La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Part 4

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Après la dispersion des tribus du groupe oriental, les Hassaouna occupèrent la région comprise entre le Chari, le Kanem et le Baḥr el Ghazal, où ils vécurent sous l’autorité successive simultanée du Bornou, du Baguirmi et du Ouadaï. Ces Arabes, comme tous les nomades, étaient très turbulents et passaient leur temps à se piller et à se battre. Des rivalités éclatèrent entre tribus ou même entre fractions d’une même tribu. Certains Ḥassaouna franchirent le Chari, à la recherche d’un pays moins troublé que celui de la rive droite : d’autres suivirent et la majorité du groupe se trouva ainsi transportée au Bornou. Les migrations successives et l’intervention de puissants voisins modifièrent souvent la situation respective des tribus ; nous signalerons celles qui, à un moment donné, ont exercé une sorte de prééminence.

D’une façon générale, les Ḥassaouna se sont conservés plus purs que certaines tribus du groupe oriental (Salamat, Hémat), depuis plus longtemps qu’eux au contact avec les populations noires. Ils se sont toutefois sérieusement mélangés aux autres indigènes : Kanouri, Kotoko, Kouri, Gourân, Toundjour, Kanembou, etc. Les plus purs d’entre eux, chez les Beni-Ouaïl, par exemple, se trouvent au Dagana et au Kanem. Les alliances avec des éléments étrangers devenant de plus en plus fréquentes, on peut prévoir le temps où il n’y aura plus de Ḥassaouna au teint clair. A l’appui de ce que nous avançons, nous citerons l’exemple des Dagana : Nachtigal, qui parle dans sa relation du teint « étonnamment clair » de ces Arabes, serait fort étonné de voir le changement qui s’est produit en une trentaine d’années.

On range souvent sous les noms de Ghaoualma (ou Qaoualma) et ’Aouada les tribus qui se réclament de Râlem et ’Aouada. Sont ainsi appelées les tribus suivantes : Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd Salem, Oulâd ’Amer, Assâlé, Dagana, Oulâd el ʿAouân, Oulâd Manṣour, Oulâd Amiré, etc.

=Oulâd Meḥâreb.= — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. Ils habitaient autrefois, en compagnie des Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân, Assâlé et Dagana, la région comprise entre le Chari et le Baḥr el Ghazal. Les Toundjour, installés au Kanem, recevaient un tribut de tous ces Arabes, qui étaient alors nomades. Des querelles fréquentes divisaient les tribus. Les Oulâd Meḥâreb, qui avaient eu quelque puissance au temps du cheïkh Kidjémi oueld Damir, furent vaincus et pillés par les Dagana, aidés par les Ouadaïens. Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân et Assâlé subirent d’ailleurs le même sort. Les Oulâd Meḥâreb passèrent ensuite au Bornou.

=Oulâd Serrâr.= — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. C’est un Serrâri, Igoma, qui, ayant été dépouillé de ses biens, alla trouver les Ouadaïens et les amena pour la première fois dans la région habitée par les Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân, Assâlé et Dagana.

Le cheïkh le plus puissant des Oulâd Serrâr fut Guènedj.

=Oulâd Sâlem, Oulâd ’Amer.= — Au Bornou.

=Assâlé.= — Ce sont les descendants d’ʿAli el Êsselé (ʿAli le chauve). « On les dit originaires du Fezzân », rapporte Nachtigal. Nous ne savons si le fait est exact, mais cette origine concorde, en tout cas, avec la direction générale d’arrivée des Ḥassaouna.

Les Assâlé, pillés par les Dagana, se réfugièrent du côté du Tchad. Ils habitent aujourd’hui, à proximité des Kouri-Kalé, la région qui a pour centre Bout el Fil. Ils sont peu nombreux et se sont fortement mélangés aux Kouri et aux Kotoko.

Quelques Assâlé passèrent au Bornou, afin d’éviter les razzias des Baguirmiens et des Ouadaïens. Ils sont également très teintés et habitent le pays de Magoumeri et le Ngoumâti. Nachtigal cite quelques- unes de leurs fractions[60] : Oulâd Solimân, Oulâd Merrouah, Oulâd Daï, Oulâd Tomboub, Oulâd Chérif et El Tawâbté.

Les chefs de cette tribu qui ont eu un certain renom sont les cheïks El Iamenouk[61], El Gadem Abou Sourra et Adem.

