La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Part 8

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Les Azid habitent la partie sud-ouest du Ouadaï, non loin des Arabes Salamat. Leur pays est traversé par le baḥr Fodjo, qui forme la lagune de même nom, et par le déversoir des lagunes Bougdi et Ndouma (ou Andoma) : les deux baḥrs se réunissent à El Houguena, qui est la capitale des _Râchid el Baḥariyé_ (Râchid du Baḥr). La rivière résultante prend le nom de Baḥr Râchid et va se jeter dans le Baḥr Salamat à El Djideï. Les Azid sont sédentaires : ils élèvent des bœufs et pratiquent l’agriculture. Dans le pays qu’ils habitent, la terre est grasse et produit notamment beaucoup de sorgho (bérbéré) ; mais de grosses mouches, analogues à celles du Fitri, y sont un fléau pour le bétail. Ces Arabes, qui sont bien moins purs que leurs frères de la Bataḥ, se sont quelque peu mélangés aux Ḥamida qui venaient passer la saison sèche dans le Baḥr Râchid. Jusqu’à ces derniers temps, ils avaient vécu avec nous dans des termes peu amicaux. Mais les combats victorieux que nous avons livrés aux Ouadaïens (Amm Timan, Dokotchi, Djoua), semblent les avoir fait renoncer à toute attitude hostile à notre égard.

Certains Azid vivent également dans la région montagneuse située au nord-est du Baḥr Râchid (Bourma Taguil) : on les appelle _Râchid el Ḥidjar_ (Rachid des montagnes).

On trouve enfin quelques Oulâd Râchid dans le pays de Boli et de Kourtali.

=Beni Ḥassen.= — « Ils sont de la même famille que les Ḥamida ; de teint rougeâtre et peu nombreux. Ils habitent les bords de l’Ouâdi el Ḥamra ; comme leurs frères, ils vont chercher en automne des pâturages plus riches[140] ».

=Beni Holba[141].= — On considère les Beni Holba comme des parents éloignés des Oulâd Râchid. Ils sont nombreux au Darfour, et Nachtigal rapporte qu’ils pouvaient mettre 3.000 cavaliers en ligne. Cette tribu était beaucoup plus puissante autrefois, au temps où elle refusait de payer l’impôt à Moḥammed el Fâdhel ; mais ce sultan la décima, lui enleva ses troupeaux et, par la cruauté dont il fit preuve envers elle, mérita d’être appelé _La Mort des Beni Holba_.

Les Beni Holba, comme la plupart des Arabes de l’intérieur du Darfour, se sont mélangés aux autres indigènes et leur teint est généralement bronzé. Ils sont baggara et habitent autour du Djebel Marra, dans le district de Rô-Kouri. On en trouve également dans la région comprise entre le Djebel Marra, le dâr Sila et le pays des Taacha, particulièrement sur les bords de l’ouâdi Sâlèḥ. Les Beni Holba vivaient autrefois en état d’hostilité avec leurs voisins les Taacha. Lors du mouvement madhiste, ils prirent les armes, attaquèrent les troupes égyptiennes et contribuèrent à la chute du Darfour. Ils forment actuellement une tribu puissante, que le sultan ʿAli Dinar est tenu de ménager.

Hors du Darfour, on trouve des Beni Holba au dâr Sila et dans la partie orientale du Ouadaï.

BEDRIYÉ

Les Bedriyé ne sont pas des ’Yal Djinéd : ils se réclament de Bedr, fils de Dahmech, fils de Bounou Chaker. Ils habitent, au Darfour, la province orientale d’Abou Bâli. Ils possèdent quelques chameaux, mais ils élèvent surtout des bœufs et sont devenus en partie sédentaires.

EL FEZARA

Les Arabes qui descendent d’Aḥmed el Afzer sont appelés Fezâra : ils habitent presque tous le Darfour. Les deux fractions les plus importantes de ce sous-groupe sont constituées par les Ziadiya et les Maliya.

