La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Part 6

Chapter 63,644 wordsPublic domain

Les Salamat du Ouadaï sont en majeure partie installés sur les bords du Baḥr el Djidéï : on en trouve également dans la région comprise entre cette rivière et la Bataḥ[100], et dans le dar Sila. Ces Salamat sont beaucoup plus purs que leurs frères de l’Ouest. Nachtigal signale, par exemple, le teint rougeâtre des Oulâd Abou Dôou, installés à Amm Demm sur la Bataḥ. Ces Arabes lui firent un excellent accueil : l’explorateur passa quelques jours dans le village de leur cheïkh ʿAli el Djideï, qui était alors absent, et la fille mariée de ce dernier, Fatima, le logea dans la case de son père. « Les femmes et les filles du village, écrit Nachtigal, nous firent passer agréablement le temps. En l’absence des hommes, elles jouissaient d’une grande liberté, n’avaient presque rien à faire et étaient très familières. Leur teint était généralement rougeâtre. Fatima, la fille du cheïkh absent et dont le mari était aussi en voyage, était un type de beauté sémite. Rien ne décelait chez elle le séjour, plusieurs fois séculaire, de sa tribu en pays noir[101] ».

Les Salamat du Ouadaï sont nombreux : Nachtigal rapporte qu’ils étaient administrés par 99 cheïkhs et qu’ils pouvaient mettre 4.000 cavaliers en ligne. Ceux du Baḥr el Djideï sont actuellement soumis à notre influence et leur grand chef, El Fadhel, nous est très dévoué. L’aguid es Salamat, un des plus importants dignitaires du Ouadaï, commandait autrefois cette tribu. Il faisait de fréquentes razzias dans les pays du Sud : les esclaves et l’ivoire, qui forment la base du trafic avec les Tripolitains, étaient en grande partie fournis par lui.

Les Salamat envoyaient à Abéché un impôt annuel qui consistait en esclaves, ivoire, bœufs, tekaki et autres dons en nature. Ils furent souvent maltraités par les Ouadaïens et c’est pourquoi l’accord n’a pas toujours été parfait entre ces Arabes et leurs maîtres. Djidéï, le père de Fatima, était le cheïkh le plus influent de la région du Baḥr et Tiné, et le sultan ʿAli, afin de pouvoir mieux le surveiller, l’avait obligé à venir se fixer à Amm Demm (1869). Plus tard, sous le règne de Yousef, Djideï voulut échapper à la domination tyrannique de l’aguid Cherf eddîn et se tourna du côté de Rabaḥ, qui circulait alors dans le dar Rounga, le dar el Kouti et les pays plus au Sud. « En 1886, l’aguid Cherf eddîn, en tournée d’impôt dans sa province du Dar-Salamât, voit apparaître Rabeḥ[102], appelé par ʿAli el Djedeï, cheïkh des Arabes Oulâd Dâo, qui était le chef le plus considéré des Salamât. Une bataille indécise eut lieu à Oum-el-Timane et lorsque Cherf eddîn revint à Abéché, il fut plutôt mal reçu par le sultan Yousef de n’avoir pu écraser son ennemi avec les moyens dont il disposait. Aussi en 1888, comme le même cheïkh ʿAli el Djedeï préparait l’exode de sa tribu pour se joindre à Rabeḥ, en marche sur le dar el Kouti pour la seconde fois, Cherf eddîn profite de l’occasion pour se réhabiliter. Il accourt d’Abéché avec 5.000 cavaliers et, le huitième jour, il surprend les dissidents à Faki sur le Baḥr-Iro ; il fait trancher la tête à ʿAli el Djedeï, mais il s’en retourne à Abéché avant que Rabeḥ qui était à Denzé, à 10 étapes sud-ouest de là, ait eu notion du fait[103] ».

Plus tard, Cherf eddîn fut, à son tour, décapité par ordre de Doud- Mourra et deux de ses successeurs, Oust Khèr et Ḥassen Chaour, subirent le même sort. Le troisième, l’eunuque Gomboro, était réputé pour sa bravoure et aussi pour sa dureté envers les populations qu’il administrait.

En septembre 1906, beaucoup de Salamat, lassés de l’existence intolérable qui leur était faite, se réfugièrent au dar Sila. Le sultan de ce pays, Bakhit, refusa tout d’abord de les livrer à Gomboro ; mais Doud-Mourra expédia l’aguid el Maḥâmid sur les lieux et Bakhit dut céder : il envoya un salam de paix de cent bœufs.

