La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Part 17

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[Note 182 : Un exemple, entre mille, suffira à donner une idée de la veulerie de Yousouf. Au temps du sultan ʿAli, l’aguid er Râchid était Assad el Kebir, l’un des dignitaires les plus riches et les plus puissants du pays. Quand Yousouf, à la mort de son frère, fut proclamé souverain du Ouadaï, il donna la charge d’aguid er Râchid à l’un de ses esclaves, Amin Goudjia, qui reçut l’ordre d’aller prendre possession de son commandement. Mais Assad el Kebir ne laissa point le nouveau promu pénétrer dans sa demeure. Amin Goudjia reçut avis que s’il cherchait à franchir la porte ou à donner des ordres, à agir, en un mot, comme s’il était réellement aguid er Râchid, Assad lui ferait couper la tête immédiatement. Il se le tint pour dit et n’insista point. Yousouf n’insista pas davantage et laissa les choses en l’état. Amin Goudjia ne reçut le kademoul d’aguid er Râchid qu’à la mort d’Assad el Kebir : le sultan Ibrahim le lui enleva pour le donner à un captif gourân, Guelma.]

[Note 183 : Beaucoup de Foriens, qui s’enfuirent au Ouadaï à ce moment- là, furent pris et réduits en esclavage.]

[Note 184 : Il se réfugia au Tania. Il revint, plus tard, vivre en simple particulier auprès de l’aguid el Maḥâmid.]

[Note 185 : Moḥammed el Hachaïchi, _Voyage au pays des Senoussia_, p. 130.]

[Note 186 : _Voyage au pays des Senoussia_.]

[Note 187 : Capitaine Julien, _Le Dâr Ouadaï_.]

[Note 188 : ʿAbd el Maḥmoud, dit Abou Kouyouma (le taquin), était fils de Chérif et de momo Maden. Nachtigal rapporte qu’on le surprit versant des larmes le jour de l’avènement du sultan ʿAli. Celui-ci le fit aveugler : mais on dut s’y prendre mal, car Abou Kouyouma réussit à quitter la capitale et à rassembler des partisans. On s’empara de lui et, à la suite d’une nouvelle opération, il perdit complètement la vue. « Comme la plupart de ses frères aveuglés, Abou Kouyouma passait la plus grande partie de ses jours à absorber d’énormes quantités de merissé ». Le sultan ʿAli l’avait nommé aguid ed Debaba, charge dans laquelle il fut remplacé par son fils Acyl. Une fille de Abou Kouyouma, Habbo, épousa le sultan Ibrahim : elle eut un fils, Moḥammed Ṣâlèḥ, que Doud- Mourra fit aveugler.]

[Note 189 :

_Dar ed dimmé_ Homme courageux,

_Abou Goudjia seghir_ Le jeune Abou Goudjia

_Ma errouft léh Ignorait qu’on voulût le saisir. senné_

_Adjâouid mergo_ Les adjaouid sortirent,

_Qotolo dimmé..._ Il y eut un combat sanglant...

_Choter as soulba_ Pourquoi la ceinture blanche autour des reins ?

_Chounhou chôoura_ Qu’est-il donc arrivé,

_la ʿyal abba_ O fils de mon père ?

_Abou Goudjia mereg_ Abou Goudjia est sorti

_Chila léna ed derba_ Montre-nous le chemin qu’il a pris, etc.

(Chanson ouadaïenne.)

_Abou Goudjia_ (l’homme à la longue chevelure) est le surnom populaire donné à Acyl. Le sultan du Ouadaï doit avoir la tête rasée ; mais tout prétendant au trône laisse pousser ses cheveux, car la longue chevelure est un signe de revendication. Acyl répétait souvent qu’il ne sacrifierait sa belle chevelure frisée, que lorsqu’il aurait été proclamé sultan du Ouadaï.]

[Note 190 : _Doud-Mourra_ signifie : le lion de Mourra. Mourra est un village du sultan, sur la route d’Abéché à El Fâcher.]

