Chapter 16
Les 3 eleves suivants, Hub., Van. et Die., sont des jeunes appartenant a la 4e classe; il en est de meme pour Gouje qui les suit de pres; evidemment leur suggestibilite tient a leur age. Tout ceci est conforme a l'idee que nous nous etions faite de la suggestibilite de ces sujets; les uns, suggestibles en raison de leur age, les autres par suite de leur condition mentale.
On est plus etonne de rencontrer parmi eux Mien. et Gesbe., qui s'etaient montres peu suggestibles pour les lignes. D'ou vient qu'ils ont ete si dociles a la suggestion par les poids? Je suppose que si ces eleves, si peu suggestibles pour les lignes, l'ont ete autant pour les poids, la cause en est dans la nature des sensations qui sont intervenues dans ces experiences; il est possible qu'une personne se laisse suggestionner en ce qui concerne certaines sensations, et ne se laisse pas suggestionner pour d'autres.
TABLEAU VII [Illustration: Tableau07.png]
_Classement des eleves d'apres leur suggestibilite dans l'epreuve des poids_.
NOMBRE DE JUGEMENTS + TOTAL 1re epreuve 2e epreuve 3e epreuve
1. And. 10 10 10 30 2. Bout. 10 10 10 30 3. Poire. 10 9 10 29 4. Hub. 10 7 10 27 5. Van. 9 7 9 25 6. Die. 8 7 9 24 7. Gouje. 8 7 8 23 8. Mien. 10 5 7 22 9. Gesbe. 7 7 8 22 10. Pou. 7 4 10 21 11. Meri. 6 5 7 18 12. Monne. 7 4 6 17 13. Pet. 5 7 4 16 14. Vasse. 7 3 6 16 15. Bien. 5 6 4 15 16. Delans. 7 2 6 15 17. Dew. 6 5 4 15 18. Saga. 6 4 4 14 19. Martin. 5 3 5 13 20. Feli. 4 4 5 13 21. Obre. 5 4 3 12 22. Motte. 5 4 2 11 23. Laca. 1 4 2 7 24. Blasch. 0 2 2 4
Pou. merite une mention a part, car son cas est interessant. C'est un sujet qui, la premiere et la seconde fois, a bien resiste a la suggestion; la seconde fois, surtout, la resistance a ete bien nette, car il n'a fait que 4 jugements + mais, lorsqu'on l'a oblige a estimer les poids en grammes, ce travail semble l'avoir completement soumis a la suggestion; car il a tres regulierement augmente chaque poids de 5 grammes. Il est un des exemples les plus nets de l'influence produite par un surcroit de travail et par consequent par la distraction sur la suggestibilite d'un individu.
Nous n'avons rien a dire de special de Pet., de Mer., et de Monne.
Delans. et Vasse., presentent ce trait particulier que l'evaluation des poids les a embarrasses, troubles, et les a rendus plus suggestibles.
Ceux qui suivent, Dew., Saga., etc., ont ete peu suggestibles dans les 3 epreuves, et leurs estimations du dernier poids ne se sont jamais elevees bien haut; le dernier poids pese 70 pour Dew., 90 pour Saga., 64 pour Martin., 42 pour Laca., et enfin 26 pour Blasch. Ce dernier eleve presente cette particularite qu'il n'a jamais augmente que de 1 gramme les evaluations des poids.
_Remarques sur le procede d'evaluation en chiffres_.--J'ai dit plus haut que l'experience sur les poids permettait de comparer le procede d'evaluation en chiffres aux autres procedes qui consistent a dire si un poids est plus lourd ou plus leger qu'un autre, ou de meme valeur. Ce sont des jugements de nature un peu differente: nous pouvons maintenant nous rendre compte de leurs avantages et inconvenients.
Voici ce qui ressort de nos experiences.
1 deg. L'evaluation en chiffres est soumise a des influences speciales, qui font adopter de preference les nombres ronds, les multiples de 10 et les multiples de 5.
2 deg. L'evaluation en chiffres indique, comme les jugements de +, de -, et d'egalite, la valeur relative des poids; elle indique en outre, ce que ces simples jugements n'indiquent pas, si les differences sont grandes ou petites, regulieres ou irregulieres; ainsi, entre les poids 3 et 4, l'evaluation indique des differences qui sont generalement plus fortes qu'entre les poids 10 et 11; par consequent l'evaluation ajoute une precision plus grande au jugement d'inegalite.
