La grande artère de la Chine: le Yangtseu
Part 11
III.--La communauté marchande est représentée actuellement dans le port ouvert par les agents des trois compagnies de bateaux qui font le service avec Hankeou, et par trois maisons de commerce: une allemande, une anglaise et une française. Cette dernière est la Compagnie française des Indes et de l'Extrême-Orient. Le commerce d'Itchang est, du reste, plutôt un commerce de transit. La ville est située dans une contrée montagneuse, très pauvre, et dont la population n'a, par suite, pas beaucoup d'argent à dépenser pour s'offrir des objets d'Europe. Le commerce qui se fait ici est un commerce de détail; il n'y a ni grande banque, ni marchand en gros; Itchang est le point de départ et d'arrivée de tout ce qui va au Sseu-Tchuen ou en revient; c'est là sa seule importance.
IV.--Ce pauvre petit port a, lui aussi, sa spécialité: c'est la pêche à la loutre. Voici comment les pêcheurs procèdent: de petits bambous, gros comme des lignes de pêche, sont fixés à la rive et à leur extrémité, au-dessus de l'eau, est attachée une loutre, au moyen d'une chaîne de fer fixée en arrière des pattes de devant, tout autour du corps. Le pêcheur veut-il prendre du poisson? Il descend son filet (sorte d'épervier) au fond de la rivière et, par une ouverture béante à la partie supérieure, il lance la loutre qui fait sortir le poisson de toutes les crevasses et cachettes où il se dissimule; puis, après quelques instants, filet, loutre et poissons sont remontés, et la loutre est récompensée d'un poisson frais.
V.--Les promenades autour d'Itchang offrent toutes un intérêt au voyageur qui vient de passer de longs jours dans les plaines monotones et sans verdure qui se déroulent invariables depuis Changhai. En arrière de la ville, du côté opposé au fleuve, on peut visiter, au sommet d'une colline, un temple auquel les Chinois attachent une importance considérable. Cette construction, en effet, qui a subi des réparations et des additions en 1898, est destinée à contrebalancer l'influence du feung chouei de la colline en forme de pyramide, qui se trouve juste en face sur l'autre rive du fleuve.
Cette rive, également, présente de charmants aspects, et si l'on a parfois un peu de peine à gravir quelques pentes brusques, on est bien récompensé par la vue de la nature presque alpestre qui s'offre à tout instant: rocs et cascades, torrents roulant sur des cailloux fins, entre des berges bordées de bambous et de pamplemousses; on se croit transporté dans une autre partie du monde, sauf à être désillusionné quand on tombe sur un pauvre village chinois sale et délabré, comme le sont malheureusement tous ceux que l'on rencontre.
Le Long-Wang-Tong, ou la grotte du roi Dragon, mérite d'être visité; pour y arriver, une petite excursion est nécessaire. Non loin de là se trouve le Wen-Fo-Chan, ou montagne du Bouddha de la littérature, au milieu d'un amas de rocs escarpés qui semblent rendre les abords du temple complètement inaccessibles.
Le Yun-Wou-Chan, ou montagne du nuage et du brouillard (ou bien du brouillard nuageux) présente également de l'intérêt. Il est situé au fond d'une vallée à l'entrée de la gorge d'Itchang, et pour y arriver, il faut suivre la vallée, puis faire une ascension assez longue. C'est l'un des plus beaux endroits des environs d'Itchang.
VI.--Toutes les barques qui font le commerce avec le haut-fleuve jusqu'à Tchong-King, s'arrêtent à Itchang, et, pour le plus grand nombre d'entre elles, c'est le port d'attache.
Celles qui arrivent du Sseu-Tchuen débarquent ici leurs marchandises, lesquelles sont chargées sur les vapeurs destinés à les transporter vers Hankeou; les autres font, en sens contraire, le chargement des marchandises pour les ports de la haute rivière. Cependant, malgré les facilités offertes par la vapeur, bon nombre de jonques venant du Sseu-Tchuen descendent leurs marchandises jusqu'à Hankeou, et même jusqu'à Changhai; c'est que, pour le Chinois, le temps ne compte pas; la rapidité n'est qu'un vain mot.
