La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882)

Part 21

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Deux jours plus tard, devant l’insistance de l’opinion publique, le khédive dut nommer de nouveau Arabi ministre de la Guerre. Arabi, sur la demande des consuls généraux, garantit l’ordre public. C’est un fait important, car le khédive et M. Malet vont travailler désormais à troubler l’ordre pour rejeter la responsabilité des événements subséquents sur l’Egypte et sur Arabi Pacha.

Le 7 juin, une commission turque présidée par Derwich Pacha arrivait à Alexandrie. A cette occasion, de grandes manifestations eurent lieu dans cette ville et des pétitions signées des notables, des ulémas et des délégués furent présentées au commissaire turc, demandant la déposition du khédive parjure qui, en vertu de la loi de l’Islam, ne devait plus régner. Cependant la France et l’Angleterre travaillaient activement à la réunion d’une conférence à Constantinople. M. de Freycinet écrivait en effet, le 9 juin, aux ambassadeurs de France à Berlin, à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Constantinople et au chargé d’affaires près le gouvernement italien, pour leur dire qu’Essad Pacha lui avait communiqué la réponse de son gouvernement aux observations qu’il avait faites en vue de hâter la réunion de la conférence. « Saïd Pacha, dit-il, reproduit en le précisant l’argument précédemment donné, à savoir que la mission de Dervish Pacha, qui a pour but le maintien du _statu quo_ et le rétablissement de l’autorité du khédive, étant en voie d’accomplissement, la conférence devient sans objet. J’ai répondu que je considérais indispensable que la conférence se constituât au plus tôt. Autrement, ai-je dit, on s’expose, si la mission échoue, à ce que _certaines_ puissances soient amenées, sous la pression des événements, à prendre des mesures brusques que le concert européen n’aura pu délibérer. »

M. de Freycinet voyait clair. Cette pression des événements allait se produire. Du reste, sir Edward Malet avait _prévu_, dans une lettre adressée à lord Granville, le 31 mai, qu’une « collision pourrait, à un moment quelconque, avoir lieu entre les musulmans et les chrétiens ».

Tewfick Pacha aussi a prévu le cas, dans un télégramme chiffré à Omar Lotfy, qu’il avait nommé gouverneur d’Alexandrie, ainsi conçu : « Arabi a garanti la sécurité publique ; les journaux l’ont publié et il s’en est déclaré responsable devant les consuls. S’il réussit dans sa garantie, les puissances mettront en lui leur confiance et notre considération sera perdue. Aussi les flottes sont dans les eaux d’Alexandrie, et les esprits sont excités et _des querelles entre les Européens et les autres_ ne tarderont pas à avoir lieu. Vous n’aurez qu’à choisir maintenant : ou bien vous servirez Arabi dans sa garantie, ou bien vous nous servirez. »[236]

En vue de cette collision et de ces querelles, M. Malet chargea M. Cookson, le consul anglais à Alexandrie, de distribuer des armes aux Européens. Les consuls allemand et autrichien étaient mécontents de M. Malet qui s’est plaint, dans un télégramme adressé le 14 juin à lord Granville, de ses collègues allemand et autrichien qui avaient télégraphié à leurs gouvernements respectifs pour leur dire que « le seul moyen d’éviter les calamités les plus sérieuses serait le départ d’Alexandrie des flottes et de moi-même ».

Le 11 juin, un Maltais, frère du valet de M. Cookson, tua à coups de couteau un cocher égyptien qui lui avait réclamé un salaire dû, et cela devant un café où des Grecs et des Maltais armés étaient postés. Les Egyptiens accourus sur le lieu pour arrêter le meurtrier partagèrent immédiatement le sort de leur malheureux compatriote, et le conflit se généralisa aussitôt dans la rue où les Grecs tiraient de leurs fenêtres des coups de feu sur les Egyptiens désarmés. Aussi n’eurent-ils que 57 morts, tandis que les indigènes n’en eurent pas moins de 140.[237]

Voilà l’origine de la légende des « massacres de chrétiens » et du fanatisme musulman dont le but avéré était de justifier aux yeux de l’Europe l’occupation éventuelle pour la protection des Européens et de leurs intérêts en Egypte.

Omar Lotfy, le gouverneur d’Alexandrie, fut nommé plus tard par le khédive ministre de la Guerre, assurément à titre de récompense pour le retard de son intervention lors de l’émeute.

