La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882)
Part 22
« Mohamed Abduh, disait un de ses anciens compagnons, était le meilleur disciple de Gemmel-Eddin. Il était aussi le conseiller des chefs du mouvement révolutionnaire où il joua un grand rôle.
« Mais, malgré sa hauteur de vues, il était imprévoyant et trop confiant en les hommes, _bon enfant_. » (_Déclarations d’Ibrahim Bey El-Helbaoui à l’auteur_ le 24 octobre 1922.)]
[Note 222 : Voici l’article 34, qui est l’un des articles relatifs au budget : « Dans aucun cas, la Chambre n’a le droit de discuter le tribut dû à la Porte, le service de la Dette publique ou n’importe quelle obligation de l’Etat résultant de la Dette ou de la loi de liquidation, ou encore des conventions conclues entre les puissances étrangères et le gouvernement égyptien. »]
[Note 223 : M. Brédif venait de remplacer M. de Blignières.]
[Note 224 : M. DE FREYCINET : _La Question d’Egypte_.]
[Note 225 : « Dès lors (formation du ministère M. Sami), les affaires publiques cheminèrent paisiblement, juste à point pour fournir la preuve des capacités incontestables de l’élément indigène.
« Les moins attentifs verront bientôt que la modération et l’intelligence des nationalistes donnèrent un démenti à la soi-disant nécessité pour l’Egypte d’avoir une armée de fonctionnaires exotiques, émargeant de formidables gages. La Chambre en était convaincue. Aussi ordonna-t-elle plusieurs enquêtes, notamment une sur le cadastre, et une autre sur l’administration des douanes. Toutes les deux conduites avec autant d’équité que d’intelligence, prouvèrent surabondamment que les craintes de M. Malet et des contrôleurs touchant la révocation probable de hauts employés européens par la Chambre, n’étaient pas chimérique. Les douanes, durant une période moyenne de cinq années, présentaient un total de recettes inférieur aux cinq années précédentes. Quant au cadastre, son inutilité devint manifeste aux yeux de la Commission. » (John NINET : _Arabi Pacha_.)
« Les attaques contre le cadastre aboutirent, le 13 mars, à la nomination d’une commission d’enquête présidée par un Français, Larmée Pacha (BIOVÈS : _Français et Anglais en Egypte_.)
« Et pour couronner l’œuvre, ce financier distingué (Rivers Wilson) mettait en régie hypothécaire le domaine privé, en garantie d’un emprunt arbitrairement contracté dans l’intérêt d’une catégorie peu intéressante de créanciers, et dont une des clauses chargeait le Trésor égyptien de couvrir les déficits éventuels... » (John NINET : _Arabi Pacha_.)
« Les nationalistes profitèrent d’un déficit de cinq millions dans le budget des domaines, gage de l’emprunt Rothschild, pour menacer aussi cette administration. » (BIOVÈS : _Français et Anglais en Egypte_.)
« Il y avait la question des réformes. Maintenant, que la presse était libre, des attaques commençaient contre divers et gros abus : l’injustice de la taxation qui, sous le contrôle financier étranger, favorisait les Européens aux dépens de la population indigène ; la multiplication non nécessaire de hauts postes tenus par des étrangers ; la mainmise établie par ceux-ci sur l’administration des chemins de fer et l’administration des domaines qui avait passé entre les mains des représentants des Rothschild ; la scandaleuse subvention de 9.000 livres par an accordée, malgré la pauvreté du pays, au théâtre européen au Caire. » (BLUNT : _Secret History._)]
[Note 226 : Voir les _Documents diplomatiques_, affaires d’Egypte, 1882.]
[Note 227 : Ce témoignage est corroboré par le savant juriste international M. de Martens, qui résumait toute la question depuis 1879 jusqu’à 1882 en ces quelques lignes : « L’intervention incessante des contrôleurs généraux anglais et français dans toutes les affaires intérieures eut pour résultat une révolution militaire et le soulèvement des Egyptiens sous la conduite d’Arabi Pacha. » (_Traité de droit international_.) M. de Freycinet disait aussi en parlant des aspirations des Egyptiens : « Enfin, sans aller jusqu’à la Constitution d’un gouvernement parlementaire, il eût été sage d’élargir quelque peu les attributions de la Chambre, en ce qui concerne surtout la préparation du budget. Mais on ne voyait en Egypte que des débiteurs, un seul intérêt primait tout : celui des créanciers européens. On ne réfléchissait pas que cette poursuite obstinée du gage, cette intervention répétée qui avait fini par faire passer le gouvernement du pays aux mains des étrangers, avaient pu, à la longue, blesser un peuple même habitué de longue date à l’obéissance. » (_La Question d’Egypte_.)]
