La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2)

Part 18

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NOTE. — L’occupation du Ouadaï par nos troupes et l’installation d’une compagnie méhariste à Ourâda, chez les Arabes Maḥâmid, ont amené les Norea à faire leur soumission.

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IV

LES CHEURAFADA[271]

Les Cheurafadâ vivent avec les Ayal Baba[272], Arabes auxquels sont confiés les troupeaux du sultan. A l’hivernage, les deux fractions vont ensemble dans la région d’Ourada, chez les Arabes Maḥâmid. A la saison sèche, elles reviennent dans le pays de Mourra (village du sultan[273], à deux jours à l’est d’Abéché, sur la route d’El Fâcher). Là, se trouvent quelques villages, où vivent en sédentaires les plus pauvres des Cheurafadâ. La majeure partie de la tribu fait avec ses troupeaux — et en même temps que les Ayal Baba — la navette entre Mourra et Ourâda. Les Cheurafadâ se mélangent volontiers aux Arabes : ils parlent le gourân (médi Dazagadâ) et l’arabe.

Les Ayal Baba sont chargés de garder les troupeaux du sultan. Chaque année, au moment du retour à Mourra, le sultan envoie un lettré (_faguih_) faire le recensement des troupeaux. Celui-ci reçoit, en récompense, le dixième de l’augmentation du troupeau depuis l’année précédente. Quant aux Ayal Baba, Arabes du sultan, ils ont pour eux le lait et les menus bénéfices du métier. Les troupeaux du sultan sont marqués d’un signe particulier, qui est la représentation indigène de la trace du lion (_derb ed doud_).

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[Note 230 : Ce Maï Denâ (maître du monde) serait l’ancêtre des Maguemi.]

[Note 231 : En toubou, _Fôdi tinnémou_ : le fleuve mince.]

[Note 232 : Sultan du Ouadaï (1681 à 1707).]

[Note 233 : Sultan du Ouadaï (1707 à 1745).]

[Note 234 : Guignek se noya en passant le fleuve. Saber fut pris et mis à mort.]

[Note 235 : Élèves-marabouts qui vont de village à village.]

[Note 236 : Ajoutons aussi que, dans des pays secs, c’est l’existence qui convient le mieux aux troupeaux.]

[Note 237 : On pourra objecter, il est vrai, que certaines tribus arabes devenues sédentaires (Oulâd Hemed, Oulâd Aḥmed, etc.) ne se sont résignées à reprendre la vie nomade que par peur des pillages ouadaïens. Mais il est bien évident que la force des habitudes contractées comme sédentaires et la perspective d’aller vivre de doum et de hadjlidj devaient rendre pénible le changement d’existence. Ce que nous disons plus haut ne s’applique qu’aux indigènes qui ont toujours mené la vie nomade et qui, aussi bien par habitude que par nécessité, ne peuvent pas s’astreindre à devenir sédentaires.]

[Note 238 : Les Kreda vivaient assez d’accord avec les Toundjour : ils se battirent cependant contre le fougbou Adem.]

[Note 239 : _Narhoum fasel_ : leur feu est mauvais.]

[Note 240 : D’origine kouka (_min ’ayal kemersa_), surnommé _Atoca pép_, à cause de ses incongruités.]

[Note 241 : _Kolo madé tchodogo_ (toubou) : le tueur à l’œil rouge.]

[Note 242 : Le chef actuel s’appelle Isa Orî.]

[Note 243 : Les Saladâ doivent avoir habité autrefois la région de Bir Salâdo, dans l’Egueï.]

[Note 244 : Les Ouânia sont probablement originaires de l’oasis de Ouanianga, dont les habitants actuels (Bideyat) portent précisément le nom de Ouania.]

[Note 245 : Les Derguima (gens de Dergui) tirent certainement leur nom de l’oasis de Dirgui, dans le Kawar.]

[Note 246 : A rapprocher de Boltoâ, nom donné aux habitants de l’oasis d’Ollouboï, dans le Borkou.]

[Note 247 : Probablement originaires de l’oasis de Kirdi, au Borkou.]

[Note 248 : Ce nom est le même que celui des Kanembou Déberi.]