Nous avons eu, à plusieurs reprises, affaire avec Gomboro, dans la région du Baḥr es Salamat. Cet aguid a trouvé la mort dans le combat d’Amm Timan, le 15 février 1908 : « Le lieutenant Tourenq, commandant le poste de Bir el Khala[104] (lac Iro), se mit à la poursuite d’une bande ouadaïenne, composée de 400 fusils à tir rapide, qui venait de razzier les tribus arabes du Baḥr-Salamat soumises à notre influence. Il l’atteignit à Amm Timan, après une marche forcée de 80 kilomètres à travers un terrain crevassé et les hautes herbes, et lui infligea un châtiment exemplaire. L’aguid Gomboro, qui nous combattait pour la troisième fois et avait déjà été blessé dans un engagement avec le capitaine Cornet en mai 1906, fut tué dans l’action. Plus de 70 morts restèrent sur le terrain. Outre l’aguid Gomboro, l’aguid el brich Sosel, l’addri Tchouma, venu directement d’Abéché, étaient au nombre des morts »[105].

Dans le territoire du Tchad, les Oulâd Mousa habitent surtout le Tania (ou Tagna) et le Debaba ; on en trouve aussi quelques-uns dans le dar Kaddada et à l’est du Fitri[106].

Avant l’arrivée des Arabes, le Tania était occupé par des Kouka[107] et le Debaba par des Kotoko. Moussa Oueld Ma’ïn s’installa avec les derniers : certains disent même qu’il entra en lutte avec eux et qu’il les chassa des bords de la Bataḥ[108]. Quoi qu’il en soit, les Kotoko se retirèrent du côté du Chari, laissant le champ libre aux Arabes. On trouve encore des ruines de leurs constructions en trois endroits du Debaba ; il y en a aussi quelques-unes dans la région de Moïto. Il nous a été dit que certains indigènes de la région Bokoro-Moïto seraient les descendants directs de Kotoko restés dans le pays, et qu’on les reconnaîtrait fort bien à la physionomie, aux yeux tout particulièrement.

Avant l’arrivée des Français, les Oulâd Mousa, tout en appartenant au Baguirmi, dépendaient de l’aguid ed Debaba. Ils menaient alors une vie misérable : ils n’avaient pas de bétail, étaient obligés de cacher leur mil et ne pouvaient s’habiller que d’une peau de mouton, car tout autre vêtement leur était immédiatement enlevé. C’est à la suite de pillages exécutés par les Baguirmiens que nombre d’Oulâd Mousa s’enfuirent à l’est du Fitri et allèrent se fixer sur les bords de la grande Bataḥ (Lemka, el Djeziré, Amm Tommès, Djebar). Depuis lors, ils sont revenus petit à petit au Tania, mais ces Arabes forment encore quelques villages à l’ouest d’Atya[109].

Les Oulâd Mousa du Tania vivaient autrefois en désaccord avec les Mayaguené, Baguirmiens métissés d’Arabes, qui habitent la région de Gogo-Amtalha. Cette lutte fut très vive au temps du cheïkh Moḥammed Danab, des Oulâd Mousa. Les Arabes du Debaba aidaient leurs frères du Tania. Danab, chassé par Acyl, dut se réfugier du côté d’Atya et fut remplacé par Kaba.

Enfin, au début de notre occupation, les Oulâd Mousa furent cruellement razziés, d’abord par l’aguid ed Debaba, Acyl, puis par Kodokolangui, un esclave de Gaourang, qui pilla les Yéssiyé et le Debaba.

On trouve des autruches dans les villages du Debaba. Ce pays a été ainsi appelé à cause de la Bataḥ[110].

La Bataḥ, qui porte d’abord le nom de Ba Laïri, prend naissance dans la région de confluents et de dérivations, qui s’étend entre le Baḥr Salamat et le Ba Mbassa. Les Arabes prétendent que le bras principal de ce baḥr serait issu du Ba Mbassa, près de Nigué. Pendant l’hivernage, la Bataḥ amenait autrefois les eaux du Chari dans la zone d’épandage Redediou-Bembé-Gogo, située entre Bokoro et Moïto. Il y avait là une vaste mare, qui ne communiquait pas avec la dépression de Moïto. Mais l’apport d’eau du Chari alla en baissant, surtout à partir de 1902 : actuellement, l’eau ne dépasse plus guère Gama et Nabagaïa, et elle n’atteint El Bakhas qu’exceptionnellement. Ainsi, pendant l’hivernage de 1906, qui fut cependant très pluvieux, l’eau ne dépassa pas Nabagaïa. L’année d’après, au contraire, après une période de pluies très insuffisantes, l’eau du Chari dépassa El Bakhas et arriva jusqu’à Delbini.

