Part 25
Et dans _Lectures on Art_: « Et l'art chrétien, comme il naquit de la chevalerie, fut seulement possible aussi longtemps que la chevalerie força rois et chevaliers à prendre souci du peuple. Et il ne sera de nouveau possible que, quand, à la lettre, _les épées seront forgées en socs de charrue_, quand votre saint Georges d'Angleterre justifiera son nom, et que l'art chrétien se fera connaître comme le fit son Maître, en rompant le pain.» (IV, 126).--(Note du Traducteur.)]
[Note 274: La statue du prophète, en arrière, est la plus magnifique de la série entière; remarquez spécialement le «diadème» de sa chevelure luxuriante, tressée, comme celle d'une jeune fille, indiquant la force Achilléenne, de ce plus terrible des prophètes (Voyez _Fors Clavigera_, lettre LXV, p. 157). D'ailleurs, cette longue chevelure flottante a toujours été un des insignes des rois Franks, et leur manière d'arranger leur chevelure et leur barbe peut être vue de plus près et avec plus de précision dans les sculptures des angles des longs fonts baptismaux, dans le transept nord, le morceau le plus intéressant de toute la cathédrale, au point de vue historique, et aussi de beaucoup de valeur artistique (Voir plus haut, chap. II, p. 86).--(Note de l'Auteur.)]
[Note 275: Voir dans Male (p. 198 et suiv.) l'interprétation des sculptures du porche de Laon, représentant Daniel recevant dans la fosse aux lions le panier que lui apporte Habakuk. Ce porche est consacré à la glorification de la sainte Vierge. Mais, d'après Honorius d'Autun, qu'a suivi le sculpteur de Laon, Habakuk faisant passer la corbeille de nourriture à Daniel sans briser le sceau que le roi y avait imprimé avec son anneau, et, le septième jour, le roi trouvant le sceau intact et Daniel vivant, symbolisait, ou plutôt prophétisait le Christ entrant dans le sein de sa mère sans briser sa virginité et sortant sans toucher à ce sceau de la demeure virginale.--(Note du Traducteur.)]
[Note 276: À Saint-Marc: _Expecta me in die resurrectionis meæ quoniam_ (_judicium, meum ut congregem gentes_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 277: Voir plus haut, p. 215, note.--(Note de l'Auteur.)
«Le médaillon représente un petit monument gothique, un oiseau est perché sur le linteau, et un hérisson entre par la porte ouverte. On pense à quelque fable d'Ésope, et non au terrible passage de Sophonie, que l'artiste a la prétention de rendre: «L'Éternel étendra sa main sur le Septentrion, il détruira l'Assyrie, et il fera de Ninive une solitude, une terre aride comme le désert: des troupeaux se coucheront au milieu d'elle, des animaux de toute espèce, le pélican et le hérisson, habiteront parmi les chapiteaux de ses colonnes, des cris retentiront aux fenêtres, la dévastation sera sur le seuil, caries lambris de cèdre seront arrachés» (Émile Male, p. 211).--(Note du Traducteur.)]
[Note 278: En français dans le texte.]
[Note 279: «Dans un autre médaillon sur Zacharie, deux femmes ailées soulèvent une autre femme assise sur une chaudière et formant une composition élégante; mais qu'est devenue l'étrangeté du texte sacré? (suivent les versets 5 à 11 du chapitre V de Zacharie)» (Male, p. 217).
Mais comparez surtout avec _Unto this last_:
«De même aussi dans la vision des femmes portant l'ephah, «le vent était dans leurs ailes»; non les ailes «d'une cigogne», comme dans notre version, mais «milvi», d'un milan, comme dans la Vulgate; et peut être plus exactement encore dans la version des septante «hoopoe», d'une huppe, oiseau qui symbolise le pouvoir des richesses d'après un grand nombre de traditions dont sa prière d'avoir une crête d'or est peut être la plus intéressante. Les _Oiseaux_ d'Aristophane où elle joue un rôle capital est plein de ces traditions, etc. (_Unto this last_, § 74, p. 148, note). Dans _Unto this last_, aussi (§ 68, p. 135), Ruskin interprète ces versets de Zacharie. L'ephah ou grande mesure est la «mesure de leur iniquité dans tout le pays». Et si la perversité y est couverte par un couvercle de plomb, c'est qu'elle se cache toujours sous la sottise.--(Note du Traducteur.)]
[Note 280: Voir _ante_, chap. I (p. 8, 9) l'histoire de saint Firmin, et de saint Honoré (p. 77, § 8) dans ce chapitre, avec la référence qui y est donnée.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 281: Voir sur saint Geoffroy, Augustin Thierry, _Lettres sur l'Histoire de France, Histoire de la Commune d'Amiens_, pp. 271-281.--(Note du Traducteur.)]
[Note 282: À Reims un portail est également consacré aux saints de la province; à Bourges, sur cinq portails, deux sont consacrés à des saints du pays. À Chartres, figurent également tous les saints du diocèse; au Mans, à Tours, à Soissons, à Lyon, des vitraux retracent leur vie. Chacune de nos cathédrales présente ainsi l'histoire religieuse d'une province. Partout les saints du diocèse, tiennent après les apôtres la première place (Male, 390 et suivantes).--(Note du Traducteur.)]
