La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)
Part 3
Les Allemands ne surveillent pas de près, ainsi que nous le faisons, l’administration des chefs indigènes. Ceux-ci ont une trop grande liberté pour rendre la justice, ramasser les impôts, etc., ils commettent de fréquents abus et rendent la vie dure à leurs pauvres administrés. C’est pourquoi les Arabes, qui n’hésitent pas à se déplacer si leur intérêt le commande, passent quelquefois chez les Anglais ou s’enfuient vers le Mandara, pour échapper à ʿOmar Sanda, ou bien encore franchissent le Chari et viennent chez nous, pour fuir Diagara. Ce dernier, chef kotoko de Goulfeï, mérite une mention spéciale. Son frère, Méollia, fut autrefois vaincu et tué dans sa lutte contre le chef Abba qui, grâce à l’appui de Rabaḥ, régna tranquillement sur les Kotoko- Goulfeï. Diagara, réfugié au Dagana pendant trois ans, revint au Bornou derrière nos tirailleurs et, de par nos succès, put reprendre le pouvoir[46]. Depuis lors, il a prouvé sa reconnaissance de Kotoko en nous suscitant toutes sortes de difficultés sur le Chari et en faisant intervenir constamment les autorités allemandes[47].
La méthode des Anglais est bien supérieure à celle de leurs voisins. Ils surveillent Guerbeï et tiennent la main à ce que n’ait pas lieu chez eux ce qui se passe en territoire allemand. Ils y ont tout intérêt, d’ailleurs. C’est dans la partie du Bornou qui leur appartient que se trouvent les Arabes les plus nombreux et les plus riches.
Les Arabes sont également nombreux dans le Territoire du Tchad. Ils sont tous _baggara_[48] : quelques fractions nomadisent au Baḥr el Ghazal ou au Kanem ; les autres sont sédentaires. Les Salamat, qui constituent la majeure partie de ces Arabes, ont le teint très foncé ; les Ḥassaouna, échelonnés entre Fort-Lamy et le Kanem, ont le teint plus clair.
Les Arabes du Ouadaï, répandus sur tout l’ensemble du pays, appartiennent au groupe venu de l’Est. Ils se sont conservés plus purs que les Choa et que les Arabes du Darfour[49]. Ceux du Nord, au teint clair, sont nomades et abbala (Oulâd Râchid, Maḥâmid) ; ceux du Sud (Khouzam du Kadjagsé, Salamat de la Batah et du Baḥr et Tiné, Beni Halba du Sila, etc.) ont le teint plus foncé et sont baggara. Tous, d’une façon générale, ont été durement traités par les Ouadaïens[50].
Le Darfour est le pays le plus arabisé de toute l’Afrique Centrale : les Arabes, très nombreux, y sont nomades ou sédentaires, abbala ou baggara. Leur sort fut toujours de beaucoup préférable à celui qui était fait aux Arabes du Ouadaï. Nachtigal rapporte que deux Arabes, un cheïkh des Maḥâmid du Ouadaï et un cheïkh des Naouâïbé du Darfour, parlaient un jour devant lui des avantages que présentaient les deux pays pour les Arabes nomades. Le second disait que les Arabes du Darfour étaient bien mieux traités que leurs frères de l’Ouest, et Nachtigal le croyait sans peine : « L’aspect seul du cheïkh des Naouâïbé, dit-il, plaidait déjà éloquemment en faveur de sa thèse. Au Ouadaï, les Arabes allaient tête nue[51], ils n’avaient que rarement des sandales et circulaient dans la capitale vêtus de grossières cotonnades du pays. Le cheïkh du Dar-Four portait un vêtement de soie, sa tagiyé (coiffure) avait des couleurs chatoyantes et ses chaussures égyptiennes étaient en maroquin rouge. Je le revis à la cour du Dar-Four avec un châle de cachemire, un objet de très grand prix dans ces parages[52]. »
Les Arabes du Darfour participaient autrefois aux grandes razzias d’esclaves menées dans le Dar-Fertit : Chekka, la capitale des Rizégat, était un centre important de caravanes et l’entrepôt où les gros marchands d’esclaves du Kordofan venaient faire leurs achats de bétail humain. Les Arabes foriens sont très belliqueux, et une agression de la turbulente tribu des Rizégat provoqua l’invasion du Darfour par les bandes de Zibêr. Plus tard, l’élément arabe de ce pays lutta contre l’occupation égyptienne et joua un rôle capital, lors de la révolution mahdiste.