[Note 249 : « Quand un Gourân est perdu dans la brousse — disent les indigènes — il ne marche pas pendant la chaleur du jour. Il reste alors caché dans des trous de hyène, la bouche bien couverte du litham pour se garder de la soif. Grâce à sa résistance physique, il peut tenir ainsi pendant longtemps, sans boire ni manger. » On dit généralement qu’un Toubou peut rester quatre jours sans boire.]

[Note 250 : Il faut croire apparemment que le goût ouadaïen s’est modifié, depuis le temps où Moḥammed et Tounesi écrivait les lignes suivantes : « Ce qui m’a surpris, c’est que les Ouadaïens ont presque en aversion la couleur des Gorâniennes. Ils trouvent leur teint trop blanc ; aussi celles qu’on vend comme concubines ne sont jamais de haut prix. » Le cheïkh varie d’ailleurs quelquefois dans ses appréciations sur le degré de beauté des femmes. Dans son _Voyage au Darfour_ (page 272), par exemple, il range les femmes toubou parmi les plus laides des femmes du Soudan. « Si on embrasse le Soudan tout entier, dit-il, depuis l’est jusqu’à l’ouest, on remarque que les plus belles femmes sont sans contredit celles de l’Afnô (Haoussa) ; après elles, toujours dans la série la plus élevée, il faut ranger les Bâguirmiennes, puis les Barnâouyennes et les Sennâriennes. A la série du second degré seront les Ouadâyennes, et au-dessous les Fôriennes. Les plus laides de toutes sont les femmes des Toubou et celles des Katakau ».

Il est en effet exact que les femmes kotoko sont franchement laides. Il n’en est pas de même des femmes toubou ; on a d’ailleurs le droit de s’étonner que, après cette appréciation peu flatteuse pour elles, le cheïkh vienne, à un autre moment, nous parler de leur « beauté remarquable ».]

[Note 251 : Hababa Kili était de la fraction des Saqerda et hababa Zamzom de celle des Yria.]

[Note 252 : Chevaux de Ganastô. Ganastô est le nom du chef de la fraction Yria.]

[Note 253 : Un chameau vaut deux vaches ou quarante moutons.]

[Note 254 : Ce nom a été étendu à la région située le long du baḥr, principalement du côté de l’Est, qui constitue la zone de parcours des Kreda et des Oulâd Hemed nomades et le pays d’hivernage des Kecherda. Selon cette définition, le Baḥr el Ghazal est limité par le Kanem, le Dagana, le pays des Kouka, la région appelée El Ḥarr (au nord du Fitri, les Kecherda vont y passer la saison sèche) et enfin, du côté du Borkou, par la zone d’influence toubou.]

[Note 255 : A Bolakolo, le baḥr se divise en deux : le bras le plus important passe à Derdom, Hadid, Sôoué, Kabirom, Sigdia, Dabéram, Douloumi, Martou, Arteï, Batcham et se continue dans le canton de Kaboulou ; il envoie des ramifications à droite et à gauche, vers Doum- Doum, vers Berirem, etc.

On peut dire, en somme, que le Baḥr el Ghazal ne se dégage nettement du lac que dans la région Bolakolo-Tagaga. Nachtigal, qui a longé cet affluent en 1873, au moment où il contenait encore de l’eau, signale d’ailleurs que Tagaga se trouve « près de l’endroit où le Baḥr el Ghazal sort du lac ».]

[Note 256 : Les observations de Nachtigal furent confirmées par le regretté capitaine Mangin, qui avait beaucoup circulé avec ses méharistes dans la région comprise entre Koal et le Borkou. Cet officier croyait, avec Nachtigal, que le Baḥr el Ghazal était un effluent du Tchad.

Signalons, d’ailleurs, que cette hypothèse est conforme à la tradition indigène. Les Kanembou, les Arabes et les Kreda — c’est-à-dire les plus anciens habitants de la contrée — disent en effet que le Baḥr el Ghazal conduisait autrefois les eaux du lac jusqu’au Borkou.]

[Note 257 : Freydenberg, _Le Tchad et le Bassin du Chari_, page 79.]

[Note 258 : _Documents scientifiques de la mission Tilho_, tome II.]

