La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Part 20

Chapter 203,655 wordsPublic domain

Les Banda semblent avoir habité primitivement le plateau montagneux qui limite, au Nord, le bassin de l’Oubangui. Les razzias d’esclaves exécutées par les musulmans du Darfour et du Ouadaï, et par les hordes de Râbaḥ et de Senousi ont fait s’éparpiller cette population. Actuellement, on trouve des Banda depuis la région traversée par la route d’étapes Kémo-Fort-Crampel jusqu’à la frontière égyptienne : certaines fractions sont même installées à Bangui, Fort-Archambault, Kafiakindji (Soudan anglo-égyptien), et sur la rive gauche de l’Oubangui. Les groupements banda de Ndélé ont été constitués en majeure partie par les tribus restées dans la contrée d’origine (Abbanda, Mbala, Mbaya[241], Ngadja, Bongo, Ouassa, Dioungourou[242]), et aussi par des éléments razziés qui furent transportés dans le Kouti (Ouadda, Mborou, Ngao[243], Marouba, Mbagga[244], Ngapo (ou N’gapou[245]), Tombaggo, Linda et Sabanga[246]).

Les Banda présentent certaines particularités qui les distinguent nettement des populations que nous avons vues jusqu’ici, et les rapprochent, par contre, des nègres habitant les contrées plus au Sud, sur les bords de l’Oubangui ou dans la région de Fort-Crampel. Ils liment leurs dents en pointe (comme les Sango, Banziri, etc.), et sont anthropophages. Ils se montrent rebelles à l’islamisme et restent fétichistes : leurs sorciers (soumalis) disposent d’une réelle influence. Néanmoins, les Banda respectent scrupuleusement le serment fait sur le Qorân : aussi, Râbaḥ et Senousi ont-ils souvent usé de ce moyen, pour obtenir la fidélité ou s’assurer de la loyauté des Banda. Comme chez les Mandjia, le poison joue un grand rôle dans les drames de village.

« En somme, cette race est extrêmement curieuse et, malgré tout, sympathique ; elle forme le fond de la population de l’Oubangui-Chari, et ses qualités la désignent comme une race d’avenir.

« Elle est souple, loyale et sa naïveté a été trop souvent prise pour de l’inintelligence. Elle est prolifique et le deviendra bien davantage, quand elle sera assurée que ses enfants ne sont pas destinés à être vendus aux Djellâba. Pour nous, c’est l’élément sur lequel il faut compter, dans notre œuvre de colonisation dans ce pays.

« L’unité banda existe et, en dépit des efforts des musulmans pour la briser, les tribus de Ndélé, malgré leurs divisions superficielles, sont toutes unies par la haine commune du _Porro_ (Arabe).

« Cette race est susceptible d’organisation et nous rappellerons, à ce sujet, que les Ngao avaient été si fortement organisés par leur chef Gono, qu’ils marchèrent à l’attaque de Châ.

« Enfin, les éléments banda recrutés par les unités indigènes nous fournissent journellement la preuve de leur courage, qui les fait presque rivaliser avec nos tirailleurs sénégalais et soudanais, et de leur attachement exceptionnel. »

POPULATIONS DE LA ZONE-FRONTIÈRE : KREICH, SEHRÉ, GOLO, FAROGGUÉ, MANDALA, KARA, BINGA, YOULOU.

« Toutes ces tribus sont actuellement installées dans le territoire anglo-égyptien. Elles étaient venues jadis sur notre versant, poussées par les Khartoumiens ; mais les chasses de Senousi les ont fait fuir à nouveau et elles sont rentrées au Baḥr el Ghazal, où leurs villages commencent à prospérer sous l’administration bienveillante de nos voisins. »

=Kreich.= — Comme les Banda, les Kreich ont beaucoup souffert des razzias menées par les marchands d’esclaves musulmans. Les Foriens les ont refoulés vers le Sud, les bazinguers de Ziber les ont chassés vers l’Ouest, et enfin ceux de Senousi les ont fait revenir vers l’Est. Néanmoins, cette population s’est toujours tenue dans le massif montagneux qui va de Ndélé jusque par-delà la frontière égyptienne.

Les Kreich forment trois groupements : celui de Ndélé, qui se compose d’éléments razziés par Senousi ; celui de Kafiakindji, dans le pays anglo-égyptien qui avoisine la frontière ; et enfin celui de Dem Ziber, dans le Baḥr el Ghazal.