A l’heure actuelle, quelques tribus sont assez puissantes pour obliger le sultan forien à montrer certains ménagements envers elles : ʿAli Dinâr a eu d’ailleurs des révoltes à réprimer et la dernière en date est celle de Kabkabiyé (1909).
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[Note 1 : Le domaine de la langue arabe s’étend surtout à l’est du lac Tchad ; mais elle est également employée au Bornou, et ce que rapporte Elisée Reclus, d’après Rohlfs, ne correspond plus à la réalité. « En comparaison du kanouri, dit-il, l’arabe est une langue morte, respectée, mais hors d’usage. De même que le peuple qui le parle, il a perdu de son influence dans la partie du monde soudanien dont le lac Tzâdé occupe la dépression centrale. A la cour de Kouka, l’arabe n’est plus le langage officiel et même ceux qui le savent affectent de se le faire traduire par un interprète. » (Tome XII, p. 706.) Il est certain que, depuis lors, l’arrivée, dans le pays, de Rabaḥ et de ses Arabes Dialiin et Taaïché a beaucoup contribué à élargir le champ de la langue arabe, laquelle continuera vraisemblablement à gagner du terrain. D’une façon générale, d’ailleurs, l’arabe est très répandu en Afrique, surtout dans la partie septentrionale. Pour donner une idée de l’extension de cet idiome, nous ne saurions mieux faire que de citer les lignes suivantes de Robert Cust. Alors que les autres langues sont souvent localisées, « l’arabe étend son influence bien au-delà des limites des populations stables des divers royaumes. C’est le véhicule de la pensée à travers la plus grande partie de l’Afrique, qu’il soit parlé par les Bédouins nomades qui surprennent les voyageurs par leur apparition inattendue, ou par les conquérants envahisseurs comme le sultan de Zanzibar, par des trafiquants entreprenants comme les marchands d’esclaves qui sont généralement des Arabes avilis, ou bien par les races dominatrices du centre de l’Afrique ; enfin c’est l’instrument de la propagation du mahométisme et de toute civilisation quelconque en dehors de celle qui résulte du contact des Européens ». Robert Cust, _Les langues d’Afrique_, p. 44.]
[Note 2 : Dans la région du Ouadaï, les indigènes musulmans qui ne sont pas Arabes sont désignés sous le nom de _Nouba_, sing. _Noubaï_. Les fétichistes sont appelés _Kirdi_, sing. _Kirdaï_.]
[Note 3 : Les Kouri sont musulmans et l’islamisme fait des progrès chez les Boudouma.]
[Note 4 : M. René Basset nous signale, à l’appui de ce que nous venons de dire sur la propagation de l’islâm grâce à la paix imposée par les Européens, l’opinion de C. H. Becker, professeur à l’Institut Colonial de Hambourg : « Ist der Islam eine Gefahr für unsere Kolonien : L’islam est-il un danger pour nos colonies ? » _Koloniale Rundschau_, mai 1909, p. 266-293. Du reste, les Allemands se montrent inquiets des progrès incessants que fait la religion musulmane dans leurs colonies d’Afrique, surtout dans celle de l’Est africain. En 1907, il y eut une certaine agitation religieuse dans les pays de la rive gauche du Chari qui appartiennent à la colonie allemande du Cameroun.]
[Note 5 : « Le nègre qui se convertit à l’Islam croit s’élever d’un degré parmi les hommes. » Elisée Reclus, _L’Homme et la Terre_, t. VI, p. 400.]
[Note 6 : Nous mettons à part les Oulâd Slimân, lesquels, comme nous l’avons déjà vu, sont appelés _Wassili, Wassal, Ouachila, Minimini_.]
[Note 7 : La terminaison _gué_ est l’indice du pluriel : il reste donc le radical _Sow, Soa, Choa_. Les Boulala emploient d’ailleurs aussi le mot _Choua_, comme les Baguirmiens.]
[Note 8 : Le mot arabe _chaé, chiwah_, signifie : brebis, mouton, espèce ovine. _Chaouia_ veut donc dire : pasteurs de moutons.]
[Note 9 : Tome III, p. 157.]
[Note 10 : D’Escayrac de Lauture : _Mémoire sur le Soudan_.]