[Note 228 : Dans l’esprit des révolutionnaires, le règne de Tewfick se confondait avec le règne d’Ismaïl, dont il n’était que le prolongement. C’est pourquoi la révolution a fait le procès d’Ismaïl. Rien n’indique mieux cet état d’esprit que le fait qu’en interrogeant les hommes de 82 encore vivants sur les causes générales de la révolution, ils nous dépeignent l’oppression d’Ismaïl, comme si Ismaïl régnait encore à la veille de la révolution. « Celui qui rentrait chez lui le soir n’était pas sûr du lendemain », nous déclarait Hassan Mouça El-Akkad en parlant de l’insécurité qui pesait sur la vie des citoyens sous le règne d’Ismaïl « avant la révolution ».
Tewfick disait même à M. Butler — _Court Life in Egypte_ — : « Les gens en Europe seraient étonnés s’ils savaient le caractère et l’histoire véritables d’Ismaïl Pacha ; mais, grâce à Dieu, ces temps barbares ne sont plus. »
Il y a là probablement la cause principale de la haine vouée par Ismaïl à la révolution. (Note de l’auteur.)]
[Note 229 : Ce sont Hassan Moussa El-Akkad et Cheikh Hassan El-Adawey.]
[Note 230 : Le mot est de M. de Freycinet, dans la _Question d’Egypte_.]
[Note 231 : _Documents diplomatiques_, affaires d’Egypte, 1882.]
[Note 232 : Lettre du 10 mai 1882 à M. de Freycinet (_Documents diplomatiques_).]
[Note 233 : Voir la lettre de M. Tissot, ambassadeur de la République française à Londres, à M. de Freycinet, en date du 12 mai 1882 (_Documents diplomatiques_, affaires d’Egypte).]
[Note 234 : _Documents diplomatiques_.]
[Note 235 : _Egypt_ : Native rulers and foreign interference.]
[Note 236 : Voir BROADLEY : _How we defended Arabi Pacha_ ; _W. S._ BLUNT : _Secret History of the English Occupation of Egypt_ ; T. ROTHSTEIN : _Egypt’s Ruin_.]
[Note 237 : Voir des détails dans _l’Egypte et l’Europe_, par un ancien juge mixte, et surtout dans _l’Egypte sous l’occupation anglaise_, par H. RESENER.]
[Note 238 : Tous les travaux de fortifications étaient interrompus à la suite de l’ordre de Sa Majesté le Sultan. Pour plus de détails, voir dans les _Documents diplomatiques_ la reproduction d’une communication verbale que Munir Bey, premier drogman du Divan impérial, avait faite le 12 juillet aux premiers drogmans des six grandes puissances.]
[Note 239 : Lord Granville chargea son ambassadeur à Paris de déclarer à M. de Freycinet que « cet acte était considéré par le cabinet anglais comme un acte de légitime défense n’entraînant aucune conséquence et ne cachant aucune arrière-pensée de la part du gouvernement britannique ».]
[Note 240 : « Quelles qu’aient été ses inclinations, il (de Freycinet) hésita à l’idée de détacher de la France toute quantité considérable de troupes, tant la peur et le doute, quant à la menace allemande, planaient sur la diplomatie française. Il consulta M. de Lesseps, dont la seule préoccupation était la sûreté du Canal et des intérêts des actionnaires, auxquels, pensa-t-il, toutes opérations de guerre seraient préjudiciables. Il convainquit M. de Freycinet des grandes difficultés de l’entreprise, lui assurant que cinquante ou soixante mille soldats seraient nécessaires, et même alors, ils seraient astreints à soutenir une campagne de six mois, et probablement plus. Une opinion venant d’une telle autorité ne manqua d’exercer une grande influence, et, en fait, la flotte française se retira du port d’Alexandrie avant le bombardement des forts par la flotte anglaise. » (Sir RIVERS WILSON : _Chapters of my official life_, 1916.)