Au point de vue physique, les Kreich offrent un type laid et grossier ; leur teint est cuivré ; ils se liment les incisives supérieures, mais ils ne sont point anthropophages. L’humeur guerrière et l’énergie de cette peuplade ont permis à certains groupements de résister avec succès aux entreprises des chasseurs d’esclaves. Le chef Saïd Bandas, qui est actuellement installé sur le Boro, entre Kafiakindji et Dem Ziber, a toujours réussi à sauvegarder son indépendance : il fut un adversaire redoutable pour Senousi, contre lequel il essaya d’obtenir la protection du Ouadaï (1900).

=Sehré.= — Habitent actuellement le pays au nord-est de Dem Bekir.

=Golo.= — Sont installés au nord de Dem Bekir.

=Foroggué.= — Cette peuplade est actuellement dispersée dans la partie occidentale du Baḥr el Ghazal.

=Mandala.= — Les Mandala (ou Bandala ?) habitent le pays à l’est de Kabeluzu.

=Kara.= — Les Kara habitaient originairement la région montagneuse qui porte leur nom, au nord de la Yata. A l’heure actuelle, ces indigènes forment deux groupements de peu d’importance, à Ndélé et à Kafiakindji. Ils sont réputés pour leur cruauté : ils razziaient autrefois les Goula du Mamoun, pour les vendre aux marchands d’esclaves. Mais ils ont beaucoup souffert, eux aussi, des incursions musulmanes.

Les Kreich et les Kara fournirent de nombreux bazinguers à Râbaḥ.

=Binga.= — Présentent beaucoup d’analogie avec les Kara. Ils résidaient primitivement dans le massif qui se trouve au nord des monts Châla. Traqués par les musulmans, ils s’enfuirent dans la vallée de la Yata. Depuis, le dernier groupement indépendant s’est enfui au Darfour.

Il existe un petit noyau de Binga à Kafiakindji. Un autre, qui habitait au Ouanda Djalé, à côté des Youlou, partage le sort de cette dernière peuplade.

=Youlou.= — Les Youlou seraient originaires du Darfour. Ils étaient, en dernier lieu, sur le massif du Ouanda Djalé, où ils tenaient tête aux bazinguers de Senousi. Leur chef s’appelle Djellâb.

« C’est une race montagnarde, très guerrière, et les quelques spécimens que j’ai pu voir avaient beaucoup d’analogie avec les Kreich, d’une part, et avec les Binga, d’autre part.

« Les femmes ont les lèvres percées et portent pour tout costume la touffe de branchages ; elles ont les cheveux longs et tressés.

« Au contact des arabisants, les hommes ont pris un vernis de civilisation qui les différencie des Kreich.

« Les habitants du Ouandâ Djalé ont dû fuir devant les Senoussiens (décembre 1910), et ils forment en ce moment-ci un groupe errant qui s’est réuni à celui du chef Handal (Kreich).

« Et ainsi l’œuvre de Senoussi était complète. Après la disparition de Djellab, coïncidant avec celle du groupe de Ouadda, on peut dire qu’il ne restait plus un seul village autochtone entre Ndélé et Kafiakindji. Sur une étendue large comme la France, le pays est désert ; il n’y a plus rien à razzier........ »

LISI

Nous avons vu que les Lisi (Kouka, Médogo, Boulala) appartiennent à la même famille que les Kenga et les Baguirmiens.

=Kouka.= — Les Kouka occupent la vallée de la Baṭaḥ, depuis Kayetma et Kouka jusqu’à Birket-Fatmé. Leurs villages se trouvent soit sur les bords de la Baṭaḥ, soit à quelque distance au nord et au sud. Ils furent très maltraités par les Ouadaïens, car leur pays se trouvait sur la route suivie par les aguids, pour se rendre d’Abéché au Fitri et au Baguirmi. Depuis notre installation à Yao, c’est en pays kouka (Birket- Fatmé, El Krenik, Koundiourou, Atya) que venaient camper les troupes ouadaïennes chargées de surveiller la frontière occidentale : elles vivaient naturellement sur le pays et ruinaient une région déjà fort épuisée par de multiples razzias. Le dernier de ces pillages en règle fut exécuté par l’aguid el Djaʿâdné, en mai 1904. Non seulement les Ouadaïens ravagèrent la contrée, mais ils enlevèrent encore de nombreux enfants et jeunes gens, qui furent réduits en esclavage et emmenés à la chaîne à Abéché. Les hommes et les femmes furent fort maltraités, et certains d’entre eux furent même odieusement mutilés.