[Note 191 : Destenave et Truffert, _La région du Tchad_.]

[Note 192 : Fourneau, _Deux années dans la région du Tchad_.]

[Note 193 : Il avait été également question d’un rapprochement entre Doud-Mourra et Acyl.]

[Note 194 : Moḥammed ould Bechara avait épousé Mérem Habbo, fille de ʿAli, en 1873. Il n’en eut pas d’enfant. Mérem Habbo lui fut enlevée par le sultan Yousouf, qui donna à l’aguid sa fille, Mérem Zenaba.]

[Note 195 : La frontière virtuelle, séparant le Ouadaï du Territoire du Tchad, était marquée par les villages de Malabesse, Boullong, Sommo, Boli, Zan. Elle passait, en dernier lieu, à Amm Timan, sur le Baḥr es Salamat.]

[Note 196 : Le tableau est très flatté, car le caractère de Gaourang est bien moins simple et beaucoup moins sympathique que ce que l’on veut bien dire.]

[Note 197 : Après son arrestation, Acyl avait été déporté à Kémo. On le fit changer plusieurs fois de résidence. Il fut même envoyé à Brazzaville. En dernier lieu, il se trouvait à Laï, auprès du commandant Julien, quand le lieutenant-colonel Largeau lui rendit, avec la liberté, l’espoir d’arriver un jour au trône du Ouadaï (fin 1906). Il a été déposé en juin 1912.]

[Note 198 : _Le Temps_, 10 novembre 1908.]

[Note 199 : Après l’arrestation d’Acyl, le commandant Largeau avait déjà fait tenir un message à Doud-Mourra, par l’intermédiaire de Mérem Samèh, sœur du sultan ouadaïen, qui fut renvoyée à Abéché.]

[Note 200 : Largeau, _La France devant le Ouadaï_ (_Revue des Troupes Coloniales_, 1910).]

[Note 201 : Les Oulâd Slimân sont appelés _Minimini_ par les indigènes du Kanem et du Baḥr el Ghazal ; dans la partie orientale du Ouadaï, ce nom est réservé aux Bideyat et aux Zegâoua.]

[Note 202 : Barkaï est un partisan d’Acyl, qui fut fait d’abord aguid el Khouzam et reçut ensuite le kademoul d’aguid er Râchid. Bidey d’origine, il alla tout jeune au Borkou, où il fut capturé par un rezzou ouadaïen. Emmené à Abéché, il y resta longtemps et débuta comme petit touèr du sultan Yousouf. Plus tard, il embrassa la cause d’Acyl.]

[Note 203 : Rapport du capitaine Chauvelot.]

[Note 204 : Diado était un vieux partisan d’Acyl : il appartenait à la tribu arabe des Missiriyé.]

[Note 205 : Cf. _Lettres du lieutenant-colonel Moll_, p. 255-280.]

[Note 206 : Chevalier, _L’Afrique centrale française_.]

[Note 207 : _Étude sur le Dar-Fertyt_ (communiquée par le capitaine Modat).]

[Note 208 : Après le massacre de Crampel, du docteur Moḥammed Saïd, de Biscarrat et de leur escorte, Senousi écrivit à Râbaḥ pour lui faire part de l’événement. Celui-ci eut un mouvement de colère, mais envoya néanmoins son intendant réclamer à Senousi tout le personnel — le Targui et les douze Toucouleurs qui avaient trahi Crampel, ainsi que la Pahouine Niarinzé avaient été épargnés — et le matériel de la mission. Le sultan finit par remettre une partie des armes, des munitions et des marchandises, ainsi que dix Toucouleurs et Niarinzé. Comme il avait caché sous terre le reste du butin, qu’il avait éloigné de Châ les deux Toucouleurs parlant arabe et que le Targui était parti vers le Nord, Senousi put jurer sur le Qorân « qu’il ne lui restait plus rien de Crampel _sur_ la terre de Châ ».]