=Ziadiya.= — Les Ziadiya se subdivisent en Kouroumsiya et Qasarina. Ils habitent au nord d’El Fâcher, dans le Dâr Tokouniawi. Ces Arabes sont nomades et abbala. Nachtigal rapporte qu’ils possédaient cependant assez de chevaux pour pouvoir mettre 2.000 cavaliers en ligne.

=Maliya ou Maaliya.= — Les Maliya comprennent les Oulâd ’Abdou et les Ma’aqila. Ils sont abbala et nomadisent dans le Dâr-Abou-Dâli, au sud- est d’El Fâcher. « La tribu des Maaliya est, de toutes les tribus arabes du Sud, celle dont les mœurs s’effacent le plus rapidement. Adonnés à la boisson, menant la vie la plus dissolue, les Maaliya sont méprisés par les Arabes Ḥabbaniyé, Rizégât, Missiriyé et Ḥamer, qui ne boivent pas de spiritueux et tiennent encore un peu à la pureté des mœurs[142]. » Les Maaliya donnèrent cependant, avec les Rizégât et les Ḥabbaniyé, le signal de l’insurrection mahdiste dans le Darfour méridional.

=Autres fractions.= — Les Fezâra comprennent encore les fractions suivantes : Habbabin, Djelledat, Medjânin, Zanatit, Oulâd Igoï, Beni Oumm Ron et Beni Djerrâr. Ces Arabes habitent la partie orientale du Darfour : ils sont abbala et, pour la plupart, sédentaires. Les Zanatit et les Medjânin sont quelque peu représentés au Ouadaï. Ils sont sédentaires et agriculteurs : les premiers résident à ’Id el Gara’a ; les seconds à Ḥadjer Tokoulla, Medjânin et Daraba.

ZABALAT, MAHADI, ISSIRRÉ

Ces tribus, peu nombreuses, sont installées au Ouadaï, près de la frontière du Darfour. Elles doivent probablement se rattacher aux Arabes Djoheïna ; les deux premières appartiennent à la même famille et ont le teint fortement bronzé.

Les Zabalat sont fixés sur les bords de l’ouâdi Delal et émigrent au Kounoungo en automne. Les Mahadi, sédentaires et agriculteurs, habitent au sud du pays des Soungor. Les Issirré sont sédentaires à Chokkon et à Nella, où ils pratiquent l’agriculture.

ḤAMER OU ḤOMR

« Les frères Ḥamed el Afzer et Ḥamed el Adjezem avaient une sœur qui, après la mort de son père, contracta secrètement mariage avec un Tourroudj (tribu au teint clair mais non noble) ; elle devint ainsi l’aïeule des Ḥamr, dont le nom dérive de Aḥmar, c’est-à-dire rouge. Les Ḥamr (ou Ḥomr) forment une très nombreuse tribu, qui habite les districts-frontières du Kordofan et ceux du Dar-Four oriental : elle est riche en chameaux et peut mettre 1.000 cavaliers en ligne[143] ».

Cette tribu est l’ennemie héréditaire des Kabâbich et des Maliya.

* * * * *

[Note 74 : Ou ʿAbdoullahi el Djaa’ni.]

[Note 75 : Variante (d’après Nachtigal)

Moḥammed el Haouri

Abdallah el Dja’ani | +----------------+--+----------------+-----------+ | | | | Ḥamed el Adjezem Ḥamed el Afzer une fille Chaker | | | Djinéd Arabes Fezâra Arabes Hamer Daḥmech

Bedr ]

[Note 76 : On dit aussi : Aḥmed el Adjezem, Aḥmed el Adjedeb, Aḥmed el Egdeb.]

[Note 77 : Les Chekouriyé du Darfour doivent probablement être issus de Bounou Chaker.]

[Note 78 : On dit aussi : Djounéd, Djounaïd.]

[Note 79 : Pays du milieu, de l’intérieur (ou du Nord).]