=Médogo.= — La tribu tire son nom de Moudgo abou Léya, qui vint s’installer dans le pays actuel du Médogo avec ses Abou Senoun et ses Mandala. Le croisement de ces Ouadaïens avec des indigènes apparentés aux Kenga et aux Kouka a donné la population des Médogo. L’installation du poste-frontière d’Atya enleva, dès 1908, le Médogo à Doud-Mourra.

=Boulala.= — Les Boulala gousar relèvent du Ouadaï. Ils habitent la région d’Ourel (Abou Koïesti, Abou Cherganiyé, Ourel, Cheqq el Hadjlidj).

Il existe également à Abéché un noyau de Boulala, formé par les partisans de l’ex-prétendant Djili.

Il est à remarquer que les mœurs des Lisi se ressentent beaucoup de l’influence des Maba, en ce qui concerne la coiffure et l’habillement des femmes, l’attitude des femmes envers les hommes, l’attitude des sujets envers le sultan, etc.

DIONGOR.

Les Diongor du Guéra ont toujours vécu indépendants du Ouadaï : ils sont rentrés depuis 1907 dans notre zone d’influence. Les actes de brigandage commis par ces indigènes, et leur indiscipline abusive nécessitèrent une opération de police sérieuse contre les villages du Guéra, en 1910.

Les Diongor de l’Abou Telfan furent atrocement razziés par les Ouadaïens. C’est d’ailleurs chez eux que se réfugièrent de nombreux ennemis, pendant la lutte que nous dûmes mener contre les partisans de Doud-Mourra.

Nous avons déjà fait remarquer qu’il existe, à côté de Guéra, un village qui porte le nom de Banda. Nous savons également que les Diongor sont une tribu de la population banda. Quoiqu’il existe des différences notables entre les Banda anthropophages et les Diongor du Guéra, leurs pratiques fétichistes sont à peu près les mêmes. Ne faut-il voir, dans ce que nous venons de dire, qu’une simple similitude de noms, ou bien existe-t-il une relation de parenté entre les deux populations ?... La comparaison de leurs idiomes pourrait peut-être nous fixer à ce sujet.

Notons, au surplus, que le mot _Djenâkheraï_ — dont se servent les Ouadaïens, pour désigner un de ces fétichistes du Sud, chez lesquels ils menaient leurs razzias d’esclaves — ressemble fort au mot _Djongoraï_. D’après cette explication, Djenakheré serait une corruption de Diongor, Djongor.

MASMADJÉ[247].

Les Masmadjé sont installés sur les bords de la Baṭaḥ, depuis Birket- Fatmé jusqu’à Mourdaf. Ces indigènes pêchent le poisson dans les fosses d’eau permanente de la Baṭaḥ. C’est à Safik que l’on trouve la plus grande de toutes : elle est assez profonde et a quelques centaines de mètres de longueur. Les Masmadjé sont, d’après les indigènes, des Diongor que Moḥammed Chérif aurait enlevés de la région de Maï, pour les transplanter sur les bords de la Baṭaḥ. Ils sont musulmans et parlent la langue arabe, indépendamment de leur dialecte propre.

BORNOUANS.

Les désordres intérieurs du Bornou et les invasions étrangères, surtout celles des Pouls et de Râbaḥ, ont amené l’émigration d’un grand nombre de Bornouans : on trouve beaucoup de ces indigènes dans le Baguirmi et le Kouti, au Fitri, au Médogo et au Ouadaï. Dans ce dernier pays, ils sont particulièrement nombreux dans la région de l’ouadi Rima qui s’étend à l’est du Mourtcha kreda et qui porte, d’ailleurs, le nom de Ouadi Bôrnou.

BAGUIRMIENS KOTOKO.

Ces indigènes furent transplantés au Ouadaï par le sultan ʿAli, après la chute de Massnia. Ils habitent particulièrement la région d’Abéché. On trouve aussi des Baguirmiens dans les pays qui avoisinent la capitale : Nimro, Mourra, etc.

POULS (OU FELLAHTA)

Ces indigènes, peu nombreux, sont dispersés dans tout le pays. Ils habitent particulièrement la partie occidentale du Ouadaï : Kotoro Foulata (sur la route de Am Ḥadjer à Abéché) et autres villages.

NAS ES SELTAN

Enfin le sultan possède personnellement un certain nombre de villages, dont les habitants sont appelés _nâs es selṭân_ (les gens du sultan). Beaucoup d’entre eux sont des captifs ou d’anciens captifs : les autres sont simplement au service du sultan.