[Note 283: L'étude des travaux des mois dans nos différentes cathédrales est une des plus belles parties du livre de M. Male. «Ce sont vraiment, dit-il en parlant de ces calendriers sculptés, les Travaux et les Jours.» Après avoir montré leur origine byzantine et romane il dit d'eux: «Dans ces petits tableaux, dans ces belles géorgiques de la France, l'homme fait des gestes éternels.» Puis il montre malgré cela le côté tout réaliste et local de ces œuvres: «Au pied des murs de la petite ville du moyen âge commence la vraie campagne... le beau rythme des travaux virgiliens. Les deux clochers de Chartres se dressent au-dessus des moissons de la Beauce et la cathédrale de Reims domine les vignes champenoises. À Paris, de l'abside de Notre-Dame on apercevait les prairies et les bois; les sculpteurs en imaginant leurs scènes de la vie rustique purent s'inspirer de la réalité voisine», et plus loin: «Tout cela est simple, grave, tout près de l'humanité. Il n'y a rien là des Grâces un peu fades des fresques antiques: nul amour vendangeur, nul génie aile qui moissonne. Ce ne sont pas les charmantes déesses florentines de Botticelli qui dansent à la tête de la Primavera. C'est l'homme tout seul, luttant avec la nature; et si pleine de vie, qu'elle a gardé, après cinq siècles, toute sa puissance d'émouvoir.» On comprend après avoir lu cela que M. Séailles parlant du livre de M. Male ait pu dire qu'il ne connaissait pas un plus bel ouvrage de critique d'art.--(Note du Traducteur.)]
[Note 284: Ce sont les préparatifs de Noël.--(Note du Traducteur.)]
[Note 285: Souvenir païen de Janus perpétué à Amiens, à Notre-Dame de Paris, à Chartres, dans beaucoup de psautiers. Un des visages regarde l'année qui s'en va, l'autre celle qui vient. À Saint-Denis, dans un vitrail de Chartres, Janus ferme une porte derrière laquelle disparait un vieillard, et en ouvre une autre à un jeune homme (Male, p. 95).--(Note du Traducteur.)]
[Note 286: Il n'y a plus de vignobles à Amiens, mais il y en avait encore au moyen âge. À Notre-Dame de Paris, le paysan va à sa vigne, à Chartres, à Saumur, il la taille, à Amiens il la bêche. Comme le vent est froid, à Chartres (porche nord), le paysan garde le capuchon et le manteau (_ibid._, p. 97).--(Note du Traducteur.)]
[Note 287: En août la moisson continue au portail nord de Chartres, à Paris, à Reims. Mais à Senlis, à Semur, à Amiens, on commence déjà abattre (_ibid._, p. 99).--(Note du Traducteur.)]
[Note 288: Dans d'autres cathédrales on commence déjà la vendange. La France du moyen âge paraît avoir été plus chaude que la nôtre (_ibid._, p, 100).--(Note du Traducteur.)]
[Note 289: À Semur, à Reims, pays de vignes, c'est la fin des travaux du vigneron. À Paris, à Chartres, c'est le temps des semailles. Le paysan a déjà repris le manteau d'hiver (_ibid._, p. 100).--(Note du Traducteur.)]
[Note 290: Voyez la description de la Madone de Murano dans le second volume de _Stones of Venice._--(Note de l'Auteur.)]
[Note 291: Sur la manière «dont Raphaël pense à la Madone» et sur la Vierge couronnée de Pérugin «tombant au rang d'une simple mère italienne, la Vierge à la chaise de Raphaël». Voir Ruskin, _Modern Painters_, III, IV, 4, cités par M. Brunhes.--(Note du Traducteur.)]
[Note 292: Cf. Male, p. 209 et 210. «On a rapproché non sans raison à Chartres et à Amiens la statue de Salomon de celle de la reine de Saba. On voulait signifier par là que, conformément à la doctrine ecclésiastique, Salomon figurait Jésus-Christ et la Reine de Saba l'église qui accourt des extrémités du monde pour entendre la parole de Dieu. La visite de la reine de Saba fut aussi considérée au moyen âge, comme une figure de l'adoration des mages. La Reine de Saba qui vient de l'Orient symbolise les mages, le roi Salomon sur son trône symbolise la Sagesse Éternelle assise sur les genoux de Marie (Ludolphe le Chartreux, _Vita Christi_, XI). C'est pourquoi à la façade de Strasbourg, on voit Salomon sur son trône gardé par douze lions et au-dessus la Vierge portant l'enfant sur ses genoux».--(Note du Traducteur.)]
[Note 293: Allusion au chapitre II de Daniel. Le prophète raconte à Hebricatsar ses propres songes qu'il va interpréter et dit dans le récit du songe: «Tu la contemplais (cette statue) lorsqu'une pierre fut détachée de la montagne, sans mains, qui frappe la statue dans ses pieds de fer et de terre et les brise. Alors le fer, la terre, l'airain et l'or furent brisés, etc.» (Daniel, II, 34).--(Note du Traducteur.)]