=Dagana.= — Les Dagana se réclament du cheïkh ʿOthman, appelé _Abou Diguen_ à cause de sa longue barbe, qui donna son nom à la tribu. La tradition des Dagana ne remonte pas au-delà du temps où ces Arabes, qui étaient alors abbala, menaient la vie nomade dans la région du Baḥr el Ghazal actuellement occupée par les Kreda (Djemilé, El Lihân, Am Atïé, Abou Debaba, Ed Dekma, Oufer, etc.). Vers la fin du XVIIIe ou le commencement du XIXe siècle, ces derniers descendirent vers le Sud et entamèrent la lutte pour la possession des pâturages du Baḥr el Ghazal : elle devait être longue et acharnée. La tribu des Dagana était alors assez forte : elle avait de riches troupeaux et pouvait mettre 1.300 cavaliers en ligne ; mais les Kreda étaient beaucoup plus nombreux.

La lutte avait commencé au temps du cheïkh Aḥmed oueld Meḥemmed, qui fut tué par les Kreda. Son fils et successeur, ʿAbd er Resoul, fut également tué par les Kreda à Stoumi (1846). Le frère de ʿAbd er Resoul, El Baḥeiri, continua la lutte. Mais la partie était inégale[62]. Malgré la vaillance de El Baḥeiri et de son frère Mousa Abou Doumou, qui, dit-on, tua de sa main trente Kreda dans le même jour pour venger la mort de son fils Brahim, les Dagana furent obligés de céder la place. Ils s’y résignèrent en 1868 et allèrent nomadiser au Fitri et au Médogo ; le climat humide de ces régions décima aussi bien les Arabes que leurs troupeaux et la tribu revint alors s’installer sur les bords du Baḥr el Ghazal, dans la région qui portait le nom de Massakôry : il y avait là d’excellents pâturages, dus à la proximité de l’eau du fleuve. Mais, pendant l’hivernage, les Dagana ne pouvaient plus, comme par le passé, remonter vers le Nord et se retirer avec leurs troupeaux dans les régions sablonneuses du Baḥr el Ghazal. El Baḥeiri, tout en conservant le commandement nominal de la tribu, laissait son frère Mousa exercer une autorité effective. A ce moment-là, les relations étaient tendues entre le sultan du Ouadaï, ʿAli, et son vassal Moḥammed Abou Sekkin, mbang du Baguirmi. Ce dernier envoyait ses troupes commettre des exactions dans certains pays dépendant directement du Ouadaï, au Fitri par exemple, et ne tenait aucun compte des observations du roi ʿAli. Un dernier incident devait donner le signal de la lutte. Les Dagana étaient administrés par un dignitaire ouadaïen, l’aguid el Djaʿâdné, qui levait l’impôt pour le compte du sultan. Moḥammed Abou Sekkin voulut aussi exiger un tribut du cheïkh Mousa. Ce dernier refusa. Le sultan du Baguirmi, furieux, ordonna alors d’arrêter les deux cheïks des Dagana, El Baḥeïri et Mousa. Mais ceux-ci se réfugièrent au Ouadaï et les Baguirmiens ne purent mettre la main que sur la mère de Mousa. Le sultan ʿAli intima à son vassal l’ordre de la remettre en liberté, et, sur le refus de ce dernier, la guerre éclata. Les Dagana firent partie du contingent arabe qui grossissait l’armée ouadaïenne. Après la chute de Massnia, ils reprirent leur existence nomade et promenèrent leurs _fourgan_ (campements) entre le Baḥr el Ghazal, le Chari et le Khouzam. En 1873, ils étaient campés sur les bords du Séré[63], où ils devaient rester quelque temps à demi sédentaires. C’est là que Nachtigal, en se rendant du Bornou au Ouadaï, avec un koursi du sultan ʿAli, ʿOthman oueld el Fadhel, et en compagnie d’une caravane de pèlerins haoussas et pouls, trouva installée la tribu des Dagana. Il ne put que constater sa décadence[64] : sa relation parle du teint « étonnamment clair » des Dagana et de leur « insupportable fierté ».

Chose curieuse, le passage de Nachtigal chez ces Choa ne fut point remarqué. Comme il portait un costume fezzanais, qu’il parlait très bien l’arabe et se faisait appeler chérif Idris, on dut le prendre pour un des nombreux Arabes du Nord, désignés sous le nom collectif de Fezzân (sing. Fezzâni), qui venaient alors commercer dans ces régions.

