Chapter 18
Les auteurs americains, Scripture et ses eleves, qui ont commence l'etude de la suggestibilite par les memes methodes que nous, se sont efforces de faire, dans leurs experiences, une elimination complete de l'action morale; et quoiqu'ils n'y soient pas completement parvenus, ils ont cru que cette elimination etait necessaire pour donner a leurs recherches un caractere scientifique. Que peut-on entendre par la? Ne nous effrayons pas d'un mot, et voyons pourquoi l'etude d'un phenomene reel--et l'action morale en est un--pourrait ne pas etre scientifique. Les auteurs americains, autant que je les comprends, ont rejete l'etude de l'action morale, parce qu'il est difficile de determiner avec precision la nature et surtout le degre de cette influence. Telle personne, on le sait, exerce une influence considerable; elle se fait ecouter et obeir des plus indociles, tandis qu'une autre est meprisee et ridiculisee; entre les deux, il peut y avoir egalite d'age, de position, mais difference d'action morale. Or, il est clair qu'une meme experience sur l'action personnelle aura des resultats tres differents si elle est confiee au premier de ces individus ou au second; des lors, les resultats manqueront de la precision necessaire pour constituer des documents scientifiques, car variant avec la personnalite de chaque experimentateur, ils ne peuvent pas etre repetes a volonte et controles par un autre experimentateur, ce qui est le propre de la science; c'est a cause de cet indetermine et de cet inconnu, qu'on a cru bon de rejeter l'etude de l'action personnelle, et que meme, allant beaucoup trop loin, Scripture a declare que les nombreuses etudes contemporaines sur l'hypnotisme ne sont point scientifiques; son opinion sur ce point est si energique qu'il va meme jusqu'a l'injure.
Je sens profondement tout ce qu'il y a de juste dans ces critiques, mais je crois qu'il est exagere d'en conclure qu'on doit s'interdire une etude sur l'action morale. S'il est difficile, dans l'etat present de la psychologie, de mesurer avec precision l'action morale d'un experimentateur donne--et cette difficulte, en tout cas, n'est nullement une impossibilite--on peut toutefois se proposer un but un peu different; un experimentateur, dont l'action morale restera indeterminee, peut rechercher comment divers eleves se comportent par rapport a cette action morale, qui restera inconnue dans son degre, mais constante; le point important est la; si l'action demeure constante, il sera possible d'examiner les differences de suggestibilite des eleves relativement a cette influence et nous pourrons ainsi savoir si une classification des eleves d'apres leur suggestibilite d'autre espece, par exemple relativement a des idees directrices, est la meme que leur classification d'apres la sensibilite a l'action morale. Ainsi comprise, notre recherche me parait interessante, il me semble meme que j'aurais fait un oubli grave en la laissant de cote.
Notre etude se divise en deux parties:
Dans la premiere partie, qui sera l'objet de ce chapitre, j'exposerai les effets d'une affirmation sur la conviction des sujets, je ne ferai point une analyse psychologique de l'experience, du moins je ne m'attarderai pas a cette analyse; je me contenterai d'etablir, d'apres les resultats de l'experience, une classification des sujets au point de vue de la docilite avec laquelle ils acceptent mon affirmation.
Dans la seconde partie de notre etude, nous ferons une analyse de l'action personnelle, cette analyse portera sur les formes de langage, employees pour suggestionner le sujet; ce sera par consequent une etude surtout sur la psychologie de l'interrogatoire, question qui presente un grand interet pratique, comme nous le montrerons plus loin.
I
Les suggestions qui vont nous servir pour influencer les sujets sont de deux especes.
Les unes sont contradictoires; elles agissent sur le sujet apres que lui-meme a exprime son opinion, et elles consistent a contredire cette opinion, pour le forcer a l'abandonner. Les suggestions de la seconde espece sont directrices; elles sont formulees avant que le sujet ait forme une opinion. Par la elles ressemblent aux idees directrices dont nous nous sommes occupes dans les chapitres precedents; elles en different en ceci qu'elles supposent une action personnelle, une suggestion provenant d'une personnalite etrangere, tandis que les idees directrices que nous avons decrites jusqu'ici sont l'oeuvre meme du sujet et constituent des auto-suggestions.