3 deg. La valeur absolue de l'evaluation, dans nos experiences sur les poids, ne peut etre prise au pied de la lettre; cependant, en moyenne, plus les evaluations sont fortes, plus la suggestibilite est grande.
4 deg. Le fait seul d'obliger une personne a donner une evaluation a pour resultat de lui imposer un surcroit de travail qui peut, dans certains cas, nuire a la perception exacte des poids et developper des phenomenes d'automatisme.
ETAT MENTAL PENDANT LES EXPERIENCES DE SUGGESTION PAR LES POIDS
Aucune demande n'a ete adressee aux sujets pendant qu'ils appreciaient la serie de poids; et quand l'experience etait terminee, nous ne leur avons fait subir aucun interrogatoire. Cette lacune, j'ai voulu la combler en repetant l'experience sur deux petites filles, agees de douze et de treize ans, qui sont de ma famille, et que j'ai habituees depuis longtemps a faire des experiences de psychologie. Je vais exposer en detail ces deux experiences.
_Experience sur Armande B_.--Enfant de douze ans, intelligente et pleine d'imagination; elle est seule avec moi dans mon cabinet; elle s'assied devant les boites de poids alignees, et je lui donne l'explication d'usage; elle doit se contenter de soulever les poids l'un apres l'autre, avec la main droite, et decider pour chaque poids s'il est plus lourd que le precedent, ou plus leger et egal. Je lui fais repeter cette epreuve, sans aucun changement, 10 fois de suite, ce qui prend 13 minutes. Voici ses reponses:
_Tableau VIII.--Experience de suggestion par les poids sur Armande B._ [Illustration: Tableau08.png]
ORDRE ORDRE DES EXPERIENCES des boites 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ....................................................
2 + + + + + + + + + 3 + + + + + + + + + + 4 + + + + + + + + + + 5 + + + + = + + + + + 6 + + + + + + - + = = 7 + + + - + + + = + 8 = + = - + + = = = 9 + = + + - - + = + 10 = + + + + + + + + + 11 = + = = + = + - 12 + + + + + = + = = + 13 + + + + + = = - + + 14 + = = = = = = = = 15 + + + + + + + + + + ....................................................
Ces pesees sont faites avec le plus grand soin par l'enfant; tout en soulevant les boites, elle emet quelques reflexions spontanees, que je note a mesure. Vers la 3e epreuve, elle dit: "Jusqu'a une certaine limite, ils (les poids) deviennent plus lourds, et ensuite ils deviennent egaux, mais pas plus legers. J'ai remarque que le 13e et le 14e sont egaux" A la 5e epreuve, elle dit, etonnee: "Il y en a un qui est moins lourd", c'est a propos de la 9e boite qu'elle dit cela. A la 6e epreuve, elle demande: "Il ne peut pas y en avoir 3 egaux? Ils ont l'air egaux tous." Je ne reponds rien. A la 8e epreuve, elle dit encore: "Ca ne fait rien que tous soient egaux?" Ces diverses questions, sur lesquelles nous allons revenir dans un instant, nous montrent deja que le sujet a en quelque sorte besoin d'une permission pour dire que les poids sont egaux. Cet etat mental singulier, nous le connaissons deja; nous l'avons rencontre dans nos experiences sur les lignes chez plusieurs eleves d'ecole primaire, notamment chez Clou, Theve, Mousse.
Dans les 10 epreuves, une seule erreur a ete commise sur la serie de poids de 1 a 6; c'est la preuve qu'Armande fixait bien son attention. On peut observer aussi que la suggestion a legerement diminue par la repetition; le nombre des jugements + a ete de 37 dans les 5 premieres epreuves, et de 24 seulement dans les 5 dernieres.
Je transcris textuellement l'interrogatoire qui a suivi l'experience. Cet interrogatoire a dure 30 minutes. Je l'ai fait la plume a la main, ecrivant textuellement les demandes et les reponses. Je me borne a mettre en italique les reponses ou parties de reponses qui sont, a mes yeux, particulierement importantes.