El Baḥeiri mourut en 1876. En janvier 1881, les deux voyageurs italiens Massari et Matteucci, après avoir traversé le Ouadaï et passé à Yao, Abou Koakib et Ngourra, arrivèrent à Massakôry, où se trouvait alors Mousa Abou Doumou[65]. Ils avaient comme guides les Ouadaïens El Amin et Kabeldjou. Les voyageurs excitèrent l’admiration du cheïkh et de son fils Aboubeker, en allumant un morceau d’amadou au moyen d’une loupe et du soleil[66]. Ils restèrent deux jours chez Mousa et gagnèrent ensuite Goulfeï et Kouka.

Après la mort de Mousa, son fils Abou Bekr alla à Abéché recevoir l’investiture. Le nouveau cheïkh et son oncle Handja, qui était chef de village, se disputèrent une succession, les armes à la main. Handja succomba dans la lutte et la plus grande partie de ses biens fut confisquée. Son fils ʿAli s’enfuit au Baguirmi, puis au Ouadaï, où il resta quelques années. Il finit par décider le sultan Yousouf à le nommer chef des Arabes Dagana. Accompagné par une troupe de Ouadaïens, ʿAli rentra alors dans sa tribu : Abou Bekr s’enfuit chez les Assâlé, son village fut pillé et son frère Dannah tué.

Pendant le commandement d’ʿAli, des Kanembou et des Ḥaddâd du Kanem vinrent s’installer dans la partie ouest du Dagana. Les Kouri-Kalé du chef Daouda, qui voulurent piller les nouveaux venus, apprirent à connaître les flèches empoisonnées des Ḥaddâd[67] et ne recommencèrent plus. Les Arabes El ʿAouân, les Ḥaddâd et les Kanembou étaient placés sous l’autorité du cheïkh des Dagana, qui, avant l’occupation du Dar Kaddada par les Tourk, recevait aussi des présents des indigènes de cette région. Plus tard, la réconciliation se fit entre Abou Bekr et ʿAli : ce dernier donna sa fille en mariage à son ancien rival.

En février 1900, très peu de temps après le passage de la mission saharienne, l’aguid el baḥr Haggar Kebir descendit de la région des Kreda pour piller le Dagana. Tous les habitants s’enfuirent : les Kanembou au Tchad, les Ḥaddâd à El Ḥout et les Arabes à Tchoukla. Il ne resta, sur les bords du baḥr Massakôry, que le cheïkh ʿAli et les gens de son village (Ez Zoul). Haggar rafla tout ce qu’il put trouver dans le pays, surprit les Ḥaddâd et retourna ensuite au Baḥr. ʿAli avait prévenu Milma Tchiloum, le chef des Ḥaddâd, de l’approche de l’aguid. Mais Tchiloum s’était enfui trop tard à El Ḥout : Haggar lui avait enlevé beaucoup de bétail et avait, de plus, tué des Ḥaddâd et fait des captives. Tchiloum alla cependant trouver l’aguid, après que celui-ci fut retourné chez les Kreda, et il réussit à l’apaiser en lui offrant un superbe cheval.

Les Français arrivèrent en fin 1901. Le cauteleux Abou Bekr desservit ʿAli auprès des nouveaux maîtres et redevint le chef des Dagana, tandis que le cheïkh ʿAli et son frère Chebaka étaient déportés à Fort- Archambault. ʿAli mourut à Fort-Lamy, en revenant dans sa tribu. Depuis, le commandement des Ḥaddâd et des Kanembou a été enlevé à Abou Bekr[68].

=Oulâd el ʿAouân[69].= — Les Oulâd el ʿAouân vivaient autrefois à côté des Dagana, dans le Baḥr el Ghazal. Puis, une querelle divisa les deux tribus : les Dagana avaient volé, paraît-il, du bétail aux El ʿAouân. Une lutte s’ensuivit, au cours de laquelle le cheïkh des Dagana fut tué. Les Oulâd el ʿAouân allèrent alors s’installer dans la région comprise entre le Tchad, le Baḥr el Ghazal, le Chari et le pays actuel des Khouzan, où nomadisaient les Oulâd Meḥâreb, les Oulâd Serrâr et les Assâlé.