[Note 80 : Pays du désert.]

[Note 81 : Enfants de Djinéd.]

[Note 82 : Elle aurait eu lieu au temps de l’un des deux sultans ouadaïens (ou Arous).]

[Note 83 : Ces Arabes attribuent les pertes qu’ils ont faites en chameaux à la piqûre d’une grosse mouche blanchâtre (_thèr_). Pour préserver ces animaux, ils les recouvrent parfois d’un grand filet en corde quand, au début de la saison sèche, ils viennent chercher du mil au Fitri. Ils considèrent Yao comme un point très malsain pour les bêtes et les gens, et ils n’aiment point y séjourner.]

[Note 84 : Depuis le temps où nous écrivions ces lignes, nos troupes ont pris Abéché et occupé en partie le Ouadaï. Les Arabes de l’Ouest n’auront désormais plus rien à craindre des bandes ouadaïennes.]

[Note 85 : Les Ouadaïens enlevaient de préférence les chameaux, afin d’empêcher les Arabes de fuir dans des régions sans eau, où ils ne pouvaient les poursuivre. Les Arabes font boire leurs chameaux tous les dix jours en hiver, tous les sept jours en été : les autres animaux boivent tous les jours.]

[Note 86 : Il est plus probable cependant que les Oulâd Hemed qui habitent actuellement le Darfour y étaient déjà à ce moment-là. Quelques-uns de ceux qui quittèrent le Baḥr el Ghazal durent se réfugier au Ouadaï, où l’on trouve encore des Oulâd Hemed dans le Dar Zioud.]

[Note 87 : Les Ta’âcha du Sila furent pillés en 1904 par Idris (aguid er Rachid) et Gomboro, et en avril 1905 par l’aguid el Djaʿâdné et Oust Kheir.]

[Note 88 : Rabaḥ demeura quelque temps dans le pays des Arabes Ta’acha.]

[Note 89 : Les Salamat disent d’ailleurs couramment : _Ana Salami_, je suis un Salamat ; _Houma min ’yal Salam_, ce sont des Salamat.]

[Note 90 : Certains Salamat se disent originaires du pays de Médine, du Hedjâz par conséquent.]

[Note 91 : Lors des fêtes de la circoncision, le sultan avait voulu confisquer les moutons que les Ma’ïn venaient d’égorger. Cette prétention aurait été, d’après les Arabes, la cause de la rupture.]

[Note 92 : Baḥr el Djideï (El Djideï est la capitale des Salamat du Ouadaï), ou Baḥr et Tiné (le fleuve de la boue), ou Baḥr es Salamat (le fleuve des Salamat).]

[Note 93 : Le village le plus septentrional du Fitri porte le nom de Rahd es Salamat (la mare des Salamat).]

[Note 94 : Foureau : _D’Alger au Congo par le Tchad_, p. 698. Les deux femmes Choa de la p. 699 sont des Salamat. Cela se reconnaît très facilement à leur coiffure.]

[Note 95 : Nachtigal, t. II, p. 436.]

[Note 96 : Chevalier, _Afrique centrale française_, p. 321.]

[Note 97 : Les _Boulala Gousar_ de la région d’Ourel, par exemple, qui sont originaires du Fitri et ne parlent que l’arabe.]

[Note 98 : Les Kanembou Goudjirou, qui sont en réalité des Kouka venus autrefois du Fitri ; les Baguirmiens et les Lisi d’origine babalia ; les Boulala, qui sont d’origine kanembou, etc.]

[Note 99 : Les Yéssiyé furent autrefois plus nombreux dans la région de la Bataḥ de Laïri (Abouraï, El Bakkas, Nabagaïa) ; à la suite de pillages répétés de la part des Ouadaïens, beaucoup d’entre eux s’enfuirent vers l’Ouest.]

[Note 100 : Am Deguemat, sur la Bataḥ, est la résidence de l’aguid es Salamat.]