[Note 11 : Vivien de Saint-Martin, _Nouveau dictionnaire de géographie universelle_ : article « Choua ». Il est exact, en effet, que l’histoire ne signale aucune émigration arabe dans cette partie de l’Afrique : un mouvement de cette nature n’aurait pu cependant passer inaperçu. M. René Basset croit que la présence de tribus arabes dans le Soudan peut s’expliquer par des razzias menées dans ce pays ou par des infiltrations successives mais bien postérieures à l’islam.]
[Note 12 : Dans la langue des For, _Solong_ signifie : Arabe, bédouin.]
[Note 13 : Tribu arabe خزامة.]
[Note 14 : Ḥassan l’Occidental.]
[Note 15 : M. René Basset nous fait remarquer que ʿAbd el Moṭṭaleb était aussi bien le grand-père de ʿAli (par Abou Ṭâleb, père de celui-ci) que de Moḥammed (par ʿAbdallah, père de ce dernier). Abou Ṭâleb et ʿAbdallah étaient deux des fils de ʿAbd el Moṭṭaleb.
ʿAbd el Moṭṭaleb | +-------------------+ ʿAbdallah Abou Ṭâleb | | Moḥammed ʿAli ]
[Note 16 : Tome I, p. 687.]
[Note 17 : Tome II, p. 436.]
[Note 18 : _abbala_, éleveurs de chameaux ; _baggara_, éleveurs de bœufs.]
[Note 19 : Nous parlons ici d’une façon générale. Il est bien évident qu’on ne passe pas brusquement d’un groupe à l’autre et que les transitions existent. C’est ainsi, par exemple, que les Dagana, Beni- Ouaïl et autres ont de beaux troupeaux de vaches et de moutons.]
[Note 20 : هما عرب هونين ما حرين مثلنا هما مثل الكردى.]
[Note 21 : Entre Massakory et Tchoukla.]
[Note 22 : ذا كلامنا : c’est notre langage.]
[Note 23 : _Mémoire sur le Soudan_.]
[Note 24 : « Il est remarquable que les Kanouri, ou indigènes du Bornou, désignent communément les Choa sous la dénomination de _Karda_, qui ressemble singulièrement à celle de _Kardi_, par laquelle on désigne, dans le Bornou et le Baguirmi, tous les noirs idolâtres ». Vivien de Saint-Martin. — Avant notre arrivée dans le pays, il n’y avait guère que les Oulâd Slimân qui, par terme de mépris, appelaient quelquefois _Kerâda_ (infidèles) tous les autres indigènes. Ils faisaient d’ailleurs exception pour les Choa, qu’ils appelaient Benou Ḥassen et envers lesquels ils montraient quelques ménagements.]
[Note 25 : Nachtigal, t. III, p. 449.]
[Note 26 : Cf. un article de Hartmann, _Schoa und Tundscher_ (_Der islamische Orient_, t. I, p. 29-31) et C. H. Becker, _Zur Geschichte der östlichen Sudan_ (_Der Islam_, 1re année, fasc. II). Il signale une double émigration, l’une du Nord et l’autre de l’Est, et voit dans Toundjour l’altération du mot arabe تجار, les marchands.]
[Note 27 : La maison-mère de l’ordre de Sidi-Aḥmed-Tidjâni est près de Laghouat, à ʿAïn Madhi. Sa plus importante succursale est Temacin, près de Touggourt. Cette confrérie a pour affiliés beaucoup de Tunisiens et les populations du pays de Ségou et du Fouta, ainsi qu’un grand nombre de Touaregs.]
[Note 28 : Un moyen très simple de reconnaître les Senoussia : ils prient les bras croisés, au lieu de les garder étendus le long du corps, comme le font tous les autres Malékites. On accusa d’ailleurs le cheïkh Senoussi d’être motazélite. Il n’en était rien, et, selon Moḥammed el Hachaïchi, il avait coutume de dire : « Ce que j’aime le mieux, après Dieu, le Prophète et les quatre khalifes, c’est l’imam Malek ».]
[Note 29 : Les indigènes avouent également que, avant notre arrivée dans le pays, ils ne savaient point ce qu’étaient les _nesara_ (chrétiens). Dans sa relation de voyage, Nachtigal signale cette ignorance à plusieurs reprises. C’est pourquoi les gens du Kanem ont cru pendant longtemps, ou même continuent à croire, que l’explorateur Von Beurmann était un Juif (_ihoudi_).]