Cette réserve (le silence de la France), et peut-être aussi l’influence de la haute finance cosmopolite, qui souhaitait ardemment que le protectorat anglais vînt consolider les différents emprunts égyptiens, découragèrent les velléités des autres nations. Seule l’Autriche essaya de tenir l’Angleterre en lisières. » (BIOVÈS : _Français et Anglais en Egypte_, 1910.)]
[Note 241 : « Le centre des intrigues était à Alexandrie, dans un bureau appelé section d’informations militaires où se réunirent nombre d’anglais fonctionnaires du gouvernement égyptien ou résidant dans le pays. L’âme de cette organisation était Sultan Pacha qui, se rendant compte que la distribution d’argent au nom des Anglais n’aurait pas de résultats, et connaissant bien le pouvoir de l’argent sur les esprits, se mit à en distribuer au nom du khédive et du Sultan, et choisit pour l’infiltration de ses idées El-Tahawi, un homme de confiance d’Arabi. Les sommes distribuées variaient entre trois et quatre livres par tête, et Arabi ne voulait, néanmoins, croire à la trahison des Arabes. Pour lui donner le change, El-Tahawi avait soin de le mettre au courant de certains mouvements de l’ennemi, et Arabi de s’empresser aussitôt de lui confier tous ses secrets. » (MOHAMED ABDUH : _Notes inédites_.)]
[Note 242 : T. ROTHSTEIN : _Egypt’s Ruin_.]
[Note 243 : Voir sur cette guerre BLUNT : _Secret History_ ; DUSE MOHAMED : _In the Lands of Pharaons_ ; BROADLEY : _How we defended Arabi Pacha_.]
[Note 244 : « Deux ou trois gouverneurs de provinces, qui avaient pensé conquérir les bonnes grâces de Tewfick en imitant Omar Pacha Lotfy, gouverneur d’Alexandrie, et en incitant aux troubles, furent arrêtés par eux (Ibrahim Fawzy et Ismaël Gawdat) et gardés en prison jusqu’à la fin de la guerre, et depuis lors il n’y eut aucun incident regrettable. »]
[Note 245 : C. MOLL : _Souvenirs anecdotiques du blocus du Caire_.]
[Note 246 : Voici les lignes essentielles du programme du parti national adressé par l’intermédiaire de M. Blunt à M. Gladstone le 20 décembre 1881, et paru dans le _Times_ en janvier 1882 :
« Le parti national reconnaît pleinement les services rendus à l’Egypte par les gouvernements de l’Angleterre et de la France. Il reconnaît le contrôle européen comme une nécessité de la situation financière, et sa continuation actuelle comme la meilleure garantie de prospérité pour le pays. Il déclare son entière acceptation de la dette étrangère comme une question d’honneur national, bien qu’il sache qu’elle fut contractée, non dans l’intérêt de l’Egypte, mais dans l’intérêt personnel d’un souverain malhonnête et irresponsable, et il est prêt à aider les contrôleurs dans le paiement de toutes les obligations nationales. Il considère néanmoins l’ordre de choses actuel comme temporaire de par sa nature même, et ne se dissimule point l’espoir de dégager le pays graduellement des mains de ses créanciers. Son but est de voir l’Egypte un jour entièrement entre des mains égyptiennes. Et il n’ignore pas les imperfections du contrôle, qu’il est prêt à signaler. Il sait que de nombreux abus sont commis, soit par des Européens, soit par d’autres... Il ne peut comprendre que des Européens vivant dans le pays restent à jamais exemptés de la taxation générale... Il ne veut toutefois proposer de guérir ces maux par une action violente...
« Enfin, le but général du parti national est la régénération morale et intellectuelle du pays par un meilleur respect de la loi, par le développement de l’instruction, et par la liberté politique qui constituent pour lui les éléments essentiels de la vie du peuple. »]
=CONCLUSION=
L’invasion de Bonaparte ouvre l’Egypte à l’influence occidentale. Mohamed Aly, reconnaissant la supériorité des méthodes européennes, modifie profondément, par son œuvre civilisatrice, la vie de l’Egypte et réveille son instinct national.