[Note 101 : _Voyage au Ouadaï_, p. 41.]

[Note 102 : _Rabèḥ_ ربح est le nom indigène de Rabaḥ.]

[Note 103 : Capitaine Julien, _Le Dar-Ouadaï_. Les femmes arabes chantent souvent les péripéties de la lutte entre Djideï et Cherf eddin.]

[Note 104 : _Bir el Khala_, le puits de la brousse.]

[Note 105 : _Le Petit Temps_, 11 octobre 1908.]

[Note 106 : On trouve encore des Oulâd Moussa à Matko (Baguirmi) et à Kornaka, du côté de Bédanga.]

[Note 107 : On dit que les Kouka de Bouloulou-Sigdia sont venus du Tania.]

[Note 108 : « Le Debaba fut occupé au commencement du XVIIe siècle..... Mousa, le père et fondateur de la tribu des Oulâd Mousa, est enterré dans le Debaba, près du village de Bouloulou. Chaque année, de nombreux pèlerins viennent prier sur sa tombe et immolent à sa mémoire des bœufs et des moutons. » Capitaine Rivière, _Notice sur le Cercle de Moïto_.]

[Note 109 : En 1904, par peur des pillards ouadaïens, ceux qui possédaient quelques biens se réfugièrent en territoire français. Ils menaient l’existence nomade et passaient la saison sèche dans la région de Seïta et de Malabesse.

On trouve également quelques Salamat au nord de la Batah, dans la région Ourel-Cheqqel Hadjlidj.]

[Note 110 : En arabe régulier, مدب _madabb_ signifie : lieu où l’eau s’écoule. Debaba a un sens analogue. Ce mot est donc un nom de pays et non, comme on l’a cru parfois, un nom de tribu.]

[Note 111 : Celui de 1900, par exemple.]

[Note 112 : Freydenberg, _Le Tchad et le Bassin du Chari_, p. 99.]

[Note 113 : Baḥr Ligna.]

[Note 114 : Chevalier, _Afrique centrale française_, p. 337. Nous avons déjà dit que les baḥrs entourant les îles des Kouri-Kaléa sont asséchés depuis quelques années et que ce pays n’est plus qu’un ancien archipel.]

[Note 115 : Les Pouls sont disséminés dans tout le Baguirmi, entre Tchekna, Bousso et Bédanga. Ils forment un groupe assez important dans la région de Tchekna. Leur teint est généralement foncé, par suite de croisements avec les populations étrangères, notamment avec les Baguirmiens : beaucoup d’entre eux ne parlent que le baguirmien et l’arabe. On trouve cependant, du côté de Melfi, des Pouls qui ont gardé leur teint clair et leur longue chevelure.]

[Note 116 : Chevalier, p. 320. Cette description peut s’appliquer à la plupart des Salamat.]

[Note 117 : Chevalier, p. 332.]

[Note 118 : Nachtigal. Il se pourrait cependant que ce nom de Oulâd ’Aïnâ ne soit autre chose que Oulâd Ma’ïn.]

[Note 119 : Le pluriel de _chérif_ est aussi _achrâf_. Certains Arabes de la vallée du Nil portent ce titre et c’est à leur groupe qu’appartenait le Mahdi, Moḥammed Aḥmed. Les Achrâf, c’est-à-dire les parents du Mahdi et leurs partisans, outrés des humiliations que leur avait fait subir le khalife ʿAbdoullahi, essayèrent de renverser ce dernier.]

[Note 120 : _Voyage au Ouadaï_, p. 43.]

[Note 121 : Dans tout le pays qui nous occupe, les baḥrs sont la plupart du temps à sec. Ils ne renferment de l’eau que pendant l’hivernage, soit qu’il s’y forme des mares d’eau de pluie, soit que l’eau y soit amenée par des dérivations.]