[Note 209 : Rapport du capitaine Modat au sujet du combat de Ndélé, le 12 janvier, et de la tentative de surprise du 7 février 1911.]

[Note 210 : _Journal officiel de l’Afrique équatoriale française_, 1er juillet.]

[Note 211 : _Le Matin_, 2 novembre 1911.]

[Note 212 : _Le Temps_, 18 octobre 1911.]

[Note 213 : Il en a été déposé le 5 juin 1912, interné à Laï et n’a pas été remplacé. Cette mesure a été motivée par son attitude hostile à la France. Le Ouadaï est administré par le colonel Largeau à l’aide de sept hauts dignitaires indigènes.]

LES POPULATIONS DU OUADAÏ

* * * * *

Nous allons maintenant passer rapidement en revue les divers éléments qui constituent la population du Ouadaï[214].

Nachtigal évaluait la population du Ouadaï à deux millions et demi d’habitants ; le capitaine Julien ne la supposait pas inférieure à deux millions ; et enfin on croit actuellement que, cette population ayant été décimée par un état de guerre perpétuel et par des razzias périodiques d’esclaves sur les confins du royaume, le chiffre doit être ramené à moins d’un million.

MABA

Le groupe ethnique le plus considéré est formé par les Maba : ce sont des Ouadaoua de race, qui vinrent librement à l’islamisme et aidèrent ʿAbd el Kerim à chasser les Toundjour. Leur pays aurait été appelé _dâr maba_ à cause de sa richesse en eau. Ils parlent le _bora mabang_ (langue des Maba) et présentent tous à peu près les mêmes caractères. Ces indigènes ont le teint noir : ils arrangent leurs cheveux en petites tresses et possèdent, entre le cou et l’oreille, une excroissance de la peau, obtenue par l’application de ventouses[215].

Nous avons vu le rôle joué autrefois au Ouadaï par la population énergique des Maba. Ils sont toujours restés attachés aux traditions qui assuraient leur prédominance dans le pays. Mais l’extension énorme du Ouadaï, les progrès de l’armement et l’importance acquise par les contingents des aguids diminuèrent l’influence des tribus autochtones. Autrefois, le sultan devait être fils d’une femme maba ; aujourd’hui, il n’en est plus de même et les quatre derniers sultans (Ibrahim, Ghazali, Doud-Mourra et Acyl) naquirent de femmes étrangères.

Les Maba abusent de la merissé et ont, dans tout le pays, une grande réputation de brutalité. Voici, d’ailleurs, le jugement que Nachtigal a porté sur ces indigènes : « Les Maba sont bien les gens les plus orgueilleux, les plus fanatiques, les plus mesquins que j’aie rencontrés au cours de mes voyages. L’arrogance qu’ils affichent à l’égard des étrangers n’est pas faite seulement de fanatisme religieux mais encore de l’intime conviction qu’ils ont de la supériorité de leur patrie, de leur souverain et de leur propre personne[216] ».

Les Maba comprennent les tribus suivantes : Kodoï, Oulâd Djema’, Galoum, Dekker, Malanga, Madaba (ou Mandaba), Madala (ou Mandala), Matlamba, Abissa.

=Kodoï.= — Leur nom vient de _kodok_, qui signifie montagne. Ce sont des montagnards qui habitent, au nord-est de Ouara, la région marquée par le mont Kardjago. On les appelle aussi Abou Senoun[217] (les hommes aux dents), parce qu’ils ont les dents rouges. Ils comprennent plusieurs fractions (Matouk Sing, Galak Sing, Margak Sing, Oudjak Sing) et des forgerons (Nemena).

Les Kodoï parlent le maba et l’arabe : leur gouverneur porte le titre de _melik_. Les Kodoï et les Oulâd Djema’ sont les tribus autochtones les plus considérées du Ouadaï.