La population flottante est par suite assez forte à Itchang, et il est impossible d'en savoir le chiffre, car elle est très variable. Mais la population stable d'Itchang peut être évaluée à 60.000 habitants.
Le commerce total, en 1908, était d'environ 8.000.000 de taels.
C'est à partir d'Itchang que la navigation du Yang-Tseu-Kiang, si elle devient moins rapide et plus difficile, est toutefois beaucoup plus intéressante. D'ici à Tchong-King, en effet, il faut aller en barque chinoise; ces barques, d'ailleurs faites et construites en vue de cette navigation du haut-fleuve, sont très solides et très confortables. Tout l'arrière est destiné aux passagers et à leurs bagages; divisées par des cloisons, les chambres sont évidemment assez exiguës, mais on peut y installer un matelas et y dormir confortablement au milieu des tentures de papier rouge collées sur toutes les parois, et des fleurs et des oiseaux sculptés sur les poutres. La salle à manger et la cuisine où coucheront les domestiques se trouvent au centre, et l'avant est réservé au poste d'équipage. Tout à l'arrière, près du gouvernail, le chef (en même temps pilote) a sa petite chambre dans les flancs du bateau, et même, la plupart du temps, il loge là avec sa famille. Ces jonques sont, du reste, longues et larges, mesurant de 15 à 25 mètres de long sur 4 à 5 de large, et bien assises sur l'eau; elles ne naviguent que le jour, et, le soir arrivé, vont mouiller à l'abri de quelque crique où elles peuvent être en sûreté par tous les temps.
La première station que l'on passe est Ping-Chan-Pa, à l'entrée de la première gorge; il y a là un ponton où un douanier solitaire compte les heures tristement. Il est vrai qu'on ne le laisse là que trois mois; chacun y stationne tour à tour, et ce tour doit encore arriver souvent, car le personnel de la douane d'Itchang n'est pas nombreux.
En quittant Ping-Chan-Pa, le fleuve est encaissé entre deux hautes falaises à pic et coule paisiblement: on ne se douterait pas que quelques kilomètres plus loin, l'eau, par suite des rapides, bouillonne avec furie. On franchit ainsi les premiers rapides, Pa-Tong et Yang-Pe, puis le Sin-Tan (_tan_ veut dire _rapide_ en chinois) et le Yé-Tan, le plus terrible aux hautes eaux. Que de barques ont sombré corps et biens, dans ces passages dangereux! Les accidents sont fréquents, et pour tâcher de venir en aide aux malheureux qui sont ainsi éprouvés, des barques de sauvetage, peintes en rouge et battant pavillon impérial, croisent en amont et en aval des rapides. Ces barques de sauvetage existent, d'ailleurs, partout sur le fleuve, aux endroits dangereux. Il y en a à Hankeou, à l'embouchure de la Han, dans le grand fleuve, et les jours de gros vent ou de tempête, elles font le service de bacs entre Hankeou, Hanyang et Wou-Tchang.
La région intéresse par son caractère de sauvage grandeur; tantôt le Yangtseu coule, calme et tranquille, ayant à peine 20 mètres de large, entre deux hautes montagnes; le soleil ne pénètre jamais dans ces endroits resserrés, et il y fait sombre et froid; puis, tout à coup, une vallée fraîche et riante se présente, le fleuve s'élargit, s'étale, et l'on entend au loin le bruit d'un rapide, semblable au tonnerre. Un des passages des plus saisissants se trouve aux approches des gorges de Feung-Chien où la vallée se rétrécit; on aperçoit de grands bancs de roche et des villages, des hameaux plutôt, perchés sur les hauteurs; les artistes chinois ont souvent représenté les sites agrestes et en même temps si attrayants du cours du Haut-Yangtseu, et plus d'un kakemono nous montre les temples couronnant les sommets des falaises, tandis qu'au bas le fleuve coule dans le brouillard, et qu'un pêcheur en barque jette ses filets.