=’Abidiyé.= — Les ’Abidiyé sont les captifs qui habitent les villages du sultan.

=Ambaka.= — Les Ambaka sont d’anciens captifs du sultan qui résident dans le village d’Abou Khous (à l’ouest du dar Zioud).

=’Ayal Baba.= — Les ’Ayal Baba, que nous avons déjà vus, sont les Arabes qui gardent les troupeaux du sultan.

=Fagara.= — Le sultan possède aussi des villages de marabouts (_fagarâ_) : signalons, par exemple, celui de Am Chererib (dâr Zioud).

AUTRES TRIBUS

Nachtigal signale encore quelques tribus peu nombreuses, musulmanes ou païennes, qui vivent au Ouadaï. Ces indigènes sont probablement les descendants d’anciens captifs : ceux-ci furent rendus à une liberté relative et formèrent des villages relevant directement du sultan ou de certains dignitaires ouadaïens.

Les Bandala[248], Torom et Mimji sont musulmans.

Les Denguéah (Djengué ?), Bolgou, Kâssa, Ngâma et Banâlé[249] sont païens.

* * * * *

[Note 214 : En ce qui concerne certaines tribus ouadaïennes, nous avons le plus large emploi des renseignements donnés par Nachtigal. Nous nous sommes également servi, pour étudier les populations qui relevaient de Moḥammed es Senousi, l’ancien sultan du Dâr el Kouti, d’une notice ethnographique que le capitaine Modat a bien voulu nous communiquer.]

[Note 215 : Cette saillie ressemble au fruit du doum (douma). D’après les indigènes, elle est l’indice d’un tempérament belliqueux : on peut donc l’appeler « la bosse du courage ». Ce renflement de la peau porte généralement le nom de _mouqla_. Dans certaines régions, les Ouadaïens sont appelés _siyâd ed doukhmat_ (_doukhmat_ semble être une altération de _doumat_) : les hommes qui possèdent une excroissance ressemblant au fruit du doum.]

[Note 216 : _Voyage au Ouadaï_, p. 31.]

[Note 217 : Au sing. _Sennaoui_.]

[Note 218 : _Excelsior_, 7 octobre 1911.]

[Note 219 : Lieutenant Delacommune.]

[Note 220 : Lieutenant Lucien : _Ouadaï Aouali_ (_Bulletin du Comité de l’Afrique française_, 1910). — Le lieutenant Lucien appelle « Ouadaï Aouali » la région qui s’étend au nord et au nord-ouest d’Abéché. Il est probable que ce nom lui fut donné, parce qu’elle forma le premier noyau du Ouadaï — d’où _Aouali_ اول : premier, ancien.]

[Note 221 : Le djebel Abassa, qui se trouve entre le dâr Kadjagsé et le dâr Sila, a quelques centaines de mètres de hauteur et est à peu près comme les montagnes de Mataïa ou d’Abouṭiour.]

[Note 222 : Le mot arabe _guimr_ et le mot ouadaïen _ermbeli_ ont la même signification : tourterelle, ramier (_guemriya, guimr_).]

[Note 223 : Lieutenant Delacommune.]

[Note 224 : Cf. P. Askell Benton, _Notes on some languages of the Western Sudan_, p. 267-268.]

[Note 225 : Dalla Vedova, _Bollettino_, p. 653.]

[Note 226 : Lieutenant Delacommune.]

[Note 227 : On dit aussi Beled et Terâwiyé, Terâwiyé est le nom donné par les Arabes aux Bideyat.]

[Note 228 : Léon l’Africain, à propos du chemin « qui est pour aller de Fez au grand Caire par le désert de Libye », parle des « peuples de Sin et Ghorran ». Nous avons déjà vu que les Arabes appellent Gourân les Toubou du Sud. Quel est donc le peuple de Sin ? Ce nom n’aurait-il pas été donné aux Bideyat de la région de Sini ?]

[Note 229 : On remarquera combien ce qui vient d’être dit au sujet de l’aspect physique, de l’habillement et de la nourriture des Bideyat rappelle ce que nous avons déjà rapporté des Toubou, et notamment des Koussoâ (Tedâ du Koussi).]

[Note 230 : Slatin Pacha, t. I, p. 161.]

[Note 231 : Cherf eddin appartenait à la fraction Bachî des Bideyat.]

