La pénétration saharienne (1830-1906)
Part 13
[Note 281 : ID., _Observations sur les nitrates du Sahara_. (_Bull. Soc. Géol. Fr._, 1902, p. 366).]
[Note 282 : _Bull. Afr. fr._, juillet 1898, p. 227, av. carte par P. VUILLOT.]
[Note 283 : V. CORNETZ, _Le Sahara tunisien, étude géographique_. (_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1896, p. 518, av. carte à 1/800.000e).]
[Note 284 : P. VUILLOT. _Note sur un voyage de Nefta à Ghadamès, exécuté par MM. Cazemajou et Dumas_. (_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1896, p. 145).]
[Note 285 : F. FOUREAU, _Mes Missions dans le Sahara_ (_Bul. de la Soc. de Géogr. de Marseille_, 1897, tome XX, p. 360). — ID., _Coup d’œil sur le Sahara français_ (_Ann. de Géogr._, 1894-95, p. 61). — J. BERGERON, _Résultats des voyages de M. Foureau au point de vue de la géologie et de l’hydrologie_ (Extr. des _Mém. de la Soc. des Ingén. civils_, janvier 1897).]
[Note 286 : ID., _Mission du Tademayt_ (_Bull. Soc. Géogr. de Paris_, 1891, p. 5). — Id., _Une mission au Tademayt (territoire d’In-Salah) en 1890 : rapport au Ministre de l’Instruction publique_, in-8o. Paris, 1890. Cf. P. VUILLOT, p. 248.]
[Note 287 : _C. R. Soc. Géogr._, 1892, p. 244. Cf. VUILLOT, p. 263.]
[Note 288 : F. FOUREAU, _Une mission chez les Touareg_ (_C. R. Soc. Géogr._, 1893, p. 256 ; _Bull. Soc. Géogr._ 1893, p. 500). — Id., _Au Sahara : Mes deux missions de 1892 et 1893_ (Réédition du rapport de mission de juillet 1893), in-8o, Paris, 1897. — Cf. VUILLOT, p. 286.]
[Note 289 : F. FOUREAU, _C. R. Soc. Géogr._ 1894, p. 132 ; _Bull. Soc. Géogr._, 1895, p. 10. — Id., _Rapport sur ma mission au Sahara et chez les Touareg Azdjer (octobre 1893 à mars 1894)_, 1 vol. texte et 1 vol. carte, in-8o, Paris, 1894. Cf. _Documents_, Atlas, pl. X. et VUILLOT, p. 302.]
[Note 290 : _B. S. G. P._, 1895, p. 32.]
[Note 291 : F. FOUREAU, _C. R. Soc. Géogr._, 1895, p. 45, 171, 210, 303. — ID., _Mission chez les Touareg, Mes deux itinéraires sahariens d’octobre 1894 à mai 1895_, in-8o, Paris, 1895.]
[Note 292 : _C. R. Soc. Géogr._, 1895, p. 172-173.]
[Note 293 : _Id._, 1895, p. 306.]
[Note 294 : F. FOUREAU, _C. R. Soc. Géogr._, 1896, p. 99. — Id., _Dans le grand Erg : Mes itinéraires sahariens de décembre 1895 à mars 1896 : rapport au Ministre de l’Instruction publique_, in-8o, Paris, 1896.]
[Note 295 : F. FOUREAU, _Mon neuvième voyage au Sahara et au pays Touareg_. (_C. R. Soc. Géogr._, 1898, p. 229 ; _B. S. G. P._, 1898, p. 229).]
[Note 296 : H. SCHIRMER, _Pourquoi Flatters et ses compagnons sont morts_, _Bull. Soc. Géogr. Lyon_, 1896.]
[Note 297 : _B. S. G. P._, 1898, p. 229.]