Le 13 juin, le khédive se rend à Alexandrie pour se mettre en réalité sous la protection de la flotte anglaise. Sous la pression des agents d’Allemagne et d’Autriche, il nomme, le 18 juin, Ragheb Pacha président du Conseil. M. de Freycinet, de son côté, le 19 juin, envoie des instructions à M. Sienkiewicz pour « ne pas décourager les combinaisons, même éphémères, qui permettraient de gagner du temps jusqu’aux solutions fournies par la conférence ».

La conférence de Constantinople se réunit le 23 juin. Dans sa seconde réunion, le 25 juin, les représentants des puissances signent un protocole de désintéressement proposé par M. de Freycinet et ainsi libellé : « Les gouvernements représentés par les soussignés s’engagent à ne chercher aucun avantage territorial, ni la concession d’aucun privilège exclusif, ni aucun avantage commercial pour leurs sujets, que ceux de toutes autres nations ne puissent également obtenir. »

C’est un contrat en bonne et due forme signé solennellement par lord Dufferin qui représentait la Grande-Bretagne.

Dans sa première séance, la conférence avait déclaré qu’elle s’était réunie « pour délibérer sur les mesures qu’il y aurait à proposer pour amener le règlement des affaires d’Egypte. »

Pendant ce temps l’Angleterre se préparait à l’action. La conférence, prévenue sans doute, décide, le 27 juin, que : « Chacune des puissances s’abstiendra de toute entreprise _isolée_ en Egypte pendant la durée des travaux de la conférence, sauf dans le cas de force majeure où il y aurait à défendre la vie des nationaux. »

La conférence de Constantinople discutait ensuite les conditions d’une intervention armée de la Turquie en Egypte, cependant qu’en Egypte le président du Conseil et Dervisch Pacha invitaient la population au calme. Les officiers supérieurs de l’armée avaient même fait acte de soumission à Sa Majesté le Sultan et au khédive. Nonobstant le retour graduel de l’état normal, troublé par les agents provocateurs, les flottes étaient prêtes à l’action et la politique anglaise avait hâte de mettre la conférence devant un fait accompli.

Sous prétexte qu’Arabi Pacha mettait en état les forts[238], l’amiral Seymour commença, le 11 juillet, le bombardement d’Alexandrie.[239]

Le 13 juillet, l’armée d’Arabi Pacha se retira hors de la ville. Le même jour, M. Tissot, l’ambassadeur français à Londres, annonçait à M. de Freycinet que « l’amiral Seymour va mettre à terre deux mille homme, mais pour exécuter une simple reconnaissance ».

Le 15 juillet, la conférence invite officiellement la Porte à « intervenir en Egypte par l’envoi de troupes ». Si elle était intervenue, il y a des chances que l’occupation eût été épargnée à l’Egypte.

Quant à la France, elle cherchait ou bien la coopération d’une troisième puissance, ou bien l’obtention d’un mandat de la conférence. Elle s’inquiétait, à juste titre, des conflits que pourrait faire naître une occupation anglo-française, d’autant plus que l’Allemagne menaçante à l’est aurait tout intérêt à brouiller les deux puissances.[240]

La guerre dura environ deux mois. Elle se termina en fait par la défaite de Tel-El-Kebir, le 13 septembre, et l’armée anglaise devint depuis lors maîtresse de la vallée du Nil. Ce qui nous importe ici, c’est d’indiquer les causes principales de la défaite :

1o L’armée était pratiquement désorganisée depuis la défaite d’Abyssinie. Elle était sous le coup de la défaite et de la division. Une enquête et la punition des coupables auraient été salutaires. Les Turco-Circassiens, réfugiés dans l’impunité, maltraitaient les Egyptiens, et leur camarilla, Tewfick en tête, formait « le parti de l’étranger » avant et pendant la révolution.

2o Pour cause d’économies, l’armée était _systématiquement_ abaissée, mal entretenue par des licenciements _en masse_ et une mauvaise solde. Des officiers furent littéralement jetés sur le pavé par M. Wilson et plus tard par le contrôle. En un mot, on avait pratiqué des coupes sombres dans le beau domaine de l’armée.