[Note 259 : Pays des Kouri, à l’ouest du Dagana.]

[Note 260 : Notons, en passant, que _tororo_ est le mot employé par les habitants de la région pour désigner le bois d’ambadj (herminiera).]

[Note 261 : Nachtigal.]

[Note 262 : La largeur du baḥr n’excédait pas celle du lit que nous voyons actuellement dans le Dagana et auquel, comme nous l’avons déjà vu, les indigènes donnent les noms de Massakôry et de Baḥr el Ghazal. Les Kouri venaient alors sur leurs pirogues dans le Dagana, pour y vendre du poisson fumé et de la viande d’hippopotame boucanée.]

[Note 263 : La lagune Fitri reçut également beaucoup d’eau cette année- là. Il en fut de même pour la Batah de Laïri et le Baḥr Bourda, qui amenaient respectivement autrefois les eaux du Chari et de la région du Bar et Tiné (ou du Baḥr Rachid ?) jusque dans les pays de Moïto et de Bokoro.]

[Note 264 : Le natron (soude carbonatée plus ou moins mélangée) est assez abondant dans toute cette partie de l’Afrique Centrale : mares à natron du lac, sources natronées et natron du Baḥr el Ghazal et du pays appelé El Ḥarr (Kecherda), du Kanem, du Bodelé et du Borkou.]

[Note 265 : Nous désignons sous le nom de _Mourtcha_ le pays habité par des Kreda sédentaires, dans la partie occidentale du Ouadaï (à l’est du Baḥr el Ghazal, à l’ouest des Derren et au nord des Oulâd Rachid). Les indigènes appelaient ainsi cette région.

Mais, d’une façon générale, le nom de _Mourtcha_ est réservé au pays situé au nord du Ouadaï et désigne plus particulièrement le grand plateau gréseux, dont le centre est à peu près marqué par les points d’eau d’Am Chalôba.]

[Note 266 : « La légende sur l’origine des Kecherda se trouve appliquée à d’autres pays de l’Afrique orientale, par exemple à l’histoire de la fondation d’Adulis (Zoulla), en Abyssinie. » (René Basset.)]

[Note 267 : Étant données la mésestime en laquelle la tribu kecherda est tenue par les autres Toubou et l’origine hébraïque attribuée à l’une de ses fractions, la racine _kecher, kacher_ du mot _kecherda_ nous paraît assez curieuse.]

[Note 268 : L’origine hébraïque des Medoumia est plus que suspecte : elle a la même valeur que l’origine hébraïque attribuée aux Pouls et Afghans. (René Basset.)]

[Note 269 : Tordou est vraisemblablement le même mot que Torodoâ (gens du Toro). Ces Kecherda doivent avoir habité autrefois la partie du Baḥr el Ghazal septentrional qui porte le nom de Toro.]

[Note 270 : Pièce d’étoffe légère d’environ 12 coudées, qui sert de monnaie au Ouadaï.]

[Note 271 : Cheurafadâ : gens du Cheurafa. — Cela veut-il dire qu’ils se sont mélangés à une tribu arabe de Cheurafa ? Il n’y a cependant de Cheurafa, au Ouadaï, que dans le sud du pays, à côté des Salamat.]

[Note 272 : Ayal Baba : les enfants du père, les gens du sultan.]

[Note 273 : D’où le nom de _Doud-Mourra_ (lion de Mourra), donné au sultan. Son vrai nom est Moḥammed Sâlèh.]

VI

LES ḤADDAD GOURAN

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Nous allons parler maintenant d’une population non moins curieuse que celle des Ḥaddâd _Siyâd nichâb_ du Kanem : les Ḥaddâd Gourân.

Les Ḥaddâd Gourân sont nombreux et ils sont, tout comme les autres Ḥaddâd, méprisés des populations avec lesquelles ils vivent. Nabi Djibrila[274] — racontent les indigènes — donna autrefois à deux frères respectivement une enclume et un filet, en leur disant : « O vous, hommes d’une race méprisable, allez et gagnez votre vie à l’aide de ce que je viens de vous remettre ». Et ce sont leurs descendants — paraît- il — qui constituent les deux principales fractions des Ḥaddâd Gourân : les Ḥaddâd _Siyâd sandala_ (forgerons), et les Ḥaddâd _Siyâd cherek_ (chassant au filet).

