La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)
Part 16
« 2o _Refus d’établir un village au Bamingui_. — En second lieu, le Gouvernement avait prescrit que des villages fussent installés sur la piste Ndélé-Fort-Crampel. Pour ne pas compliquer la situation, il ne fut demandé à Senoussi que la création d’un seul village au Bamingui. Un délai de 15 jours lui fut donné pour envoyer 50 ménages. Le délai expira le 25 décembre, et Senoussi ne s’était pas exécuté.
« Il n’y avait pas à hésiter plus longtemps. Ne pas châtier une pareille désobéissance de la part du meurtrier de Crampel eût été impolitique, et, d’autre part, attendre plus longtemps eût été une faute.
« Malheureusement les renforts et les cartouches n’étaient pas encore arrivés.
« En attendant le moment favorable, les précautions suivantes furent prises, en vue de l’opération qui était désormais inévitable.
« Le poste du Bamingui fut renforcé par 10 miliciens demandés à Fort- Crampel (en tout 30 hommes).
« Le capitaine commandant la circonscription de Fort-Archambault fut prié d’occuper fortement Ndioko, par où Senoussi devait être évacué en cas d’arrestation. Il importait, en effet, que cette évacuation fût protégée sérieusement, et, d’autre part, la garnison de Ndélé ne pouvait être réduite sans inconvénient.
« Sur ces entrefaites, le convoi de cartouches arriva le 8 janvier.
« Rendu méfiant, Senoussi prescrivit aussitôt à Allah Djabou, son lieutenant, de rallier Ndélé en toute hâte avec tout son monde, en ne laissant qu’un faible détachement pour garder le Ouanda Djalé.
« Différer l’action plus longtemps eût été désastreux. L’arrivée d’Allah Djabou eût porté à 4.000 le nombre des fusils de Senoussi ; notre sécurité était compromise à bref délai et toute solution devenait impossible[209] ».
Senousi disposait à Ndélé d’environ 2.000 fusils, répartis en 19 bannières. Son tata et celui de son fils Adoum « occupaient un emplacement central au milieu d’une plate-forme rocheuse, véritable gradin entaillé à mi-pente dans le flanc du plateau au dessus du ravin de la Ndélé ». La compagnie du capitaine Modat, défalcation faite de la garnison du poste du Bamingui et de la garnison de sûreté du poste de Ndélé, comptait 3 officiers, 5 sous-officiers et 180 indigènes disponibles pour la manœuvre.
Le lieutenant Grünfelder, avec 80 tirailleurs, fut chargé de l’arrestation de Senousi et de son entourage. Mais ceux-ci résistèrent et Adoum se jeta sur le lieutenant, qui abattit alors à coups de revolver l’assassin de Crampel et son fils. Les bazinguers intervinrent et, peu après, la fusillade crépitait. Le capitaine Modat fit immédiatement entrer en ligne le reste de sa compagnie et se porta à l’attaque des tatas. L’action, commencée à 8 h. 45 du matin, se terminait à 4 h. 45 du soir par la dispersion des bazinguers et la prise des tatas. Cette journée nous coûtait : 2 Européens blessés (lieutenant Grünfelder, sergent Zuani), 9 tirailleurs tués et 17 blessés. Du côté adverse, les pertes étaient considérables. On compta 200 tués sur place, parmi lesquels : le sultan Senousi, son fils Adoum, Moḥammadou, petit fils de Râbaḥ, 4 chefs de bannière et 4 Arabes blancs, dont 2 chérifs venus d’Égypte. Les blessés étaient bien plus nombreux : environ 400. Allaḥ Djabou, appelé en toute hâte par Senousi, accourait du Ouanda Djalé. Quand il apprit la nouvelle du désastre, il ralentit prudemment sa marche ; le 22, il fit sa jonction avec les fuyards, parmi lesquels se trouvaient trois fils de Senousi : Djemâl ed Din, qui avait été blessé, Maḥmadou, Foufana et Kamoun. Pendant ce temps, les Banda, les Ndouka, quelques Rounga et Baguirmiens — c’est-à-dire les 8/10e de la population sur laquelle régnait naguère Senousi — venaient faire leur soumission au poste de Ndélé.