1 deg. _Suggestion contradictoire sur les noms de couleurs_.--Je me suis servi d'une serie composee de 9 couleurs differentes; le n deg. 1 est franchement bleu, le 2 est d'un bleu gris moins franc que le 1, le 3 est d'un bleu verdatre, le 4 est vert bleuatre, le 5 est vert, le 6 est d'un vert jaunatre, vert mousse, le 7 est encore plus jaune, vert olive, le 8 est encore plus jaune, et le 9 est jaune d'or.
Cette serie est graduee d'une maniere qui me parait tres satisfaisante. Les couleurs consistent dans des laines qui m'ont ete fournies par la manufacture des Gobelins; chaque nuance de laine a ete disposee sur un carton blanc distinct; les fils presses parallelement les uns contre les autres donnent l'apparence d'une surface unie et striee, ayant la forme d'un carre de 2,5 centimetres sur 3,5 centimetres. Je ne peux rien ajouter a ma description pour fixer le ton et la nuance de ces couleurs; par consequent, un autre experimentateur ne pourrait pas reprendre exactement mes experiences, sans que je lui communique au prealable mes echantillons.
Voici comment l'experience etait disposee. Je montrais d'abord aux eleves les 7 feuilles de papier colore dont on se sert dans les ecoles pour apprendre aux eleves les noms des couleurs ou pour les habituer a faire de petits decoupages. Les couleurs sont: rouge, bleu, vert, jaune, orange, violet. Je montrais chaque feuille l'une apres l'autre, et priais l'eleve de me nommer la couleur; la plupart, meme les plus jeunes, ont pu nommer les 7 couleurs, sauf l'orange: c'est cette derniere couleur qui est la moins connue. Voici la statistique des reponses:
Connaissent toutes les couleurs 10 sujets Connaissent toutes les couleurs, sauf l'orange 10 -- -- -- sauf l'orange et le violet 2 -- Ne connait aucune couleur 1 -- ---- Nombre total de sujets 23
On voit que si on met a part l'orange, la grande majorite des sujets connait les 7 couleurs principales, puisqu'il y a 20 eleves sur 23 qui les connaissent. Quand on leur presente le papier de couleur orange, une moitie des sujets se contente de dire qu'il ignore le nom de cette couleur; l'autre moitie donne un nom inexact; on a dit 2 fois rouge, 1 fois vermillon, 1 fois grenat, et 1 fois jaune fonce; par consequent, l'enfant rapproche plus volontiers l'orange du rouge que du jaune. Pour le violet, il a ete appele une fois grenat et une fois bleu[49].
[Note 49: Pourquoi les enfants de l'ecole savent-ils si mal le nom de l'orange? Les renseignements pris aupres du directeur m'ont appris qu'on enseigne d'abord aux enfants les trois couleurs principales; ce sont le rouge, le jaune et le bleu; on leur enseigne ensuite les couleurs composees: le vert, que l'on produit en melangeant le jaune et le bleu, le violet qu'on produit on melangeant le bleu et le rouge, et enfin l'orange qu'on obtient avec le melange du jaune et du rouge; il resulte de cette maniere d'enseigner que l'orange n'est point considere comme une couleur principale, et que par consequent l'attention de l'enfant est moins attiree sur cette couleur que par exemple sur le rouge. Le meme directeur m'a indique une seconde raison pour expliquer l'ignorance si frequente du nom de l'orange; je crois cette seconde raison plus importante que la premiere; les couleurs rouge, bleu, jaune, vert et violet ont des noms qui appartiennent au langage courant du peuple et des enfants, tandis que l'orange est un mot qui s'emploie bien plus rarement; une personne sans instruction emploie le mot rouge, elle n'emploie pas le mot orange, pas plus que le mot indigo. Par consequent, pour apprendre le nom de l'orange a un enfant, il faut l'obliger a ajouter un mot nouveau a son vocabulaire, c'est un effort plus grand que pour apprendre le nom du rouge.
Je saisis cette occasion pour deplorer qu'on continue a propager de vieilles erreurs dans l'enseignement primaire; pourquoi repeter aux Enfants qu'il y a 3 couleurs fondamentales, que le jaune et le bleu melanges donnent du vert, puisque c'est absolument faux? Pourquoi enseigne-t-on encore aux eleves de lycee que la myopie est le contraire de la presbytie, que l'oeil myope a la vue courte et l'oeil presbyte la vue longue, puisque c'est la une confusion ridicule, et qu'un oeil myope peut etre en meme temps presbyte?]