Les premiers — en gourân : _Azâ aguildâ_ — sont les moins nombreux. Ils travaillent le fer. On les trouve chez tous les Gourân, d’une façon générale, mais aussi chez d’autres populations. Au Kanem, presque tous les forgerons sont des Ḥaddâd Gourân — en kanembou : _Dogoâ touôbé_[275]. Ils sont considérés comme formant une caste inférieure. Nous avons déjà vu, d’ailleurs, que, dans toute la région qui nous occupe, le travail du fer était jugé dégradant.

Passons aux Ḥaddâd chasseurs — en gourân : _Azâ séguidâ_. Ils sembleraient devoir être des Ḥaddâd Kreda et, plus spécialement, des Ḥaddâd Ngalamiya. Ils comprennent trois fractions : Ḥaddâd Brokhara, Ḥaddâd Kodera et Ḥaddâd Bedossa (Oulâd Béchené). Les Ngalamiya nient toute parenté avec eux et disent que ce sont simplement des Ḥaddâd de Brokhara, de Kodera, de Bedossa (Ḥaddâd hana Brokhara, hana Kodera, hana Bedossa).

Ces Ḥaddâd sont tout aussi méprisés que les forgerons. Leur nom de Ḥaddâd — quoiqu’ils ne travaillent pas le fer — est d’ailleurs caractéristique à cet égard. Les indigènes racontent, sur ces pauvres chasseurs, l’anecdote suivante : Moḥammed avait une petite biche apprivoisée, à laquelle il tenait beaucoup. Comme il la laissait errer en liberté, il avait demandé aux _siyâd cherek_ de ne pas la prendre dans leurs filets. Mais ceux-ci avaient refusé et, malgré toute la vigilance du Prophète, ils capturèrent la biche et l’égorgèrent. Mahomet, furieux, les avait alors maudits : _Allah isill barkatou !_[276]

Ces Ḥaddâd sont les plus nombreux et on les trouve, exerçant leur industrie, dans tout le pays qui s’étend entre le Kanem et la région des Maḥâmid. Leurs filets ont environ 2m,50 de longueur et sont, à leur extrémité, fixés à deux bâtons de 1m,50 à 1m,60 de hauteur. Ces bâtons sont enfoncés peu profondément dans le sol et le filet se trouve ainsi placé verticalement. Un grand nombre de filets sont dressés de la sorte, les uns à côté des autres, sur une longueur considérable. A partir des deux extrémités de la ligne des filets, les Ḥaddâd disposent dans la brousse des espèces d’épouvantails — _khayâl ech cherek_ : ce sont des peaux de mouton, noires,que l’on accroche aux arbres. Quand tout est installé, les Ḥaddâd s’en vont au loin, se dispersent et se mettent à battre la brousse, en poussant de grands cris. Les animaux, effrayés par les cris et par les épouvantails, sont rabattus sur la ligne des engins de chasse. Ils viennent donner dans les filets, qu’ils renversent et dans lesquels ils se prennent les pattes. Sauf les gros pachydermes (éléphant, rhinocéros, girafe), qui, eux, brisent tout, tous les autres animaux sont capturés : toutes les variétés d’antilopes (ouaḥch, ariél, têtel, etc.), les phacochères[277], les autruches, les pintades[278], etc. Les Ḥaddâd les assomment à coups de bâton, pour ne pas abîmer les peaux. Il arrive aussi fréquemment que des animaux comme le lion, la panthère, la hyène, le chacal, etc., se prennent dans les filets. Inutile de dire que ceux qui sont dangereux sont tués de loin, à coups de sagaie.

Les Ḥaddâd vont ensuite vendre les peaux et la viande séchée dans les différents marchés. Ils y vendent également les diverses variétés de sacs en peau qu’ils fabriquent :

_dabia_, sac à ouverture étroite (riz, haricots, mil).

_kourtâla_, musette pour le cheval.

_kefâoua_, sac de chargement pour le chameau.