Les indigènes disent, de même, que le Baḥr Bourda est issu du Baḥr et Tiné. Les eaux du Bourda, qui finissaient autrefois dans la lagune d’Abou Goada, ne dépassent plus la lagune Ebé. A l’hivernage, tout le reste du baḥr se compose d’un chapelet de mares.

Les habitants du pays rapportent encore que, pendant les hivernages pluvieux[111], le Baḥr Bourda et le Baḥr Guéria communiquent entre eux et qu’on pêche alors, dans la lagune Ebé, le poisson du Fitri et celui du Baḥr et Tiné : on peut différencier, paraît-il, les deux sortes de poisson.

Comme tout le Baguirmi est couvert, à la saison des pluies, de mares et de baḥrs temporaires, on comprend, jusqu’à un certain point, que M. Freydenberg ait pu écrire : « En somme, si la communication n’est pas établie normalement entre le Fitri et le Chari, il suffit d’une crue importante de ce fleuve coïncidant avec de grosses pluies dans le Dékakiré et le Debaba pour qu’une ligne d’eau existe quelque temps entre la lagune et le fleuve »[112]. M. Chevalier dit également que le système très complexe de canaux du Baguirmi méridional « devait lui-même être en communication avec le bras allant du Baro au Ba Reguig de Gaoui[113] par des canaux découpant le Khozzam.

« Tous les pays s’étendant depuis le bas Baḥr Salamat et l’Iro jusqu’au bas Baḥr el Ghazal, sur plus de 300 kilomètres de largeur, étaient donc à une époque qu’il est impossible de préciser, mais vraisemblablement peu reculée, couverts d’innombrables canaux communiquant entre eux par une infinité de bras, tantôt enserrant autour des pics granitiques des aires exondées fort étendues, tantôt venant déboucher dans de vastes lagunes dont les lacs Iro et Fittri sont les derniers vestiges.

« Tous ces pays, actuellement menacés d’une stérilité complète par suite de l’extension du climat saharien, ressemblaient à ce qu’est aujourd’hui l’archipel Kouri, à l’entrée du Baḥr el Ghazal dans le Tchad. Ce lac est lui-même condamné au même sort que ces immenses lagunes[114]. »

_Deggâgueré_. — Les Deggâgueré seraient issus d’une captive des Yéssiyé, et cette prétendue origine leur vaut d’être peu considérés par les autres indigènes. Ils se sont mélangés à diverses populations noires et aux Pouls qui vivent avec eux[115]. Ils habitent le _Dekâkiré_ et possèdent de grands troupeaux de bœufs. « Grands et sveltes, ces pasteurs ont les membres grêles et nerveux, le teint ordinairement assez foncé, les cheveux légèrement crépus (certains pourtant ont les cheveux lisses et le teint chocolat clair), les traits fins, le front haut, la barbe fournie et portée entière, du moins par les vieillards[116]. »

Le Dekâkiré, qui relève du Baguirmi, était autrefois administré par un fonctionnaire ouadaïen, le koursi Kéréma.

Les Deggâgueré comprennent un certain nombre de sous-fractions :

Djamoussa. — Ces Arabes sont commandés par deux cheïkhs également influents. L’un d’eux, Garga, était autrefois le chef le plus considéré du Dekakiré. Il habite Safrou et commande aux Maïd, Amadia, Oulâd Issé, Oulâd Guérès, Oulâd Lecet, Choudouda.

L’autre cheïkh, Rali, réside à Malangué et commande aux Djamoussa- Djamoussa, Balal, Chélou, Oulâd Hédi.

Fagara (marabouts). — Habitent Dembé.

Am Zed. — Sous-fraction importante qui habite la région de Melfi.

Zoubalat. — A Moskao et Am Djemena.

Boulgouna. — A Komé.

Zalagmé. — A Kouri.

Oulâd Nâṣer. — A Am Bétéré et Diokhana.

Oulâd abou Ali. — A Bougta.

Oulâd am Kéoud. — A Tchéli.

Oulâd am Daoud. — A Am Djoumbo.