Il ne faudrait pas croire que ce sont les enfants les plus jeunes qui seuls ne savent pas le nom de l'orange; nous trouvons cette meme ignorance chez des enfants de douze ans et meme chez un enfant de quatorze ans. Voici le tableau des ages dans les differents groupes:
Connaissent Connaissent Sauf N'en toutes les toutes sauf l'orange et connaissent 7 couleurs. l'orange. le violet. pas.
Enfants de 7 ans " " 1 1 8 -- 1 5 " " 9 -- 1 1 " " 10 -- 2 1 1 " 11 -- " " " " 12 -- 3 2 " " 13 -- 4 " " " 14 -- " 1 " "
Je passe maintenant a l'experience. Comme toutes celles qui precedent, elle est faite individuellement, sur chaque eleve appele a son tour dans le cabinet du directeur. L'eleve est assis a cote de moi, devant une table; je lui donne papier, plume et encre, et ensuite, je lui adresse l'explication suivante: "Nous allons faire ensemble un petit examen pour savoir si vous connaissez exactement les noms des couleurs. Je vais mettre sous vos yeux plusieurs couleurs, les unes apres les autres; quand vous verrez chaque couleur, vous l'examinerez avec attention, ensuite vous m'en direz le nom; et apres avoir dit le nom, vous l'ecrirez sur la feuille de papier qui est devant vous. Je vous recommande de dire a haute voix le nom de la couleur avant de l'ecrire." Ensuite, je montrais la serie de couleurs; 2 fois, je faisais une suggestion, en general au moment ou je montrais la 2e et la 3e couleurs; j'attendais que l'enfant eut dit le nom de chacune de ces couleurs, qu'il eut dit _vert_; alors, au moment ou l'eleve, apres avoir dit ce nom, s'appretait a l'ecrire, je prenais la parole pour dire: non, _bleu_. Je me suis attache a toujours prononcer la meme parole, et toujours avec le meme accent; je disais cela d'une voix blanche, sans accentuer, avec negligence, sans elever la voix--et surtout sans regarder la figure de l'enfant, et sans regarder ce qu'il ecrivait sur la feuille de papier. Cette suggestion verbale etait faite pour 2 a 3 couleurs, suivant les cas; il eut ete preferable de faire un nombre constant de suggestions, mais je voulais toujours suggestionner du bleu, et il m'etait impossible de le faire lorsque l'eleve appelait spontanement bleu une couleur verte; j'etais donc oblige d'attendre qu'il annoncat la couleur verte, et par consequent, j'ai du suggestionner certains eleves des la 1re couleur de la serie, tandis que pour d'autres, j'ai du attendre la 2e couleur, et meme la 3e; mais ce dernier cas etait assez rare. Meme difficulte pour la seconde suggestion. Dans la majorite des cas, elle etait faite sur la 3e couleur, et la 1re suggestion etait faite sur la 2e couleur; mais il est arrive assez souvent que l'eleve obeissant a la 1re suggestion, a appele bleue la 3e couleur, et alors j'ai ete oblige d'attendre qu'il annoncat une couleur verte pour le suggestionner de nouveau dans le sens du bleu.
L'attitude des enfants, quand ils recoivent une suggestion contraire a leur affirmation, est tres variee. On peut distinguer 3 genres d'attitudes: 1 deg. l'enfant reste tranquille, passif, il n'exprime ni surprise, ni trouble, il ecrit ce qu'on vient de lui suggerer; 2 deg. l'enfant est trouble par l'affirmation de l'experimentateur, il rougit, il me regarde avec un peu d'etonnement, il prend un air soucieux, embarrasse; il feint de contempler longuement la couleur, en froncant le sourcil, pour cacher son embarras. Je regrette beaucoup que le dispositif de l'experience ne permette pas de recueillir tous ces signes de surprise et d'emotion, il aurait fallu sans doute trouver un moyen pour les inscrire, mais la psychologie experimentale ne nous fournit pas encore une methode precise pour enregistrer les etats emotionnels passagers. Je suis donc oblige de me contenter d'une description avec des mots, et je ne me dissimule pas que cette description laisse echapper, evaporer en quelque sorte, une des parties les plus curieuses de l'experience; 3 deg. la troisieme attitude, qui a la verite s'est manifestee bien rarement, est une attitude de revolte; l'eleve exprime ouvertement son scepticisme, dans son langage familier: il dira par exemple: "C'est bleu, ca?" ou bien il aura un sourire moqueur, ou un geste de denegation.