La partie la plus pénible de la navigation commence à Itchang et finit à Kouei-Tcheou-Fou, petite préfecture d'environ 30.000 habitants, à la limite des provinces du Houpe et du Sseu-Tchuen. A partir de Kouei-Tcheou, la navigation devient plus aisée, et une fois que l'on a franchi le rapide de Chang-Chou-Long, lequel est encore assez périlleux et demande parfois une journée de travail à la corde, on peut se reposer de ses peines, quoique cependant on ne soit pas hors de toute difficulté. Toutefois, le plus pénible est fait, et c'est sur un fleuve parfaitement calme qu'on aborde à Tchong-King.
CHAPITRE X
I. La province du Hounan; les rivières qui l'arrosent.--II. Caractère rude de la population.--III. Fertilité du sol.--IV. Les bois du Hounan.--V. Les richesses minières.--VI. Les industries.--VII. Routes commerciales.--VIII. Yo-Tcheou (Yochow) ville ouverte au commerce étranger; ses transactions.--IX. Tchang-Cha-Fou (Chang-Sha-Fu) capitale du Hounan; son commerce; difficultés rencontrées par les Européens pour y résider.--X. La fête du dragon.--XI. Les monts Nan-Ling et les aborigènes.
I.--La province du Hounan n'est bordée par le Yangtseu que sur une faible étendue, où il forme une partie de sa limite septentrionale; mais elle est arrosée par quatre rivières qui se jettent dans le lac Tong-Ting, lequel communique avec le grand fleuve au port de Yo-Tcheou. Cette province a une superficie égale à celle de la France, et la rivière qui l'arrose à l'est, le Siang, est le plus long des cours d'eau qui alimentent le lac. Le Siang prend sa source sur les frontières du Kwang-Tong et du Kiang-Si et passe à Heng-Tcheou et Tchang-Cha avant de se jeter dans le lac; près de sa source il possède de nombreux affluents navigables qui offrent de grandes facilités au commerce local des trois provinces du Kiang-Si, Kwang-Tong et du Kwang-Si. Au centre se trouve le fleuve Sou qui est navigable seulement pour les petites jonques, lesquelles doivent d'ailleurs être tirées presque continuellement à la cordelle à cause des nombreux rapides: le bassin du Sou est très fertile, mais aucun grand centre n'existe dans ses limites, et les produits de son sol sont exportés soit vers Tchang-Cha, soit vers Tchang-Te. A l'ouest du Sou, coule la rivière Yuen, d'une longueur égale à la rivière Siang, mais beaucoup moins navigable, par suite des nombreux rapides échelonnés le long de son cours. La quatrième rivière est le Li-Chouei, qui se déverse aussi dans le lac Tong-Ting; mais son cours inférieur seul est navigable et elle n'offre guère de commodités au point de vue commercial.
Située entre le 30e et le 26e degrés de latitude nord, cette province est très montagneuse au sud, où la chaîne des monts Nan-Ling la sépare du Kwang-Tong, ainsi qu'à l'ouest, où elle est voisine du Kwei-Tcheou. Dans sa région moyenne, c'est un pays ouvert, largement ondulé, tandis que, dans sa partie septentrionale, c'est un pays plat occupé en grande partie par le lac Tong-Ting qu'environnent des plaines alluvionnaires à l'embouchure des quatre rivières situées plus haut, interceptées de canaux. Le lac Tong-Ting apparaît en hiver comme un vaste marais, entouré de bancs de sable et de boue où grouillent les canards, les oies et les cygnes sauvages, et à travers lequel les eaux des rivières tracent leurs cours sinueux; mais aux hautes eaux, c'est-à-dire pendant la période qui s'étend de mai à octobre, il monte de 10 à 15 mètres et couvre une superficie de plus de 10.000 kilomètres carrés.