INTERROGATOIRE D'ARMANDE
1. _D_.--Peux-tu me dire quelque chose que tu as remarque dans cette experience? 2. _R_.--C'est que jusqu'a un certain endroit, les poids ont l'air d'etre tous egaux, jusqu'au dernier qui est plus lourd que tous les autres. Il y en a un qui me parait moins lourd. 3. _D_.---A partir de quelle boite sont-ils tous egaux? 4. _R_.--Je ne me rappelle pas au juste. 5. _D_.--Dis a peu pres. 6. _R_.--A peu pres a partir de la 6e, mais le dernier n'est pas egal aux autres, il est plus lourd. 7. _D_.--Donne-moi d'autres remarques de toi. 8. _R_.--Dans les premiers, le 3e ou le 4e est beaucoup plus lourd que les autres. 9. _D_.--Est-il plus lourd que celui qui le suit? 10. _R_.-(Embarras) Je ne m'en souviens plus.--Il est peut-etre egal a celui qui le suit; mais en comparaison du 2e, il est trop lourd pour qu'ils se suivent exactement. 11. _D_.--Tu n'as pas fait d'autres remarques? 12. _R_.--C'est qu'il s'en trouve un vers le milieu qui est plus leger que le precedent; mais c'est si peu que je ne le vois pas toutes les fois. 13. _D_.--As-tu encore d'autres remarques? 14. _R_.--Non!...Ah! _C'est qu'au commencement la difference est grande, tandis que vers la fin on ne constate plus grande difference_..., et aussi que le premier est trop leger par rapport au troisieme. 15. _D_.--Encore? 16. _R_.--C'est tout. 17. _D_.--Comment appreciais-tu les poids? 18. _R_.--(Embarras). 19. _D_.--Comment te rendais-tu compte qu'un poids etait plus lourd ou plus leger qu'un autre? 20. _R_.--En le soulevant. 21. _D_.--Quand un poids est plus lourd qu'un autre, a quoi le voit-on en le soulevant? 22. _R_.--Il pese plus. 23. _D_.--A quoi s'apercoit-on qu'il pese plus? 24. _R_.--Je ne peux pas dire. Il est plus lourd enfin; puis, on a plus de peine a le soulever. 25. _D_.--Est-ce que pour savoir le poids d'une boite, tu te rappelais ce que tu avais remarque dans l'epreuve precedente? 26. _R_.--Oh! oui. Le dernier est plus lourd que l'avant-dernier. 27. _D_.--Avant de soulever le dernier, tu savais qu'il etait plus lourd? 28. _R_.--Oui, je le savais, je l'avais deja remarque. Il y en a 2 qui sont toujours egaux (13 et 14) et les 3 avant (10,11,12) sont a peu pres egaux. 29. _D_.--Alors, cette idee-la te guidait? 30. _R_.--Non, je ne pouvais pas toujours savoir, car lorsque j'etais vers la fin, a ces 3 boites a peu pres egales, je croyais etre au milieu, et je ne savais pas si c'etaient ceux-la qui etaient egaux. 31. _D_.--Si tu avais a dire d'une facon generale, dans une seule phrase, quel est le poids de toutes ces boites, que dirais-tu? 32. _R_.--Jusqu'au milieu le poids des boites augmente sensiblement, puis elles deviennent egales, sauf la derniere. 33. _D_.--Pendant l'experience tu as fait une remarque que je n'ai pas bien comprise. Quand tu devais dire le poids d'une boite, est-ce que ca t'etait aussi facile de dire plus _grand_ ou _egal_? 34. _R_.--Je ne comprends pas. 35. _D_.--Est-ce que tu avais plus d'hesitation pour dire + ou =? 36. _R_.--(Vivement). Pour dire egal! parce que les boites, puisqu'elles augmentent au commencement, _devraient vers le milieu et vers la fin continuer a augmenter aussi sensiblement_; mais comme vers le milieu elles n'augmentent pour ainsi dire pas et qu'elles restent a peu pres egales, il faut plus faire attention pour savoir si elles sont egales...(se ravisant): Ce n'est pas cela, ce n'est pas commode a dire...(decouragement). 37. _D_.--Trouve. 38. _R_.--_Je croyais que les boites, puisqu'au commencement elles augmentaient de poids, allaient augmenter toujours jusqu'a la fin_, mais comme elles n'augmentaient plus, j'ai du faire plus d'attention. 39. _D_.--Quand donc t'es-tu dit que les boites allaient augmenter jusqu'a la fin? 40. _R_.--La premiere fois que je les ai soulevees, quand j'etais a la 3e ou a la 4e, j'ai cru alors que les autres allaient augmenter de poids comme les premieres: mais la seconde fois, je savais deja que vers la 6e elles n'augmentaient plus, a l'exception de la derniere. 