Les Arabes _Souboul_, qui ont le teint rougeâtre, habitent Banama et la région de Bédanga. Ils se rattachent très probablement à la tribu Hémat : ils sont d’ailleurs venus du Guéra, où l’on trouve actuellement certains Hémat (ʿAmer).

Il y a quelques _Yéssiyé_ dans la région de Bédanga (à Bédanga, Zaoua, Gama, Souk, Khibati). Comme tous les Yéssiyé, ces Arabes relevaient autrefois de l’aguid ed Debaba (Abou Kouyouma, Acyl).

Les _Yal Nas_ sont des Arabes ou indigènes arabisés qui vivaient autrefois sous la coupe de certaines populations fétichistes dont ils étaient plus ou moins les captifs ou les serfs. Ils habitent Toutba, Allo.

« La rivière du Dekâkiré (Baro) constituait avant l’ensablement de son lit un canal de jonction entre le Baḥr Salamat et le Ba Laïri. Dans ces deux fleuves, l’eau de la saison pluvieuse arrive à peine à remplir chaque année les dépressions de leur lit en constituant pendant quelques mois des chapelets de mares qui s’assèchent le reste de l’année. A plus forte raison le canal qui les réunissait a perdu toute son importance. Il n’est plus indiqué que par une ligne de points d’eau, presque tous taris au cœur de la saison sèche. Les Arabes du Dekâkiré conduisent alors leurs troupeaux aux mares persistantes et ne les dispersent qu’à l’arrivée des pluies[117]. »

ÊSSELA. — Les Êssela auraient comme origine Ma’ïn abou Mousa et seraient apparentés aux Oulâd Mousa.

Nous avons déjà vu que les Êssela comptent parmi les premiers Arabes venus au Bornou. Ils sont assez nombreux dans ce pays, où leurs principales subdivisions sont les Serâdjiya et les Oulâd ’Aïnâ[118]. Ils habitent Koussri, le Logone, Balgué, Deïma, le district d’Oudjé et la partie du Ngoumâti qui obéit à Guerbeï. Ils se sont mélangés à diverses populations, notamment aux Kotoko-Chaoué.

Les Êssela sont également répandus dans le dar Kaddada (Attiour, Njaïri, Digo, Abou Tchoukli, Am Beguena, etc.). Les femmes Êssela, Yéssiyé et Oulâd ʿAli ont une coiffure particulière, qui est plus ou moins adoptée par les autres femmes Salamat : de longues tresses, assez grosses, pendant de chaque côté de la tête ; du sommet du front partent deux autres tresses qui suivent le milieu de la tête et vont finir sur la nuque, où elles se relèvent en forme d’U.

Au Baguirmi, les Êssela habitent la région au nord de la route Maï Aïche-Ardébé. Ils comprennent deux subdivisions : les Rachidiya, dont le cheïkh réside à Thiéré ; les Doumlouq, qui ont leur cheïkh à El Agré.

_Oulâd ʿAli_. — Ces Salamat sont fixés au Baguirmi, à côté des Êssela. Leurs deux cheïkhs sont El Lichégri, à Koro, et Abou Sektein, à El Kouhl.

_Cheurafa_. — Les Cheurafa, Beni-Beder et Beni-Ḥassen sont étroitement apparentés et se rattachent plus ou moins à certaines autres fractions Salamat.

En arabe, _chérif_ veut dire « noble, illustre » : c’est le nom que prennent ceux qui descendent de Moḥammed par sa fille Fatima ; leurs tribus sont appelées _Chorafa_ ou _Cheurafa_ (pl. de _chérif_).

Jusqu’à quel point la fraction des Salamat mérite-t-elle ce nom ?... Ces Arabes ont été incapables de nous donner le moindre renseignement à ce sujet. Chose à remarquer : dans l’Afrique centrale, il n’y a qu’eux qui portent le nom de Cheurafa[119].

Il y a des Cheurafa au Bornou, entre Dikoa et Kala Balgué : Mouzé, Cheriferi, Dourgoussé, Mboro, Mderdam (près de Goulfeï). Les gens du Chérif, qui commande actuellement à Fort-Lamy, sont venus du Bornou, où ce chef arabe administrait autrefois une quarantaine de villages. Après la chute de Fâdhel Allah, quand nous évacuâmes le Bornou, le chérif nous suivit et vint s’installer sur la rive droite du Chari. Ses gens habitent Fort-Lamy, Mbololi, Bildé et Maï Aïche (commandé par le fils du chérif).