[Note 298 : Sur la mission Foureau-Lamy, voir F. FOUREAU, _D’Alger au Congo par le Tchad_, in-8o, Paris, 1902. — Id., _Documents scientifiques de la mission Saharienne_, Texte et atlas in. 4o, Paris, 1905. — Ct REIBELL, _Le commandant Lamy d’après sa correspondance et ses souvenirs de campagne_, in-8o, Paris, 1903. Cf. aussi _La Géographie_, 1900, t. II, p. 433 et suiv.]
[Note 299 : _Bull. Afr. fr._, 1899, p. 176.]
[Note 300 : _Bull. Afr. fr._, 1899, p. 177.]
[Note 301 : F. FOUREAU, _Documents scientifiques de la mission Saharienne_, Paris, 1905 (_Publicat. de la Soc. de Géogr._) 1 vol. in-4o de 1210 p., av. 428 fig., 30 pl. et 1 atlas.]
[Note 302 : H. SCHIRMER, _Ann. de Géogr._ 1904, p. 83 et suiv. — L. GENTIL, _Bull. Afr. fr._, 1905, p. 321-428. — E. HAUG, _La Géographie_, 1905, t. XII, p. 297 et suiv.]
[Note 303 : HAUG, art. cité, p. 302.]
[Note 304 : _Documents scientifiques de la Mission Saharienne_, p. 1160-1164.]
[Note 305 : _C. R. S. Géogr._, 12 juin 1892.]
[Note 306 : DEPONT et COPPOLANI, _Les confréries religieuses musulmanes_, p. 273.]
[Note 307 : _C. R. Soc. Géogr._, 5 mai 1893.]
[Note 308 : P. VUILLOT, p. 228 (d’après M. Fock). — Cf. FOUREAU, _B. S. G. P._, 1893, p. 529.]
[Note 309 : _Bull. Afr. fr._, 1896, p. 44.]
[Note 310 : _Bull. Afr. fr._, janvier 1895 ; _ibid._, 1896, p. 202 et 209. V. aussi _Dépêche Algérienne_ du 28 juillet 1902.]
[Note 311 : _Bull. Afr. fr._, 1896, p. 127 ; 1898, p. 232.]
[Note 312 : _Id._, II, p. 157.]
[Note 313 : _Documents_, II, p. 168.]
[Note 314 : _Bull. Afr. fr._, 1899, p. 202.]
[Note 315 : _Documents_, II. p. 163-164.]
[Note 316 : _Bull. Afr. fr._ 1898, p. 42.]
[Note 317 : P. REBILLET, _Relations commerciales de la Tunisie avec le Soudan_, in-8o, 1896 (n. m. d. l. comm.). — Id., _Relations commerciales de la Tunisie avec le Soudan_, (_Revue générale des Sciences_, 1896, p. 1151).]
[Note 318 : E. FALLOT, _Etude sur le développement économique de l’Extrême-Sud tunisien_ (_Bull. Dir. Agr. et Comm. de Tunis_, 1899).]
[Note 319 : SCHIRMER, _Le Sahara_, p. 405.]
[Note 320 : G. ROLLAND, _C. R. Soc. Géogr._, 7 mars et 11 avril 1890.]
[Note 321 : PHILEBERT et ROLLAND, _La France en Afrique et le Transsaharien_, Paris, 1890.]
[Note 322 : Recommandé notamment par M. BOUTY, _Bull. Soc. de Géogr. d’Oran_, passim.]
[Note 323 : Préconisé notamment par M. BROUSSAIS, _de Paris au Soudan_, in-8o, Alger-Paris, 1891.]
[Note 324 : LANIER, _L’Afrique, Lectures géographiques_, p. 421. Cf. _C. R. Soc. Géogr._ années 1889-90. V. aussi G. ROLLAND, _Le Transsaharien : Un an après_, Paris, 1891. — A. FOCK, _Algérie, Sahara, Tchad_, Paris, 1891.]
[Note 325 : PHILEBERT et ROLLAND, _La France en Afrique et le Transsaharien_, p. 65.]
[Note 326 : SCHIRMER, _Le Sahara_, p. 414.]