_djourab_, grand sac pour le mil.

Autrefois, les Ḥaddâd de l’Ouest étaient parfois malmenés et pillés par les autres indigènes. Ils n’avaient alors qu’une peau de bête autour des reins. Depuis que nous sommes dans le pays, ils jouissent en paix du fruit de leur travail et ils ont des boubous, comme tout le monde. Mais les indigènes prétendent que les Ḥaddâd conservent toujours, sous leur vêtement, la peau de bête d’autrefois.

Les Ḥaddâd mènent généralement la vie nomade. On les rencontre en grand nombre chez les Gourân du Kanem, les Kreda, les Kecherda, au Mourtcha, chez les Bornouans de l’Ouadi Rima et chez les Maḥâmid. Plus au Sud, on en trouve aussi un village à Massaguet (sur la route de Fort-Lamy à Massakory).

Quand les Ḥaddâd partent en chasse, ils mettent leurs filets sur des bœufs porteurs et des ânes, et tout le monde suit, même les petits enfants, lesquels vont ainsi apprendre à gagner leur pitance dans la brousse.

Il y a aussi des Ḥaddâd cherek dans les pays du Sud, et ils ne sont pas tous Gourân : certains d’entre eux se disent Arabes. Signalons, par exemple, les Ḥaddâd arabes de la région d’Ourel, les Maskéa (près de Gouêno, dans le Médogo), les Oulâd Ḥammad (à Tchalaga, près de Bédanga), les Ḥaddâd cherek du Baguirmi, etc.

On trouve également des Azâ chasseurs à l’ouest du lac. Citons, en particulier, le groupe important qui nomadise dans le Koutous, au nord de Gouré (chef Taïba).

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[Note 274 : L’ange Gabriel.]

[Note 275 : Généralement originaires du Chitati.]

[Note 276 : Que Dieu vous retire sa bénédiction ! (الله يسل بركته) Cette légende se retrouve chez les Arabes, soit avec Jésus (ʿIsa) pour héros (Aḥmed El Qalyoubi, _Kitâb en Naouâdir_. Le Qaire, 1302 hég., in-8, p. 16), soit avec le prophète Moḥammed (Moḥi eddin ibn el ʿArabi, _Kitâb el Mosâmarât_. Le Qaire, 1305 hég., 2 vol. in-8, t. II, p. 135 ; Tamisier, _Voyage en Arabie_. Paris, 1840, 2 vol. in-8, t. I, p. 330-334 ; 338-339). Cf. René Basset, _Contes et légendes arabes_, no CXX, _Jésus et la Gazelle_ (_Revue des Traditions populaires_, t. XIII, 1898, p. 486-487).]

[Note 277 : Les musulmans ne peuvent pas manger la viande de phacochère. Aussi les Ḥaddâd se contentent-ils de recueillir la graisse, qui sert d’onguent pour certaines maladies des chevaux.]

[Note 278 : Il y a des filets spéciaux pour la chasse aux pintades.]

PETITE ÉTUDE PRATIQUE DE LA LANGUE TOUBOU (DIALECTE DES DAZAGADA)[279]

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La langue toubou ne présente, au point de vue de la prononciation, aucun caractère particulier. Elle n’est pas gutturale comme l’arabe, elle n’est pas nasillarde comme le kanembou et elle n’a pas l’accentuation exagérée du tar lis (Kouka, Médogo, Boulala). L’accent tonique est sur l’une des trois dernières syllabes. Il peut d’ailleurs varier, pour un même mot, avec la place de ce mot dans la phrase.

Nous ferons tout d’abord quelques remarques au sujet de la prononciation de certaines lettres.

Les lettres _d_ et _t_ sont parfois employées l’une pour l’autre[280] :

{ _tantaï brantergé_[281] ; nous voulons, { { _tantaï brandergé_.

Même remarque pour _i_ et _é_, pour _k_ et _g_, _tch_ et _dj_ :

je, moi, | _tani, tané_.

{ _tani kessergé_ ; je fais, { { _tani guessergé_.

{ _tané tchoassergé_ ; je vends, { { _tané djoassergé_.