41. _D._--Comment t'es-tu dit qu'elles augmentaient? Est-ce une phrase que tu as repetee en toi, ou une pensee? 42. _R_.--C'est une pensee...La premiere fois, je n'avais pas tres bien remarque que par la (vers le centre) elles etaient egales. 43. _D_.--Pourquoi? 44. _R_.--Parce que je ne les connaissais pas encore. 45. _D_.--Tu as fais l'epreuve 10 fois. Quelles sont les fois que tu as le mieux fait? 46. _R_.--Ce sont les dernieres. 47. _D_.--Explique-moi ceci. Tu as dit a la 9e fois: est-ce que cela ne fait rien que je dise que toutes sont egales? Explique toi la-dessus. 48. _R_.--Parce que je les trouvais egales, et je croyais qu'il fallait dire simplement...Je croyais qu'on ne pouvait dire que egales. 49. _D_.--Pourquoi pensais-tu qu'il ne pouvait y avoir que 2 boites egales se suivant? 50. _R_.--_Parce que jusqu'ici je n'en avais dit que 2 egales, et quand j'ai commence, tu m'as dit: tu diras si elles sont plus lourdes que la precedente, plus legeres que la precedente, ou egales a la precedente: tu n'avais pas dit aux precedentes, alors je ne savais pas s'il pouvait y en avoir plusieurs_. 51. _D_.--C'est bien pour cette raison? Alors, je vais te faire une objection. J'avais aussi dit: plus lourdes que _la precedente_, et non que les precedentes. Alors tu aurais du te dire: je ne peux pas en trouver plus de 2 de suite plus lourdes. 52. _R_.--C'est vrai. 53. _D_.--Quand tu hesitais a dire =, est-ce que vraiment c'est parce que tu te rappelais ce que je t'avais dit? 54. _R_.--Oh! _non_. 55. _D_.--Alors? 56. _R_.--C'est parce que j'avais pris l'habitude au commencement de dire +, et quand j'hesitais, c'etait pour me souvenir du poids de la precedente. 57. _D_.--Derniere question. Pensais-tu que tu avais besoin de ma permission pour dire =? 58. _R_.--(Vivement). Ah oui! pour plusieurs, les premieres fois. Les autres fois, j'avais meme peur que tu me dises: ce n'est pas comme ca qu'on les mesure; on ne dit pas toutes en bloc qu'elles sont egales. 59. _D_.--Explique-moi bien ceci que tu pensais avoir besoin de ma permission. T'est-il arrive parfois de les trouver egales et de ne pas oser le dire? 60. _R_.--Oh oui! Je me disais: l'autre fois, je n'ai pas dit qu'elles etaient egales a cet endroit-la, et tu aurais pu dire que je changeais trop. Une fois, j'ai regarde sur le papier ou tu notais, et j'ai dit un peu au hasard, comme la fois precedente.
61. _D_.--Pourrais-tu ecrire tout a fait serieusement, et apres avoir bien reflechi, les raisons pour lesquelles tu n'as pas dit = aussi souvent que tu l'aurais voulu. 62. _R_.--Parce que je n'osais pas, ayant peur, si elle etait plus lourde, de me tromper.
Il est evident que cette enfant a ete fortement impressionnee par l'idee que les boites augmentent regulierement de poids; elle a eu du reste conscience de cette idee, puisqu'elle l'a exprimee plusieurs fois avec une nettete parfaite; (voir le n deg. 38) mais elle ne s'est pas rendu compte que cette idee constituait une illusion, une suggestion directrice. On remarque aussi que l'enfant a eu conscience qu'elle eprouvait plus de difficulte a donner des jugements d'egalite qu'a donner des jugements de +. Cette difficulte etait surtout, semble-t-il, de nature morale; c'etait comme une defense imaginaire, inspirant une crainte vague. C'est sous cette forme speciale que la suggestion a agi, c'est de cette maniere que l'idee suggeree a atteint le but. L'enfant n'a pas eu a proprement parler la conviction que les poids augmentent regulierement du 1er au 15e; elle a trouve au contraire, et l'a dit a plusieurs reprises, que beaucoup des poids lui semblaient egaux; mais elle a ete empechee d'affirmer celle egalite, par l'effet d'un sentiment de crainte; le mecanisme de la suggestion a donc ete emotionnel. Il est possible, du reste, que nous puissions arriver a constater, lorsque nous ferons un jour des experiences sur des adultes capables de rendre compte de ce qu'ils eprouvent, que la meme suggestion agit suivant les individus par mecanisme emotionnel ou par mecanisme intellectuel; sans compter les cas ou le mecanisme sera mixte, ou autre.
