Notre experience se divise en deux parties: la premiere partie est la plus courte; elle consiste simplement a demander a l'enfant l'enumeration des objets qu'il a vus sur le carton. Cette demande est faite aussitot apres que le carton a ete cache derriere l'ecran; 4 enfants seulement se sont rappele tous les 6 objets; 10 enfants ont oublie un seul objet; 8 enfants ont oublie 2 objets; 1 seul enfant en a oublie 3. Le nombre moyen d'objets retenus est donc compris entre 4 et 5. Nous donnons ci-apres la liste des eleves, avec la serie des objets qu'ils ont oublies.

[Note 54: Voir _Annee psychologique_, III, p. 296, _la description d'un objet_.]

Nous notons que les oublis ne se sont pas repartis uniformement sur tous les objets: il fallait s'y attendre.

NOMBRE DE FOIS QUE CHACUN DES OBJETS A ETE OUBLIE

Le timbre............... 10 fois. L'etiquette............. 9 fois. Le bouton............... 4 fois. Le sou.................. 3 fois. Le portrait............. 2 fois. La gravure.............. 0 fois.

Le portrait et la gravure sont les objets qui ont ete le moins oublies; pourquoi ont-ils si souvent et si fortement attire l'attention des enfants? Je pense que c'est parce qu'ils sont plus interessants qu'un bouton ou un timbre-poste; et ils sont plus interessants, chacun le comprend, parce qu'ils contiennent des elements plus nouveaux et plus nombreux a percevoir. L'etiquette et le timbre ont ete oublies bien souvent, et le timbre en particulier; ce sont des objets qui n'offrent rien de curieux; le timbre, en outre, occupe une place en haut et a droite, qui n'est ni celle par laquelle on commence une lecture, ni celle par laquelle on la finit; c'est donc une place sacrifiee. Le bouton ne presente rien de particulier; le sou, qui est aussi un objet familier, me semble avoir beneficie d'une position a gauche et en haut, qui est bonne, parce qu'elle est la place de debut pour la lecture d'une page.

Passons a la seconde partie de l'experience. Notre maniere de proceder est la suivante: nous prenons l'un apres l'autre chaque objet, et nous posons a l'eleve les questions suivantes:

QUESTIONS POSEES A L'ENFANT DANS L'EXPERIENCE DE MEMOIRE FORCEE

_Le sou_.--1 deg. Est-il francais ou etranger? 2 deg. Est-il vu pile ou face? 3 deg. La tete est-elle couronnee ou non? 4 deg. Est-il neuf ou vieux? 5 deg. Est-il deteriore ou intact?

_Le bouton_.--6 deg. De quelle forme est-il? 7 deg. Quelle est sa couleur? 8 deg. Cette couleur est-elle unie ou melangee a une autre couleur? 9 deg. Le bouton est-il en etoffe ou en une autre substance? 10 deg. Qu'y a-t-il au centre du bouton? 11 deg. Combien de trous? 12 deg. Comment le bouton est-il fixe sur le carton? 13 deg. Par ou passent les fils? 14 deg. Quelle est la couleur des fils?

_Le portrait_.--15 deg. Quelle est sa forme? 16 deg. Quelle est sa couleur? 17 deg. Que represente-t-il? 18 deg. L'individu est-il vu tout entier? 18 deg. Jusqu'a quelle partie du corps est-il vu? 19 deg. Que fait-il? 20 deg. Que fait sa main droite? 21 deg. Quelle est la couleur de sa veste? 22 deg. Quelle est la couleur de son gilet?

_Etiquette_.--23 deg. De quel magasin est-elle? 24 deg. Quelle est sa couleur? 25 deg. Quelle est sa forme? 26 deg. Est-elle regulierement rectangulaire? Dessinez-la. 27 deg. Porte-t-elle des inscriptions ou non? 28 deg. Dites toutes les inscriptions que vous avez lues. 29 deg. Comment est-elle fixee au carton? 30 deg. Quelle est la direction de l'epingle (ou du fil)? 31 deg. Quelle est la couleur du fil?

_Timbre_.--32 deg. De quel pays est-il? 33 deg. Quelle est sa valeur? 34 deg. Quelle est sa couleur? 35 deg. Est-il neuf ou bien a-t-il servi?

_Gravure_.--36 deg. Quelle est sa forme? 37 deg. Quelle est sa couleur? 38 deg. Que represente-t-elle? 39 deg. Comment sont habilles les individus? 40 deg. Y a-t-il parmi eux des femmes et des enfants? 41 deg. Que voit-on dans la maison?

