Chapter 15
Le graphique de l'epreuve 2, qui rend sensible les changements de la suggestion pendant le cours de l'experience, fait encore repasser sous nos yeux ce curieux echec de la suggestion pour la 6e boite, qui nous avait deja frappe dans la premiere epreuve: ici, le nombre de jugements suggestionnes tombe a 10, il se maintient a 10 pour le poids suivant; c'est un minimum qui ne sera plus atteint. Il semble donc que la suggestibilite de nos 24 sujets, pris comme un seul tout, subit d'abord une decroissance, ensuite elle reprend son energie, et evolue en decroissant plus ou moins lentement et irregulierement. Cette evolution singuliere est peu conforme aux idees qu'on avait pu se faire a priori sur la question; il aurait ete sans doute beaucoup plus vraisemblable de supposer que la suggestion, tout au debut, devait etre au maximum, et decroitre ensuite; mais nos idees a priori ne tiennent pas compte d'une foule de petites conditions materielles qui agissent sur les phenomenes; et parmi ces conditions, il faut noter ici cet ajustement musculaire de la main, qui est d'une importance toute speciale dans les experiences de pesee.
_Troisieme epreuve_.--Elle se trouve entierement resumee dans notre tableau VI, ou nous avons indique les valeurs donnees par chaque eleve a la serie des poids; pour que ce tableau fut comparable aux precedents, nous avons indique dans la ligne du bas combien de fois chaque poids avait ete juge plus lourd ou plus leger que le precedent, ou egal; on peut alors se rendre compte facilement si le fait d'evaluer les poids en grammes a permis de juger plus ou moins exactement de leur poids relatif; il est bien entendu que les eleves, dans cette troisieme epreuve, n'avaient pas a dire s'ils trouvaient un poids plus lourd ou moins lourd que le precedent; ils avaient seulement a l'apprecier en grammes.
Le point de depart de toutes les appreciations a ete de 20 grammes; car nous avons fait connaitre ce poids aux eleves comme etant le poids exact.
TABLEAU VI.--_Resultats de la troisieme epreuve de suggestion par les poids_. [Illustration: Tableau06.png]
............................................................................... NOMS NUMEROS DES POIDS TOTAL des ........................................................ ......... ELEVES 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1l 12 13 14 15 + - = ...............................................................................
Dew..... 35 42 50 55 55 60 70 70 70 75 75 70 75 70 4 2 4 Gesb.... 30 50 80 100 120 130 150 150 180 190 200 220 250 8 1 Pet..... 30 40 60 70 80 80 70 60 70 80 70 80 80 60 4 4 2 Poire... 30 50 60 80 90 100 110 120 130 150 160 170 180 190 10 Vass.... 30 40 45 50 60 65 65 65 66 66 66 70 80 85 6 4 Bout.... 30 22 40 50 55 60 70 75 80 86 90 95 100 105 10 Monne... 22 35 30 32 35 35 39 39 39 40 41 41 42 43 6 4 Delans.. 30 27 95 100 150 170 150 100 120 125 125 95 160 175 6 3 1 Saga.... 30 60 45 50 60 60 70 70 70 70 80 80 80 90 4 6 Blasch.. 21 35 23 24 24 25 25 25 25 25 26 26 26 26 2 8 Feli.... 25 30 40 60 55 55 55 57 60 62 45 55 60 47 5 3 2 Bien.... 25 30 35 40 48 48 45 46 46 49 50 50 49 4 2 3 Laca.... 35 35 35 40 40 40 35 35 35 40 40 40 42 42 2 1 7 Pou..... 30 35 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100 10 Motte... 25 30 35 40 45 45 45 45 45 50 50 50 2 6 Martin.. 30 35 40 50 50 52 56 56 60 62 60 65 65 64 5 2 3 Mien.... 30 40 50 70 80 100 110 120 130 130 140 150 150 7 2 Obre.... 25 35 45 40 39 48 38 50 49 48 50 45 35 35 3 6 1 Van..... 30 40 60 80 90 100 120 130 112 114 131 140 150 160 9 1 Meri.... 40 60 80 90 100 120 70 110 130 150 140 160 150 180 7 3 And..... 40 60 80 100 120 140 160 180 200 220 240 260 280 300 10 Gouje... 40 50 60 70 80 90 100 90 100 110 100 110 120 150 8 2 Hub..... 30 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 10 Die..... 30 35 50 60 65 70 75 80 85 90 92 94 95 9 ------------------------------------------------------------------------------- (+ 24 22 23 23 11 17 15 12 15 19 14 15 15 12 156 Total(- 1 2 5 3 2 1 5 3 3 4 29 (= 2 1 4 7 4 9 7 4 5 6 5 3 54 ...............................................................................