C’est sous ʿAbd el Kerim Saboun, que les Ouadaïens, conduits par Igoma, firent leur première apparition dans la contrée. Les Dagana entretinrent de bonnes relations avec eux et firent même appel à leur puissance pour combattre les autres tribus arabes. Le chef des Dagana Aḥmed oueld Merenn, alla à Abéché recevoir l’investiture du sultan du Ouadaï. Il mourut à Ouara, et le petit Moḥammed oueld Younes, qui se trouvait avec lui, reçut le kademoul. Traqués par les Dagana, alliés aux Ouadaïens, les Assâlé se réfugièrent du côté du lac, tandis que les Meḥâreb, les Serrâr et une grande partie des El ʿAouân passèrent au Bornou. Quelques- uns de ces derniers, cependant, refusèrent de partir et restèrent dans le pays avec leur cheïkh ʿAbd er Raḥman. Ils y vécurent depuis lors, dans la dépendance des Arabes Dagana.

On trouve quelques Oulâd el ʿAouân au Dagana (Moʿallem Adem) et à Massaguet.

Les Oulâd el ʿAouân sont nombreux au Bornou, dans le Ngoumâti.

=Oulâd Manṣour.= — Vivent dans le Chitati, avec les Gadoa. Nachtigal les appelle Beni Ḥassen, mais cette désignation semble être le nom générique du groupe : Ḥassaouna, Benou Ḥassen. Nachtigal a cru, à tort, que ces Arabes formaient une même tribu avec les Beni Ḥassen du Bornou[70]. Ces derniers ne sont pas des Ḥassaouna : ils appartiennent au groupe oriental.

=Oulâd Amiré, Oulad Ghânem, El Haouarti, Oulâd Saïl, Oulâd Mehoï.= — Au Bornou.

=Beni-Ouaïl.= — Cette tribu, autrefois la plus puissante du groupe Hassaouna avec les cheïkhs Tougdou oueld Faraôn et Drissi oueld Faraôn, n’est plus que faiblement représentée dans le territoire du Tchad : la plus grande partie de la tribu est passée au Bornou, où elle habite particulièrement le Ngoumati. On trouve des sédentaires près de Tchoukla (Djemena) et au Dagana, et des nomades au Dagana et au Kanem. Ils sont tous baggara. Leur teint est généralement clair. Les Beni-Ouaïl du Kanem vivent à l’est de Mao : avec eux se trouvent des Oulâd Meḥâreb, des Oulâd Serrâr et des Oulâd Am Haboub.

Il y avait autrefois des Beni-Ouaïl dans le Baḥr el Ghazal et, pendant une partie de l’année, au Fitri : on trouve encore, dans ce dernier pays, un village qui porte le nom de Beni-Ouaïl.

=Oulâd abou Issé.= — La majeure partie des Oulâd abou Issé est passée au Bornou, où ils sont nombreux dans le Ngoumâti. Ceux qui sont restés sur la rive droite du Chari se trouvent principalement à Mendjelgué.

Les Oulâd abou Issé furent autrefois en rivalité avec les Oulâd abou Ghadêr : on cite notamment la lutte entre les cheïkhs Baït et ʿAli oueld Djemer, qui commandaient respectivement les deux tribus.

=Oulâd abou Ghadêr[71].= — Ils sont nombreux au Bornou. Le centre des Oulâd abou Ghadêr qui habitent le territoire français est Tchoukla. Toute cette région de la rive droite du Chari, depuis Fort-Lamy, qui n’existait pas alors, jusqu’au Tchad, fut autrefois occupée par les Tourk. Un lieutenant de Rabah, ʿOthman, enleva Gaoui, village kotoko entouré d’un dourdour : il administra, dès lors, les Kotoko et les Arabes du pays. Les rabḥistes ne poussèrent pas toutefois plus loin que Gaoui. Il est vrai qu’il n’y avait pas de villages entre ce point et le Dagana[72] et que, pendant la saison sèche, il fallait couvrir cette distance, plus de 100 kilomètres, sans trouver une goutte d’eau en route[73]. Sur la rive droite du Chari, la limite nord de la région soumise à Rabaḥ allait ainsi depuis Gaoui jusqu’au pays des Assâlé inclusivement. Ce pays portait le nom de _dar el kaddada_ (_keddad el baḥr_ : pays situé le long du fleuve) ; il était réputé pour son miel et, avant l’arrivée de Rabah, était administré par un dignitaire ouadaïen, l’aguid el Kaddada.

Quand les Tourk passèrent sur la rive droite et firent irruption dans le dar el Kaddada, les Oulâd abou Ghadêr (cheïkh ʿOthmân) se réfugièrent au Dagana, où ils restèrent un an. Ils revinrent ensuite à Tchoukla.

On trouve aussi quelques Oulâd abou Ghadêr à Soufia, près de Moïto.

