La Suggestibilité

Chapter 11

Chapter 113,678 wordsPublic domain

Sous ces reserves expresses, nous allons indiquer quel procede nous employons pour calculer le coefficient de suggestibilite; nous calculons la distance du point qui est a la distance maxima de la marge; ce point est rarement le sixieme, il est parfois le dernier, il occupe souvent un rang quelconque; il represente le maximum de suggestion produit par l'experience, et nous pensons qu'on peut le retenir, pour les memes raisons que lorsqu'on fait une serie de mesures de la force musculaire avec un dynamometre, on retient le chiffre maximum de pression. Le numero de ce point varie beaucoup avec les sujets, ainsi que le montre la liste suivante.

Aucun sujet n'a marque son point maximum au point 6

1 sujet a marque ................................ 7

1 ................................ 8

3 ................................ 9

8 ............................... 10 a 15

7 ............................... 16 a 20

6 ............................... 21 a 25

3 ............................... 26 a 30

4 ............................... 31 a 35

8 ............................... 36

La date du point maximum semble, a premiere vue, avoir une signification; on peut croire qu'elle indique a quel moment le sujet a montre le plus grand effet de la suggestion, d'ou on pourrait conclure que tel sujet a ete plus lent qu'un autre a resister a la suggestion, etc.; mais ces interpretations, si elles sont exactes pour certains eleves, sont inexactes pour d'autres, car elles ne tiennent pas suffisamment compte de la valeur du point maximum, et d'une foule d'autres circonstances, que nous examinerons dans un instant.

Nous donnons (tableau III) la liste de nos eleves, avec leur coefficient de suggestibilite; ce coefficient a ete calcule en prenant le rapport entre la distance du point maximum a la marge et la distance du point 5 a la marge, cette derniere distance etant rendue egale a 100. Par consequent, un sujet dont le coefficient serait egal a 100 (aucun n'a ete dans ce cas, mais a la rigueur ce cas pourrait se presenter) un tel sujet a fait son point maximum a la meme distance exactement que le point 5; un sujet dont le coefficient est de 200 a fait son point maximum a une distance double de celle du point 3, et ainsi de suite.

Dans cette liste, le coefficient le plus faible est de 109; comme 100 represente l'absence de suggestibilite (par rapport a l'experience sus-dite, car evidemment il ne s'agit point d'une absence absolue de suggestibilite, tout le monde etant plus ou moins suggestible), 109 indique une suggestibilite extremement faible, peut-etre meme douteuse; avec les nombres qui suivent, 121 et 125, les doutes sont leves, la suggestibilite devient certaine, tout en restant assez faible. A la fin de la liste, nous atteignons de tres gros coefficients; il y a 16 eleves dont le coefficient est superieur a 200, dont par consequent la suggestion a pu doubler la ligne et au dela; les derniers termes atteignent 400, 500 et meme 600. Ce sont des coefficients enormes, et cependant ils sont encore inferieurs a la realite; ils appartiennent a des eleves qui ne se sont jamais repris, qui ont prolonge la ligne continuellement avec regularite, et qui n'ont cesse de la prolonger que parce que l'experience a pris fin; je regrette un peu d'avoir termine l'experience pour eux au point 36; il aurait fallu la pousser jusqu'au bout, jusqu'a ce que l'enfant se corrigeat. Ainsi le nomme And., que nous avions deja signale, est arrive a faire une ligne de 30 centimetres, en reproduisant une ligne de 6 centimetres; il eut ete curieux de savoir s'il aurait continue indefiniment, s'il serait alle jusqu'au demi-metre ou jusqu'au metre.[39]

[Note 39: J'ai du m'arreter a 36 parce que mes modeles de ligne etaient de ce nombre; mais il y a un procede qui permet de continuer _indefiniment_ l'experience, ce procede consiste a dessiner les lignes sur un disque recouvert d'un ecran perce d'une fenetre, par lequel on decouvre chaque ligne isolement.]

Pendant que le sujet marque des points, il peut de temps en temps faire une reflexion a haute voix; le plus souvent, il change de physionomie, fronce le sourcil a un certain moment, rougit, parait embarrasse; ces jeux de physionomie sont pour nous faciles a comprendre, par la raison que nous avons deja vu toute une serie d'eleves passer par le meme chemin, et se comporter de la meme maniere devant les obstacles. Tout ceci doit etre note avec soin. On notera egalement la lenteur et la rapidite des mouvements, les artifices que certains emploient pour mieux se rappeler la longueur des lignes, etc.