La comparaison des moyennes generales avec celles des tableaux IV et V montre que dans cette 3e epreuve, les eleves n'ont pas progresse dans le sens de l'exactitude, comme on aurait pu s'y attendre; cette troisieme epreuve a ete un peu meilleure que la 1re, mais beaucoup moins bonne que la seconde. Voici un releve des chiffres qui est assez significatif.
PREMIERE DEUXIEME TROISIEME EPREUVE EPREUVE EPREUVE Jugements de + 161 130 156 Jugements de - 37 40 28 Jugements de = 42 65 53
Les jugements de +, qui representent l'influence de la suggestion, ont ete plus nombreux qu'a la seconde epreuve, par consequent la suggestion a exerce son influence avec plus de force. Pourquoi donc a la 3e epreuve les eleves ont-ils ete plus suggestibles qu'a la seconde epreuve? Nous pensons que c'est parce que la 3e epreuve a exige de la part des eleves un travail supplementaire; ils n'avaient pas seulement a juger qu'un poids etait plus lourd ou moins lourd que le precedent, ainsi que cela avait lieu dans les deux epreuves precedentes; ils avaient a attribuer une valeur precise a chaque poids, dire s'il pesait 50 ou 60 grammes; or, cette evaluation est certainement plus difficile qu'un jugement qui consiste simplement a dire qu'un poids est plus lourd qu'un autre; l'evaluation suppose non seulement un jugement de comparaison, mais une appreciation du degre de difference, et en outre le choix d'un chiffre precis, qui exprime cette appreciation. On comprend tres bien que ce petit travail exige quelque contention d'esprit, surtout quand on le demande a des enfants de 8 a 10 ans; or, voici mon interpretation: preoccupes par cette evaluation en grammes, les enfants ont perdu un peu de la liberte d'esprit qu'ils avaient precedemment pour comparer les poids; ils ont fait cette comparaison dans un etat de distraction mentale, ou tout au moins avec une attention moins forte et moins exclusivement portee sur la sensation des poids; et il en est resulte que les enfants sont devenus plus dociles a la suggestion d'accroissement des poids; du moment que le controle, qui s'appuyait sur la perception exacte des poids, s'est affaibli, il est naturel que la suggestion, delivree de ce controle, ait acquis plus de force[46].
[Note 46: Le sujet de cette etude cotoie continuellement celui de L'attention volontaire et de la distraction. Parmi ces points de contact, celui que nous rencontrons ici est des plus interessants, voici pourquoi: on a recherche depuis quelques annees, dans les laboratoires americains de psychologie, les meilleures methodes pour la production des etats de distraction; les experimentateurs ont le plus souvent cherche les causes de distraction dans des excitations qui sont etrangeres au genre de travail dont on cherche a distraire le sujet: par exemple, on lui fait compter des rythmes, ou on lui fait apprecier des parfums, pendant qu'il s'absorbe dans une lecture ou dans un calcul. Ces methodes de distraction n'ont point encore donne de resultats satisfaisants. Or, je signale ici la possibilite d'une methode differente de distraction, que l'on realiserait--non pas en troublant un certain travail par des excitations etrangeres a ce travail,--mais bien en compliquant ce travail lui-meme, en le rendant plus difficile a suivre.]