[Note 30 : انا تجانى : je suis un adepte de la Tidjânïa.]
[Note 31 : Citons, en passant, l’appréciation que le lieutenant Delacommune portait sur les habitants d’un village arabe du Fitri, où il avait demandé des animaux porteurs : « Dans un village arabe où je savais qu’il y en avait (des animaux porteurs), j’ai palabré deux heures et demie environ. Quelles vilaines gens que ces Arabes, faux et cauteleux ! Ils promettent tout ce qu’on veut, font toutes les bassesses possibles, mais se gardent bien de tenir leurs promesses. Les tirailleurs bouillaient d’impatience et voulaient mettre à sac le village. » (Lettres du lieutenant Delacommune, _Bulletin du Comité de l’Afrique française_, 1910).]
[Note 32 : « D’où leur nom de Choa. Ce mot me paraît venir de l’arabe chaoua شوى, brebis, et signifie les « pasteurs » nomades en opposition aux sédentaires. » (Note de M. René Basset). C’est aussi l’opinion de MM. Hartmann et Becker, _op. laud._]
[Note 33 : Nous signalerons, à ce sujet, le rôle que joue l’urine de vache dans la fabrication du beurre. Il n’est pas rare, au moment où l’un de ces animaux urine, de voir une femme arabe recueillir le précieux liquide dans une calebasse. Ces habitudes ne sont d’ailleurs pas particulières aux Arabes. Pour beaucoup d’indigènes, la vache semble être l’animal-fétiche, dont tous les produits sans exception peuvent être utilisés : urine pour faire le beurre, bouse pour sécher les plaies, etc. Un matin que nous étions sur les bords du lac, dans un campement kouri, une vache se mit à uriner à peu de distance de nous, immédiatement un Kanembou se précipita pour se laver la figure à cette fontaine d’un nouveau genre. La chose nous étonna fort, d’autant plus que l’eau ne manquait pas dans le baḥr d’à-côté. Aux questions que nous lui posâmes à ce sujet, le Kanembou se contenta de répondre : « _boul el beguera semèh bel hèn_, l’urine de vache est quelque chose d’excellent ».
Schweinfurth rapporte, du reste, les mêmes détails à propos des Dinka, bergers riverains du haut Nil (_Au cœur de l’Afrique_, traduction Loreau, tome I, pages 160-164). Tout ce qu’il dit de ces nègres peut, à quelques différences près, s’appliquer aux Arabes. « Les Dinkas n’ont pas d’autre pensée que d’acquérir des bêtes bovines, pas d’autre ambition que de les multiplier. Ils paraissaient avoir pour elles une sorte de respect ; même leurs excréments sont considérés dans le pays comme une chose de grande importance. La bouse, ainsi que nous l’avons vu, est réduite en cendres, qui forment la couche sur laquelle on dort, et le badigeon dont on se revêt ; l’urine est employée au nettoyage des vases culinaires, elle entre dans les cosmétiques et remplace le sel....... Jamais une bête bovine n’est abattue ; on ne mange que celles qui périssent de mort naturelle (les musulmans ne les mangent pas), ou par accident..... Les Dinka n’ont aucune répugnance à manger d’un bœuf que l’on a tué, quand l’animal n’était pas à eux. C’est donc pour le plaisir de les posséder, plutôt que par superstition, qu’ils respectent leurs troupeaux. Le chagrin qu’éprouve un Dinka de la perte de son bétail, soit par la mort, soit par le vol, est indescriptible..... Quand on leur demande à quoi leur sert d’avoir des bœufs, ils vous répondent qu’il leur suffit de les voir engraisser et embellir. » Le colonel Largeau (Les Dinka : _Bulletin du Comité de l’Afrique française_, 1910) confirme les renseignements donnés par l’explorateur et ajoute : « Quant au lait lui-même, malheur à la jeune femme qui par mégarde en répand quelques gouttes ! Elle peut être frappée de stérilité, ce qui, chez les dames dinkas, est une infirmité très mal portée ».
Schweinfurth fait remarquer, au surplus, que ces diverses coutumes se retrouvent chez beaucoup de tribus pastorales d’Afrique.]
[Note 34 : Les prépuces sont placés dans des petites boîtes et enterrés.]
[Note 35 : Chanson arabe.]
[Note 36 : Le pagne blanc peut être remplacé par une natte toute neuve, blanche par conséquent (_brich abied_).]