Ces 41 questions ne sont pas toutes necessairement posees au meme enfant; j'ai toujours essaye de les poser toutes, afin de placer les enfants dans des conditions uniformes; mais il y a des enfants qui devancent les questions, et decrivent spontanement les details dont ils se souviennent, avant qu'on ait eu le temps de les leur demander; ceux-la repondent donc a des questions qui ne leur ont pas ete posees: d'autres enfants commettent des erreurs d'imagination qui ne permettent pas de leur poser les questions ordinaires; ainsi, quand un sujet se trompe completement sur la gravure et decrit une scene tout autre que celle representee, on est oblige de le suivre dans son invention pour lui faire preciser son erreur, et par consequent il faut abandonner le questionnaire habituel. J'ai donne plus haut les questions dans les termes memes que j'ai employes: ces termes ont une extreme importance; toute variation, si minime qu'elle paraisse, pourrait influencer l'enfant et meme changer completement sa reponse. J'en citerai par avance un exemple interessant. Un enfant venait de me repondre que l'etiquette etait attachee par un fil au carton; je lui dis alors: _vous avez vu le fil?_ Ces mots furent prononces par moi sans intention marquee dans la voix. L'enfant repondit aussitot: "Je ne l'ai pas vu". Avant ma demande, il admettait que le fil existait, il faisait la un raisonnement, ou plutot, ce qui est plus probable, il ne se rendait pas compte au juste s'il avait percu le fil ou s'il le supposait; mais mon interrogation precise a attire son attention sur ce point, et alors il a pu faire la distinction entre un souvenir et une supposition.

Je dois dire encore que les questions n'etaient point faites d'une voix imperieuse; j'invitais l'enfant a opter entre deux alternatives contraires, ou bien je lui posais une question precise, mais l'enfant restait toujours libre de repondre: "Je ne sais pas."

Tous les resultats sont inscrits dans les tableaux XIII, les erreurs sont en italiques.

ERREURS COMMISES SUR LE TIMBRE

Nous rappelons que 4 questions relatives au timbre ont ete posees aux 24 enfants:

1 deg. _Le timbre est-il francais ou etranger?_ 22 eleves ont repondu qu'il etait francais; un seul a dit qu'il n'etait pas francais, sans savoir de quel pays il etait.

2 deg. _Quelle est la couleur du timbre?_ La couleur du timbre est brun-rouge; nous considerons comme reponses exactes toutes celles qui contiennent le mot brun ou le mot rouge. Les erreurs sur la couleur ont ete tres nombreuses; elles ont ete de 15 sur 24 reponses; il n'y a eu que 7 reponses justes et un refus de repondre, par suite de doute; les reponses fausses ont ete 2 fois plus nombreuses que les reponses justes. Remarquons que les reponses ont toujours ete donnees en termes absolus, sans restriction. Deux enfants seulement ont dit pour la couleur: _Je ne sais pas_. Un seul a emis un doute en disant: bleu ou marron. Dans les autres cas, l'enfant s'est contente de dire le nom de la couleur, sans ajouter aucune autre observation. Le bleu a ete indique 6 fois; le vert 3 fois; le rose 4 fois; le blanc 1 fois, le violet passe 1 fois. La predominance de la couleur bleue me parait provenir de ce que le timbre le plus usuel, celui qui est necessaire a l'affranchissement des lettres circulant en France, est le timbre bleu de 15 centimes.

3 deg. _Quelle est la valeur du timbre?_ Il y a eu 9 reponses exactes. Les autres reponses se distribuent de la maniere suivante: Deux enfants, les plus jeunes, ont dit: Je ne sais pas; un des enfants, commettant une erreur d'interpretation, a repondu: 2 sous, alors que le timbre porte seulement le chiffre 2, qui veut dire 2 centimes; un autre a dit simplement: 2. Les autres chiffres indiques sont les suivants: 15 centimes (3 fois), 10 centimes (4 fois), 5 centimes (3 fois), 1 centime (1 fois), 3 sous (1 fois). Souvent il existe une correlation entre l'erreur sur la couleur du timbre et l'erreur sur la valeur; ainsi on attribue 3 fois la valeur de 15 centimes au timbre qu'on croit bleu, et 2 fois la valeur de 5 centimes au timbre qu'on croit vert. Ces correlations sont exactes, et il est probable que l'une des erreurs est souvent la suite logique de l'autre.