Enfin, un troisieme point qui est bien mis en lumiere par notre interrogatoire, c'est le caractere illusoire des motifs trouves par l'enfant pour expliquer qu'elle a fait trop souvent des jugements de +, c'est-a-dire des jugements suggeres. Elle a invente trois ou quatre explications differentes, (voir notamment le n deg. 50) et elle a pu meme se rendre compte que ces explications etaient fausses.
On voit par la combien l'etat mental cree par la suggestion est complique, et on comprend aussi combien les definitions de la suggestion qui sont ordinairement citees par les auteurs sont insuffisantes. En somme, si nous resumons tres schematiquement ce qui a pu se passer dans l'esprit de cette petite fille, nous trouvons: 1 deg. l'idee directrice que la serie de boites va en augmentant de poids regulierement, de la 1re a la 15e; 2 deg. la conviction que cette idee, que le sujet a d'abord acceptee pour vraie, n'est pas exacte; cette conviction d'inexactitude a augmente au cours de l'experience; 3 deg. une crainte vague de donner des jugements d'egalite, qui contrediraient l'idee directrice; 4 deg. une ignorance a peu pres complete des motifs de cette crainte--c'est-a-dire une ignorance des raisons pour lesquelles le sujet continue a obeir a l'idee directrice quoiqu'il commence a s'apercevoir qu'elle est fausse. Sur ce point, par consequent, se produit un phenomene d'inconscience; il y a une lacune dans la suite des idees; et le sujet, en inventant apres coup des raisons pour expliquer sa conduite, obeit tout simplement a la necessite de remplir la lacune.
_Experience sur Marguerite B_.--Enfant de treize ans et demi, cultivee, intelligente, raisonnable; elle est la soeur de la precedente. Cette experience a ete faite sur l'enfant isole, comme dans le cas precedent, et les deux enfants n'ont point echange leurs impressions. Je donne les resultats des 10 essais successifs:
_Tableau IX_.--_Experience de suggestion par les poids sur Marguerite B_. [Illustration: Tableau09.png]
ORDRE ORDRE DES EXPERIENCES des boites. 4 2 3 4 5 6 7 8 9 40 ...........................................
2 + + + + + + + + + + 3 + + + + + + + + + + 4 + + + + + + + + + + 5 + + + + + + + + + + ........................................... 6 = = + = + = = = + + 7 + + + + + = = + + + 8 = + + = + = = = = + 9 + = + = = = = = = = 10 = = + = + = + = + = 11 = = + = + = = = = = 12 = + = = = = = + = = 13 + + = = + = + + + = 14 = + + = = = = 15 = + + + + = + + + ...........................................
L'attention a ete excellente, car pour la serie de 1 a 8, le sujet n'a fait aucune erreur. J'ai note que le sujet avait un tout autre ton de voix pour prononcer les simples mots: "_plus lourd_" suivant qu'il s'agissait des premiers poids ou des derniers; pour les poids 1 a 5, l'enfant parlait vivement; elle disait: "Oh! oui, plus lourd!"--ou bien: "C'est sur, c'est evident"; tandis que pour les autres poids, de 5 a 15, elle disait souvent: "Je dois me tromper, je n'en suis pas bien sure, c'est peut-etre ceci...;" ou bien: "C'est un peu plus lourd". Vers le milieu de la 4e epreuve ou elle a donne beaucoup de jugements d'egalite, elle a dit: "Je trouve que c'est toujours la meme chose, c'est ennuyeux". Je dois noter un petit incident: a la 5e epreuve, des cris, des plaintes venant d'une maison voisine, se sont fait entendre. L'enfant a pretendu que ces cris ne l'avaient nullement troublee: cependant le nombre des jugements de +, c'est-a-dire suggestions, a un peu augmente, dans cette epreuve, il a ete de 8; mais ce cas est trop exceptionnel pour qu'on puisse en tirer une conclusion quelconque. Progressivement, le sujet est parvenu a diminuer la suggestion; car le nombre des jugements + est de 24 dans la premiere serie de 5 epreuves, et il n'est plus que de 17 dans la deuxieme serie.
Je donne _in extenso_ son interrogatoire; il ne fait pas double emploi avec celui de sa soeur; nous trouvons meme entre les deux cas une difference importante. Armande avouait qu'elle avait eu un vague sentiment de crainte l'empechant de donner des jugements d'egalite. Marguerite, tout en reconnaissant qu'elle a eprouve une difficulte a donner des jugements d'egalite, nous affirme qu'elle n'a pas eprouve la moindre crainte; l'element emotionnel a donc ete absent, ou du moins il a ete moins accentue que dans le cas precedent.
INTERROGATOIRE DE MARGUERITE