[Note 232 : Slatin Pacha, ancien officier de l’armée autrichienne, était moudir oumoum du Darfour, au temps ou Gordon Pacha était Gouverneur général du Soudan égyptien. Lorsque l’insurrection mahdiste gagna le Darfour, et après la chute d’El ʿObeïd, Slatin se décida à adopter en apparence la religion de Moḥammed, afin de redonner confiance à ses troupes musulmanes. La nouvelle du massacre de la colonne Hicks Pacha le décida toutefois à capituler à Dara, en décembre 1883. Après être resté 11 ans prisonnier des derviches, il réussit à s’échapper. Slatin Pacha, qui est actuellement inspecteur général du Soudan anglo-égyptien, a fait le récit de ses aventures dans un livre que nous avons déjà cité à plusieurs reprises : _Fer et feu au Soudan_, 2 vol.]

[Note 233 : On appelle Tirdjé du Ouadaï et Tirdjé du Darfour deux chaînes de montagnes situées dans la région-frontière du Ouadaï et du Darfour. Tirdjé est probablement le même mot que l’arabe _dirdjé_ : gradin, estrade.]

[Note 234 : Ce nom de Nouba est assez souvent donné aux musulmans non arabes. _Ana Noubaï_, je suis musulman. _Chenho men en Nouba_, à quelle tribu des Nouba appartiens-tu ? _Ana Didjaï_, à la tribu des Dadjo.]

[Note 235 : D’autres disent que le dialecte des Moubi se rapproche beaucoup de la langue des Masmadjé. Nachtigal rapporte, de son côté, que le dialecte des Moubi est presque le même que celui des Birguid.]

[Note 236 : _Voyage au Darfour_, p. 226.]

[Note 237 : Il est à remarquer que le mot arabe _djeggel, diggel, diggèl_ désigne la syphilis.]

[Note 238 : Les citations de ce chapitre sont empruntées à une Étude sur le Dar-Fertyt du capitaine Modat, qui a bien voulu nous en communiquer le manuscrit.]

[Note 239 : Cf. Delafosse, _Essai sur le peuple et la langue sara_, Paris, in-8.]

[Note 240 : Cf. G. Toqué, _Essai sur le peuple et la langue banda_, p. 1-29.]

[Note 241 : Les Mbaya habitaient autrefois la vallée de la Bôhou. A l’approche des bazinguers, ils se retranchèrent fortement dans les cavernes de la région, et Senousi ne put avoir raison de leur résistance qu’en se servant du canon que nous lui avions donné. C’est là un exemple typique des beaux succès que nous avons procurés aux marchands d’esclaves, en faisant de la « politique musulmane » en pays fétichiste.]

[Note 242 : Cf. Toqué, _op. laud._, p. 20.]

[Note 243 : Cf. Toqué, _ibid._, p. 13-16.]

[Note 244 : Cf. Toqué, _ibid._, p. 20-21.]

[Note 245 : Cf. Toqué, _ibid._, p. 18-19.]

[Note 246 : Cf. Toqué, _ibid._, p. 11-13.]

[Note 247 : Le mot _Masmadjé_ dérive peut-être de l’arabe _samdj_ (vilain, hideux), _samâdja_ (laideur). Il signifierait alors : les hommes vilains, les hommes laids.]

[Note 248 : Nous avons cité les Mandala (ou Bandala ?) de Kabeluzu. — D’autre part, on appelle bandala le tam-tam des fétichistes habitant les confins baguirmiens, chez lesquels on allait autrefois faire des razzias d’esclaves. D’où, peut-être, la désignation de _siyâd bandala_, et aussi _bandala_.]

[Note 249 : Notons que Banala est un village diongor du Quéra.]

LE GOUVERNEMENT ET L’ADMINISTRATION[250]

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Les renseignements donnés dans ce chapitre se rapportent à l’état de choses qui existait avant la prise d’Abéché et la déposition d’Acyl. Ils ne présentent plus, à l’heure actuelle, qu’un intérêt rétrospectif. Nous croyons néanmoins que ces détails peuvent encore avoir leur utilité, car ils permettront de se faire une idée relativement exacte de l’ancien Ouadaï.

Il est difficile, lorsqu’on est en France, d’avoir des renseignements de détail sur ce qui se passe au Ouadaï. C’est pourquoi il ne nous a pas été possible de mettre ce chapitre complètement à jour. On voudra bien nous en excuser.