Enfin, quand l'experience est terminee, il reste a interroger le sujet. Il faut lui poser un certain nombre de questions precises. Cette partie de la recherche est peut-etre la plus instructive de toutes: c'est la premiere fois que dans les ecoles j'ai eu recours a l'introspection. Je croyais jusqu'ici que lorsqu'on faisait des experiences sur des eleves d'ecole primaire elementaire, il etait inutile de les interroger sur les experiences, et de recueillir avec soin leurs impressions, comme on le fait pour les adultes; je supposais que des enfants aussi jeunes, aussi faciles a troubler et a suggestionner, aussi prompts au mensonge, ne pourraient que donner des reponses suspectes, qui loin d'eclairer les questions pourraient egarer l'experimentateur. Sans doute, tout cela est vrai; mais sur la conclusion a en tirer j'ai change d'opinion; je me suis convaincu, par la recherche que j'expose en ce moment, qu'il est possible de provoquer l'introspection meme chez des enfants de huit a dix ans, a la condition bien entendu qu'on evite plusieurs causes d'erreurs, comme: 1e la timidite de l'enfant, laquelle provoque souvent le mutisme; 2e la difficulte pour l'enfant de comprendre des termes qui n'appartiennent pas a son langage ordinaire; 3e sa suggestibilite, qui lui fait varier ses reponses suivant la nature des questions qu'on lui pose; 4e ses mensonges; 5e ses erreurs d'imagination et de jugement.

_Description des resultats d'experience_.--Je passe maintenant a l'examen des resultats, obtenus en experimentant sur 42 eleves d'ecole primaire elementaire.

Nous ferons notre description en commencant par les eleves qui ont montre le moins de suggestibilite.

DELANS.--Coefficient: 109. Ce sujet a-t-il ete suggestionne? On peut en douter (fig. 5)[40]. A partir du point 5, il a marque le point 6 a peu pres a la meme distance, c'est-a-dire a 43 millimetres de la marge; le point 7 a ete marque a 45 millimetres: c'est un ecart bien petit; la suggestion a ete assez faible; puis, a partir du point 7, il est revenu vers la marge, ensuite il s'en est eloigne, dessinant une ligne serpentine irreguliere qui, dans sa direction generale, est a peu pres parallele a la marge; probablement le sujet a compris que les lignes cessaient de s'accroitre; en tout cas, il s'est affranchi de la suggestion D'accroissement.

[Note 40: Cette figure, comme toutes celles de ce chapitre, est la Reproduction exacte des feuilles d'experience, sauf la modification suivante: on n'a pas reproduit la feuille entiere, qui avait 12 centimetres de largeur, mais seulement la partie de cette feuille qui est occupee par les points que le sujet a marques.]

Alors, demandera-t-on, pourquoi n'a-t-il pas fait toutes les lignes egales, et n'a-t-il pas aligne tous ses points sur une ligne parallele a la marge? C'est un fait qu'aucun sujet n'a trace plus de cinq ou six points en ligne droite. Pourquoi? Sans doute, parce qu'il est extremement difficile de decider qu'une serie de lignes, montree successivement, est d'egale longueur. On peut bien s'apercevoir qu'elles n'ont aucune tendance a augmenter ou a diminuer, mais il serait temeraire de certifier leur egalite. Ensuite, remarquons que le seul fait de montrer des lignes differentes eveille la suggestion que ces lignes sont de longueur differente. Quand une personne marque toutes les lignes egales, il est possible que cette personne ait su, par un moyen detourne, que les lignes etaient egales. En voici un exemple. Pendant qu'un des sujets, Monne, fait la copie des lignes, je communique a _demi-voix_ au directeur, present dans le cabinet, la reflexion que si les sujets font d'ordinaire les lignes differentes de longueur, c'est que comme ces lignes sont distinctes, l'eleve ne peut croire qu'elles sont egales. Tout ceci est dit a demi-voix, et il fallait que l'eleve fut bien attentif pour m'entendre; il m'a entendu, c'est certain, sa feuille d'observation le prouve, car aussitot apres, a partir du neuvieme point, il a, sans ombre d'hesitation, aligne tous ses points parallelement a la marge.

Delans...., celui qui a le coefficient de suggestibilite le plus faible, s'etait egalement montre tres peu suggestible dans la premiere experience. C'est un des garcons les plus ages de l'ecole, il a quatorze ans passes, il est en 1re classe, il a une physionomie d'adulte; un peu en retard dans ses etudes, il vient d'obtenir cette annee seulement son certificat d'etudes. On ne le range point parmi les eleves dociles; il a une tendance a resister.