Nous verrons tout a l'heure, en etudiant quelques cas particuliers, que notre interpretation est extremement vraisemblable.
Si on examine la moyenne des appreciations pour chaque poids, dans cette troisieme epreuve, on voit que la suggestion n'a pas presente cette decroissance assez nette que nous observions dans les deux epreuves precedentes; la suggestibilite parait etre restee a peu pres stationnaire; de plus, on ne rencontre plus ici, comme precedemment, une diminution brusque de jugements de + pour le 6e poids. Ces deux observations s'expliquent par une raison unique; l'esprit des sujets a ete distrait par l'obligation d'evaluer un poids en grammes; ils n'ont pas mis autant de soin a percevoir les poids; par consequent, ils n'ont pas eu l'illusion d'allegement, qui se produit au 6e poids, ni cette diminution progressive de suggestion qui est produite par la perception de la serie des poids. Tout cela me parait tres logique.
Venons aux evaluations en grammes; on pourrait croire--et nous avons cru tout d'abord--que les chiffres de ces evaluations ont un caractere artificiel et arbitraire; un enfant dira qu'une des boites pese 40 grammes et que la boite suivante pese 42 grammes; un autre dira que la premiere pese 40 et la suivante 60 grammes; il serait temeraire, semble-t-il, d'attacher une grande importance a cette difference d'evaluation, bien que la difference soit de 18 grammes; nous ne savons pas, peut-on dire, comment, par quel processus, se fait cette evaluation, ni sur quelle donnee elle repose; il y entre sans doute, pour une certaine part, un jugement de comparaison sur la valeur des poids; sans doute aussi le chiffre de l'evaluation exprime ce jugement, et toutes choses egales d'ailleurs, l'evaluation sera d'autant plus forte que la difference de poids aura ete sentie et jugee plus grande; mais d'autre part, il faut bien reconnaitre que l'evaluation d'un poids en grammes est une operation tres compliquee; d'abord c'est une traduction, une transposition, car il n'existe qu'un rapport de convention entre une certaine sensation de poids ou de difference de poids sentie dans la main, et un chiffre, un nombre determine de grammes; en outre, ce rapport de convention doit etre grandement influence par une foule de facteurs individuels.
Malgre toutes ces objections, j'ai cru bien faire de convier les eleves a une evaluation des poids, parce que l'evaluation constitue une methode d'expression des jugements, et que cette methode n'est pas suffisamment etudiee en psychologie. La question a donc une portee generale et j'ai pense qu'il serait interessant de rechercher quels sont, dans un cas donne, les avantages et les inconvenients de cette methode[47].
[Note 47: Dans un article fait en collaboration avec Victor Henri sur la memoire des lignes, nous avons classe les differents procedes pour etudier la memoire; ces procedes ne sont pas speciaux a la memoire, ils sont, pour mieux dire, des procedes d'expression des jugements; nous en comptons trois principaux: la methode de reproduction, la methode de comparaison, et la methode de description; l'evaluation n'est qu'une variete de la methode de description. Pour plus de details, voir Mon _Introduction a la psychologie experimentale_, p. 76.]
Les evaluations ont ete si variables qu'on ne pourrait guere en tirer une moyenne serieuse. En effet, bien que toutes les appreciations aient eu le meme point de depart, 20 grammes pour la premiere boite de poids, les evaluations successives se sont faites sur des echelles tres differentes; nous trouvons des sujets qui ont donne au dernier poids la valeur de 300 grammes, tandis que d'autres lui ont donne seulement la valeur de 26 grammes; mais recherchons si quelque chose de general ressort de ces chiffres, et si des differences qui semblent trop considerables a premiere vue pour ne pas etre fantaisistes, ne sont pas explicables.