[Note 327 : _Journal des Débats_, 30 sept. et 9 nov. 1898, 18 mars et 31 août 1899, et surtout _R. D. M._, 1er juillet 1899, p. 4 et 113. On trouvera la plus récente et la plus complète expression des idées du savant économiste sur la question dans PAUL LEROY-BEAULIEU, _Le Sahara, le Soudan et les chemins de fer_, in-8o, Paris, 1904.]
[Note 328 : V. notamment P. LEFÉBURE, _Correspondant_, 25 juillet 1899, p. 324. — Général COSSERON DE VILLENOISY, _Bull. Afr. fr._, 1899, p. 259. — AUGUSTIN BERNARD, _La question du Transsaharien_, in-8o, Alger, 1899.]
[Note 329 : In-8o, Alger, 1890.]
[Note 330 : C. SABATIER, _Touat, Sahara, Soudan_, p. 3.]
[Note 331 : _Ibid._, p. 5.]
[Note 332 : C. SABATIER p. 9.]
[Note 333 : ID., _Touat, Sahara, Soudan_, in-8o, Paris, 1891.]
[Note 334 : _Bull. Soc. Géogr. d’Alger_, 1899, p. 181.]
[Note 335 : _Id._, 1899, p. 197.]
[Note 336 : H. SCHIRMER, _Le Sahara_, in-8o, 1893.]
[Note 337 : _Revue générale des sciences_, 30 octobre 1893.]
[Note 338 : SCHIRMER, _Le dernier rapport d’un Européen sur Ghat et les Touareg de l’Aïr_, in-8o, Paris, 1898.]
[Note 339 : P. VUILLOT, _L’exploration du Sahara_, étude historique et géographique, gr. in-8o, Paris, 1895.]
[Note 340 : 4 vol., de texte et 1 atlas.]
[Note 341 : DE LARMINAT, _Etude sur les formes du terrain dans le Sud de la Tunisie_ (_Ann. de Géogr._, 1895-96, p. 386).]
[Note 342 : _Bull. Soc. Géogr._, Paris, 1896, p. 521-522.]
CHAPITRE VII
LA SOLUTION (1900-1906)
I. _L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences._ — La question de la Zousfana. — Protocoles de 1901 et 1902. — Attentats de 1902. — Bombardement de Zenaga. — Affaire de Taghit. — Le général Lyautey (septembre 1902). — Occupation de Béchar (novembre 1903). — Organisation de la région entre Zousfana et Oued-Guir. — Le chemin de fer. — Le commerce. — Reconnaissances et explorations. — Cartographie.
II. _La question Touareg._ — Les raids Cottenest, Guillo-Lohan, Laperrine, Pein et Besset. — Action du Soudan. — Jonction de l’Algérie avec le Soudan (18 avril 1904). — Mission Etiennot. — Résultats scientifiques. — M. Emile F. Gauthier.
III. Les Territoires du Sud et leur organisation. — La limite Sud de l’Algérie. — La limite Nord du Soudan. — Les communications transsahariennes : le télégraphe, le chemin de fer.
I
« L’Algérie n’est pas achevée, écrivait Rohlfs ; il est absolument nécessaire que tout le système de l’Oued-Saoura, et par suite le Gourara, le Touat et In-Salah soient attirés dans la sphère d’action de la France. Il est tout-à-fait étonnant qu’on ne l’ait pas reconnu après le massacre de la mission Flatters. » L’expérience a démontré combien cette appréciation était exacte. Par le retentissement qu’elle a eu parmi les populations sahariennes, par le point d’appui qu’elle a donné à notre politique, la prise de possession des Oasis du Sud-Ouest a été un événement décisif, le plus décisif de tous dans l’histoire de la pénétration saharienne, dont les conditions se sont trouvées complètement modifiées à notre très grand avantage. Cette occupation a été effectuée par à-coups, sans plan d’ensemble, sans vues d’avenir, sous la pression des circonstances, et c’est en partie pour cela qu’elle a été extrêmement coûteuse. Mais enfin elle a été effectuée, c’est l’essentiel.