Les eleves suivants ont tous une suggestibilite plus grande.

MIEN. C'est un enfant assez jeune, faisant partie de la 3e classe. Son coefficient de suggestibilite est de 121. Il s'est laisse entrainer par la suggestion jusqu'au point 7, ce qui fait un entrainement de 12 millimetres; puis il s'est corrige, avec le point 8; et on peut se demander si a partir de ce point 8 il a subi a quelque degre l'influence de la suggestion, ou au contraire s'il est parvenu a y echapper. C'est un point d'interrogation qui se pose: pour tous les sujets dont la suggestibilite est faible; la question a donc une portee generale et elle vaut la peine d'etre examinee avec soin. Pour la resoudre, il faut faire un examen minutieux de chaque point, et alors on arrive a constater un fait extremement curieux: c'est que l'influence d'une suggestion faible se manifeste par des caracteres tellement nets qu'on ne peut pas en revoquer l'existence. Voici comment nous faisons cette constatation; tout point que l'eleve marque peut se trouver, par sa position, plus eloigne de la marge que le point precedent, ou plus rapproche de la marge: le premier genre d'ecart se fait dans le sens de la suggestion, puisque la suggestion a pour but de faire paraitre les lignes plus grandes qu'elles ne le sont en realite; et tout ecart de la seconde espece se fait dans le sens d'une lutte contre la suggestion. Maintenant, j'ajoute bien vite qu'il n'est pas absolument prouve qu'un ecart vers la droite est un _ecart de suggestion_, et qu'un ecart vers la gauche est un _ecart de correction_, car il existe aussi incontestablement ce qu'on pourrait appeler des _ecarts de hasard_. Le sujet indecis doit de temps en temps marquer certains points, au hasard, sans y attacher d'importance. On ne peut donc pas, lorsqu'on cherche a etablir la signification d'un point en particulier, affirmer avec certitude qu'il est du a une suggestion, ou a une correction, puisqu'il peut etre du simplement au hasard. Par hasard, j'entends tout simplement des causes autres que la suggestion et la resistance a la suggestion; j'entends ces petites causes, presque imperceptibles, qui agissent sur nos mouvements, et qu'il serait fort difficile de decrire en detail. Mais en revanche s'il est difficile d'eliminer la part du hasard dans l'examen individuel de chaque point, on peut faire cette elimination dans les moyennes. Groupons ensemble tous les ecarts de suggestion, groupons ensemble tous les ecarts de correction, cherchons si ces deux especes d'ecarts ont des caracteres differents; les ecarts de hasard, se trouvant repartis indifferemment dans ces deux groupes, se compenseront et s'annuleront.

Or, il apparait nettement que les ecarts de correction et les ecarts de suggestion ont des caracteres tout differents; les premiers sont moins nombreux que les seconds, et de plus, ils sont plus grands; ce qui signifie, traduit en termes moins abstraits, que la suggestion de l'experience a une action douce, continue, relativement a l'effort de correction, qui est plus brusque et intermittent. C'est ce dont on peut se convaincre en faisant la somme du nombre des ecarts et la somme de leur valeur. Ainsi, pour Mien, chez lequel le phenomene que nous venons de decrire est a peine sensible, on trouve:

Valeur des ecarts Nombre des ecarts Nombres des ecarts en millimetres. de correction ayant de suggestion ayant cette valeur. cette valeur.

12 1 0 9 1 0 8 1 1 7 1 1 6 0 1 4 1 4 3 1 1 2 1 0

En calculant ces chiffres, on voit que le nombre total des ecarts de correction a ete de 7, et le nombre total des ecarts de suggestion a ete de 8, par consequent un peu plus fort; d'autre part, si on fait le total des millimetres en additionnant la valeur des ecarts de chaque espece, on trouve que les ecarts de correction s'elevent en moyenne a 6mm,4, tandis que la valeur moyenne des ecarts de suggestion est plus faible, de 3mm. Ainsi les ecarts de suggestion sont superieurs en nombre, moindres en valeur. La difference est faible, et certainement il faudrait la considerer comme negligeable si on ne la rencontrait pas plus accentuee chez beaucoup d'autres eleves.