Un premier fait nous frappe: c'est que les chiffres d'evaluation ne sont pas quelconques; les nombres ronds predominent. Ainsi, prenons au hasard toutes les appreciations qui ont ete faites sur un poids quelconque, sur le 6e poids; nous trouvons sur 24 evaluations:
14 evaluations terminees par un 0 (comme 30, 60, etc.). 7 evaluations terminees par un 5 (comme 45, 75, etc.). 1 evaluation terminee par un 4 1 evaluation terminee par un 8 1 evaluation terminee par un 9
Il existe donc une certaine influence des nombres termines par un 0 ou par un 5; ces nombres se presentent plus facilement a l'esprit, puisque ce sont ceux que l'on cite le plus souvent. Il vaut la peine de faire le calcul du degre de facilite presente par tous les chiffres, dans notre experience particuliere; c'est ce que realise le petit tableau suivant.
0. a ete employe ....... 207 fois 5. ........ 72 fois 1. ........ 4 fois 2. ........ 9 fois 3. ........ 2 fois 4. ........ 5 fois 6. a ete employe ........ 12 fois 7. ........ 3 fois 8. ........ 5 fois 9. ........ 7 fois
Ce tableau montre qu'apres les nombres termines par 0, les nombres termines par 5 ont ete les plus nombreux. Quant aux autres nombres, ils ont ete choisis si rarement qu'on ne peut pas determiner exactement leurs chances; il parait seulement ressortir que les nombres 3 et 7 ont ete cites le moins souvent.
Or, ces resultats sont precisement opposes a ceux qu'on obtient en priant une personne de citer un chiffre au hasard; d'apres les observations qui me sont personnelles, si on dit a une personne de choisir un nombre, de 1 a 9, elle cite le plus souvent le 7 et non le 5. Un ennemi de la psychologie experimentale s'empressera sans doute de se prevaloir contre nous de cette contradiction; mais je pense que cette contradiction n'est qu'apparente; elle resulte de ce que le choix des chiffres n'est pas fait dans les memes conditions mentales. Lorsqu'un enfant a un poids ou une ligne a evaluer, son attention ne se porte pas uniquement sur le chiffre a donner, mais aussi sur le poids et la ligne qu'il evalue; sa perception lui donne une certaine indication dont il cherche a se rendre compte, et qu'il doit apprecier par un chiffre; ayant donc l'esprit preoccupe par ce travail, il prend des chiffres ronds pour deux raisons: d'abord, c'est que ces chiffres viennent plus naturellement a l'esprit que d'autres, et exigent un effort moindre; en second lieu, les nombres ronds sont plus approximatifs que les autres, ils n'indiquent pas une pretention aussi nette a la precision; dire d'un corps qu'il pese 50 kilogrammes veut dire qu'on l'apprecie approximativement; cela signifie qu'il pese _environ_ 50 kilogrammes; mais si on dit qu'il pese 49 kilogrammes, on porte alors un jugement qui a plus de pretention a l'exactitude; car on ne dira pas d'un corps qu'il pese _environ_ 49 kilogrammes.
L'etat mental d'une personne a qui l'on demande de citer un chiffre au hasard est bien different. D'abord cette personne n'a pas a accomplir une operation serieuse qui l'absorbe, elle a l'esprit completement libre; de plus, le choix qu'elle doit faire d'un chiffre n'a aucune signification precise, et il n'est pas plus ridicule de citer 49 que de citer 50. La fantaisie peut donc se donner librement carriere. Maintenant, pourquoi cette fantaisie qui parait si libre a-t-elle ses regles? Je ne me charge pas de le dire.
A l'appui de ces documents, ou du moins pour les completer, j'en citerai deux autres. Galton et H. le Poer[48] ont montre que la duree des condamnations judiciaires est profondement affectee par l'influence du chiffre 5 et de ses multiples: lorsque le juge a le pouvoir de fixer la duree de la peine dans certaines limites, il y a tres grande probabilite qu'il se laissera guider par l'usage habituel des 5 et de ses multiples, qu'il fixera une condamnation de 10 ans, par exemple, plus facilement qu'une de 9 ans. Cette preference est conforme a celle que nous Remarquons.