Allaḥ Djabou, après avoir fait semblant de demander l’aman, prépara une attaque de nuit. Le 6 février, une caravane de pèlerins fellahta, qui revenait de la Mekke et était divisée en 3 échelons, essaya de masquer l’action des bazinguers et de favoriser leur entrée par surprise dans nos lignes. Mais la ruse fut éventée : les deux premiers échelons furent soigneusement visités et écartés ; quant au troisième, extrêmement nombreux, il reçut l’ordre de rétrograder. A partir de trois heures du matin, les gens d’Allaḥ Djabou échangèrent quelques coups de fusil avec nos partisans. Au petit jour, les feux à grande distance qui furent exécutés par la garnison du poste mirent les bazinguers en fuite. Cet échec augmenta le nombre des défections : les derniers Banda et les Kreich vinrent, à leur tour, faite acte de soumission à Ndélé. A la fin de février, Allaḥ Djabou, campé à Djellab, n’avait plus avec lui qu’un contingent fort réduit.
Depuis lors, le capitaine Modat est rentré en France et il ne semble point que la politique inaugurée par lui — qui consistait à ruiner l’organisation musulmane édifiée par de gros marchands d’esclaves en pays fétichiste, et à assurer la protection et le développement de ces régions en s’appuyant sur l’élément banda — il ne semble point, disons- nous, que cette politique ait été suivie. En tout cas, il serait extrêmement regrettable de voir reparaître, sur ce point, les erreurs de certaine « politique musulmane ». Sans doute, une forte organisation musulmane facilite l’installation des Européens dans des pays nouveaux. Mais aussi que d’hostilités irréductibles, de difficultés, voire de dangers, prépare, dans l’avenir, cette protection outrée de l’islâm ! La religion du Prophète n’a que trop de tendances à gagner du terrain en Afrique. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que, s’il est impolitique de combattre l’islâm en pays musulman, il est tout aussi impolitique de le propager, sans s’en rendre compte, en pays fétichiste. Allaḥ Djabou s’est installé, avec ses bazinguers, dans le massif du Ouanda Djalé. Maḥmadou Foufana, fils de Senousi, a attaqué un lieutenant et 50 tirailleurs du côté de Kouga : il s’est fait battre à plate couture et a perdu 100 hommes, dont un chef de bannière. — Les résultats obtenus par le capitaine Modat ne devraient-ils point être complétés par la dispersion définitive des bazinguers du Ouanda-Djalé ?
Revenons au Ouadaï. La colonne conduite par le commandant Maillard, au début de l’année 1911, n’avait pas pu régler entièrement la question du Massalat : les guerriers d’Andoka, successeur de Tâdj eddin, et les bandes ouadaïennes du sultan Doud-Mourra restaient toujours une menace pour les pays soumis à notre autorité.
La partie orientale du Ouadaï a eu de nouveau à souffrir des pillages exécutés par les gens de ʿAli Dinar. « Celui-ci ne se contente pas d’intriguer en vue d’établir à son profit une sorte de suzeraineté sur les sultanats voisins ; il persiste à exciter les populations contre nous, à menacer et à molester nos protégés, à associer ses contingents aux révoltés du Ouadaï. Une lettre qu’il fit parvenir au début de la présente année à Ḥassan, sultan du Dâr Tama, ne saurait laisser le moindre doute sur la nature des sentiments qui l’animent ; il parle en maître et avec quelque hauteur méprisante à Ḥassan qu’il appelle le « chrétien noir » ; il lui ordonne, en le menaçant des pires violences, de se reconnaître vassal du Dâr-Four. Enfin, des cavaliers portant la ceinture rouge, le turban rouge et blanc, qui sont les marques distinctives des réguliers de ʿAli Dinar, sont venus, en janvier et en février, razzier nos gens, brûler plusieurs villages dans le Dâr-Tama, enlever des femmes et des enfants ainsi que de nombreux troupeaux. « C’est incontestablement de ce côté que doit s’exercer avec le plus d’attention la vigilance de nos officiers ; des ordres ont été donnés pour que, dans le Dar-Tama, notre frontière soit constamment gardée par des auxiliaires indigènes, nos forces mobiles se tenant en arrière, prêtes à intervenir[210]. »
Au mois de mars, 800 cavaliers foriens vinrent s’installer dans le Zegâoua ouadaïen, tout près du cirque rocheux de Kapka. Ils rayonnèrent de là sur les pays environnants et réussirent, en peu de temps, à emmener 400 personnes en esclavage et à capturer plus de 5.000 bœufs et 14 chevaux : tout ce butin fut conduit à El Fâcher. Le Tama souffrit beaucoup des incursions des gens de ʿAli Dinar, et le capitaine Chauvelot, au cours d’une reconnaissance, trouva ce pays complètement dévasté : les villages étaient détruits et la population, désespérée, errait lamentablement dans la brousse. La compagnie Chauvelot poursuivit les pillards jusque dans le Darfour, sans réussir toutefois à les atteindre (mai 1911). Cette action énergique de nos troupes détermina l’ancien prétendant Choucha à faire sa soumission.