Les eleves, apres avoir recu la suggestion, ont a ecrire le nom de la couleur. Les uns, et c'est la grande majorite, ecrivent le nom de la couleur qu'on leur a suggeree; les autres ecrivent le nom de la couleur qu'ils ont designee eux-memes; et enfin, il en est quelques-uns qui demandent des explications, et interrogent directement l'experimentateur, pour savoir s'ils doivent ecrire le nom de couleur trouve par eux ou celui qui leur a ete dicte. Je me garde bien de repondre a cette question, je repete: ecrivez. Nous ne pouvons pas tenir compte de cette obeissance a la suggestion pour classer nos sujets, parce que quelques-uns ont pu comprendre qu'ils devaient ecrire leur propre reponse, et nous ne pouvons pas faire etat de leur erreur.
J'arrive enfin a l'effet le plus important de cette tentative de suggestion, a l'effet qui permet le mieux de se rendre compte de la suggestibilite de chacun; lorsque l'on vient de suggerer une couleur bleue, et qu'on presente ensuite a l'eleve la couleur suivante, il a une tendance, pour satisfaire l'experimentateur, a trouver que cette nouvelle couleur est bleue; mais, d'autre part, la nuance verte de cette couleur est plus forte, plus saisissante que celle de la couleur precedente, par consequent l'eleve est porte a resister contre la suggestion, et a appeler verte la nouvelle couleur qu'on lui presente. Suivant les caracteres, le resultat de ces deux tendances varie: il y a des eleves qui s'affranchissent tout de suite de la suggestion, disent vert pour la couleur qui suit immediatement la couleur suggeree; il y en a d'autres, au contraire, qui appellent bleue la couleur suivante, et peuvent meme appeler bleue 2, 3, 4, des couleurs suivantes; en consequence, la persistance de la suggestion est donc plus considerable chez les seconds que chez les premiers, et comme cet effet de suggestion se presente sous une forme numerique, nous l'avons pris comme base du calcul de la suggestibilite; la suggestibilite prendra donc les coefficients 0, 1, 2, 3 etc, suivant le nombre de couleurs subsequentes qui subissent l'effet de la suggestion.
Il y a de tres grandes variations individuelles. Nos 25 sujets se repartissent de la maniere suivante:
0 ont un coefficient egal a ............. 0 1 a -- ............. 0,5 8 ont -- ............. 1 4 -- ............. 2 2 -- ............. 4 2 -- ............. 5 1 a -- ............. 7
Le tableau ci-joint resume les resultats; la premiere colonne donne le nombre de fois que j'ai essaye la suggestion contradictoire; dans la seconde colonne est indique le nombre de fois que le sujet a obei a cette suggestion; et enfin, la troisieme colonne indique le nombre de fois que le sujet a, pour les couleurs suivantes, ecrit le mot bleu.
Gesb., celui qui a un coefficient egal a 0,5, prenait un moyen terme entre la suggestion et son opinion personnelle; il ecrivait bleu-vert. Le dernier sujet, Poire, completement trouble par la suggestion, a donne aux couleurs des noms extraordinaires; ainsi il a appele orange le vert, etc.
NOMS Tentatives Obeissance Obeissance ATTITUDE des sujets. de aux continuee. suggestion. suggestions directes. ...................................................................... Abras. 3 0 0 Expression malicieuse. Attitude de scepticisme complet, sans emotion.
Feli. 3 3 0 Interrogateur. Demande ce qu'il doit ecrire.
Laca. 2 2 0 Un peu d'hesitation avant d'ecrire le mot suggere.
Bon. 3 1 1 Hesitation.
Bout. 2 1 0 Lent, hesitant, rougissant, interrogateur.
Gesb. 3 1,5 0,5 Longue hesitation, air interrogateur.
Martin. 2 1 0 Rien de particulier.
Blasch. 2 2 1 Interrogateur, repete la couleur suggere.
Motte. 2 2 1 Timide.
Mien. 2 2 1 Regard interrogateur, figure impassible.
Delans. 3 3 1 Tres long, tres hesitant et reflechi, se penche pour regarder la couleur.
Pet. 2 2 1 Tres doux.
Vasse. 2 2 1 Extremement lent, hesitant deux minutes, etonne, rougissant, embarrasse.
Saga. 3 3 1 Tres doux, hesitant, interrogateur.
Die. 3 3 1 Hesitant.
Meri. 3 3 2 Rien de particulier.
Pou. 1 1 2 Tres lent, hesitant.