C’est seulement au mois de mars 1900[343] qu’on se décida à l’occupation de tout le groupe des oasis du Sud-Ouest, conséquence nécessaire de la prise d’In-Salah.
Une colonne commandée par le lieutenant-colonel d’Eu fut mise en route pour achever l’occupation du Tidikelt, pendant qu’une seconde colonne s’avançait de Duveyrier vers Igli sous les ordres du colonel Bertrand. La première de ces colonnes eut à soutenir, le 19 mars, un combat acharné et sanglant, à la suite duquel on s’empara des oasis d’Inrar, situées à environ 50 kilomètres à l’ouest d’In-Salah. Le chef Ed Driss ben Naïmi, qui avait pris le titre de « pacha de Timmi », et n’avait pas cessé d’être, depuis la prise d’In-Salah, l’agent le plus actif de l’hostilité contre la France, avait rassemblé des contingents tirés du Touat, de l’Aoulef, de Sali et évalués à 3.000 hommes environ. La kasba du ksar Lekhal, où un grand nombre de combattants s’étaient réfugiés, fut bombardée et s’écroula en partie sur ses défenseurs. Les pertes de l’ennemi furent d’environ 600 tués ; parmi les prisonniers se trouvait Ben Naïmi. Nous eûmes 9 tués et plusieurs blessés[344]. Le combat d’Inrar fut suivi de la soumission des oasis de l’Akabli et de l’Aoulef, les plus occidentales du Tidikelt. D’autre part, la colonne Bertrand, forte de 2.000 hommes, partie de Duveyrier le 25 mars, occupait Igli sans coup férir le 5 avril. Enfin des forces venues d’El-Goléa et de Géryville convergeaient sur Tabelkoza et Timmimoun, les premières par l’Oued-Meguiden, les secondes par l’Erg, et occupaient le Gourara.
Quelques semaines plus tard, le général Servière, nommé au commandement de la division d’Alger, entreprenait une tournée dans les oasis ; n’ayant comme escorte qu’une section de tirailleurs et un peloton de spahis sahariens, avec un convoi de 200 chameaux, il visitait d’abord les ksour du Tidikelt, entrait le 30 juillet à Adrar (Timmi), le plus important des ksour du Touat, et revenait à El-Goléa par le Gourara sans avoir perdu ni un homme ni un chameau. Il réclamait la création à Adrar d’une circonscription administrative semblable à celles que l’on venait d’organiser à In-Salah et à Timmimoun.
Cependant certaines oasis du Gourara faisaient appel aux Beraber pour organiser la résistance à notre domination. Le 30 août, le capitaine Falconetti, chef de l’annexe du Gourara, se heurtait à ces adversaires avec lesquels nous ne nous étions pas encore mesurés ; il les rencontrait à Sahela-Metarfa, à 80 kil. environ au sud de Timmimoun. Retranchés dans les kasbas, les Beraber résistèrent à toutes les attaques, et les nôtres durent se retirer sur Deldoul, après avoir perdu un officier (lieutenant Depardieu) et quatre hommes[345]. Le 5 septembre, un nouveau combat, qui coûta la vie au capitaine Jacques, n’eut pas plus de succès. On fut obligé d’envoyer dans le Sud-Ouest des renforts assez considérables.
En janvier 1901, le général Servière[346], revenu aux oasis, installa à Adrar une petite garnison qui devait occuper ce nouveau poste. Pendant son séjour il apprit que, le 18 février, une harka de Beraber, forte de 650 hommes, avait surpris la garnison de Timmimoun et n’avait été repoussée qu’après un combat meurtrier. Il l’atteignit à Charouin (28 février) et lui infligea des pertes sérieuses. Après son départ, il poussa jusqu’au petit ksar de Talmin, qui nous avait, comme Charouin, manifesté de l’hostilité et qui, après un court engagement, fit sa soumission. Depuis lors, la paix a régné d’une manière complète dans les oasis, et aucun combat ne s’y est plus livré.