Au Baguirmi, il y a des Cheurafa à Derabi et à Abou Zagra. Leur cheïkh, Abadoud, réside à Derbéï.

Il y a aussi quelques Cheurafa à Atya. Ils sont assez nombreux au Ouadaï, dans le Baḥr el Djideï : ils habitent à côté des Hémat et leur capitale est Am Djellat.

Les Cheurafa sont apparentés aux Hilal (Yéssiyé).

_Beni Beder_. — Ces Arabes sont apparentés aux Cheurafa et vivent au Bornou, dans le district d’Oudjé. Il y en a quelques-uns au Baguirmi, où ils forment le village de Faqih Barka, Rebouq : leur cheïkh s’appelle Sombo.

_Beni Ḥassen_. — Ils sont de la même famille que les Cheurafa et les Beni Beder. Ils vivent au Bornou, dans le dar Oualoudji et le Mandara.

=Khouzam.= — Les Khouzam se rattacheraient à la tribu des Hémat : ils se réclament de Makhzoum, des 72 tribus venues de l’Est. Ils comprennent deux sous-fractions : Khouzam el Baḥariyé et El Alaling (ou Alalik).

Au Darfour, les Khouzam et les Kinâna, leurs proches parents, habitent la province orientale : ils ne sont point nombreux.

Au Ouadaï, on trouve des Khouzam dans le Mâgueren, du côté de Ḥadjer Atim, et dans le dar Zioud. Ils ont là de nombreux villages, où ils vivent mélangés aux Maba et aux autres populations du pays. Certains Khouzam résident dans le Koudougou, au nord du pays des Kadjâgsé : ils sont plus purs que les Salamat. Nachtigal, qui a traversé leur pays en se rendant au Rounga, rapporte ce qui suit : « Les habitants étaient en général rougeâtres de teint, ils n’étaient sédentaires que depuis 1870, après que l’épizootie eut décimé leurs troupeaux. Je fus très surpris de constater que, suivant la coutume du Ouadaï, les femmes des Arabes Khozzam ne pouvaient passer un groupe d’hommes qu’à genoux et à respectueuse distance. La boue et la pluie même ne les dispensaient pas de cet usage. De charmantes jeunes filles, ceinturées de soie, se traînaient à genoux à travers des mares, et c’est à peine si elles osaient se lever quand un homme, pris de pitié à leur vue, les invitait à les passer debout et la tête haute[120] ».

D’autres Khouzam, nomades et abbala, vivaient autrefois dans le pays au nord de la Bataḥ, à côté des Djaʿâdné et des Oulâd Râchid. La région qu’ils occupaient est parsemée de collines sablonneuses : kindoué d’Argana, kindoué de El Foutfouti, etc. On n’y trouve plus maintenant que quelques mesâkîn restés dans les villages (Argana, Karkour, Abou Sadjo, etc.), car la plupart des Khouzam sont passés en territoire français et font partie des « Arabes réfugiés au Fitri ». Ils ne quittèrent le Ouadaï qu’en 1904, alors que les Djaʿâdné étaient déjà partis l’année d’avant. Comme les Ouadaïens étaient furieux du départ de ces derniers, les Khouzam, qui craignaient d’avoir à pâtir de cette irritation, indiquèrent aux gens de l’aguid el Djaʿâdné les silos soigneusement dissimulés, dans lesquels les fuyards avaient enfoui leur mil.

La zone comprise entre le Fitri et le pays khouzam est, en grande partie, inondée pendant la saison des pluies : c’est pourquoi on l’appelle _Er Regaba_ ou _El Medjilèt_ (la mare d’hivernage). On voit, à l’intérieur de cette zone, d’anciens emplacements de villages Oulâd Hemed (Kardom, Dahtalla). Du côté du Nord, se trouve le Rahad Bouloua, où aboutit un ancien bras de rivière, El Oudey, dans lequel se forme, pendant l’hivernage, une succession de mares plus ou moins grandes.

Les Arabes d’Argana appartiennent aux Khouzam el Baḥariyé : cette sous- fraction comprend un grand nombre de subdivisions (Oulâd ʿAli, Oulâd Afan, Am Zihefé, Oulâd Abou Fahil, etc., etc.).