La lettre _k_ prend quelquefois un son nasal, intermédiaire entre _k_ et _tch_.

il a tué, _kidô, tchidô_ ;

travail, _kida, tchîda_ ;

nez, _kiâ, tchâ_.

D’ailleurs, d’une façon générale, il ne faudra point s’étonner si un mot toubou n’est pas toujours rendu de la même façon. On n’en comprendra que mieux quelle doit être la prononciation exacte de ce mot.

Comme beaucoup de langues africaines, le toubou a une syntaxe rudimentaire. Quelques exemples le montreront facilement.

Cet homme est allé chasser dans la brousse. _agné_ {homme} _aï_ {cet} _ouôno_ {brousse} _îni_ {viande} _tchêdégé_ {il tue}

Quand les Kreda n’ont pas de mil, ils mangent du doum. _Karra_ {Kreda} _ngaéla_ {mil} _béï_ {ne pas} _sôou_ {doum} _ouôdégé_ {ils mangent}

Chez les Kreda, l’intérieur des cases est tapissé en haut de peaux de mouton afin d’empêcher le soleil de rentrer. _Karra_ {Kreda} _aroué_ {peau} _arkôou_ {de mouton} _yegé_ {case} _derô_ {dedans} _ngouli_ {en haut} _dintou_ {ils mettent} _ezeï_ {soleil} _yegé_ {case} _zodogé_ {rentre} _beï_ {ne pas}

Les Tedâ, ces mauvaises bêtes mortes, mangent le goar _Tedâ_ {Tedâ} _agafrâ_ {bêtes mortes} _zentâ_ {mauvaises} _goâr_ {goar} _ntoda_ {mangent}

Les Baguirmiens de la forteresse de Massnia se sont levés _Bagreï_ {Baguirmiens} _Massnia_ {Massnia} _karnak_ {forteresse} _iertchentô_ {se sont levés}

Et sont venus prendre nos troupeaux _Erdo_ {Ils sont venus} _ferâ_ {vaches} _tantâ_ {nos} _gouyênto_ {ils ont pris}

Ils les ont emmenés dans leur pays marécageux[282] _Dettou_ {Ils ont emmené} _lôou_ {argile} _doro_ {dedans} _dintou_ {ils ont mis}

L’article n’existe pas. Le verbe « être » se rend au moyen du pronom personnel.

Je parle la langue des chrétiens. _Tani_ {Moi} _médi_ {langue} _nessara_ {chrétiens} _hanandregé_ {je sais}

Je suis malade _Tani_ {Moi} _ouoché_ {malade}

Les Kanembou font un grand usage de _ôô_ et les Boulala de _éé_[283]. Ces sons explétifs servent à bien mettre en relief certains mots ou certaines phrases. En toubou, on emploie _é_[284] et _a_.

Un homme du Borkou _aou Borkou_

Des gens du Borkou _ammâ Borkouâ_

Les Ḥaddâd Bedossa tuent beaucoup de gibier _Azâ_ {Ḥaddâd} _berossâa_ {Bedossa} _oudâni_ {gibier} _bodo_ {beaucoup} _tchetegé_ {tuent}

Les Kanembou et les Bornouans ont un même ancêtre _Aoussâé_ {Kanembou} _agâé_ {Bornouans} _dezé_ {ancêtre} _sontô_ {leur} _tron_ {un}

Les Toubou emploient souvent le mot _dé_ qui, ajouté à un mot, est parfois influencé par le son de la dernière voyelle de ce mot et devient alors _da_, _di_, _dou_. Ce mot peut servir à indiquer :

1o L’origine, la provenance, le but :

homme du Dagana, _Daganadé_ ;

homme du Borkou, _Borkoudé_.