Au même moment, le commandant Hilaire opérait contre les Khouân qui se trouvaient dans l’Ennedi. Depuis qu’ils avaient accepté la domination française, les Maḥâmid d’Ourâda étaient en butte à l’hostilité des Senousia. En moins de six semaines, les pillards du Nord (Zouaya, Touareg, Oulâd Slimân, Tedâ et Bideyât) avaient enlevé plus de mille chameaux aux Arabes. Pour remédier à cet état de choses, la meilleure solution consistait à purger l’Ennedi des éléments hostiles qui s’y tenaient à demeure. C’est ce que se proposa de faire le commandant Hilaire, avec la compagnie méhariste d’Ourâda, une section d’artillerie et 150 auxiliaires.
L’Ennedi se trouve à 400 kilomètres environ au N.-E. d’Abéché. Les cirques rocheux de Beskéré et de Sini, sortes de forteresses naturelles, servaient de refuges aux guerriers de la Senousia. Ceux-ci entretenaient les meilleures relations avec les gens du Darfour, chez lesquels ils allaient se ravitailler en grain. Leur grand chef, Sidi Ṣâlèḥ Kéréma, avait participé aux deux combats de Dorothé avec une centaine de fusils. Depuis lors, il avait mené de nombreuses razzias chez les indigènes soumis à notre autorité, enlevant les troupeaux et emmenant des femmes et des enfants en esclavage. Il retenait prisonnière depuis plusieurs mois une caravane partie du Fezzan pour Abéché, dont faisaient partie les gens de ʿAbdallah Kahal, du Qaire : quelques hommes essayèrent de fuir, mais ils périrent de soif au milieu des rochers arides de la région.
La colonne Hilaire suivit l’itinéraire Ourâda-Am-Chalôba-Archeï. Les Khouân comprenaient deux groupes : les Arabes, avec Sidi Ṣâlèḥ Kéréma, et les Touareg, qui étaient commandés par le chef Koassen. Ils ne s’attendaient pas à une attaque dans l’Ennedi et s’étaient dispersés : une centaine d’entre eux étaient partis vers le Nord et une cinquantaine d’autres étaient allés au Darfour chercher du mil ; le reste s’était plus ou moins dispersé en quête de pâturages. Le 13 mai, les Touareg furent surpris à Sini : la section méhariste qui les poursuivit ramena 450 chameaux et quelques prisonniers. Le 20, la colonne tomba sur les Arabes à Kafra : les gens de Sidi Ṣâlèḥ essayèrent de résister, mais ils furent facilement dispersés ; leur chef s’enfuit blessé, laissant entre nos mains son étendard et tout son campement. Les prisonniers de la caravane et les esclaves razziés au Ouadaï furent délivrés, et, en outre, nos auxiliaires ramenèrent au camp 115 femmes et enfants des fuyards.
Les Senousia évacuèrent l’Ennedi : les Touareg descendirent plus au Sud et les Arabes se réfugièrent au Darfour. La colonne Hilaire rentra ensuite au Ouadaï, où elle devait contribuer à réduire les Kodoï insurgés.
Au début de juin 1911, eut lieu la révolte des Kodoï. Ces montagnards turbulents avaient toujours joui de privilèges spéciaux sous les anciens sultans du Ouadaï ; notre domination modifia cet état de choses d’une façon désagréable pour les Kodoï, et ceux-ci, comme tous les autres indigènes, durent payer un impôt en mil, et peut-être même supporter quelques exactions des gens d’Acyl. Du reste, il ne faut voir en cela que les motifs occasionnels de l’insurrection : le fanatisme musulman, la haine de l’étranger, l’orgueil insensé et la brutalité bien connue des Maba constituent des raisons autrement sérieuses.