=Oulâd Djema’.= — Les Oulâd Djema’ sont étroitement apparentés aux Kodoï. Les deux tribus vivaient autrefois réunies : elles inquiétaient alors les sultans du Ouadaï par leur turbulence. Kharout es Seghir les sépara et donna le commandement de l’une d’entre elles à un kamkalek de l’époque, Djema’ : les sujets de ce dignitaire furent désormais appelés Oulâd Djema’. Les deux tribus n’en continuèrent pas moins à marcher la main dans la main, dans tous les mouvements qui agitèrent le Ouadaï, et à rallier autour d’elles le reste des Maba. Les Oulâd Djema’ habitent le pays au nord de celui des Kodoï.

Au début de juin 1911, Kodoï et Oulâd Djema’ se sont soulevés contre notre domination. Le 5 juin, le docteur Pouillot, qui n’avait point d’escorte, fut attaqué par de nombreux insurgés et se tira un coup de revolver sous le menton, pour ne point tomber vivant entre leurs mains. On a écrit que la lourdeur des impôts prélevés par les émissaires du sultan Acyl avait provoqué la révolte. « Le pays qui, du temps de Doud- Mourra, ne payait presque pas d’impôts — ce sultan trouvant ce dont il avait besoin en razziant les pays voisins — croit aujourd’hui que toutes les exactions qu’il subit sont notre fait[218]. » Il est possible que les nouveaux fonctionnaires ouadaïens aient eu la main lourde et aient pressuré quelque peu leurs administrés. Il existe, au Ouadaï, des habitudes séculaires contre lesquelles il faudra réagir. Mais il ne faut point perdre de vue que les Maba — et en particulier les Kodoï et Oulâd Djema’ — ont toujours joui de privilèges spéciaux et que le fait de subir la loi commune a dû les irriter profondément. Du reste, ces montagnards belliqueux ont souvent fait preuve d’indépendance à l’égard du pouvoir d’Abéché, et la révolte du mois de juin ne doit nullement surprendre. Elle fut réduite, en une quinzaine de jours, par le détachement du capitaine Chauvelot et la colonne du commandant Hilaire, qui revenaient de l’Ennedi.

=Galoum et Dekker.= — Les Galoum et les Dekker, peu nombreux, sont de la famille des Oulâd Djema’.

=Malanga, Mandaba et Mandala.= — Les Malanga, les Mandaba et les Mandala comptent parmi les tribus les plus anciennes du pays. Ils ont joué un rôle historique important et c’est ce qui explique les privilèges honorifiques dont leurs chefs continuent à jouir. Ces Maba, actuellement très réduits, sont groupés dans les quelques montagnes qui avoisinent Ouara du côté de l’Est. On trouve aussi des Malanga dispersés dans les pays du Sud, particulièrement chez les Kelinguen.

=Matlamba= (ou =Debba=). — Cette tribu, analogue aux précédentes, s’est éparpillée et ne compte plus.

=Abissa.= — Les Abissa, peu nombreux, parlent le maba.

KELINGUEN.

Le Kelinguen est une région de montagnes qui constituent le plus gros massif des environs d’Abéché et dont les premiers contreforts se trouvent à quelques kilomètres à l’est de la capitale. D’après Nachtigal, les gens qui habitent ce pays ne forment pas une tribu particulière : ils sont de race kodoï, mararit, kabga ou arabe. Cependant l’usage s’est établi de parler de la tribu des Kelinguen. Celle-ci jouit d’une grande influence au Ouadaï ; elle soutint Moḥammed Chérif dans les luttes que ce prince dut mener contre l’élément maba. L’ami fidèle du sultan Doud-Mourra, l’aguid el Maḥamid Moḥammed ould Bechara, appartenait à une famille illustre des Kelinguen.