[Note 37 : Les yous-yous des femmes (_zakharat, korrorat_) sont des cris de joie, dans les tams-tams et les fêtes, et des cris d’alerte en temps ordinaire. Dans ce dernier cas, tous les hommes valides prennent leurs armes et se précipitent vers l’endroit d’où partent les cris (il existe, à ce point de vue, une très grande solidarité entre habitants d’un même village ou d’un même campement) : les femmes et les jeunes filles se réunissent alors en dehors des cases, dans la direction prise par les hommes, se rangent en ligne et commencent à pleurer et à se lamenter par anticipation, quittes d’ailleurs à sécher immédiatement leurs larmes si aucun événement fâcheux ne s’est produit.]
[Note 38 : Arabes rouges.]
[Note 39 : Arabes gris.]
[Note 40 : « D’une façon générale, les vêtements misérables des femmes choua sont d’une malpropreté révoltante et semblent avoir été trempés dans l’huile ou dans du beurre fondu ». Foureau.]
[Note 41 : Les maladies des yeux sont très fréquentes chez les Arabes, surtout chez les nomades : cela tient principalement, croyons-nous, au manque de propreté corporelle et à la poussière soulevée par le vent du désert.]
[Note 42 : Les Arabes ont généralement la tête rasée : certaines tribus laissent toutefois pousser leurs cheveux et les arrangent en petites tresses, à la mode ouadaïenne. Les enfants ont une ou plusieurs touffes de cheveux longs. En signe de deuil, les hommes laissent pousser leurs cheveux et les femmes ne tressent plus leur chevelure.]
[Note 43 : Capitaine Rivière : _Notice sur le Cercle de Moïto_ (_Revue des Troupes Coloniales_, année 1907).]
[Note 44 : « Nous sommes des Arabes misérables. Nous n’avons pas de bétail. Ici, y a-t-il du bétail ?... Là-bas, au Bornou, les Arabes ont de nombreux esclaves, beaucoup de vêtements, beaucoup de thalers et du bétail aussi nombreux que les grains de sable ».]
[Note 45 : « Les Français ne connaissent que la voie droite, la voie de la justice. »]
[Note 46 : « Il y a aussi dans notre entourage un homme qui se trouvait déjà depuis quelque temps avec Joalland. Il se nomme Diagara, c’est le frère de l’ancien chef de Goulfeï mis à la porte par Rabah. C’est un grand gaillard très maigre, très actif, très ambitieux et de plus fort intelligent. Il parle un peu l’arabe et je l’emploie parfois pour recueillir des renseignements. » (Foureau, _D’Alger au Congo par le Tchad_, p. 688.)]
[Note 47 : A propos du Bornou allemand, citons quelques lignes d’un article de la _Tägliche Rundschau_, dans lequel l’ancien gouverneur du Cameroun, M. de Puttkamer, se montrait favorable à la cession de la « Tête-de-Canard » à la France. « Si la France désire vraiment ces territoires, on peut lui donner le Bornou allemand avec Dikoa, la région du Choa et les villages de Goulfeï et de Koussri. Ces pays ne possèdent pas une valeur économique bien grande..... Sans doute, ce serait dommage de faire cette cession. Le geste ne serait pas très beau et n’accroîtrait pas notre prestige aux yeux des tribus. Cependant, nous le répétons, ce sont des territoires isolés, sans communications avec les régions du Mandara et de l’Adamaoua. On dira que les Haoussa y ont un certain commerce ; c’est exact, mais il ne faut pas trop en parler. L’inondation du Chari y dure six mois de l’année et empêche tout trafic. Je me rappelle que lorsque j’ai voyagé dans ce pays la route de Marna à Koussri était impraticable.
« Le Bornou allemand avec Dikoa, c’est une petite partie du grand empire du Bornou dont le centre est dans la Nigéria anglaise. Ce pays gravite dans la colonie voisine.....