3o Arabi, comme le disait judicieusement la princesse Nazli « n’était pas assez bon soldat et avait un trop grand cœur » alors que l’Egypte avait besoin d’une chef d’armées capable et résolu, un chef de gouvernement révolutionnaire pour galvaniser les énergies nationales et exterminer les ennemis du dedans.

4o Le Sultan avait poignardé la révolution dans le dos. Lord Dufferin, acceptant le principe d’une intervention turque en Egypte et d’une évacuation anglaise simultanée, avait exigé, au préalable, que la Porte déclarât Arabi « rebelle ». Cette déclaration néfaste a été semée à profusion par les Anglais et le khédive dans les rangs de l’armée.

5o Le khédive Tewfick, qu’Arabi aurait dû, dès le commencement, enfermer au Caire, a trahi la révolution. Vers le milieu du mois d’août, il a formé un ministère Chérif-Riaz, dévoué aux Anglais. Sultan Pacha, ancien président de la Chambre, gagné par le khédive, distribuait secrètement l’argent anglais parmi certains compagnons d’Arabi et faisait des promesses à d’autres.

Le plus grand traître parmi les officiers était un certain Aly Youssef qui a trahi Arabi, d’abord du côté du canal et ensuite à Tel-El-Kebir où, grâce à sa connivence avec les Anglais, l’armée égyptienne a été _surprise_ et battue par l’armée anglaise.

Un certain _Arabe_, Abou-El-Sououd El-Tahawi, qui faisait de l’espionnage pour le compte d’Arabi à Tel-el-Kebir, avait été acheté d’avance par M. Palmer, un professeur d’arabe à l’université de Cambridge.[241]

6o Arabi, confiant en les assurances réitérées de M. de Lesseps, avait négligé de fortifier le canal malgré l’avis qui prévalait dans les milieux égyptiens compétents. Les Anglais, ne pouvant attaquer du côté de Kafr-el-Dawar, où l’ingénieur en chef des fortifications, Mahmoud Pacha Fahmy, avait établi des lignes de défense très solides, ni du côté d’Aboukir ou de Rosette, car les vaisseaux de guerre ne pouvaient pas entrer dans le Nil, ni du côté d’El-borollos, ni du côté de Damiette, avaient décidé d’occuper le canal et de débarquer les troupes à Ismaïlia. Grâce à l’indécision d’Arabi, le canal constituait un point vulnérable dans le système de défense.

Enfin le 25 septembre, le khédive rentra au Caire « dans les fourgons de l’étranger » et les principaux chefs du mouvement furent exilés à Ceylan.

« Cette campagne, dit un Anglais, était la conclusion logique de longues années d’agression contre l’Egypte. Sordide dans ses origines, sordide dans ses moyens, la politique britannique en Egypte fut couronnée d’une campagne sordidement conduite. »[242]

Cependant, cette guerre[243] avait ceci de bon, c’est qu’elle était la seule guerre _nationale_ faite par les Egyptiens au cours du dix- neuvième siècle. Le recrutement, pour la première fois, était populaire et ressemblait plutôt à une levée en masse. Le soldat-paysan, affamé de justice, luttait contre l’oppresseur étranger. A Tel-el-Kebir affluaient, de toutes les régions d’Egypte, des provisions de toutes sortes. Il y avait partout un élan spontané, une croisade pour la justice.

Un comité de défense nationale constitué au Caire et présidé par Yacoub Pacha Sami, sous-secrétaire d’Etat à la Guerre, fonctionnait régulièrement à côté d’une « Assemblée nationale » formée de tous les dignitaires du royaume, princes, rabbins, ulémas, notables, pour étudier et prendre des mesures de salut public. Cette assemblée avait flétri solennellement la trahison du khédive « qui a vendu la patrie à l’étranger » et déclaré déchu de ses droits de souverain.

Le gouverneur du Caire, Ibrahim bey Fawzi, aidé de son zélé collaborateur Ismaël Effendi Gawdat, faisait régner l’ordre dans toute l’Egypte.[244]

Non seulement les étrangers au Caire, pendant la campagne, n’étaient molestés ni de près ni de loin, mais ceux d’entre eux qui avaient besoin d’argent allaient trouver à la préfecture le gouverneur qui s’empressait de les aider discrètement et avec tact. Il subventionnait même leurs hôpitaux.[245]

L’esprit révolutionnaire n’était hostile ni aux étrangers, ni aux chrétiens, ni au contrôle européen, mais aux usuriers, aux exploiteurs et aux contrôleurs qui, par suite d’un grave malentendu, s’opposaient à l’établissement d’un gouvernement national.[246]

La révolution avait pour but principal de prévenir, dans la paix et par la paix, l’occupation étrangère — conséquence naturelle de la mainmise — par des réformes urgentes et profondes.