NIL.--Son coefficient est 125. Lui aussi est alle jusqu'au point 7 sans se douter de rien; il a donc fait, comme le precedent eleve, 2 points avant de se corriger; puis il est revenu vers la marge, et s'y est maintenu parallelement. Mais on peut remarquer chez ce sujet comme chez Mien., qu'il y a eu apres le point 5, _persistance d'une suggestion tres faible d'accroissement, contre laquelle le sujet a continuellement lutte_, car il a fait 10 ecarts de correction et 12 ecarts de suggestion; et d'autre part, la valeur moyenne des ecarts de correction a ete de 6mm,4, et celle des ecarts de suggestion a ete de 3mm,3; ainsi, cet eleve, quand il s'est corrige, a fait des ecarts plus grands et plus brusques que lorsqu'il a obei a la suggestion; celle-ci a ete plus douce et plus continue.

ABRAS.--Suggestibilite faible, 125. Il s'est corrige tres vite, des le 7e point; mais la suggestion a persiste faiblement, car il a fait 13 ecarts de suggestion, contre 10 ecarts de correction, et la valeur moyenne des ecarts de suggestion est de 3mm,2, tandis que celle de ses ecarts de correction est plus forte, 7mm,6; nous connaissons maintenant la signification de ces chiffres.

LAC.--Suggestibilite faible, 136. Sa feuille, reproduite dans la figure 7, montre qu'il n'a jamais marque d'ecarts plus grands que 4 millimetres, a partir du point 5. Probablement, il a ete tres mefiant. Il a subi l'influence de la suggestion jusqu'au point 7; mais, chose curieuse, il a diminue ses ecarts des le point 5; jusque la, il faisait des ecarts de 8 millimetres; a partir du point 5, il diminue les ecarts, il n'en fait plus que de 4 millimetres, cela indique une certaine finesse de perception. On rencontre des exemples analogues chez d'autres eleves. A partir du point 8, a-t-il ete soustrait a la suggestion? C'est douteux. Il a fait 6 ecarts de suggestion, contre 4 ecarts de correction.

MATH.--Suggestibilite de 138. C'est au 6e point qu'il se corrige. Il avait deja une demi-correction au 7e point qu'il avait fait de 4 millimetres comme ecart, alors que tous les ecarts precedents etaient de 8 ou de 12 millimetres.

GESBE.--Suggestibilite: 138. Au 9e point seulement il se corrige, puis il est legerement repris par la suggestion et finalement il marque des points rigoureusement equidistants, dont la distance a la marge est comprise entre le point 7 et le point 8.

MARCHA.--Suggestibilite: 140. Cet eleve a ete _tres lent_ a s'apercevoir de l'erreur qu'il commettait; c'est au 13e point seulement qu'il est revenu en arriere; mais il semble avoir eu, avant de marquer le point 13, une demi-conscience de son erreur, car a partir du 4e point il a fait des ecarts suggeres de 4 millimetres seulement, alors que les ecarts precedents etaient de 12 millimetres et meme de 16 millimetres. L'effort de correction (au 13e point) a ete brusque et tres grand, de 12 millimetres. A partir de ce 13e point, qui marque l'endroit precis ou le sujet a repris possession de lui-meme, il y a eu lutte entre l'automatisme de la suggestion et les efforts de correction, lutte lente dans laquelle on discerne une progression des points vers la marge. Il a eu 12 ecarts de suggestion, et 9 de correction, et la valeur moyenne des premiers est egale a 5mm, tandis que celle des seconds est egale a 8,4 mm; ce qui est conforme a la regle habituelle.

En resume, chez tous les sujets dont l'etude precede, les trois faits suivants se produisent avec plus ou moins de nettete:

1o Une suggestion se manifestant apres le point 5, suggestion comprenant un nombre variable de points, et dans laquelle les ecarts sont d'ordinaire rapetisses relativement a ce qu'ils etaient avant le point 5;

2o Une correction, tantot forte, tantot faible, tantot brusque, tantot progressive;

3o Apres la correction, le sujet se maintient a peu pres a egale distance de la marge, comme s'il etait averti du peril de la suggestion auquel il vient d'echapper; l'analyse montre, il est vrai, que les ecarts positifs (eloignant de la marge) sont plus nombreux et plus faibles que les ecarts negatifs (rapprochant de la marge) caracteres qui sont precisement ceux de l'automatisme en conflit avec le sens critique. Mais cette influence persistante de la suggestion est tres faible, et il est juste de considerer tous les sujets precedents comme etant parvenus assez vite a se corriger et a se reprendre.