II.--La population du Hounan a toujours passé pour être violente et rude, et c'est au Hounan que se recrutaient les meilleurs soldats, disait-on. Longtemps la province a été le foyer de la propagande anti-étrangère et les atrocités commises en 1891, 1895 et 1900 sont encore présentes à la mémoire. Aujourd'hui, cependant, cet esprit semble se modifier et le peuple du Hounan a l'air de vouloir marcher dans la voie du progrès. Cette province passe à tort ou à raison pour une de celles où il y a le plus de lettrés et le plus de gens aisés. Il est évident qu'au point de vue agricole, le Hounan est l'une des provinces les mieux partagées de la Chine, et c'est là peut-être une des raisons de sa supériorité sur les provinces avoisinantes. Elle pourrait se suffire à elle-même, car elle produit tout ce qui lui est nécessaire, et en assez grande quantité pour en exporter le surplus. Seul le sel lui manque et doit lui venir des provinces voisines.
III.--Son sol est extrêmement fertile. En tête de ses principaux produits agricoles est le riz, dont on fait, dit-on, trois récoltes par an, grâce à des conditions climatériques spécialement favorables. Un proverbe chinois dit qu'une belle récolte au Hounan fournit de quoi manger à toute la Chine; (cependant les habitants prétendent au contraire que le sol de leur province est composé de trois parties de montagnes, six parties d'eau et une seulement de sol cultivable). Le riz est cultivé surtout dans les plaines qui entourent le lac Tong-Ting et dans la vallée de la rivière Siang. L'ingénieux système d'irrigation des Chinois leur a permis de soumettre également à cette culture les flancs des collines et des montagnes.
Le coton est cultivé dans tout le nord, notamment dans les préfectures de Li-Tcheou et de Tchang-Te-Fou; le tabac, de qualité supérieure, mais très chargé de nicotine, se rencontre principalement dans le district de Tcheng-Tcheou; la région produit encore l'indigo, le thé, qui est très estimé. C'est surtout le Hounan qui approvisionne de thé le marché de Hankeou, et l'exportation annuelle du thé noir du Hounan se chiffre par une somme de 20 à 25.000.000 de francs; il fournit aussi du thé vert, et celui qui provient de la petite île de Tcheou-Tchou, près du port de Yo-Tcheou, est, avec celui de Pou-eurl, réservé à la consommation du palais impérial.
Le Hounan produit aussi de la soie, mais très peu: la récolte était estimée il y a trente ans à 30.000 kilogs; et la culture des vers à soie était complètement abandonnée; on a essayé de la faire revivre tout dernièrement, et quelques riches Chinois de Tchang-Cha ont fait de nouvelles plantations de mûriers, mais on ne sait encore comment cette entreprise tournera et si elle finira par réussir.
Je puis encore citer la ramie, le gingembre, l'arbre à vernis, le suif végétal.
IV.--Mais ce qui constitue pour le Hounan une source de richesse, ce sont les bois. Alors en effet que les _Chinois ont tout déboisé dans l'Empire_, le Hounan est peut-être, avec le Yunnan, la seule province où il existe encore des forêts exploitables. Ces forêts sont situées dans le sud et le sud-ouest en des régions encore habitées par les aborigènes Yao. L'abatage des arbres, leur transport et leur vente est le monopole d'une sorte de trust formé par trois corporations de marchands de différentes provinces. Les arbres sont coupés en automne et en hiver, ébranchés, puis jetés dans les rivières qui les entraînent jusqu'à un point où, les eaux étant assez hautes, on fabrique avec les différents bois des radeaux qui descendent jusqu'aux environs du lac Tong-Ting. Là on réunit plusieurs de ces radeaux pour en former de plus grands qui puissent se hasarder sur le lac et sur le Yangtseu dont les tempêtes et les coups de vent sont parfois terribles. L'exportation annuelle des bois de la province est estimée à une cinquantaine de millions de francs. La principale essence est le pin; on exporte aussi du chêne, du cèdre, du camphrier et une espèce du cyprès. Ces arbres atteignent quelquefois des proportions énormes; et ce qui maintient la forêt, ce qui l'empêche de s'épuiser, c'est que les Yao aborigènes replantent au fur et à mesure; cette prévoyance des naturels est à remarquer quand on voit l'incurie du Chinois pour les forêts et l'insouciance avec laquelle il laisse dévaster les plus belles plantations.