La plupart des Khouzam du Baguirmi relèvent également des Baḥariyé : les Oulâd Zaït, les Kanabké (ou El Meḥâmid) et les Oulâd Makram ont leurs cheïkhs à Djémémizé ; celui des Oulâd Hébé réside à El Kouk. ʿAbd el Djelil, qui commande aux Oulâd Zaït, est le cheïkh le plus considéré des Baḥariyé. Il y a également, au Baguirmi, des Khouzam ʿAlalik : leur cheïkh, Béchara, habite Ngama.

Les Khouzam du Baguirmi n’ont pas le teint clair de leurs frères abbala et ne se distinguent guère des Salamat. Dans leur pays, l’eau est assez profonde : les puits atteignent une trentaine de mètres. A l’hivernage, le sol se couvre, comme partout ailleurs, dans cette région[121], de mares et de baḥrs temporaires ; ceux-ci peuvent être assez considérables : signalons, par exemple, le baḥr qui traverse le pays des Khouzam, des Oulâd ʿAli et des Yéssiyé, et qui porte les noms de Hémemlé et de Matraga. L’eau y séjourne longtemps : en janvier 1907, alors que la plupart des mares du Dagana et la grande mare de Djodol elle-même se trouvaient à sec, le baḥr Matraga était encore plein d’eau ; celle-ci ne disparut complètement que vers le mois d’avril.

L’autruche abonde dans la région, et la partie inhabitée qui s’étend entre Massakory, Massaguet, le Khouzam et Ngourra, est sans cesse parcourue par les chasseurs ḥaddâd. On trouve des autruches domestiques dans tous les villages arabes du nord du Baguirmi, particulièrement dans le Debaba. Salamat et Khouzam abandonnent leurs villages à la saison sèche et se déplacent dans la brousse avec leurs troupeaux. Ils récoltent beaucoup de mil. Ils furent autrefois très maltraités par les Baguirmiens et aussi par les Ouadaïens, notamment par l’aguid el baḥr Haggar et son contingent de Kreda, par l’aguid ed Debaba Acyl et par le djerma ʿOthman, de qui relevait le sultan du Baguirmi. Ces Arabes faisaient alors une grande consommation de fruits de la brousse, surtout de nabaq et de hadjlidj, qui abondent dans le pays ; il n’y a pas de doum.

Les Khouzam du Bornou comptent parmi les derniers Arabes immigrés ; ils passèrent sur la rive gauche du Chari au temps du cheïkh Moḥammed el Amin, dans les environs de 1830. Ils sont métissés de sang noir et se subdivisent en Kanabké, Oulâd Abou Assaf, Omeïrat et Qebesat. Ils sont installés au Ngoumâti, à côté des Oulâd Hemed.

ERÉGAT

Les Erégat, nomades et abbala, habitent le Darfour : ils se réclament de Erêga (ou Rakal), fils de Djinéd[122]. Leur tribu était autrefois très puissante ; elle vivait dans le nord-ouest du pays, loin d’El Fâcher, et méconnaissait souvent l’autorité du sultan. Au début du XIXe siècle, ces Arabes voulurent profiter de la jeunesse du sultan Moḥammed el Fâdhel[123] pour secouer le joug du Darfour. Les troupes envoyées contre les Erégat furent battues à plusieurs reprises et, pour venir à bout de ces nomades, il fallut avoir recours à la ruse. Un envoyé du sultan fit demander les principaux cheïkhs, sous prétexte de leur remettre des vêtements d’honneur et de leur lire un message de son maître. Quand ils furent tous réunis, le Forien s’empara d’eux et les fit coudre dans des peaux, où l’on ne pratiqua d’ouvertures que pour la bouche et les yeux : transportés à El Fâcher, ces Arabes furent mis à mort. La tribu, ainsi privée de ses chefs, fut presque complètement exterminée : ses débris se réfugièrent au dar Tama et dans les pays du nord. Dans les anciens pâturages des Erégat, Moḥammed el Fâdhel fit transporter des Arabes Rizégat des pays du Sud : Maḥariyé, Maḥâmid et Naouâïbé.

Certains Erégat sont devenus sédentaires et vivent, au dar Tama, dans la dépendance d’autres tribus ; mais la majeure partie de ces Arabes mène la vie nomade et habite avec les Ziadiyé, les Maḥariyé et surtout les Maḥâmid, dans la région au nord de Kobéh.

MISSIRIYÉ

Les Missiriyé sont les descendants de Missir, fils d’Attïé. On trouve ces Arabes au Darfour (province de Dara) et dans le dâr Rounga (Mangari) : ils sont baggara.