Cette œuvre devait être continuée par ses successeurs et par une élite égyptienne qu’il avait formée. Sous Ismaïl, les progrès des communications modernes et le percement de l’isthme de Suez ont suscité la convoitise des puissances et l’affluence des étrangers dans le pays. A l’intérieur, l’invasion de l’occidentalisme marque cette période, dite de transition. Ismaïl personnifie cette période avec ses défauts inévitables. Un musulman libéral de l’Inde, M. Huda Bukhsh, signalait les côtés pénibles de cette transition de l’ancien régime au nouveau : « L’âge de transition, dit-il, est nécessairement, jusqu’à un certain point, un âge de morale relâchée, d’indifférence religieuse, de culture superficielle et de propos légers, mais ce sont des maux transitoires que le temps guérira de lui-même. »
Ismaïl, aidé de certains ministres comme Nubar, faisait de l’« européanisme » un système de transformation sociale, mais cet européanisme du khédive et de sa cour, essentiellement parasite et nuisible — exception faite de l’œuvre proprement dite, — provoquait les protestations des Egyptiens un peu sages. Ils « s’alarmèrent de plus en plus de la manière dont le khédive hypothéquait l’indépendance de l’Egypte par de gros emprunts européens et épuisait son sang par des impôts sans fin... En fait, leurs efforts furent dirigés non seulement contre la bande hétérogène d’aventuriers et de concessionnaires européens qui inspiraient au khédive des extravagances nouvelles, mais aussi contre les pachas turcs et circassiens, ses créatures, et contre les usuriers arméniens et syriens qui était les instruments de sa volonté. »[247]
Une _fermentation_ générale caractérisa la première période du règne (1863-1871) : corvée, impôts, conscription forcée, extravagances khédiviales, prépondérance turco-circassienne et étrangère, absence de justice, insécurité, tout contribuait à créer cette fermentation.
La faiblesse du gouvernement d’Ismaïl découla de deux faits : l’absolutisme et le régime capitulaire. Pour y remédier, Nubar, dès 1861, projeta l’établissement de tribunaux mixtes sur une large base ; mais son œuvre ne reçut un commencement d’exécution qu’en 1876.
D’autre part, depuis 1871, avec l’arrivée de Gemmel-Eddin, un _mouvement d’idées_ se forma : D’un côté, pour limiter l’ingérence étrangère et le gouvernement personnel — deux faits connexes — on s’efforça de préparer les esprits à l’institution d’un régime national et libéral, seul remède aux maux dont souffrait le pays. On chercha d’un autre côté à réformer la condition sociale des masses par une juste interprétation des choses de la religion dont l’esprit avait été faussé par des superstitions, des traditions et des subtilités théologiques, legs de siècles d’ignorance. On espérait en même temps préserver la religion, adaptée au progrès, des attaques de l’occidentalisme.
De cette fermentation et de ce mouvement d’idées est née, en 1877, lors de la guerre russo-turque, l’opinion publique en Egypte. Une presse nouvelle servit à former cette opinion, à l’affermir et à lui donner la manifestation tangible d’une _conscience nationale_ avec laquelle il faudra compter. La bourgeoisie ou la classe autochtone éclairée engagea parallèlement la lutte contre l’iniquité turco-circassienne et contre l’immixtion européenne. En 1881, cette lutte prenait les proportions d’une révolution ayant pour but la formation d’un gouvernement national et constitutionnel, qui fît régner la liberté, l’égalité et la justice pour tous.
La révolution n’a pas réussi dans son œuvre essentielle tendant à lever la lourde hypothèque qui pesait sur l’Egypte. Par une ironie du sort, elle a même favorisé, dans une certaine mesure, cette intervention étrangère qu’elle redoutait tant. Elle porta tristement le poids de la défaite.
La révolution était _populaire_ ; mais elle n’était pas suffisamment profonde pour se relever aussitôt des effets de la défaite et combattre, sans répit l’occupation ; elle n’était pas non plus superficielle au point de s’éteindre et de faire le deuil de son idéal.