La majeure partie du pays kelinguen — lequel contient un grand nombre de villages — était la propriété de la famille du sultan Doud-Mourra et de quelques Ouadaïens de noble origine. « Ce qui est assez curieux dans tous ces villages, c’est de voir la division en quartiers très séparés. Il y a d’abord le village ouadaïen ; puis, à quelque distance, ceux qui appartiennent à de grands personnages. C’est ainsi que la mère du sultan a 253 villages à elle. Dans ces villages sont des captifs qui sont loin d’être à plaindre. Ils ont des cases, sont nourris ainsi que leurs familles, possèdent même souvent des moutons que leurs maîtres leur ont donnés en cadeaux. En échange, ils cultivent le mil pour leurs patrons et gardent leurs troupeaux. La seule chose qui était pénible dans leur situation, c’est que leurs enfants n’étaient pas à eux et que leurs maîtres pouvaient les vendre ou les transporter ailleurs à leur guise[219]. »

TRIBUS DEVENUES ANALOGUES AUX MABA.

Les Kondongo, les Mararit et les Mimi, quoique n’appartenant pas au groupe maba, sont cependant considérés comme des tribus de race noble (_ḥourrin_). Autrefois, lorsque le sultan était tenu de respecter la coutume qui a régné si longtemps au Ouadaï, il pouvait, sans déroger, prendre femme dans l’une de ces trois tribus.

=Kondongo= ou =Oulâd Mêsé.= — Les Kondongo forment la tribu la plus considérée du groupe : ils comptent même parmi les tribus autochtones du Ouadaï. Ils ne sont venus à l’islâm qu’après les Maba : ils aidèrent cependant ʿAbd el Kerim dans sa lutte contre le paganisme.

Nachtigal dit que les Kondongo ressemblent aux Maba, au physique comme au moral. Ils habitent au pied de la chaîne montagneuse qui s’étend à l’ouest d’Abéché et que coupe, vers son milieu, la route conduisant au dar Zioud. Ils se sont également répandus vers le Nord, du côté des pics Tolfou, Dobou, Chibi, etc., et ils se sont mélangés aux habitants de cette contrée.

Cette tribu parle le bora-mabang et un dialecte qui en est dérivé.

Les Mararit et les Mimi sont venus à l’islâm en même temps que les Maba et ils ont secondé les efforts de ʿAbd el Kerim. Chacune de ces deux tribus parle une langue qui lui est propre.

=Mararit.= — Les Mararit sont ainsi appelés du nom de leur ancêtre Marra ; on les nomme aussi Abou Chârib (les hommes aux moustaches) et Abii. Avec eux vivent les Châlé, Oro et Kourbô : ces indigènes parlent des dialectes plus ou moins apparentés à celui des Mararit, mais qui en diffèrent toutefois d’une manière notable. Nachtigal fait d’ailleurs remarquer que, au Darfour, ces fractions sont indépendantes des Mararit. Ceux-ci jouissent au Ouadaï d’une mauvaise réputation : on les dit sans cœur, sans foi et sans parole. On les trouve dans le pays à l’est des Kodoï : ils gardaient autrefois le Ouadaï des attaques des Tama.

=Mimi= ou =Moutoutou.= — Cette tribu est très nombreuse, mais beaucoup de ses membres se sont dispersés dans le sud du Ouadaï, où ils vivent mélangés aux autres peuplades. Nachtigal rapporte que les Mimi sont braves et cruels et qu’ils sont gouvernés par un _melik ḥourr_, jouissant de certaines prérogatives.

Les Mimi habitent le pays situé au nord de celui des Oulad Djema’ et des Mararit : ils voisinent avec les Zegâoua et avec les Arabes Maḥâmid d’Ourâda. Dans leur région, « le terrain est généralement sablonneux ; les dunes alternent avec le naga (terrain siliceux très dur). L’eau est assez rare..... Les villages sont grands, bien tenus, bâtis sur des dunes près des points d’eau. Les principales cultures sont le mil et le coton. Avec les Mimis vivent quelques tribus d’Arabes Maḥamids qui établissent leurs campements sur les bords de l’ouadi Fétité[220] ». Les Mimi ont contracté de nombreuses alliances avec les Zegâoua, auxquels ils ressemblent beaucoup au moral. Le sultan du Ouadaï faisait administrer le dar Mimi par un kamkalek : ce fonctionnaire percevait l’impôt et rendait la justice au nom de son maître.