[Note 48: _Influence of Number in Criminal Sentence_, Harper's Weekly, May 14, 1896. (Je cite de seconde main.)]
D'autre part, F.B. Dresslar, dans une tres curieuse note publiee par Appleton's Popular Science Monthly en 1899 sur "Guessing, as influenced by member preferences" rapporte une etude qu'il a faite sur le cas suivant: un magasin de Californie avait fait exposer en pleine rue une piece d'etoffe et demandait aux passants de deviner le nombre de fils qu'elle contenait, promettant a ceux qui devineraient le nombre exact une prime de 100 dollars; la seule condition imposee aux amateurs etait d'ecrire leur nom et adresse sur un registre special; 7,700 personnes s'essayerent a deviner; le nombre reel de fils etait de 811; deux seulement tomberent juste. En faisant une etude sur tous les nombres inscrits sur les registres, Dresslar a reconnu que ces efforts pour deviner sont soumis a des influences speciales; ainsi, il y a des preferences pour certains chiffres, soit qu'ils occupent le rang des unites, soit qu'ils occupent le rang des dizaines. Le chiffre le plus souvent employe est le 0 (environ 2100 fois), puis le 7 (environ 2000 fois), puis le 5 (environ 1600 fois) viennent apres le 9, le 3, le 1. Les chiffres pairs sont bien moins souvent employes: 4 seulement 831 fois; 2 seulement 965 fois; 6 seulement 1080 fois; et 8 seulement 933. Ces resultats s'accordent aussi avec les notres, mais ils en different en meme temps; l'accord porte sur la preference pour les 0 et les 5; le desaccord porte sur la preference pour les 7.
Nous avons maintenant a rechercher si la methode d'evaluation exprime la suggestibilite de chaque eleve dans l'experience des poids.
Un premier fait est a relever; c'est que pour l'evaluation des 5 premieres boites, dont le poids presente un accroissement regulier, les eleves ont rarement atteint 100 grammes, et n'ont jamais depasse ce nombre; les poids successifs etaient de 20, 40, 60, 80 et 100 grammes; or nous trouvons pour le 6e poids la distribution suivante des evaluations:
20 a 30 grammes ............ 1 fois 31 a 40 ............ 5 fois 41 a 50 ............ 6 fois 51 a 60 ............ 3 fois 61 a 70 ............ 3 fois 71 a 80 ............ 2 fois 81 a 90 ............ 1 fois 91 a 100 ............ 3 fois
Cette methode d'evaluation donne par consequent les memes resultats que la methode de reproduction en ce qui concerne les lignes. Nous avons vu, en effet, dans l'experience de suggestion sur l'accroissement des lignes, que les eleves ont constamment diminue la longueur des 5 premieres lignes, et que la cinquieme a rarement ete reproduite avec sa longueur exacte de 60 millimetres; nous constatons ici le meme fait.
Autre observation: certains eleves, avons-nous dit, ont attribue au dernier poids de la serie, une valeur tres petite, par exemple 26 grammes; d'autres, une valeur tres grande, par exemple 300 grammes. Ces differences enormes d'evaluation ont-elles une signification quelconque? Les eleves ayant indique les poids les plus eleves sont-ils plus suggestibles que les autres? Oui, la question n'est pas douteuse, surtout si l'on s'adresse aux extremes. Le tableau suivant le montre:
Nombre de fois que Evaluation les eleves ont percu un du accroissement de poids. dernier poids.