Le 5 juin, le docteur Pouillot, qui voyageait sans escorte, était assailli par plusieurs bandes de rebelles et, pour échapper à un sort plus cruel, se donnait volontairement la mort. Le commandant Hilaire, qui revenait de l’Ennedi, et le capitaine Chauvelot, arrivant de Bir Ṭaouil, réprimèrent la révolte. Doud-Mourra avait envoyé l’aguid el Djaʿâdné au secours des révoltés ; mais les Ouadaïens furent battus et mis en fuite.
Un vent de rébellion avait d’ailleurs soufflé sur tout le Ouadaï, et le commandant Hilaire dut aller s’installer à Atya, pour porter les derniers coups à l’insurrection, qui, dit le colonel Largeau dans un de ses rapports, « un peu partout a amoncelé les ruines ». La révolte du Ouadaï a modifié les plans du colonel Largeau. « Il semble, en effet, ne plus vouloir occuper le Tama, non plus que le Sila. Il se contentera d’établir un poste solide dans la région de Courgnes, pour surveiller ces deux points. Si Bakhit continue son agitation, le colonel Largeau fera de ce côté une rapide expédition. Ce sera tout.
« Je ne peux, dit-il, songer à m’affaiblir en étendant l’occupation. » Une compagnie occupera Amm Timan ; une autre, installée vers Ati, formera la réserve.
« Ainsi, explique le colonel Largeau, nous serons, au Ouadaï, gardés de tous côtés : au Nord, par une compagnie mobile, une section montée, des cavaliers d’Acyl et de l’artillerie ; au Sud, par les deux compagnies mobiles, qui, prélèvement fait de la garnison de sûreté, me donneront au moins 250 fusils. »
« Telles sont les dispositions que vient de prendre le colonel Largeau[211] ».
Du côté du Nord, les Senousia restent toujours nos ennemis acharnés : nous avons déjà vu qu’ils avaient fait appel aux Turcs — peu aimés des Khouân pourtant — afin d’arrêter la marche victorieuse de l’occupation française. Le drapeau ottoman fut arboré sur le fortin d’Aïn Galakka, ou Borkou, et cela a redonné une nouvelle audace aux pillards senousis, dont les rezzous continuent à être un danger pour la partie septentrionale du Ouadaï, le Baḥr el Ghazal, les abords du Kanem et les régions orientales du Territoire de Zinder. Au début de l’année 1911, nos protégés ont eu beaucoup à souffrir des incursions menées par les gens d’Aḥmed Chérif.
« On a fait le calcul que depuis 1906, c’est-à-dire en cinq ans, ces pillards ont tué, tant au Kanem qu’au Ouadaï, près de 600 personnes, en ont emmené 228 en esclavage et ont razzié plusieurs milliers de chameaux et de moutons. Le système purement défensif qui consiste à attendre les rezzous à l’intérieur de nos possessions est donc extrêmement coûteux et peu efficace. La situation est en petit la même qu’il y a trois ans en Mauritanie pour l’Adrar. Tant que nous ne nous sommes pas décidés à occuper ces oasis, les pillards y formaient leurs bandes et de là s’en allaient razzier dans tout le nord du Sénégal. Les bandes qui désolent le Kanem et le Ouadaï se forment dans le Borkou ; et tant que nous ne serons pas décidés à occuper ʿAïn Galakka, principale oasis de cette région, les six cents kilomètres de la frontière septentrionale des territoires du Tchad continueront à être exposés à leurs brusques incursions. Depuis que nous tenons l’Adrar, on n’entend plus parler de rezzous, d’attaques, de surprises, ni de pillages dans cette partie de l’Afrique occidentale ; la Mauritanie est maintenant parfaitement tranquille. Quand nous tiendrons ʿAïn Galakka, il en sera de même pour les territoires du Tchad.