[Note 122 : « Quant aux Areygât, le faguyh Moḥammed l’Areygât, interprète du sultan m’a dit qu’ils sont originaires de l’Irâg (Irak), et issus des anciennes tribus arabes des Lakhmides et des Djouzâmides ». El Tounesy, _Voyage au Ouaday_, p. 250.]

[Note 123 : Moḥammed el Fâdhel régna de 1799 à 1838.]

[Note 124 : On dit aussi Rézégat et Riziégat.]

[Note 125 : Slatin Pacha, _Fer et feu au Soudan_, t. I, p. 63.]

[Note 126 : Il y avait déjà depuis longtemps des Maḥariyé, Maḥâmid et Naouâïbé — appartenant aussi à la famille des Rizégat — dans les contrées du Nord. Nous avons vu, par exemple, que ces tribus arabes comptaient parmi celles qui aidèrent ʿAbd el Kerim ben Djamé à renverser la dynastie des Toundjour.]

[Note 127 : Slatin Pacha, _Fer et feu au Soudan_.]

[Note 128 : Lieutenant Lucien, _Ouadaï Aouali_ (_Bulletin du Comité de l’Afrique française_, 1910).]

[Note 129 : Lieutenant Lucien.]

[Note 130 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 71.]

[Note 131 : _Ibid._, p. 72. Le Bitakguinnek est la partie centrale du Ouadaï : il est administré par un kamkalek.]

[Note 132 : Perles vertes en verre.]

[Note 133 : Petits cylindres blancs, rayés de lignes brunes.]

[Note 134 : Olive, en arabe. Billes jaunes et transparentes qui, comme l’ambre, servent à faire des colliers.]

[Note 135 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 106.]

[Note 136 : Cette coiffure se compose de longues tresses qui pendent autour de la tête : les femmes mariées laissent tomber sur le visage une partie de leur chevelure. La coiffure peut aussi comprendre une tresse centrale qui descend sur la nuque et qui est simple pour les jeunes filles, double pour les femmes mariées.]

[Note 137 : On trouve, chez les Oulâd Râchid du nord de la Bataḥ, un village qui porte le nom de El Hémédiya.]

[Note 138 : « Le faguyh Moûça, aguyd des Zébédeh et frère de Bedr ed Dyn, imâm du sultan Sâboûn, m’a assuré que les Zébédéh sont d’origine yamanique, qu’ils tirent leur nom de Zébyd, ville de l’Yémen, et qu’ils descendent des Himyarites (Homérites) ». El Tounesy, _Voyage au Ouadaï_, p. 250.]

[Note 139 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 72.]

[Note 140 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 71.]

[Note 141 : On dit aussi Beni Halba.]

[Note 142 : Slatin Pacha, t. I, p. 220.]

[Note 143 : Nachtigal, t. III, p. 454.]

TRIBUS NON-DJOHEINA

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KABABICH

Nachtigal rapporte que les Arabes Djoheïna passent pour être proches parents des Kabâbich. D’autre part, d’Escayrac de Lauture, qui considère par erreur les Arabes du Soudan comme des tribus qoréïchites, range les Kabâbich, les Ḥamer et les Toundjour parmi les tribus non-qoréïchites.

Les Kabâbich nomadisent, avec leurs chameaux, dans la partie du désert qui s’étend entre le Kordofan et Dongola. Au temps où régnait le khalife ʿAbdoullahi, ces Arabes virent leurs biens confisqués par ce dernier, sous prétexte qu’ils n’avaient pas fait de pèlerinage à Omdourman, où se trouvait le tombeau du Mahdi. « La tribu des Kabâbich avait longtemps fait le commerce de la gomme et possédait beaucoup d’argent, que selon leurs coutumes, ils avaient enfoui dans le désert à un endroit connu d’eux seuls. Des tortures de toutes espèces les forcèrent de trahir leur cachette et de livrer leur fortune[144]. » La plupart de ces Arabes gagnèrent alors l’oasis de Omm Badr, où on n’osa les poursuivre.