Au printemps de 1901, la « question du Touat » proprement dite peut donc être considérée comme réglée et résolue. Cette prise de possession ne s’est pas opérée sans d’assez grandes difficultés, les unes inhérentes à l’opération elle-même, les autres résultant d’hésitations ou d’erreurs de méthode : hésitation à occuper les oasis après la prise d’In-Salah, hésitations à s’établir à Adrar après la tournée du général Servière ; erreurs de méthode consistant à accumuler inutilement dans ces régions pauvres les inutiles, lourds et onéreux effectifs de troupes régulières qui ne peuvent y subsister qu’au prix d’énormes sacrifices d’argent et d’animaux, au lieu de s’en tenir simplement à des tournées de police exécutées par des éléments sahariens[347].
Au Touat comme dans tout le Sahara, on vient facilement à bout des sédentaires, habitant des oasis ; les nomades, plus guerriers et échappant plus facilement au châtiment, sont autrement redoutables. Ce sont les nomades du Zegdou et la puissante tribu des Beraber, dont le territoire s’étend derrière le leur, qui attaquent nos postes et nos convois de ravitaillement. Nous avons été amenés à utiliser la ligne de communication naturelle de la Zousfana et de la Saoura pour relier les oasis à la région du Sud-Oranais : c’est même par là qu’on aurait dû commencer si l’on avait agi suivant un plan d’ensemble au lieu d’avoir la main forcée par les événements. Pour assurer sa ligne de ravitaillement, l’autorité militaire avait multiplié les postes dans cette région dangereuse et exposée aux coups de main. En 1902, une nouvelle annexe était installée à Beni-Abbès, et l’annexe d’Igli était transférée à Taghit, au centre des oasis des Beni-Goumi. En 1901, une autre annexe avait été établie à 13 kilomètres au sud de Figuig, à Djenan-ed-Dar, où un poste destiné à surveiller cette oasis avait été placé dès le mois de décembre 1900. Le 1er avril 1902, un décret avait créé les compagnies des oasis sahariennes, dans le but de remplacer les troupes régulières qui avaient jusqu’alors été maintenues au Gourara, au Touat et au Tidikelt, par des unités plus mobiles et d’un entretien moins onéreux. Ces compagnies, pourvues de cadres français, sont composées d’hommes recrutés parmi les habitants du Sahara et qui, au moyen de la solde qui leur est attribuée, se nourrissent et s’entretiennent eux-mêmes. Chaque compagnie comprend des fantassins, des cavaliers et des méharistes. Elle est pourvue de pièces d’artillerie légère. Les officiers appartenant au service des affaires indigènes sont chargés à la fois du commandement de ces troupes spéciales et de l’administration du pays[348]. En même temps, les Oasis sahariennes, qui jusqu’alors avaient relevé de la division d’Alger, étaient rattachées à la division d’Oran.
Cependant ces mesures se montraient assez peu efficaces. C’est qu’il n’était pas possible d’occuper le fossé, c’est-à-dire la Zousfana, sans être obligé de s’assurer en même temps du talus qui le borde, c’est-à-dire de la région des Ouled-Djerir et des Douï-Menia qui s’étend entre la Zousfana et l’Oued-Guir[349]. Quand on veut couvrir quelque chose, on s’interpose entre ce quelque chose et l’ennemi[350]. Il n’y avait évidemment qu’à user, comme nous l’avions fait à plusieurs reprises, des droits qui nous sont conférés par le traité de 1845, et à reprendre la politique que nous avions suivie jadis avec de Colomb en 1855-57, avec de Wimpffen en 1870. Mais on craignait de se trouver entraîné trop loin et d’ouvrir inopinément de ce côté la question du Maroc.