« Aussi le Gouvernement de l’Afrique équatoriale, qui a longtemps résisté à l’occupation du Borkou comme étant sans valeur économique, est-il aujourd’hui convaincu que cette opération est devenue urgente au point de vue de la bonne police de cette partie de la colonie[212]. »
Nous avons déjà dit que la conquête de la Tripolitaine par les Italiens faciliterait énormément notre besogne. Les Turcs évacueront, s’ils ne l’ont déjà fait, le Borkou et le Tibesti, et la France aura alors toute liberté d’action dans des pays qui lui appartiennent incontestablement. L’occupation du Ouadaï et, plus tard, celle du Borkou et du Tibesti obligeront la confrérie des Senousia à composer avec nous. D’ailleurs, au cas où elle s’y refuserait, il nous sera très facile, une fois la question du Ouadaï réglée, de combattre efficacement et de refouler dans le désert de Libye, d’une manière définitive, les bandes de Si Aḥmed Chérif.
Le sultan ʿAli Dinar n’a tenu aucun compte des observations qui lui furent faites, sur la demande du Gouvernement français, par les autorités anglo-égyptiennes. Le débat sur les événements du Ouadaï, qui eut lieu à la Chambre le 16 décembre 1910, fit connaître que l’inspecteur général du Soudan égyptien, Slatin Pacha, avait donné, en mai 1909, les instructions les plus catégoriques à ʿAli Dinar, « lui recommandant non seulement d’observer la plus stricte neutralité, mais aussi de ne prêter son concours ni directement, ni indirectement, à l’ex-sultan du Ouadaï, notre adversaire, à ses partisans ou à des réfugiés quelconques, en lui faisant entendre que si, par sa faute, des troubles venaient à se produire, il en serait tenu pour responsable ».
Étant donné que les Anglais ne veulent pas encore occuper le Darfour et que, par conséquent, aucune sanction de leur part ne pouvait s’ensuivre, il était évident que leurs menaces devaient rester vaines. Depuis lors, ʿAli Dinar a fait razzier les territoires de son voisinage qui relèvent du Ouadaï français. Il a même essayé de s’implanter à demeure dans le Zegâoua ouadaïen ; trois zéribas foriennes furent installées dans ce pays : l’une d’entre elles était commandée par le propre frère du sultan, Ibrahim, et les garnisons se composaient de réguliers, portant la ceinture rouge et le turban rouge et blanc.
Les incursions des gens de ʿAli Dinar en pays ouadaïen peuvent nous créer des difficultés. Le sultan forien persiste à maintenir ses prétentions sur certaines provinces des confins du Ouadaï, et l’occupation de ces mêmes provinces par nos troupes l’irritera profondément. Cependant la leçon de Guéréda a porté ses fruits, et il y a lieu de croire que le renforcement de nos effectifs, l’entente qui règne entre les Gouvernements anglais et français et, en dernier lieu, la reddition de Doud-Mourra (octobre 1911) empêcheront vraisemblablement de ʿAli Dinar de se battre ouvertement avec nos troupes.
Il serait extrêmement désirable qu’une mission franco-anglaise fût chargée de délimiter la frontière qui doit séparer le Ouadaï du Darfour. Malheureusement, en l’état actuel des choses, cela n’est pas possible. Le Gouvernement anglais, pressenti à ce sujet par notre ministre des Affaires étrangères, répondit que « pour procéder à la délimitation d’une frontière si longue et si éloignée de son centre d’action, il serait obligé de faire une véritable expédition, qui pourrait être périlleuse... » Cela ne lui paraissait pas possible pour le moment. Cette question ne sera donc solutionnée que dans un avenir assez lointain, chose regrettable assurément, car la situation incertaine de la frontière sera pour nous une source d’ennuis.
Doud-Mourra, à la suite de dissentiments avec le sultan Andoko, a dû quitter le Massalat. Profondément découragé, le rival d’Acyl est venu faire sa soumission au colonel Largeau, en octobre 1911 : il avait avec lui 500 partisans environ, dont 120 armés de fusils. Doud-Mourra a été exilé à Fort-Lamy, où le Gouvernement français lui fait une petite pension. Acyl est donc sans conteste le sultan du Ouadaï[213]. La soumission de Doud-Mourra produira un grand effet moral dans tout le pays et facilitera singulièrement la tâche du colonel Largeau.
Les opérations actives vont recommencer après la saison des pluies, vers le mois de novembre, et, grâce aux effectifs dont il dispose (1 régiment de tirailleurs à 12 compagnies et de l’artillerie), le colonel Largeau pourra mener à bien l’œuvre de pacification et d’organisation qui lui est dévolue.