L’ancêtre des Kreda est venu du Borkou _Karra_ {Kreda} _dezé_ {ancêtre} _sontô_ {leur} _Borkoudé_ {du Borkou} _ré_ {vint}

Les Oulâd Slimân se sont levés de leur pays ; _Ouachîla_ {Oulâd Slimân} _iertchentô_ {se sont levés} _bi_ {pays} _sonto-do_ {leur}

Les Touareg se sont levés de leur pays et sont venus à Fadalassou..... ; _Kinina_ {Touareg} _zaïla_ {pays} _iertchentô_ {se sont levés} _Fadalassou-dou_ {à Fadalassou}

Les Ouadaïens de Ouara se sont levés[285]..... _Kouga_ {Ouadaïens} _Ouara-do_ {de Ouara} _iertchentô....._ {se sont levés}

2o Une idée de relation :

père, _abba_ ;

oncle paternel, _abba-dé_ ;

diable, démon, _miché_ ;

fou, idiot (possédé du démon), _michi-dé_[286] ;

faux, inexact, _mou_ ;

menteur, _médé_ ;

grand, _bô_ ;

beaucoup, très, _bodo_ ;

force, _dona_ ;

fort, _donadé_ ;

froid, _kiri_ ;

qui a froid, _kiridé_.

3o Le moyen :

Les Kouri tuent l’hippopotame avec la sagaie _Koura_ {Kouri} _grinti_ {hippopotame} _édi-di_ {sagaie} _tchitou_ {ils tuent}

Le mot _dé_ est encore employé pour donner l’apparence toubou à des mots d’origine arabe.

tu es ivre, _entadé sekrantédé_ [_enta_, toi ; _sekrantédé_ (du mot arabe : _sekrân_), ivre] ;

je suis très fâché, _tané bodo deloumtédé_ [_deloumtédé_ (arabe : _mazhloum_), lésé, fâché].

Les mots _dé, da, do, di_ sont enfin employés comme explétifs.

La peau de cette femme est très sale _kassar_ {peau} _adéou_ {femme} _aï_ {cette} _djêno_ {sale} _monto-dé_ {beaucoup} _di_ {elle a}

Le mot _né_ ou _neï_ est parfois employé à la place de _dé_ :

noble, _maï-na_ (de _maï_, sultan) ;

humide, _inneï_ (de _î_, eau) ;

Il s’approche de la case _yégé_ {case} _téde[287]-ni_ {il s’approche}

Il lui lança une flèche _féré_ {flèche} _tchobô-ni_ {il frappa}

J’ai beaucoup de bétail : des chevaux, des vaches et des moutons. _reuzô_ {bétail} _monto_ {nombreux} _taré_ {j’ai} _askâ-né,_ {chevaux,} _forâ-ni,_ {vaches} _arkoâ-ni._ {moutons.}

Le suffixe _ou, ôou_ est parfois employé pour indiquer une idée de relation et correspond aux mots français : du, des ; de, en.

_koueï_, endroit — _ouni_, feu — _aké, akké_, bois.

le feu (endroit), _koueï ouniou_ ;

le bois à brûler, _aké ouniou_ ;

la bride du cheval, _lidjom_ (ar.) _askéou_.

_merdjan_ (ar.), corail — _lefêlla_ (ar.), argent — _aoué_, doigt

corde de corail, _azi merdjanôou_ ;

vase d’argent, _djoundou leféllôou_ ;

bague (argent du doigt), _lefêlla aouéou_.

_yégé_, case — _kaoué_, natte — _Aroua_, Arabes.

case en nattes, _yégé kaouéou_.

Les cases des Kreda sont plus grandes que celles des Arabes. _yégé_ {case} _Karraou_ {des Kreda} _kaouéou_ {en nattes} _Arouaou_ {des Arabes} _dou bo_ {case grande}

Le mot _gé_ sert aussi à indiquer une idée de relation.

_ié, î_, eau ;

_igé_, puits ;

_Aroua_, Arabes ;

_araga_, langue arabe ;

_Daza_, les Toubou du sud ;

_dazaga_, langue des Toubou du sud ;

_Dazagada_, ceux qui parlent le dazaga,

Celui qui ne possède pas un cheval de Ganastou est semblable au piéton. _Ganastounga_ {cheval de Ganasto} _danna_ {ne pas} _bidi_ {à pied}

moi, _tani_ ;

de moi, mon, _tango_ ;

grand, âgé, _bô_ ;

vieillard, chef, _bougoudi_.

Le mot _gé_ peut aussi avoir le sens de : semblable, pareil, comme.

_ouni_, feu ;

_oungo_, blessure (qui brûle, semblable au feu).

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=VERBES=