Les cas qui vont suivre appartiennent a une autre categorie; ce sont des sujets chez lesquels la suggestion a une influence plus forte et suspend le sens critique. Ne pouvant decrire les reactions de tous nos sujets, nous signalerons les plus typiques, laissant de cote les cas intermediaires, mixtes, moins bien tranches.

DESVA.--Suggestibilite: 141. Ce cas est peut-etre le plus interessant de tous. C'est un cas type dans lequel des phenomenes, ordinairement tres vagues, de lutte entre l'automatisme de la suggestion et le sens critique sont portes a un tel degre de precision qu'on ne peut plus en douter.

La suggestion, comme nous venons de le montrer, a un mode d'action faible et continu, le sens critique a un mode d'action fort et intermittent. Nous n'avons pu entrevoir cette difference dans le mode d'action des deux forces qu'en faisant le total des ecarts de suggestion et des ecarts de correction, et en etablissant la moyenne de la valeur de ces deux especes d'ecarts; les differences numeriques ont toujours ete, jusqu'ici, extremement faibles, et si elles nous ont paru quand meme importantes, c'est parce que nous les avons trouvees constantes. Jamais nous n'avons encore rencontre un eleve chez lequel les ecarts de correction seraient faibles et continus, et les ecarts de suggestion forts et intermittents; et si ce cas peut se presenter--ce qui doit etre, car toutes les varietes sont possibles--nous supposons qu'il doit etre relativement rare.

Or, chez Desva (fig. 8), nous trouvons que sur 36 ecarts, il y a seulement 3 corrections, et par consequent 33 suggestions; et de plus, les 3 ecarts de correction ont une valeur considerable, tandis que les ecarts de suggestion sont extremement faibles; c'est donc la demonstration tres claire d'une particularite mentale qui jusqu'ici etait plutot soupconnee que demontree.

Ce sujet a ete tres lent a se corriger; il ne l'a fait qu'au 13e point; mais des le 6e, il a eu une demi-conscience que les lignes ne s'accroissaient pas comme auparavant; en effet, les premiers ecarts qu'il marquait avaient une valeur de 8 ou de 12 millimetres; a partir du point 5, il les reduit d'abord a 4 millimetres jusqu'au point 8; il faut suivre sur la figure le trace de ce ralentissement; au 9e point, il diminue encore l'ecart, il le fait de 2 millimetres; au 10e point il le fait encore de 2 millimetres; au 11e point, il n'ose plus avancer, ni reculer, il fait le point a la meme distance que le precedent; et le 12e est a 3 millimetres a droite; ici un ecart tres brusque, un retour en arriere; le 13e point presente un ecart de correction de 11 millimetres; le 14e point est une correction supplementaire de 4 millimetres. Ainsi, le sujet fait la une correction totale de 15 millimetres, ce qui est beaucoup pour lui. Puis, ceci fait, il est repris par la suggestion, et celle-ci l'entraine pendant les 9 points suivants; seulement, les ecarts de suggestion sont tres faibles, car avec ces 9 points il ne fait un avancement a droite que de 14 millimetres, ce qui est tres peu de chose, ce qui fait moins de 2 millimetres par point. Puis, au point 24, nous voyons le retour tres regulier du phenomene precedent: une correction enorme de 20 millimetres; c'est comme si le sujet se reveillait brusquement de son automatisme, rompait le charme, reprenait possession de lui-meme. Et cette correction enorme une fois faite, la suggestion faible et continue reprend, elle dure longtemps, elle va du 24e ou 36e point; seulement elle s'est encore affaiblie, car elle ne fait faire que 1 millimetre de progression par point vers la droite, tandis que precedemment, avec 9 points seulement, le sujet avait fait 14 millimetres. Ici s'arrete l'experience.

Ce sujet est donc bien distinct des precedents, puisqu'il n'a pas reussi, comme eux, a se debarrasser de l'illusion.

Le cas de Desva... est assez rare; je n'en puis citer qu'un seul du meme genre, celui de Mulle, qui a une suggestibilite tres forte, de 270. Jusqu'au 16e point, Mulle a obei a la suggestion avec une regularite tres grande, et presque tous les ecarts qu'il a marques sont egaux; puis, brusquement, sans que rien avertisse de cette sorte de coup de tete, il se corrige au 17e point; la correction est enorme, de 56 millimetres; c'est une correction qu'on peut considerer comme incoordonnee. Puis, tout de suite apres, le sujet est repris par la suggestion, et il marque une serie de points qui sont assez regulierement disposes en ligne droite; seulement les ecarts de cette serie de points sont plus petits que dans la serie precedente.