Le Parlement devait être le puissant instrument de cette réforme.

Par un système de provocations savamment combinées, depuis la note commune jusqu’au bombardement, M. Malet a acculé la révolution à soutenir prématurément une lutte inégale pour repousser l’invasion.

L’occupation l’a emporté sur la révolution.

[Note 197 : « La continuité de politique, dit-on, est un axiome de diplomatie scientifique. Si cela est vrai, nos dirigeants — conservateurs et libéraux — ont, en ce qui concerne l’Egypte, été éminemment scientifiques pendant les treize dernières années. Malgré la divergence de vues qui les sépare sur toutes autres questions _impériales_, ils sont demeurés énergiquement d’accord pour soutenir une politique de bondholders dans la vallée du Nil. Nous avons été censés posséder d’autres intérêts nationaux plus élevés en Egypte, mais c’est maintenant un fait notoire que, depuis la mission Cave, ceux-ci ont été subordonnés aux intérêts des clients de MM. Goschen et Oppenheims, dont l’influence dans et au dehors du Parlement a été également suprême avec Lord Beaconsfield et Lord Salisbury d’une part, et M. Gladstone, d’autre part. C’est la seule explication plausible de la politique égyptienne de nos administrations successives depuis 1875. » (Voir l’épilogue d’_Egypt under Ismaïl_, par J. C. McCoan, 1889.)]

[Note 198 : Lettre au _Times_ du 29 décembre 1880 (publiée dans un recueil intitulé : _The Egyptian Question_, 1884, par Samuel Baker.)]

[Note 199 : Seul El-Baroudy, le chef du ministère national pendant la révolution, avait formulé l’idée dans un poème adressé au khédive Tewfick lors de son avènement au trône, qui avait réveillé des espérances.]

[Note 200 : DE FREYCINET : _La Question d’Egypte_, 1905.]

[Note 201 : Voir dans le _Siècle_ du 11 avril l’article de son correspondant du Caire en date du 3 avril 1881.]

[Note 202 : « L’année 1882 nous a trouvés dans la posture de créanciers inquiets sur l’avenir de leurs titres. Cette question d’argent, on peut l’avouer aujourd’hui, a trop inspiré l’action de notre diplomatie. Le souci, très louable assurément, de protéger des intérêts particuliers a, par moments, empiété sur l’intérêt général et permanent de la France. » (de Freycinet : _Souvenirs_ 1878-1893).

Un correspondant d’Alexandrie écrivait le 28 février 1881 : « M. de Blignières, qui est fort loin d’être républicain, s’occupe infiniment plus d’autres intérêts que de ceux qu’il représente. C’est lui dont Ismaïl disait : « Ce délégué fera en Egypte sa fortune et celle des jésuites, dont il veut remplir ma maison ». Dans mes lettres de 1879, vous retrouverez cette sentence désormais historique. » (Extrait du _Siècle_ du 8 mai 1881).

M. Jules de Giry disait, dans deux articles cités par des journaux de l’époque, que M. de Blignières avait été nommé sur l’insistance de Lord Beaconsfield. Voici les passages essentiels de ses articles :

« 1o Daïra-Sanieh. Quand le contrat Jouvencourt fut expiré, M. de Blignières résolut d’affermer cette administration (200.000 hectares) à une compagnie anglaise. M. de Ring s’y opposa ;

« 2o N’ayant pas réussi, le contrôleur voulut, comme compensation, affermer pour cinquante ans les chemins de fer égyptiens et la navigation du Nil à une Compagnie anglaise présidée par le duc de Sutherland et dirigée par M. Easton. C’était livrer l’Egypte pieds et poings liés à la disposition de l’Angleterre : M. de Ring parvint encore à paralyser cette bonne volonté anti-française ;

« 3o Quant à l’arrosage du Béhéra, comme c’était une affaire purement industrielle, la politique n’avait rien à y voir. Cependant, on le sait au Caire, si M. Easton obtint cette concession, ce fut grâce à la propagande que fit M. de Blignières dans les bureaux du ministère des Travaux publics. » (_Le Phare_ d’Alexandrie, 1er et 2 mars 1881).