A la tête de la société ouadaïenne se trouve un sultan qui, en principe, exerce un pouvoir absolu. Dans la pratique, son autorité fut souvent limitée par les soulèvements des tribus maba, auxquelles la tradition accordait certains privilèges, et par la puissance des grands dignitaires. De bonne heure, par suite de l’extension énorme du royaume ouadaïen, le sultan n’a pu gouverner à lui seul un pays aussi vaste, aux communications difficiles. Il a dû déléguer une partie de son autorité à des sous-ordres et, naturellement, ceux-ci ont cherché à s’affranchir de la tutelle de leur maître. Avant le sultan ʿAli, les tribus autochtones jouèrent un grand rôle ; dans ces dernières années, les luttes furent incessantes entre le sultan et ses dignitaires et elles amenèrent parfois la chute du premier.

La condition des personnes comprend deux classes : les gens libres (_aḥrar, ḥourrin_) et les captifs (_ʿabid_).

Le Qorân admet l’esclavage, mais ne permet pas de réduire un croyant dans cette condition. Il est vrai que cette défense n’arrête guère les Ouadaïens et que ceux-ci font indifféremment la chasse à l’homme chez les fétichistes (Kirdi, Djenâkheré) et chez les noirs islamisés (Nouba) : la traite a toujours été une des grosses ressources du sultan d’Abéché. A côté de ce bétail humain, pris dans des razzias périodiques et destiné à la vente, on trouve, comme partout ailleurs en Afrique, une autre catégorie de gens non libres, dont la condition est moins dure. Ce sont les captifs de case, généralement nés dans la maison du maître, qui font pour ainsi dire partie de la famille et sont rarement vendus : ils sont chargés de la culture et des gros travaux.

Chez les gens libres, on remarque d’abord les pauvres (_mesâkin_). Ils se mettent au service d’un homme plus puissant qu’eux ou bien sont obligés, pour vivre, de cultiver le sol : la situation des derniers est particulièrement précaire car, ne dépendant pas immédiatement d’un personnage qui puisse les protéger, ils subissent les avanies des grands du pays et de leurs gens.

Les chefs sont toujours entourés d’une nuée de serviteurs volontaires, qu’ils nourrissent et ne paient généralement pas : ils se contentent de leur abandonner une partie du butin fait dans les razzias et de distribuer quelques cadeaux à ceux dont ils veulent récompenser les services. Notons que les mesâkin ont souvent moins d’importance que certains captifs de personnages puissants, qui sont investis d’une charge particulière, possèdent des biens à eux, des serviteurs et même des esclaves. Les armées du Ouadaï ont été fréquemment commandées par des gens de condition non libre, et le sultan actuel, Doud-Mourra, a appelé quelques-uns de ses captifs à remplir les plus hautes fonctions du royaume.

Dans chaque pays, certaines catégories de gens influents se distinguent des mesâkin : ce sont les membres des familles des chefs ou des fractions de tribu où l’on choisit ces derniers. Il est vrai que, pour être considérés, ils doivent posséder des biens ou un commandement.

Enfin, de véritables castes sont formées par ceux que l’exercice d’un métier spécial isole de la masse : citons, à titre d’exemple, les soldats de l’armée ouadaïenne, les Djellâba et les forgerons (_ḥâddâd_).

Dans la société ouadaïenne, à l’inverse de ce qui se passe chez les Touareg, la condition est transmise par le père. Cependant, l’origine de la mère modifie le degré de noblesse de l’enfant. Nous avons vu, en particulier, que la tradition imposait autrefois aux sultans de se rattacher, du côté maternel, à l’une des tribus autochtones (Maba), seules considérées comme nobles : cette règle semble être actuellement tombée en désuétude car, depuis la mort de Yousef, tous les souverains ou prétendants du Ouadaï étaient nés de femmes étrangères, captives pour la plupart.

Les différentes tribus qui forment la population du Ouadaï relèvent du sultan d’Abéché : pour certaines d’entre elles, les Diongor du Guéra, par exemple, cette dépendance n’a jamais été que nominale. Le sultan est entouré de toute une hiérarchie de fonctionnaires fort nombreux, dont les emplois furent créés autrefois, au fur et à mesure des conquêtes ouadaïennes. Nous insistons sur le fait que les titulaires des grandes charges ne sont pas forcément d’origine ouadaïenne ni même de condition libre : ils peuvent être d’origine étrangère, captifs ou même eunuques. Tout cela dépend du bon plaisir du sultan, principe et source de toute autorité. Celui-ci ne s’inspire que de son intérêt : Doud-Mourra, par exemple, avait concentré les plus hautes fonctions du pays entre les mains de deux personnages ouadaïens à lui dévoués, Moḥammed ould Bechâra et son fils Aḥmed, et dans celles de captifs lui appartenant personnellement.