Un souffle de foi et d’espérance avait rempli tous les cœurs. L’idée nationale était formée ; elle n’attendait qu’un chef capable de regrouper les forces éparpillées, en former de nouvelles, et réveiller les esprits : ce fut _Moustapha Kamel_, fondateur du parti national égyptien, premier parti organisé avec un programme défini et un chef reconnu. C’est à partir de 1896, au début du règne de l’ancien khédive Abbas Hilmi, que ce patriote ardent commença son action de propagande contre la domination anglaise.[248]
Cependant la minorité turque ou circassienne ne constituait plus, depuis l’occupation, un élément isolé. Soit par suite d’alliances répétées avec les Egyptiens, soit par suite de transformation lentes, œuvre du temps, elle se laissait absorber par le type dominant de la race et disparaissait dans le bloc homogène. Le contact avec l’Europe s’établissait sur des bases plus larges et plus saines. La bourgeoisie éclairée recrutait ses éléments les plus actifs parmi les avocats — devenus nombreux grâce à la réorganisation des tribunaux indigènes — et les journalistes de talent. Avec le temps, elle étendait son champ d’action sur les villes et même les campagnes et trouvait dans la jeunesse ardente des écoles la cheville ouvrière du mouvement dont la direction lui appartenait.
Survient la guerre mondiale. D’une part, cette guerre a secoué l’Egypte où les esprits étaient préparés à accueillir le nouvel évangile des droits des peuples. D’autre part, le protectorat établi en 1914 et son régime durement subi par toutes les classes pendant la guerre avait accumulé des haines et des causes de mécontentement contre la domination étrangère parmi les fellahs aussi bien que parmi l’élite du pays. Il est bon de rappeler qu’il existe en Egypte des rapports intimes entre les différentes classes et que l’aristocratie intellectuelle et l’aristocratie terrienne font, en réalité, partie de la haute bourgeoisie qui a de solides attaches avec le peuple et qui est, comme lui, directement issue du sol. Un bourgeois, dans ce pays agricole, n’est qu’un paysan éclairé. Quelles que soient son éducation et ses habitudes, c’est le membre d’une famille de fellahs. Dans un sens élevé, il sent le terroir.
Dès l’armistice, un mouvement profond, sans précédent dans l’histoire de l’Egypte moderne, se déclenche et prend le caractère d’une révolution _nationale_ qui se cristallise autour du _wafd_, délégation mandatée par la nation pour défendre la cause de l’Egypte. C’est la révolution de 1919 qui suit son cours.
Le peuple nilotique, foncièrement pacifique, prend maintenant goût à la lutte qui stimule toutes les énergies en réserve depuis des siècles et bannit de la cité politique cette quiétude de l’Orient attribuée, à tort ou à raison, au climat ou à l’esprit de l’Islam. Ce goût se transporte sur le terrain économique et réagit contre l’absence plus ou moins marquée de l’esprit d’entreprise chez la bourgeoisie dans la haute banque, le haut commerce et l’industrie, restés l’apanage de l’étranger.
Par une déclaration en date du 28 février 1922, l’Angleterre abolit le protectorat sur l’Egypte et reconnaît son indépendance. Toutefois, quatre points réservés font de cette indépendance une sorte d’_occupation invisible_. Les revendications principales des Egyptiens, touchant l’évacuation complète et le Soudan, feront l’objet de nouvelles négociations entre l’Egypte et la Grande-Bretagne.
Telle est, dans ses traits essentiels, la genèse de l’esprit national égyptien.
[Note 247 : Voir l’ouvrage d’un auteur américain : _Le Nouveau Monde de l’Islam_, par LOTHROP STODDARD, Payot 1923. Malgré des erreurs de détail, cet ouvrage renferme maints renseignements utiles à tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de l’Islam.]
[Note 248 : Lord Milner dit à propos du mouvement égyptien de 1893 : « Le mouvement national de l’année dernière, tout différent de celui du temps d’Arabi, ne fut pas _une levée spontanée du peuple contre une oppression intolérable_. » (_L’Angleterre en Egypte_.)
Lord Cromer écrit : « La majorité des paysans sympathisait avec Arabi. Ils se tournaient vers lui pour les délivrer de l’usurier et du pacha. » (_Modern Egypt_.)]
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE * * * * *
Nous donnons ici un exposé succinct de nos principales sources. Il existe sur l’Egypte une bibliographie remarquable qu’on peut toujours consulter avec fruit : _Bibliographie économique, juridique et sociale de l’Egypte moderne_ (1798-1916), par René MAUNIER, Le Caire 1918.