Monne. 2 0 2 Etonne.
Demi. 3 2 2 Etonne, hesitant, tres doux.
Van. 3 3 4 Hesitant, embarrasse, tres lent, se mord les pouces.
Bien. 2 2 4 Etonne, de mauvaise humeur.
Uhl. 2 2 5 Lent.
Gouje. 3 3 5 Etonne d'abord, puis, a la fin, sourit en dessous.
Hub. 2 2 7 Automatique. Dit le nom de couleur et attend l'approbation avant d'ecrire.
Poire. 2 1 desordre. Lent, hoche la tete, l'air embarrasse.
L'experience terminee, j'ai pu constater sur les eleves, par une interrogation discrete, qu'ils n'avaient ete dupes d'aucune illusion; ils savaient tout bien qu'ils n'avaient pas ecrit les vrais noms des couleurs. Hub. lui-meme, le plus suggestible de tous, s'en rendait compte; tous avaient ecrit des erreurs parce que je les leur avais dictees, et qu'ils avaient cru de leur devoir de m'obeir. Il y a donc eu, tres probablement, simple suggestion par obeissance.
II
_2 Suggestion contradictoire, relative aux longueurs de lignes_.--Cette seconde experience est faite huit jours apres la precedente, et sur les memes sujets (eleves d'ecole primaire elementaire).
Une serie de 24 lignes a ete tracee parallelement sur une feuille de papier: la plus petite a 12 millimetres et la plus grande 104 millimetres; elles different regulierement de 4 millimetres, et sont rangees par ordre de grandeur, la plus petite occupant la partie gauche de la feuille; toutes partent du meme niveau inferieur, de la marge; elles sont paralleles, avec une distance de 7 millimetres. Au-dessous de chacune est un numero; elles sont numerotees de la plus petite a la plus grande. Apres avoir montre ce tableau a l'eleve, et le lui avoir explique, on lui presente une ligne isolee, et on le prie de bien la regarder, car il devra la retrouver parmi celles du tableau. Quand il a examine la ligne isolee pendant 3 a 5 secondes, on l'enleve et on lui presente le tableau; il doit y designer le numero de la ligne qui lui parait egale a celle qu'il vient de voir; le temps qui s'ecoule entre la vue de la ligne isolee et celle du tableau n'est que de 1 a 2 secondes. On fait trois fois cette epreuve, d'abord avec une ligne egale a la ligne 6 du tableau, elle a 32 millimetres, ensuite avec la ligne 12, qui a 56 millimetres, en troisieme lieu avec la ligne 18, qui a 80 millimetres. Dans aucun cas, on ne dit au sujet si l'operation a ete exacte ou non. La suggestion intervient au moment ou le sujet designe la ligne du tableau qu'il juge egale au modele qu'on lui a montre. Quelle que soit sa designation, on dit au sujet: "En etes-vous sur? N'est-ce pas plutot la ligne ...?" et on indique le numero de la ligne immediatement superieure a la ligne donnee par l'eleve. Par exemple, il a indique la ligne 5, on lui suggere la ligne 6. S'il repond: non, on repete la meme question, exactement dans les memes termes, pour provoquer une nouvelle reponse. Si cette seconde reponse est encore negative, on suspend la suggestion; on considere l'eleve comme ayant resiste a la suggestion; et on procede alors a la presentation de la seconde ligne, pour laquelle on fait alors la meme serie de suggestions verbales, et de meme pour la 3e ligne. Si au contraire l'enfant repond oui, soit a la premiere suggestion, soit a la seconde, on continue; on lui dit: "N'est-ce pas plutot la ligne 7?" S'il repond negativement, on repete la question, exactement sur le meme ton, et on considere une reponse comme negative quand le sujet a resiste a cette repetition d'une meme question. Si le sujet repond affirmativement que c'est la ligne 7, on continue de la meme facon: "N'est-ce pas plutot la ligne 8?" et ainsi de suite. On ne doit s'arreter dans cette marche ascensionnelle que lorsque le sujet oppose une resistance repetee a la suggestion.
Cette epreuve ressemble beaucoup a celle que j'ai faite autrefois avec V. Henri, et que j'ai decrite dans le premier chapitre; seulement, sous la forme recente, elle est plus methodique et poussee plus loin; autrefois, nous nous contentions de dire: "N'est-ce pas la ligne d'a cote?" et nous notions la premiere reponse donnee par l'enfant.