M. de Blignières resta en Egypte, malgré les protestations mêmes de la colonie française, jusqu’au retour de M. de Freycinet, qui le remplaça en 1882 par M. de Bredief : il était trop tard.]

[Note 203 : Voir une lettre du Caire du 7 mars dans _l’Europe diplomatique_ du 20 mars 1881.]

[Note 204 : Voir le _Siècle_ du 3 avril 1881.]

[Note 205 : D’après _le Courrier de France_ du 8 avril 1881, de Blignières avait le journal _l’Egypte_, Riaz le journal arabe _El- Watan_.

D’après John NINET : _Arabi Pacha_, « Riaz dirigeait la presse européenne, sous le contrôle de ses chefs, Colvin et de Blignières, et il savait les convertir à ses vues. Cela revenait un peu cher. Ainsi deux journaux de Paris se rendaient agréables dans l’intérêt des créanciers, _au prix de six cent mille francs par an la paire_. Mais la nation qui n’était pas riche payait libéralement. On ne la consultait guère. Quant à la presse locale non indigène, elle n’était pas négligée. Une fois, _l’Egypte_ — feuille dévouée au contrôle — poussa son adulation rampante jusqu’à consacrer six colonnes à la nomenclature des cadeaux de noces offerts aux époux à l’occasion du mariage de M. Fitzgerald, comptable de la Dette publique, aux appointements de 80.000 francs, et ex-employé anglo-indien. »

L’auteur ajoute, en note, qu’« au départ de Riaz, après son renversement, les traces de ces subventions et d’autres documents du même genre ont été retrouvés dans les papiers de ce ministre, lesquels revinrent dans les mains de Chérif Pacha, par l’entremise d’Arabi et de Sultan Pacha ».

On sait que _l’Egypte_ fut supprimée par Chérif Pacha en octobre 1882, parce qu’elle avait traité Mahomet de faux prophète. Ce qui souleva l’indignation publique.]

[Note 206 : Voir _l’Estafette_ du 26 avril 1881.]

[Note 207 : Lettre au _Times_ du 29 décembre (_The Egyptian Question_, 1884).]

[Note 208 : _Mémoires_ inédits de Mohamed Abduh.]

[Note 209 : Arabi, en mettant en avant la demande d’une constitution, avait surtout en vue sa propre sécurité et celle de ses compagnons. Car, pendant la période écoulée entre février et septembre, les colonels étaient, à chaque instant, en butte aux intrigues des autorités, et leurs vies étaient constamment en danger. Il fallait agir pour renverser le régime et ses soutiens turco-circassiens. Le Parlement devait inaugurer une nouvelle ère de paix et de justice.

M. Malet écrivait, le 23 septembre, à Lord Granville : « Il (le mouvement de février) résulta de la négligence relative, ou plutôt totale de réformes nécessaires dans l’armée, alors que les autres branches de l’administration étaient l’objet d’une certaine sollicitude. Les doléances faites alors, au lieu d’être dûment considérées, ne firent qu’éveiller la suspicion du gouvernement, et les officiers qui présentèrent la pétition furent traités de la façon le mieux calculée pour détruire toute confiance en le khédive et le gouvernement... Les espions rôdaient continuellement autour des résidences des colonels. A la veille du 9 septembre, Riaz assura que le gouvernement était maître de la situation et que le danger d’un mouvement militaire était passé. » (_Egypt_, no 3, 1882.)

Pour plus ample informé, voir le mémorandum de M. Malet susmentionné, et une lettre du colonel Ahmed Arabi à M. Cookson, datée du 9 septembre, et qui se trouve dans le Livre bleu. Voir aussi le mémoire d’Arabi Pacha à son avocat, que nous publions à part. (Note de l’auteur.)]

[Note 210 : WILFRID BLUNT : _Secret History of the English Occupation of Egypt_.]

[Note 211 : Lettre de M. Sienkiewicz, en date du 20 décembre 1881, à M. Gambetta (_Documents Diplomatiques_, affaires d’Egypte).]

[Note 212 : Lettre du 17 janvier 1882 à l’agent français au Caire. (_Documents diplomatiques_).]