Cette bibliographie[249], donne des indications précises sur les ouvrages et les différentes bibliothèques où ils se trouvent.
La Bibliothèque Nationale de Paris, possède une riche documentation sur l’Egypte, mais il faut consulter, pour tous ouvrages parus avant 1884, l’ancien catalogue (Casier L : Afrique), bien plus complet que le nouveau catalogue classé par matières.
DOCUMENTS ET OUVRAGES PUBLIES
Il existe sur l’Egypte en arabe, en français et en anglais, une foule de documents _pour servir à l’histoire, pour éclairer_ ; mais il y a très peu d’ouvrages d’histoire proprement dits. Il faut citer, en premier lieu, les documents officiels : le livre jaune (Documents diplomatiques, Affaires d’Egypte (1880-1882), et le livre bleu, (Egypt, correspondence respecting the affaires of Egypt (1876-1882).
Les ouvrages dont nous nous sommes servis le plus :
A. — Le règne de Mohamed Aly. C’est assurément la période le mieux étudiée en France :
CLOT (A.-B.). _Aperçu général sur l’Egypte_, 2 vol. in-8o, 1840.
GOUIN (E.). _L’Egypte au XIXe siècle_, in-8o, 1847.
MOURIEZ (P.). _Histoire de Méhémet-Ali_, 5 vol. in-8o, 1855-1857.
ABD EL RAHMAN EL DJABARTI. _Merveilles biographiques et historiques_ (traduction de l’arabe), 4 vol. in-8o, 1891-1896. (Egypte de 1798 à 1820). C’est le point de vue égyptien exposé par un historien contemporain, témoin des événements.
B. — Le règne de Saïd.
MERRUAU (P.). _L’Egypte contemporaine de Méhémet-Ali à Saïd Pacha_ (1840-1857), in-8o, 1858.
Cet ouvrage étudie de façon claire et approfondie, les réformes de Saïd qui marquent cette période que les historiens anglais appellent l’âge d’or ; mais il est nécessairement incomplet. Deux bons ouvrages étudient les embarras financiers de Saïd qui ont assombri la fin du règne :
_Egypt for the Egyptians_, par un auteur anonyme. Londres, 1880.
_Histoire financière de l’Egypte depuis Saïd Pacha jusqu’à 1876_, par J. C. (J. CLAUDY), Alexandrie, 1877.
C. — Le règne d’Ismaïl. Certaines questions se rapportant à ce règne sont bien étudiées. Telle, par exemple, la question du Canal de Suez, traitée dans un ouvrage magistral et définitif de :
CHARLES-ROUX (J.). _L’Isthme et le Canal de Suez. Historique, état actuel_, 2 vol. in-8o, 1901, 516, 550 pages.
Telle, aussi, la question financière, dont il n’existe, cependant, étant donné sa complexité étendue, une étude complète :
MAC COAN (J.). _Egypt under Ismaïl. A romance of history, with an appendix of official documents_, in-8o, 1889.
_Egypt_. No 7 (1876). _Report by M. Cave on the financial condition of Egypt_.
Rapport traduit en français in _L’Economiste Français_, 8 avril 1876.
SEYMOUR KEAY (J.). _Spoiling the Egyptians : a tale of shame told from the british blue books_. Londres, 1880.
D’après M. Blunt (introduction d’_Egypt’s ruin_), cette brochure fit sensation en 1882 et détermina en Angleterre un courant d’opinion favorable à l’Egypte.
RIVERS WILSON. _Chapters of my official life_. London, Arnold 1916.
ROTHSTEIN (Th.). _Egypt’s ruin. A Financial and administrative record_. Londres, 1910.
MULHALL. _Egyptian finance_. _Contemporary Review_, oct. 1882.
WILSON (J.). _The eleventh plague of Egypt_. _Fortnightly Review_. XXXVIII, 1882.
DES MICHELS. _Souvenirs de Carrière_ (1855-1886). Paris Plon, 1901.
D. — Le règne de Tewfick. Deux ouvrages sur la révolution de 1881-1882 se recommandent par leur solide documentation, bien qu’ils ressemblent plutôt à des mémoires qu’on lirait avec intérêt, mais aussi avec précaution :