Au mois de juin 1901, M. Paul Révoil était appelé au Gouvernement Général de l’Algérie, où il succédait à M. Jonnart. Après avoir été longtemps à Tunis, et représenté la France à Tanger, il allait, comme gouverneur de l’Algérie, appliquer la politique consistant à donner plus d’unité à notre action dans l’Afrique du Nord. C’est à l’instigation de M. Révoil qu’avait été signé à Paris, le 20 juillet 1901, un protocole[351] destiné à interpréter et à compléter le traité de délimitation du 18 mars 1845, et à inaugurer dans ces régions la politique de collaboration avec le makhzen. Il avait été stipulé que la France resterait maîtresse du territoire des Ouled-Djerir et des Douï-Menia, et que ceux de ces indigènes qui refuseraient de se soumettre à la France devraient se transporter dans la région du Maroc que le Gouvernement chérifien leur assignerait comme résidence. Cet arrangement fut suivi de deux accords complémentaires (20 avril et 7 mai 1902) établissant entre l’Algérie et le Maroc un _modus vivendi_ pour les relations politiques, administratives et commerciales dans les régions-frontières. Mais, sur le terrain, ces conventions ne purent être mises à exécution. Les commissaires français et marocains chargés de notifier aux Douï-Menia et aux Ouled-Djerir les arrangements les concernant avaient été fort mal accueillis à Kenadsa. Ils avaient cependant réussi à éloigner de Figuig notre vieil ennemi de 1881, Bou-Amama, qui y résidait depuis plusieurs années ; Bou-Amama n’avait pas voulu profiter de l’aman qu’on lui avait accordé en 1899, et se tenait depuis lors à l’écart, cherchant en apparence à nous servir, mais en réalité excitant en toute occasion les populations contre nous et prélevant sa part du butin fait à notre détriment, le plus souvent par des bandits de son entourage. Aussi sa présence dans l’oasis constituait-elle pour nous une source d’ennuis de tous les instants. Sur notre demande, Si Mohammed Guebbas, chef de la mission marocaine, invita le vieux marabout à quitter Figuig ou à se soumettre ; il gagna, par étapes successives, la région d’Oudjda, où il alla faire cause commune avec le prétendant Bou-Hamara.
Cependant les vols et les agressions contre nos postes et nos convois, enlèvements de troupeaux, assassinats de sentinelles, attentats contre les isolés, vols de fils télégraphiques se multipliaient d’une manière de plus en plus inquiétante dans la région de la Zousfana. Au mois d’octobre 1901, deux enfants avaient été assassinés sur la route de Duveyrier ; le 19 janvier suivant, deux capitaines du 1er régiment étranger, MM. de Cressin et Gratien, étaient tués dans la même région. Dans les premiers mois de 1903, des convois étaient enlevés ou attaqués entre Djenan-ed-Dar et Taghit, et la situation devenait de plus en plus intolérable.
M. Jonnart, député, ancien ministre des Travaux publics, replacé à la tête du Gouvernement général de l’Algérie en mai 1903, était décidé à mettre un terme à cet état de choses. Il se rendit aussitôt dans le Sud-Ouest ; au cours de sa tournée, le 31 mai, son escorte fut attaquée par les habitants de Zenaga, le principal des ksour de Figuig. Cet incident ne fit que hâter l’exécution des mesures de police prévues. Le 8 juin, le ksar de Zenaga fut bombardé. Aussitôt après, les habitants de Figuig vinrent faire des offres de soumission sans conditions. L’aman leur fut accordé. Une petite colonne avait été envoyée en même temps à l’ouest du Chott Tigri et une autre s’était avancée jusqu’à Bechar sans incidents.
Depuis cette époque, la population sédentaire de Figuig peut être considérée comme pacifiée ; mais les nomades n’ont pas cessé les hostilités. Quelques agressions se sont encore produites dans la deuxième partie de l’année 1903. Le 16 juillet, un détachement de la compagnie saharienne du Touat fut attaqué à Hassi Rzell, dans la Saoura ; le capitaine Regnault, chef de l’annexe de Beni Abbès, atteignit les Beraber auteurs de ce coup de main et les défit à Noukhila, le 28 du même mois.