BENI ḤASSEN DU DARFOUR

« Les Beni-Ḥassen du Dar-Mâdé habitent un district dont le centre est marqué par le Djebel Ottâch ; ils peuvent mettre en ligne de 6 à 700 chevaux et prétendent être venus du Yémen. Bien que cette origine ne soit pas démontrée, ils ne sont en tout cas ni des Fezâra, ni des Soudjan (Soudanais)[145]. »

KOROBAT

« Les Korobat prétendent descendre du Yémen et en dernier lieu de Sabâ, un petit-fils de Yoqṭan[146] ; ils ne seraient donc pas Ismaélites, mais Sabéens. Lorsque les For soumirent les Guimr, qui commandaient la région du Djebel Nokat, située entre le Tama et le pays des Zegaoua, ils trouvèrent les Korobat. Ces Arabes se sont dispersés depuis dans le nord du royaume[147]. »

Il y a aussi quelques Korobat au Ouadaï, dans la région du ouâdi Lobbode et du ouâdi Delal : leur teint est bronzé et ils sont sédentaires.

DIALIIN

Nous ne saurions terminer cette étude d’ensemble des Arabes de l’Afrique centrale, sans parler des Dialiin. Ces Arabes habitent la vallée du Nil et ne se rattachent ni aux Ḥassaouna, ni aux Djoheïna. Ils sont cependant bien connus dans les pays dont nous nous occupons, par suite du rôle qu’ils y ont joué avec Zibêr, Solimân oueld Zibêr et Râbaḥ. D’autre part, les Djellâba, ces petits commerçants que l’on trouve dans la partie de l’Afrique comprise entre le Nil et le Haoussa, sont en majeure partie des Dialiin.

Les Dialiin se réclament de Ṣâlèḥ ibn ʿAbdallah ibn ʿAbbâs ; comme on le voit, ils font remonter leur origine à ʿAbbâs, oncle du Prophète, et c’est pourquoi ils se disent ʿAbbassides (ʿAbbassiyé, Benou ʿAbbâs). Ils habitent principalement la vallée du Nil, dans la région de Khartoum : d’où les noms de _Baḥara_, _Baḥarina_ et _’Ayal el Baḥr_[148], qui leur sont donnés au Darfour et au Ouadaï. Les Dialiin comprennent un certain nombre de fractions : Djimeab, Sadab, Magadib, etc.

L’aventurier Zibêr appartenait à la fraction des Djimeab. Il avait réussi, en faisant le commerce de l’ivoire et des esclaves, à se tailler une sorte de principauté dans le Baḥr el Ghazal. A la cour d’El Fâcher vivait, à ce moment-là, un certain faqih, Moḥammed el Boulali, qu’une vive inimitié séparait du vizir (ouzîr), Aḥmed Chettâh. Celui-ci fit tuer les deux fils de son rival, et le faqih, résolu à se venger, quitta le Darfour et se retira à Khartoum. Là, il vanta les richesses des pays du Sud et il décida le gouvernement égyptien à l’envoyer dans le Baḥr el Ghazal, pour prendre possession des provinces non occupées. La lutte éclata, naturellement, entre Zibêr et El Boulali : ce dernier fut battu et tué. Le vainqueur, grâce à des présents adroitements distribués, sut cependant se faire pardonner cette attaque par les Égyptiens, et il fut nommé gouverneur du Baḥr el Ghazal. Il tourna alors ses vues du côté du Darfour, dont il voulut s’emparer : il fit à Khartoum des propositions en ce sens et celles-ci furent finalement adoptées.

Depuis Moḥammed el Fâdhel, la puissance du Darfour était allée en déclinant et les Rizégât menaient de nouveau une existence presque indépendante dans le sud du pays. Ces Arabes pillèrent une caravane de Zibêr, qui traversait leur territoire pour se rendre du Kordofan au Baḥr el Ghazal et tuèrent les gens qui en faisaient partie. L’aventurier prit prétexte de cette agression pour envahir le Darfour : il massacra un grand nombre de Rizégât et s’installa solidement à Chekka. Sur ces entrefaites, le sultan Ḥassen mourait et était remplacé par son fils Ibrahim Koïko (1873).