Les bambous sont également exploités; les plantations en sont nombreuses au sud du lac Tong-Ting, dans le district de Tchang-Cha-Fou; on les exporte de même dans les autres provinces et on en fait des radeaux pour faciliter le transport.
Les rivières du Hounan sont très poissonneuses ainsi que du reste les eaux du lac Tong-Ting où elles se déversent. De nombreuses pêcheries existent sur le lac et alimentent un commerce important.
V.--De même qu'il est riche par la fertilité de ses terres, le Hounan l'est aussi par les produits de son sous-sol. Les habitants, d'ailleurs, exploitent depuis longtemps différentes mines. Des gisements considérables de charbon existent dans toute la province, et ils avaient été signalés par Richtofen, mais ce savant allemand et ceux qui avaient suivi ses traces, n'avaient pas été autorisés à voir les houillères de près. Par contre, un ingénieur américain, M. Parson, le même qui a fait l'étude préliminaire du tracé de la ligne de Hankeou à Canton, a réussi à se rendre compte de la valeur du bassin houiller. D'après lui, dans le sud de la province, sur les bords du Siang, ce bassin a une longueur de 320 kilomètres sur une largeur de 95 et contient plusieurs couches de diverses sortes de charbons gras et d'anthracites. D'autre part il assure que de ces charbons gras, les uns seraient excellents pour la métallurgie, les autres pour la marine à vapeur et que, de ces anthracites, les uns seraient propres aux usages domestiques, ayant assez de matières volatiles pour s'enflammer aisément, et les autres bons pour les hauts-fourneaux et la fabrication de la fonte Bessemer. Ces riches gisements de charbons, situés dans un pays où abondent également le fer et d'autres métaux, assurant au Hounan un avenir des plus brillants au point de vue métallurgique. Actuellement aucune mine n'est exploitée à l'européenne, et c'est, d'ailleurs, l'anthracite seul que les Chinois retirent du sol. Ils n'entament que la surface des gisements proches des rivières navigables. Quelques houillères sont si près des cours d'eau que les jonques les accostent; l'équipage n'a qu'à mettre pied à terre, à manier pelles et pics et à charger; les mines de charbon en effet ne sont pas concédées et le charbon est à celui qui veut le prendre; le gouvernement chinois n'intervient pas dans cette exploitation, contrairement à ce qui se passe pour d'autres mines; le Hounan exporte déjà une grande quantité d'anthracite, mais il faut dire que jusqu'ici on n'a trouvé que de l'anthracite sulfureux, brûlant mal et laissant des résidus gros et durs comme des cailloux. Peut-être l'exploitation est-elle trop superficielle? Toujours est-il que jusqu'à présent on n'a découvert qu'une bonne mine de charbon sur la frontière sud du Hounan, et cette mine est celle de Ping-Siang au Kiang-Si; c'est elle qui avec la mine de Kai-Ping (près de Pékin) fournit le charbon nécessaire aux usines de Hanyang. Cette mine de Ping-Siang est, du reste, exploitée à l'européenne par des Allemands au service du directeur général des chemins de fer chinois, Cheng-Suien-Hoai.
Le fer existe dans toute la préfecture de Pao-King; le minerai est d'excellente qualité et l'acier du Hounan est réputé en Chine; malheureusement les produits vendus comme fer et acier de cette province sont souvent frelatés par les marchands.
L'antimoine est fort commun; on le trouve dans les districts d'An-Houa, Ki-Yang, Sin-Hou et Chai-Yang, et aussi dans le district de Tcheu-Tcheou; une partie du minerai est traitée à Hankeou; le reste est travaillé dans la province même à Tchang-Cha par deux fonderies appartenant à des maisons de commerce chinoises et qui débarrassent le minerai de sa gangue.
Le plomb existe dans tout le sud et il est exploité à Tchang-Ing et Ki-Yang; le minerai, expédié à Hankeou, est traité par l'usine de concentration de Wou-Tchang, puis exporté à l'étranger.