* * * * *

[Note 53 : « Un texte arabe de El Bekri nous signale en 1067 des Oméïyades émigrés au Kanem à la suite de persécutions infligées par les Abbasides ». Decorse : _Du Congo au lac Tchad_, p. 325. « Nous savons qu’à la chute des Omayades, ceux-ci et leurs clients prirent la fuite dans toutes les directions pour éviter le massacre qu’en faisaient les Abbasides : il y en eut qui s’enfuirent dans l’Inde et jusqu’au Japon : d’autres en Ifriqya : un autre fonda en Espagne la dynastie des Khalifes de Cordoue. Maqrizi (et d’autres) parlent de la fuite d’Omayades en Nubie : de là il dut passer des individus isolés qui firent souche dans le Soudan oriental. » (Note de M. René Basset.)]

[Note 54 :

Variante : El Djaounii

Mousa el Djaounii. ]

[Note 55 : Ḥassan le Petit, à qui la route fut indiquée par un signe émanant de Dieu, l’Occidental.]

[Note 56 : Ou Radêr.]

[Note 57 : On écrit Qâlem et Ghâlem.]

[Note 58 :

Variante : ’Aouada

Adem oueld ’Aouada

Serrar. ]

[Note 59 : ʿOthman ou ʿAli abou Diguen.]

[Note 60 : T. II, p. 437.]

[Note 61 : C’est auprès du cheïkh El Iamenouk que se réfugia le mbang du Baguirmi, Bourgoumanda, après que ce prince eût été vaincu par le fatcha Araouéli. Les Assâlé habitaient alors le même pays que les Dagana (t. II, p. 715).]

[Note 62 : Les Oulâd Hemed étaient également aux prises avec les Kreda, mais chacune des deux tribus arabes combattait pour son compte : il n’est pas d’exemple, du reste, que l’union ait jamais pu régner quelque peu entre les Choa.]

[Note 63 : Rivière qui communique avec le Tchad, entre le Chari et le Baḥr el Ghazal.]

[Note 64 : « J’avais déjà entendu parler au Bornou et au Baguirmi de l’ancienne puissance et de la richesse des Deqena. Il y a quelques dizaines d’années, ils pouvaient mettre en ligne plus de mille cavaliers ; c’est à peine s’ils pouvaient en fournir encore une centaine. On me raconta que le chef nominal de la tribu, le cheïkh El Baheïri, ne serait jamais allé à pied en ces jours de gloire, fût-ce d’une tente à une autre. »]

[Note 65 : Le cheïkh Moussa habitait le village actuel de Amoul Afia Mabrouk.]

[Note 66 : Le journal de voyage de Matteucci est très bref : « È venuto Schech Musa, al quale presentammo dei doni ». Ces présents consistaient en deux pièces d’étoffe, l’une blanche et l’autre noire. Mousa offrit, en échange, l’hospitalité aux deux Européens : il leur donna du lait, du blé, des dattes, quatre moutons et un petit bœuf ; il les aurait même accompagnés jusqu’à Goulfeï (Matteucci n’en parle pas). Les Dagana se rappellent les moindres détails du passage des deux voyageurs : les _neṣara_ avaient de longues barbes et des lorgnons noirs ; ils étaient de taille moyenne et paraissaient avoir une trentaine d’années ; l’un d’eux (Matteucci) parlait très bien l’arabe, tandis que l’autre (Massari) connaissait à peine cette langue ; etc.]

[Note 67 : Les Kouri se battirent contre les Ḥaddâd du village actuel de Doualla Adem Tchoukou.]

[Note 68 : Nachtigal signale quelques Dagana au Bornou, à l’est de Ngala et au Ngoumâti (t. II, p. 437). Nous n’en avons jamais entendu parler. Il faut donc admettre, s’il est vrai que des Dagana aient autrefois émigré au Bornou, que ces Arabes se sont fondus dans le reste des Qawalma.]

[Note 69 : ʿOthman abou Diguen et ʿAli el ʿAouân étaient fils d’une même mère.]

[Note 70 : T. II, p. 437.]

[Note 71 : Nachtigal les appelle Oulâd Bokhtêr.]

[Note 72 : C’est par les Français qu’ont été installés, entre Gaoui et Massakory, le village sara de Djedada et le village sara-arabe-ḥaddâd de Massaguet.]

[Note 73 : C’est pourquoi, même après la création des villages de Djedada et de Massaguet, on a dû pendant longtemps passer du côté du lac pour se rendre de Fort-Lamy au Kanem. Cette situation a cessé le jour où un puits a pu enfin être creusé à Djodol, entre Massaguet et Massakory (fin 1906) : un petit groupe de captifs libérés y fut installé.]