Le vizir Aḥmed Chettah, qui attaqua Zibêr, fut battu et tué ; les Rizégât avaient prévenu les Dialiin de l’arrivée des Foriens et se tenaient prêts à accabler la troupe vaincue : ils tombèrent sur les fuyards, en massacrèrent un grand nombre et firent un butin immense. Zibêr, après avoir reçu du gouvernement égyptien un renfort d’hommes et de canons, s’avança jusqu’à Dara. Il repoussa une attaque du sultan du Darfour et poursuivit ce dernier jusqu’à Manoatchi : là, une bataille s’engagea et Ibrahim Koïko fut vaincu et tué. Le Darfour tomba alors entre les mains de Zibêr qui reçut le titre de Pacha. Mais des contestations s’élevèrent par la suite, entre lui et le représentant du gouvernement égyptien, Ismaʿïl Ayoub Pacha. Zibêr demanda et obtint l’autorisation de se rendre au Qaire pour présenter ses hommages au khédive, l’assurer de sa fidélité et aussi lui exposer ses griefs : il y fut retenu prisonnier[149] (1874).

Sur ces entrefaites, Gordon succéda à Ismaʿïl Ayoub comme gouverneur général du Soudan. Zibêr avait été remplacé par son fils, Solimân oueld Zibêr, dont les chefs étaient pour la plupart Dialiin et anciens marchands d’esclaves. Solimân et ses compagnons eurent un moment l’idée d’attaquer Gordon, mais le général réussit à apaiser l’orage et nomma le fils de Zibêr gouverneur du Baḥr el Ghazal, avec le titre de bey. Depuis le départ de Zibêr pour le Darfour, cette province était administrée par un intendant du nom d’Idris oueld Dabter, qui appartenait à la tribu des Danâgla. Les Danâgla (pl. de Dongolâoui : habitant de Dongola, Dongolais) sont méprisés par les Dialiin, qui les considèrent comme les descendants de l’esclave Dangal, le fondateur de la ville de Dongola : ils sont le produit d’un mélange d’Arabes immigrés avec d’autres indigènes.

La vieille inimitié qui régnait entre Dialiin et Danâgla fit qu’Idris Dabter, ne voulant pas rendre compte de ses actes à Solimân, s’enfuit à Khartoum. Là, il dit que le fils de Zibêr considérait le Baḥr el Ghazal comme sa propriété personnelle et qu’il accordait toutes ses faveurs aux Dialiin, au grand détriment des autres tribus, des Danâgla en particulier. Grâce à ses intrigues, Idris réussit à obtenir la déposition de Solimân et à se faire nommer à sa place. Le fils de Zibêr, irrité, déclara qu’il ne céderait qu’à la force. Les marchands de la région durent alors opter pour l’un des deux partis : les Dialiin, qui formaient la majorité d’entre eux, se déclarèrent pour Solimân ; les Danâgla et les autres pour Idris Dabter. Solimân, qui avait grossi ses troupes de certains contingents, en particulier d’Arabes Rizégât et Ḥabbaniyé, était installé à Dem Zibêr (le camp de Zibêr) : il enleva Dara. Mais le gouvernement égyptien envoya contre lui une expédition, sous les ordres de Romolo Gessi. Solimân échoua dans les attaques qu’il dirigea contre Ganda ; Gessi le poursuivit, le battit et s’empara de Dem Zibêr, où les Danâgla se partagèrent en secret la plus grande partie du butin. Solimân, traqué, se réfugia alors dans les grands territoires de l’Ouest et Gessi ne rencontra qu’une troupe de partisans commandée par Râbèḥ (Râbaḥ), qui fut facilement battue et dispersée.