Le poste de Taghit fut investi, du 17 au 21 août, par une horde de plus de quatre mille Beraber, secondés par quelques Ouled-Djerir et Chaanba dissidents. La petite garnison, sous les ordres du capitaine de Susbielle, fit une admirable résistance et contraignit les assaillants à la retraite. Le 2 septembre, un convoi fut attaqué à El Moungar, dans la Zousfana ; la défense fut héroïquement dirigée par le sergent-fourrier Tisserand après la mise hors de combat des deux officiers qui commandaient l’escorte.
Cette dernière affaire, venant à la suite de la tentative heureusement avortée de Taghit, avait ému l’opinion publique. Aussi le gouvernement se décida-t-il, sur les instances du Gouverneur général, à confier le commandement de la subdivision d’Aïn-Sefra au général Lyautey, qui s’était déjà trouvé aux prises avec de semblables difficultés au Tonkin et à Madagascar et y avait fait ses preuves comme organisateur. Bientôt après, on renforçait encore la situation du général Lyautey en dotant la subdivision d’Aïn-Sefra d’une organisation autonome. Son chef était investi de l’autorité directe sur toutes les troupes stationnées dans son commandement, sous le contrôle du Ministre de la Guerre et du Gouverneur général.
La situation troublée que rencontrait à son arrivée le général Lyautey avait surtout pour origine le manque de mobilité de nos troupes, en face d’un ennemi insaisissable, connaissant admirablement le pays et qui apparaissait aussi vite qu’il disparaissait. La multiplicité de nos postes, échelonnés tous les 50 kilomètres environ le long de la Zousfana[352], ne pouvait suffisamment remédier à un pareil état de choses, car, avec leur effectif souvent restreint, leur action ne pouvait guère s’étendre, et leur ravitaillement nécessitait l’envoi de fréquents convois qui excitaient les convoitises de l’ennemi et devenaient finalement fort onéreux. Il fallait donc de toute évidence se décider à reporter plus à l’Ouest nos postes de couverture, organiser des forces essentiellement mobiles et donner à celles-ci l’appui d’une artillerie légère dont l’effet moral est toujours très grand sur les populations primitives qui peuplent ces régions. Il fallait enfin donner plus de cohésion à nos différents postes en les reliant entre eux le plus vite possible par le télégraphe afin de leur permettre de parer rapidement aux surprises inopinées de l’adversaire[353].
Déjà la nécessité de réduire des adversaires aussi actifs que les auteurs des récents coups de main avait amené au mois d’août précédent l’occupation d’El-Ardja, pour surveiller les massifs montagneux qui sont au nord de Figuig, puis celle de Ben-Zireg à la pointe septentrionale du Djebel Bechar. L’œuvre ainsi ébauchée fut bientôt complétée par la création (11 novembre 1903) d’un poste à Colomb, près de l’oasis de Béchar, de façon à couvrir la route qui suit la vallée de la Zousfana et à amener les Douï-Menia et les Ouled-Djerir, jusqu’alors insoumis, à accepter notre juridiction, conformément aux droits que nous avaient reconnus le protocole du 20 juillet 1901. Un cercle des affaires indigènes était en même temps installé à Colomb.
L’année 1904 a été marquée par le perfectionnement de l’organisation défensive de nos confins du Sud et du Sud-Ouest. Deux nouvelles compagnies montées furent créées l’une à la légion étrangère, l’autre au 2e régiment de tirailleurs ; une quatrième compagnie saharienne fut constituée à Beni-Abbès, et une cinquième à Colomb. D’un autre côté, un détachement important alla s’établir le 15 juin à Berguent, point d’eau de l’Oued-Charef, à 4 kilomètres au Sud de Ras-el-Aïn, afin de parer aux incursions de Bon Amama et de ses contingents, et d’enlever au marabout la possibilité de revenir dans le pays compris entre Figuig et le Haut-Guir.
L’heureux résultat de ces efforts ne tarda pas à se manifester : de nombreux groupes des Douï-Menia et d’Ouled-Djerir vinrent faire leur soumission et les Beni-Guil, dans une entrevue solennelle à Aïn-Sefra, affirmèrent leur désir de vivre en paix avec nous.