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[Note 163 : Nous signalerons d’ailleurs, à l’appui de ce que nous venons de dire, que le capitaine Rivière écrit toujours _Ouaddaï_ et _Ouaddaïens_ dans ses deux articles sur la région du Tchad. _Du Tchad au Ouaddaï_ (_Revue des troupes coloniales_, année 1906) ; _Notice sur le cercle de Moïto_ (_ibid._, année 1907). Les capitaines Cornet et Modat ont fait de même : le premier dans son ouvrage qui a pour titre : _Au Tchad_, le second dans études sur le Dar Fertyt.]
[Note 164 : _Voyage au Darfour_, p. 126.]
[Note 165 : ʿAbd el Kerim était le contemporain du sultan du Darfour, Moḥammed Solong, que Nachtigal porte comme ayant régné de 1596 à 1637. C’est simplement à titre de document que nous donnerons, pour le temps de règne des prédécesseurs de Saboun, des chiffres qui diffèrent souvent de ceux de Nachtigal. Les renseignements qui nous ont été donnés à ce sujet ne peuvent, en aucune façon, avoir la même valeur que ceux recueillis, à Abéché même, par le célèbre explorateur.]
[Note 166 : Nachtigal.]
[Note 167 : Il se peut que les noms de Kharif et de El Djezam servent à désigner le même prince.]
[Note 168 : Ce prince était fils d’une Massalat du Ouadaï.]
[Note 169 : C’est à cette particularité qu’il faut probablement attribuer l’origine du nom de Khariféïn (deux ans). Ce prince est encore appelé Khariféïn abou Deboug ben Saboun.]
[Note 170 : Le groupe maba comprend surtout cinq tribus : Kodoï, Abou Senoun, Oulâd Djema’, Malanga, Madaba et Madala. Les autres tribus (Galoum, Dekker, Matlamba, Abissa) sont peu nombreuses et ne comptent presque pas. D’après la tradition, la mère du sultan du Ouadaï doit appartenir à l’une des cinq tribus nobles ou bien encore à la tribu des Kondongo, qui, quoique non maba, est parfois rangée parmi les tribus autochtones.]
[Note 171 : El Tounesy, p. 231.]
[Note 172 : Le cheïkh Terab, qui appartenait aux Arabes ’Aouada, avait vaillamment secondé Moḥammed el Amin el Kanemi, dans toutes les luttes que celui-ci fut obligé de soutenir. Terab avait le commandement de tous les Choa du Bornou : les indigènes disent de lui qu’il était « le sultan des Arabes ».]
[Note 173 : Abecher, Abéché, Oubbéché.]
[Note 174 : ʿAli fit mander, à plusieurs reprises, les principaux chefs des Oulâd Slimân et les renvoya dans leur tribu comblés de cadeaux.]
[Note 175 : Ces deux Tripolitains avaient construit le palais que l’on voit encore actuellement à Abéché : les chameaux des Arabes Maḥâmid étaient allés chercher, au nord d’Ourâda, la pierre à chaux nécessaire pour faire le mortier et blanchir les murs.]
[Note 176 : Les deux Fitzân reçurent de nombreux cadeaux du sultan ʿAli, qui voulut les récompenser magnifiquement pour le service rendu. Ils disparurent ensuite. Certains indigènes disent que ces étrangers retournèrent chez eux avec une caravane de commerçants ; d’autres rapportent que le sultan ʿAli les fit mettre à mort, pour les empêcher plus sûrement d’aller offrir leurs services à des ennemis du Ouadaï. Il est probable que c’est la première version qu’il faut adopter.]
[Note 177 : Ces deux princesses se marièrent le même jour, au mois d’août 1873, durant le premier séjour que Nachtigal fit à Abéché.]
[Note 178 : Quelques années plus tard, Yousef donna l’ordre de tuer Aba Zaït.]
[Note 179 : Appelé Senousi, parce que son père Abou Beker était affilié à la secte des Senousia. Lui-même, du reste, avait pris le ouerd de la confrérie. Le père du sultan Senousi, Abou Beker, était apparenté à la famille royale du Baguirmi. Il vint s’installer dans le Dâr-el-Kouti pour y faire le commerce des esclaves et de l’ivoire : ce métier le fit entrer en relations avec les Djellâba de l’est et avec l’aventurier Zibêr.]
[Note 180 : _Étude sur le Dâr-Fertyt_ (communiquée par le capitaine Modat).]
[Note 181 : Capitaine Modat.]