Part 9
Les bienheureux marchaient en mornes théories, La vierge sans désir baissant encor les yeux, L’épouse vertueuse avec sa peau jaunie Et l’enfant nouveau-né dont le corps est glaireux.
Et je pus contempler leur laideur étonnante. Ils n’étaient éclairés par aucun sentiment. Quelques femmes montraient des poitrines pendantes. Les groupes se croisaient géométriquement.
Ils goûtaient, sans regret des choses de la vie, Avec affection et se tenant les mains, Aux bords des purs ruisseaux et des calmes prairies Les plaisirs innocents et les bonheurs divins.
«Quoi, pas même une femme et pas même une vierge, Ai-je dit, qui malgré les azurs bleus trop clairs, Parmi ces corps pétris dans la pâte des cierges Ne sente le plaisir lui tourmenter la chair.
«Pas même un chérubin, qui par sa grâce double, Son torse féminin, ses hanches d’Adonis, Rappelle le péché délectable et son trouble Et ses remords autant que l’amour infinis.
«N’est-il pas quelque coin où des fleurs en désordre Sont rougeâtres avec d’émeraudes lueurs, Ou des femmes aux bras mêlés jouent à se mordre, Tordant avec orgueil leur corps plein d’impudeur?»
Alors je me souvins des mortes admirables, Et des chers compagnons que j’avais tant pleurés, C’étaient des désireux et des insatiables, Au cœur toujours ouvert et toujours déchiré.
Et je les vis... Leurs yeux, leur forme et leur image, Mais ils avaient perdu ta lampe, ô souvenir! Une béatitude emplissait leur visage, C’était là la splendeur peut-être de mourir.
Mais ils étaient pour moi plus morts que les cadavres Que l’on voit dans les lits, déjà décomposés. De leur morne bonheur ils étaient les esclaves, Ils ne possédaient plus le secret du baiser.
Ils avaient oublié l’amère connaissance. Ils n’avaient plus au front le sceau de la douleur, Ils n’avaient plus au cœur le mal de l’espérance, Jamais plus de leurs yeux ne couleraient des pleurs.
Et j’ai fui vers la porte ouverte sur le gouffre Vers l’obscur escalier où le salpêtre luit, Et j’ai baisé l’ardoise et caressé le soufre Et joui des clartés qui tombaient de la nuit.
Et j’ai crié: «Seigneur, ton amour est sans charme! La souffrance est trop belle, on ne peut l’oublier. Si la vertu de Dieu ne peut verser des larmes, Je préfère le mal qui connaît la pitié.
«Je crache sur tes lis et vomis sur tes palmes. Ta clarté n’est pas faite avec du vrai soleil. A tes rêves trop bleus dans les jardins trop calmes Je préfère le cauchemar de mes sommeils.
«Je préfère la chambre étroite où je me couche Avec le linge impur et les bouquets flétris, La triste odeur des corps, le goût humain des bouches, Mon paradis mauvais plein d’ombres et de cris.
«Je préfère la femme au regard immodeste, Les peines de mes soirs, le plaisir déchirant, Le fumier familier où croît l’arbre terrestre Et le vice fécond qui m’a fait le cœur grand.»
TABLE
Pages.
LE JARDIN MAUDIT 1
ÉPIGRAPHE 7
L’ANE A CORNES
Combat de femmes 11
Le Jeune Homme aux citrons 16
La première Nuit au couvent 20
Le Médecin avorteur 22
La Baleine en rut 24
L’Ane à cornes au Palais 27
Le Châtiment du luxurieux 29
L’Ane à cornes sur la tour 32
Le Bal fantastique 34
Les Éphèbes et la Femme hydropique 37
La Prière du soir 39
Visite matinale 43
La Princesse et les laquais 45
Le Sérail mort 48
La Cathédrale furieuse 50
Les Chambres de l’hôtel 53
L’Après-midi du faune 55
Plaisirs du sultan 58
L’Esprit de la mer 60
Femme à la panthère 63
La Bouchère nue 65
La Fille du sultan 67
Les Castrats 69
Le Bain rouge 71
La Chambre de Barbe-Bleue 73
La Maison des adolescentes 76
L’Incube et la Vierge 78
Le Page aux gants mauves 82
La Tristesse du nain chinois 84
Le Parc masqué 87
Les Gladiateurs aveugles 89
Les Voluptueux 93
Le dernier spasme 95
La Messe de l’âne à cornes 98
LES RENCONTRES DANS LE PORT VIEUX
Le long du Port vieux 103
L’Enfant mort 105
L’Arbre de chair 108
L’Orgie pauvre 110
Je voudrais bien entrer 112
La Jeune Fille au lupanar 114
Le Secret perdu 118
Les Dieux sur les quais 120
La Treizième Année 124
La Complainte de l’hôpital 126
Le Voile froissé 129
Le Café-Concert maudit 131
La Tresse coupée 134
La Foire folle 136
Les Nocturnes 139
Viol de Fille 141
La Petite Danseuse 144
Le Corbillard infatigable 146
Complainte de l’homme qui s’est perdu 149
LA CHAMBRE AUX RIDEAUX VIOLETS
Si petite est la chambre 155
La Silencieuse 157
Que la soirée est belle 159
Le Visage enfantin 161
Le Vase imparfait 163
J’entr’ouvris doucement 165
L’Amitié et le Baiser 167
Tigresse aux ongles peints 169
Le Collier de turquoises 171
Baisers morts 173
L’Envoûtement 175
La Bête 177
Elle sentait le thym 179
Le Miroir ovale 181
Ote tes vêtements 183
Le Passage de la belle heure 185
Celui-là, jamais plus 187
Le Fantôme 189
Le Compagnon 191
Femme aux bijoux 193
L’Ame des pavots morts 196
L’Inconnu familier 200
LE SPECTRE DES SOUVENIRS
Le Présent subtil 205
Le Souvenir caricatural 207
Les Absents sont des morts 210
Le vieil Hôtel 212
La Solitude des femmes 215
Le Nom à voix basse 219
Tristesse d’Olympio 220
L’Embaumeuse 222
LE HUITIÈME PÉCHÉ
La Craintive 229
L’Horreur tentatrice 231
Les trois Adolescents 234
Je te rêve, casquée 236
La Femme aux trois colliers 238
Repas d’hommes 240
LE MASQUE DE LA BEAUTÉ PERDUE
Le Masque du Samouraï 247
Le Temple brûlé 249
La Bonté 251
Vieillesse 254
Le nouvel Orphelinat 256
L’Amitié des femmes 259
Le Plaisir 261
Le pauvre Pécheur 265
Le Château des masques 269
La Fille de Lucifer 274
La Malédiction 279
LE VOYAGE FANTASTIQUE
La divine enchaînée 285
La Vallée des larves 287
La Région des étangs 290
Les Esclaves 293
Le Palais des rois 296
L’invasion des insectes 299
L’Être maigre aux mains immenses 302
L’Agneau désespéré 305
La Rencontre du squelette 307
La Montagne des bêtes 309
Le Nageur 311
LA DESCENTE AU PARADIS
La Descente au Paradis 317
Paris.--Typ. PH. RENOUARD, 19, rue des Saints-Pères.--54.497