« Il faut donc conclure que le Bornou allemand n’est pas indispensable au Cameroun. Les régions habitées par les Arabes du Choa sont sans valeur ; il en est de même de la région inondée par le Chari. Nous pouvons aussi renoncer, à la rigueur, à Goulfeï et à Koussri ; ce serait grand dommage, il est vrai, d’abandonner des tribus qui ont monté avec nous la garde sur le Chari. C’est mon ami Diagara qui serait surtout à plaindre. Il ne possède qu’un territoire assez petit, mais il est turbulent et le commandant français de Fort-Lamy ne l’aime guère. Quant au territoire de Musgu, je ne sais pas s’il a la valeur qu’on lui attribue. »
M. de Puttkamer souhaitait cependant voir l’Allemagne conserver les montagnes du Mandara, « probablement riches en or ».
L’accord congolais, qui vient d’être signé tout récemment, porte que l’Allemagne cède à la France les territoires compris entre le Chari à l’Est et le Logone à l’Ouest (le Bec-de-Canard). De plus, nous obtenons certaines facilités pour le ravitaillement des pays du Tchad par la voie de la Bénoué et du Mayo Kébi, et les autorités allemandes n’apporteront aucune entrave au passage des troupes françaises, de leurs armes ou de leurs munitions.]
[Note 48 : C’est à tort que Nachtigal range les Qawalma et les Assâlé parmi les Arabes abbala.]
[Note 49 : « Les Arabes bédouins ouadayens sont d’un teint plus clair que les bédouins fôriens ; la tribu des Mahâmyd, au nord-ouest du Ouadaï, a presque la nuance claire des Égyptiens ». Moḥammed el Tounesi, _Voyage au Ouadaï_, p. 400.]
[Note 50 : De nombreux Arabes du Ouadaï (Oulâd Rachid, Khouzam, Missiriyé, etc.), fuyant les exactions des aguids ouadaïens, s’étaient réfugiés au Fitri. En partie abbala, ils hivernaient au Baḥr el Ghazal et passaient la saison sèche au Fitri. La prise d’Abéché et l’occupation du Ouadaï leur ont permis de retourner sur leurs anciennes terres (Argana, Er Rouhoud, etc.).]
[Note 51 : Les Choa s’habillent souvent à la mode bornouane et portent le petit bonnet blanc ou bleu.]
[Note 52 : _Voyage au Ouadaï_, p. 109.]
LES HASSAOUNA
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Nous avons déjà vu que les Ḥassaouna étaient les descendants des Arabes venus par la route du Nord, sous la conduite de Ḥassen eṣ Ṣeghir el Gharbi. Pour montrer le degré de parenté des tribus qui constituent ce groupe, nous allons donner une certaine généalogie, que nous avons établie tant bien que mal avec celles qui nous ont été présentées.
Il y a quelques variantes, que nous signalons. Quoiqu’on puisse penser de cette généalogie, elle aura du moins l’avantage de grouper les tribus ḥassaouna d’une manière rationnelle.
Les Ḥassaouna sont bien moins nombreux que les Arabes du groupe venu de l’est (Salamat, Oulâd Râchid, Hémat, Khouzam, etc.). Ils sont probablement arrivés après ces derniers dans la région du Tchad : la tradition rapporte, en effet, que les Boulala s’étaient déjà mélangés aux Hémat avant d’envahir le Kanem, et que les rois de ce pays, obligés de se réfugier au Bornou, furent secondés par les Djo’ama (Oulâd Râchid) et les Êssela (Salamat) dans leurs luttes contre les Sô[53].
ʿAli el Kerrar
Ḥassan es Sebtihé
ʿAbdoullahi
Meḥemmed
Ḥassan Asani
ʿAbdoullahi el Mahdi
Mousa el Djaouniou[54]
Daoud
ʿAbdoullahi
Meḥemmed
Yahya ez Zaït
ʿAbdoullahi
Meḥemmed
Ḥassan eṣ Ṣeghir ’alamethou mekata ’azeha Allah, el Gharbi[55] | +------------------+----------+-------+-----------------+ | | | | Ouaïl Rouïes (Ghebes) Issé Ghadêr[56] | Gâlem ou Ghânem[57] | ’Aouada | +---------------+------------++-----------+--------------+ | | | | | Serrâr[58] Meḥâreb Salem ’Amer Ali el Êsselé | +----------------------------+ | | ʿOthman abou Diguen[59] ʿAli el ʿAouân
(M. René Basset nous fait remarquer que cette généalogie est bien connue. C’est celle d’ʿAli et de son fils aîné. ʿAli était cousin et gendre de Moḥammed, dont il avait épousé la fille Faṭimah. Il eut pour fils El Ḥasan, qui eut pour fils El Ḥasan es Sibt, etc. La généalogie que nous donnons est incomplète.)