And. 10 300 Bout. 10 103 Poire. 10 190 Moyenne = 169 gr. Hub. 10 450 Pou. 10 100
Vaud. 9 160 Die. 9 95 Gouje. 8 150 Moyenne = 161 gr. Gesh. 8 230 Mien. 1 150
Meri. 7 180 Monne. 6 43 Vasse. 6 85 Moyenne = 109 gr. Delans. 6 175 Martin. 6 64
Feli. 5 49 Pet. 4 60 Bien. 4 49 Moyenne = 63 gr. Die. 4 79 Saga. 4 90
Obre. 3 35 Motte. 2 50 Lac. 2 42 Moyenne = 38 gr. Blasch. 2 26
Dans ce tableau nous indiquons sur la premiere colonne verticale le nombre de jugements + rendus par les eleves dans la 3e epreuve, et en regard de ce nombre nous placons dans la 2e colonne l'evaluation du 15e poids par l'eleve; en faisant la moyenne par series de 5 eleves, on trouve que les plus suggestibles sont arrives aux estimations les plus fortes; ce calcul est passible d'une objection; car si les eleves les plus suggestibles terminent par les evaluations les plus fortes, cela tient en partie a ce qu'ils ont fait un plus grand nombre de jugements +; mais si l'on calcule, pour eviter cette objection la moyenne de l'accroissement de chaque poids a partir du 6e on trouve encore que cette moyenne est d'autant plus elevee que les eleves sont plus suggestibles; ainsi, pour le 1er groupe, le plus suggestible, elle est de 9gr, 6; pour le 2e de 9gr, 8; pour le 3e de 9gr, 7; pour le 4e, de 5 grammes, et enfin pour le dernier groupe, le moins suggestible, de 3 grammes.
_Examen des cas individuels_.--En psychologie individuelle, une des premieres questions est d'etablir une classification des individus. Comment l'experience des poids nous permet-elle de qualifier la suggestibilite de chacun? Nous n'avons pas ici la meme ressource que pour l'experience de suggestion sur les lignes, ou nous mesurons la plus longue ligne tracee sous l'influence de la suggestion d'agrandissement. Nous sommes obliges d'employer un autre artifice. Celui qui nous parait le plus simple est de compter, pour chacun, le nombre de jugements de + qu'il a emis dans chaque epreuve; il est clair que ces jugements de + sont des resultats de suggestion, et que celui qui en a donne le plus est celui qui a obei le plus souvent a la suggestion. Ceux par consequent qui ont emis 10 jugements de + ont atteint l'extreme limite de la suggestibilite mesurable dans notre experience; et ceux qui ont emis seulement 5 jugements de +, ou 4, ou 2, ou meme 0, presentent une suggestibilite moindre.
Dans le tableau VII nous avons classe les eleves d'apres le nombre total des jugements + rendus dans les 3 epreuves. Ce classement donne lieu aux remarques suivantes. Les 3 eleves qui viennent en tete de la liste, et qui sont des eleves assez ages, se sont aussi montres les plus suggestibles pour la memoire des lignes. Ils sont donc aussi suggestibles dans les 2 experiences. Quand on leur a fait apprecier les poids en grammes, ils ont fait a chaque poids une augmentation tres reguliere, qui est une nouvelle forme de l'automatisme. Poire faisait chaque fois une augmentation constante de 10 grammes, And. une augmentation de 20 grammes, et Bout, une augmentation de 5 grammes. Ces chiffres donnes en grammes montrent donc la regularite de l'augmentation, que les jugements de + n'indiquent point. Nous avons meme surpris l'un des eleves, And., qui disait le poids d'une boite avant de l'avoir soulevee; ce n'etait nullement par negligence, croyons-nous, puisqu'il soulevait la boite ensuite, mais l'entrainement de la suggestibilite etait si fort qu'elle operait sur lui avant qu'il eut apprecie le poids. C'est ce meme And. auquel il est arrive, dans l'experience des lignes, de tracer la ligne sans avoir regarde le modele. C'est le meme etat d'esprit. Ces cas extremes nous font bien comprendre le mecanisme de la suggestibilite. L'eleve ne songe plus a regarder avec attention la ligne modele ou a soupeser le poids, parce que la suggestion l'entraine.