L'argent est extrait soit à l'état de minerai propre d'argent, soit à l'état de galène ou encore mêlé à l'antimoine et au cuivre; c'est dans la préfecture de Tchang-Cha que se trouvent les principales mines, mais l'exploitation en est actuellement prohibée.
Parmi les mines d'or connues, l'une est située à Ping-Kiang (Yo-Tcheou-Fou) et l'autre sur la rivière Yuen entre Tcheu-Tcheou et Tao-Yuen; on a tenté, mais sans succès, d'exploiter la première suivant une méthode scientifique. D'autre part, les sables de plusieurs rivières sont aurifères.
Enfin on rencontre aussi dans la province le cuivre, l'étain, le zinc, le soufre, le borax, la potasse, l'alun, le salpêtre.
VI.--La principale industrie est celle du coton, à Tchang-Te-Fou, où elle est encore très florissante, alors que, dans la partie orientale de la province, elle est au contraire en décadence par suite de la concurrence des tissus étrangers. On tisse également la ramie; on fabrique aussi du papier, des baguettes d'encens, des pétards, de la porcelaine et de la poterie communes, des cordages de bambous, des marmites, des pots d'étain, de l'eau-de-vie, des articles en laque commune. Toutes ces entreprises, bien entendu, sont du type familial, et la seule industrie européenne est celle où on fond le minerai d'antimoine; il a été question de créer à Tchang-Cha une rizerie à vapeur. Mais ce n'est qu'un projet.
VII.--Les trois rivières Siang, Sou et Yuen sont, avec le lac Tong-Ting et le Yangtseu, les principales voies suivies par le commerce. Nous retrouvons, dans cette province, la grande route de Pékin à Canton qui passe déjà au Houpe pour ensuite se diriger vers le Hounan. Fluviale ici, sur la plus grande partie de son parcours, elle suit le Siang par Tchang-Cha, Siang-Tan, Heng-Tcheou, puis son affluent le Li-Chouei jusqu'à Tcheu-Tcheou-Chien, terminus de la navigation. Elle franchit ensuite les monts Nan-Ling par la passe de Che-Ling et pénètre au Kouang-Tong pour gagner la capitale de cette province par la rivière du nord (Pékiang). Cette route avait une importance commerciale de premier ordre et était suivie par une quantité considérable de marchandises avant l'ouverture des ports du Yangtseu aux Européens et l'introduction de la marine à vapeur; elle est aujourd'hui beaucoup moins fréquentée, le gros du trafic ayant été détourné sur la voie maritime.
Une autre route très importante est celle de Tchang-Te-Fou au Kouei-Tcheou; elle suit la rivière Yuan et atteint Tchang-Yuen; un embranchement passe par Ma-Yang et paraît être encore plus fréquenté. Ma-Yang est un des plus gros marchés de l'ouest du Hounan.
La rivière Siang est navigable jusqu'à Tchang-Cha pour les vapeurs dont le tirant d'eau est de 1 m. 25 à 2 mètres pendant environ huit mois de l'année; ces mêmes vapeurs peuvent souvent atteindre Siang-Tan, dont l'accès est un peu plus difficile. Au-dessus de cette ville, la rivière n'est navigable que pour les jonques, puis pour les sampans seulement. Près de sa source un canal la relie au Fou-Ho, affluent du Si-Kiang dans le Kouang-Si.
La rivière Tse, ainsi que je l'ai déjà dit, n'est qu'une suite de rapides et ne peut être considérée comme pouvant être ni devenir une voie commerciale; quant à la Yuen elle serait navigable pour des vapeurs de faible tonnage jusqu'à Tchang-Te-Fou. La Compagnie Butterfield and Swire avait tenté d'y envoyer un bateau, mais l'embouchure de la rivière dans le lac Tong-Ting est obstruée par des roseaux et des bancs de boue. Pour pénétrer dans cette rivière, les jonques elles-mêmes font un détour et passent par des canaux qui, au sud du lac, la relient à la Tse. Au-dessous de Tchang-Te-Fou, les jonques ne doivent pas caler plus de deux pieds et, à partir de Hong-Kiang, la rivière n'est accessible qu'aux sampans.