TRIBUS IMMIGRÉES.

Les indigènes dont nous allons parler présentent une analogie presque complète avec ceux des deux groupes précédents. Ils sont cependant considérés comme n’étant pas de race noble. Ils comprennent les tribus suivantes : Ganyanga, Banadoula, Kabga, Koubou et Nas Djoumbo.

=Ganyanga.= — Ils habitent le pays au nord-est d’Abéché. Ce sont d’anciens fétichistes immigrés dans la région des Maba : leur nom, qui est synonyme de l’arabe _ʿarianin_ (nus), leur a été donné en souvenir de l’habillement sommaire qu’ils avaient autrefois. Ils ne sont pas nombreux et vivent mélangés aux Maba, dont ils parlent la langue et avec lesquels ils présentent la plus grande analogie.

=Banadoula.= — Les Banadoula sont également des fétichistes immigrés : ils parlent la langue maba.

=Kabga.= — Cette tribu fut convertie à l’islâm par la force des armes. Le pays des Kabga, situé à côté de celui des Mimi, renferme une montagne inaccessible, le djebel Kabga, qui permit à ces indigènes de rester longtemps indépendants du Ouadaï : ils furent cependant vaincus et dispersés. On les trouve actuellement dans le Kelinguen et du côté de Mourra, le village du sultan. Les Kabga se sont mélangés aux Maba, auxquels ils ressemblent beaucoup : ils possèdent toutefois une langue qui leur est propre.

=Koubou.= — Les Koubou dépendent politiquement des Mararit. Nachtigal dit qu’ils appartiennent au même groupe ethnique que ces derniers et qu’ils en sont peut-être issus. Ils parlent, en tout cas, un dialecte se rapprochant du mararit.

=Nas Djoumbo.= — Les gens qui habitent la région de Ḥadjer Djoumbo sont actuellement analogues aux Maba.

C’est dans la région comprise entre Ḥadjer Djoumbo et Ourâda que se trouve le ouadi Yên, sur les bords duquel de nombreuses tribus nomades (Noarma, Zegâoua, Missiriyé, etc.) viennent installer leurs campements, à la fin de la saison des pluies. Le reste du pays est habité par des Mimi, Nâs Djoumbo et autres Ouadaïens, qui cultivent un peu de mil et de coton.

TRIBUS PLUS OU MOINS ALLIÉES AUX MABA.

Le groupe formé par les Karranga, Fala, Kachméré, Marfa, Kadjanga, Ali et Moyo se rapproche beaucoup du groupe maba, soit que ces indigènes possèdent des liens de parenté avec les tribus autochtones, soit qu’ils en aient adopté les mœurs et les coutumes. Sauf certaines fractions des Kadjanga, les tribus de ce groupe furent converties par la force des armes (_anermélé_).

=Karranga.= — Les Karranga sont considérés comme étant de meilleure noblesse que les maîtres du pays. Cette tribu est très belliqueuse et fort redoutée pour sa cruauté : elle est gouvernée par un melik. Les Karranga sont étroitement alliés aux Maba : ils parlent un dialecte spécial qui n’est qu’un dérivé du bora-mabang. Ils habitent les montagnes qui se trouvent au nord d’Am Deguemat. C’est dans le massif des Karranga qu’était autrefois installée la souveraineté des Toundjour : leur sultan avait sa capitale au pied du mont Kadama.

=Fala= ou =Bakka.= — Les Fala se rattachent aux Karranga. Ils ressemblent en tous points aux tribus maba, dont ils ont les mœurs et les usages. Ils habitent les montagnes situées au sud d’Am Deguemat et parlent un dialecte dérivé du bora-mabang.