LES DJOHEÏNA

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Les Ḥassaouna ne sont qu’une infime minorité par rapport aux Arabes du groupe oriental. Ceux-ci font remonter leur généalogie à ʿAbd el Moṭṭaleb, grand’père et tuteur de Moḥammed, et se réclament tous d’un certain ʿAbdoullahi el Djoheïni[74], d’où leur nom de Djoheïna. Ces Arabes se disent originaires du Yémen et les descendants de 72 tribus qui vinrent s’installer en Égypte. Ils auraient quitté ce dernier pays, « pour ne pas payer l’impôt », sous le règne du khalife ʿOmar II (ibn ʿAbd el ʿAziz), de la dynastie des Omayades de Damas, qui régna de 717 à 720.

La généalogie ci-après permettra de saisir, d’un coup d’œil, le degré de parenté des diverses tribus.

Le groupe des Djoheïna se subdivise en deux sous-groupes : les Arabes qui se réclament de Aḥmed el Adjedem (_El Djoudm_ ou _El Djouzm_) et ceux qui sont issus de Aḥmed el Afzer (Fezâra).

Les Arabes El Djouzm sont les plus nombreux : ils habitent le Darfour, le Ouadaï, le territoire du Tchad et le Bornou. Leur dispersion sur une vaste étendue fait que l’on ne trouve pas chez eux le sentiment de proche parenté entre tribus que l’on remarque chez les Ḥassaouna, beaucoup moins nombreux et entièrement groupés autour du lac Tchad.

Hachim

ʿAbd el Moṭṭaleb

El ʿAbbas abou el Fadoul

ʿAbdoullahi el Djoheïni[75] | +-----------------------------------+-----------------+ | | Déyan Aḥmed el Afzer

ʿIssa

Mater

ʿAbbâs

El Lechdia

Aḥmed el Adjedem[76]

Bounou Chaker[77] | +-+-----------------------------------------------+ | | Djinéd[78] Dahmech | | | Bedr | +----------------------+----------------+-------------+ | | | | Hémat Rakal ou Erêga Salem Râchid | | +----+-------+----------+ Atïé | | | ou Attïé Hassaballah Arabes Arabes | Taa’cha Habbaniyé +-------------------------+ ʿAmer | | Missir Rizq ou Rizeq Hemed | | Taʿleb +----------+----+---+ Ghedef | | | Mahar Maḥmoud Naïb Moḥammed Barek ’Aboud Yassin Massarra

La majeure partie des tribus El Djouzm descend de Djonaid, (جنيد) qui semble avoir joué un rôle important. Au temps de ce chef, les Arabes se trouvaient du côté de l’Égypte et n’avaient pas encore pénétré dans les pays qu’ils occupent actuellement. La tradition dit qu’ils arrivèrent par le Kordofan et le Darfour : certains Arabes parlent aussi du Dar el Djouf[79] et du Dar el Khela[80]. Ce mouvement de migration vers l’Ouest a dû parfois être assez lent. Nous savons, en effet, que l’arrivée de certaines tribus dans la région du Tchad est relativement récente. D’autre part, les Djoheïna ont conservé l’habitude d’appeler _Noubai_ (pl. _Nouba_) tout indigène musulman non arabe : cela semblerait donc indiquer qu’ils ont séjourné quelque temps dans le Kordofan, à proximité du Dar Nouba.

Les Salamat, qui forment la majorité des Arabes du territoire du Tchad, sont des _’ayal Djinéd_[81]. Les autres tribus de même origine ne sont que faiblement représentées dans le territoire : Khouzam du Baguirmi, Noala d’Abrémé, Oulâd Hemed du Baḥr el Ghazal, ʿAmer de Boullong et Bédanga, Djaa’dné du Fitri.

Elles étaient beaucoup plus nombreuses autrefois. Au XVIIIe siècle, les Djaʿâdné, Oulâd Râchid et Missiriyé menaient la vie nomade dans le Baḥr el Ghazal. La lutte éclata entre eux et les Salamat et Khouzam, qui habitaient la vallée de la Bataḥ[82]. Ceux-ci, vaincus, durent céder la place et se dispersèrent. Plus tard, lors des migrations arabes sur la rive gauche du Chari, beaucoup de Salamat, Khouzam et Hémat passèrent au Bornou. Il ne resta sur la rive droite que les fractions indiquées plus haut.