[Note 213 : M. de Freycinet raconte dans ses _Souvenirs_ (1878-1895) qu’à la veille de son avènement au pouvoir, Gambetta, dans un entretien avec lui, insista sur la question égyptienne : « Je suis d’accord avec l’Angleterre. L’Europe est indifférente et nous laisse agir. J’ai préparé sur la côte de Provence un corps de débarquement, six mille hommes d’infanterie de marine, qu’on peut jeter en Egypte en quelques jours. Si j’étais resté au pouvoir, ce n’eût pas été long. Gougeard était prêt. Ne tardez pas, je vous le conseille. »]

[Note 214 : Voir « Author’s diary » dans _Egypt_ : Native rulers and foreign interference.]

[Note 215 : _Modern Egypt_.]

[Note 216 : _Khedives and Pashas_, by one who knows them well, 1884.]

[Note 217 : Le mot est de Lord Cromer.]

[Note 218 : _Lettre_ du 16 janvier du consul français à M. Gambetta.]

[Note 219 : DE FREYCINET : _La Question d’Egypte_, 1905.]

[Note 220 : « Mahmoud Sami est un de ceux qui, les premiers, ont préparé le mouvement national depuis le temps d’Ismaïl. Plusieurs chefs du parti, Nadim, Abduh, et même Arabi, avouent qu’ils doivent leur force à son aide et à sa constance. Il fut tenté par Ismaïl d’abandonner son parti, mais il refusa tout argent...

« Intellectuellement, il était très supérieur à Arabi. » (BLUNT : _Secret History_.)

« Mahmoud Sami était un esprit très supérieur. Homme énergique et quelque peu ambitieux, il complétait bien Arabi, dont la nature placide exigeait un certain stimulant dans les circonstances difficiles. » (John NINET : _Arabi Pacha_.)

« Mahmoud Pacha Sami a profité du contact européen plus qu’Arabi ; il était plus versé dans la politique et la diplomatie modernes, et il était plus capable et intellectuellement plus fort que son ancien ministre de la Guerre, mais il lui manquait le sentiment intense, le patriotisme entièrement désintéressé et les qualités innées d’Arabi, qui produisirent une magnétique influence de caractère, à laquelle il était difficile de résister. » (BROADLY : _How we defended Arabi and his friends_.)

« Mahmoud Sami était l’âme de l’insurrection et son guide du commencement à la fin. » (_Colonel_ CHAILLÉ-LONG BEY : _Les Trois Prophètes_.)

« Le plus intelligent associé et le mauvais génie d’Arabi. » (_Lord_ MILNER : _L’Angleterre en Egypte_.)

« Le plus intelligent parmi les compagnons d’Arabi. » (HASSAN MOUÇA EL- AKKAD : _Déclarations à l’auteur_, le 13 octobre 1922.)

« Il avait des ambitions indéterminées. » (IBRAHIM EL-HELBAOUI BEY : _Déclarations à l’auteur_, le 24 octobre 1922.)

« Il était intelligent, mais il avait des ambitions. » (IBRAHIM PACHA SAID : _Déclarations à l’auteur_, le 15 octobre 1922.)]

[Note 221 : « D’une intelligence remarquable, il devint promptement le conseiller écouté des révolutionnaires, « l’Aristote de leur philosophie, le Bismarck de leur politique ». Malgré des opinions assez éloignées de l’orthodoxie islamique, il jouissait d’une influence considérable parmi les ulémas et les étudiants, et il contribua beaucoup à rapprocher des militaires les indigènes acquis aux idées occidentales. » (BIOVÈS : _Français et Anglais en Egypte_.)

« Cheikh Abduh était peut-être l’homme le plus heureusement doué dans les rangs des nationalistes égyptiens. Il avait indubitablement beaucoup aidé à rendre l’opinion publique un facteur réel dans le progrès égyptien.

« Tout le caractère de Cheikh Abduh fut un exemple d’une grande force intellectuelle couverte pendant quelque temps par une faiblesse morale et physique. Jusqu’au _pronunciamiento_ d’Abdin, ses vues étaient entièrement opposées à celles d’Arabi. Mais, depuis septembre, il suivait Arabi, devenu le leader de l’Egypte après avoir été le leader de l’armée. » (BROADLEY : _How we defended Arabi and his friends_.)