=Kachméré.= — Les Kachméré présentent le type maba, mais leur teint est un peu moins noir que celui des tribus autochtones. Ils ont des mœurs et des coutumes différentes : c’est ainsi qu’ils mangent des mets que les Maba considèrent comme impurs (grenouille, lézard). Ce sont des gens très pacifiques. Ils parlent un dialecte spécial dérivé du bora-mabang. Cette tribu habite le pays de la rive gauche de la Bétêha, au nord du massif des Karranga.

Les Kourdjinna parlent un dialecte apparenté au kachméré.

=Marfa.= — Les Marfa ressemblent aux Maba au point de vue physique, mais ils ont les mœurs et les coutumes des Kachméré. Ils sont également d’humeur pacifique et leur tribu est la seule qui n’ait jamais pris les armes contre les sultans du Ouadaï. Ils parlent un dialecte dérivé du bora-mabang, assez proche de celui des Kadjagsé. Ils habitent le pays à l’est des Karranga.

=Kadjanga= ou =Abou Derreg.= — Les Kadjanga vivent au milieu de Maba authentiques : ils se sont alliés à ceux-ci et l’accord le plus parfait règne entre les deux populations. C’est pourquoi on range parfois cette tribu parmi les Maba de race : cependant une fraction des Kadjanga a été convertie à l’islâm par la force des armes. Ces indigènes parlent la langue maba et un dialecte qui en est dérivé. Ils sont peu nombreux et ont la réputation d’être braves, mais cruels. Leur tribu habite la région de la haute Bétêha, et la partie orientale du territoire qu’elle occupe est marquée par le confluent des Delal, Lobbode et Mondjobok.

=Ali.= — Les Ali habitent la partie orientale du Ouadaï et sont installés à côté des Massalat el Hôch. Ils se rapprochent quelque peu des Maba par les mœurs, les coutumes et les traditions. Ils parlent le bora-mabang et un dialecte qui en est très éloigné ou peut-être même totalement différent.

=Moyo.= — Les Moyo semblent appartenir à la même famille que les Marfa. Ils ont le teint plus noir que les Maba. Ils parlent le bora-mabang et un dialecte qui leur est propre. Cette tribu, peu nombreuse, vit en très bons termes avec les Marfa et les Kadjagsé : son territoire est d’ailleurs situé entre celui de ces deux tribus. Les Moyo habitent quelques montagnes au nord d’Akroub et d’Amm Goudjia.

KADJAGSÉ OU KADJAKSÉ

Les Kadjagsé paraissent se rattacher à la famille des Marfa : ils parlent d’ailleurs la même langue que ceux-ci. Nachtigal dit que les Kadjagsé sont très honnêtes et très bons. Dans tout le Ouadaï, en effet, ces indigènes jouissent d’une excellente réputation : on ajoute aussi qu’ils sont très pieux et que leur tribu compte de nombreux fogara. Il est de toute évidence que des gens aussi brutaux que les Maba devaient accuser de lâcheté une pareille population.

Le pays des Kadjagsé est parsemé de petites montagnes, dont la plus élevée est le djebel Abassa[221]. Ces montagnes produisent beaucoup de miel, qui est recueilli avec soin par les habitants et leur sert à acquitter une partie de l’impôt : la tribu envoie tous les ans une grande quantité de pots de miel au sultan d’Abéché. Chose assez curieuse, d’ailleurs, cette industrie diminue quelque peu l’estime en laquelle certains indigènes tiennent la population sympathique des Kadjagsé : d’après eux, le fait d’enlever aux abeilles le fruit de leur travail serait désagréable à Allah. Le faqih médagaoui, qui nous donnait ce renseignement, avait visité le Kadjagesé alors qu’il était mehadjiri. Il professait le plus sérieusement du monde l’opinion précédente sur l’apiculture : mais cela ne l’empêchait pas de faire ses délices des petits gâteaux au miel que lui confectionnaient ses femmes.