[Note 294: Exode, III, 3, 4.--(Note du Traducteur.)]
[Note 295: Les Juges, VI, 37, 38.--(Note du Traducteur.)]
[Note 296: «Voici, la verge d'Aaron avait fleuri pour la maison de Lévi et elle avait jeté des fleurs, produit des boutons et mûri des amandes» (Nombres, XVII, 8).--(Note du Traducteur.)
Ces quatre sujets si éloignés en apparence de l'Histoire de la Vierge, se retrouvent au porche occidental de Laon et dans un vitrail de la collégiale de Saint-Quentin, tous deux consacrés à la Vierge comme le portail d'Amiens. Le lien entre ses sujets et la vie de la Vierge se trouve, selon M. Male, dans Honorius d'Autun (sermon pour le jour de l'Annonciation). Selon Honorius d'Autun, la Vierge a été prédite, et sa vie symboliquement figurée dans ces épisodes de l'Ancien Testament. Le buisson que la flamme ne peut consumer, c'est la Vierge portant en elle le Saint Esprit, sans brûler du feu de la concupiscence. Le buisson où descend la rosée, est la Vierge qui devient féconde, et l'aire qui reste sèche autour est la virginité demeurée intacte. La pierre détachée de la montagne sans le secours d'un bras c'est Jésus-Christ naissant d'une Vierge qu'aucune main n'a touché. Ainsi s'exprime Honorius d'Autun dans le _Speculum Ecclesiæ._ M. Male pense que les artistes de Laon, de Saint-Quentin et d'Amiens avaient lu ce texte et s'en sont inspiré.--(Note du Traducteur.)]
[Note 297: Saint Luc, I, 13.--(Note du Traducteur.)]
[Note 298: Saint Matthieu, I, 20.--(Note du Traducteur.)]
[Note 299: Saint Luc, I, 61.--(Note du Traducteur.)]
[Note 300: Saint Luc, I, 61.--(Note du Traducteur.)]
[Note 301: Saint Luc, I, 63.--(Note du Traducteur.)]
[Note 302: Mise en scène d'une légende rapportée par tous les auteurs du moyen âge. Jésus en arrivant dans la ville de Solime fit choir toutes les idoles pour que s'accomplît la parole d'Isaïe. «Voici que le Seigneur vient sur une nuée et tous les ouvrages de la main des Égyptiens trembleront à son aspect» (Voir Male, p. 283, 284).--(Note du Traducteur.)]
[Note 303: «À la façade d'Amiens, on voit sous les pieds de la statue d'Hérode, devant qui les rois mages comparaissent, un personnage nu que deux serviteurs plongent dans une cuve. C'est le vieil Hérode qui essaie de retarder sa mort en prenant des bains d'huile: «Et Hérode avait déjà soixante-quinze ans et il tomba dans une très grande maladie; fièvre violente, pourriture et enflure des pieds, tourments continuels, grosse toux et des vers qui le mangeaient avec grande puanteur et il était fort tourmenté; et alors, d'après l'avis des médecins, il fut mis dans une huile d'où on le tira à moitié mort» (_Légende dorée_). «Hérode vécut assez longtemps pour apprendre que son fils Antipater n'avait pas caché sa joie en entendant le récit de l'agonie de son père. La colère divine éclate dans cette mort d'Hérode... L'imagier d'Amiens a donc eu une idée ingénieuse en mettant sous les pieds d'Hérode triomphant le vieil Hérode vaincu; il annonçait l'avenir et la vengeance prochaine de Dieu» (Male, p. 283).
J'ai adopté la traduction adoucie de M. Male, n'osant pas reproduire la crudité de l'original. Le lecteur peut se reporter à la belle traduction de la _Légende dorée_ par M. Téodor de Wyzewa, mais M. de Wyzewa ne donne pas le passage sur l'incendie du vaisseau des rois.--(Note du Traducteur.)]
[Note 304: «Comme Hérode ordonnait la mort des Innocents, il... apprit en passant à Tarse que les trois rois s'étaient embarqués sur un navire du port, et dans sa colère il fit mettre le feu à tous les navires, selon ce que David avait dit: «il brûlera les nefs de Tarse en son courroux» (Jacques de Voragine, _Légende dorée_, au jour des saints Innocents, 28 décembre).--(Note du Traducteur.)
On voit les mages revenant en bateau, dit M. Male, sur un des panneaux de la rose de Soissons et sur le vitrail consacré à l'enfance de Jésus-Christ qui orne la chapelle absidale de la cathédrale de Tours.--(Note du Traducteur.)]
[Note 305: Saint Matthieu, II, 12.--(Note du Traducteur.)]
[Note 306: Isaïe, IX, 5.--(Note du Traducteur.)]
[Note 307: Cf. _Lectures on Art_: «L'influence de cet art réaliste sur l'esprit religieux de l'Europe a eu des formes plus diverses qu'aucune autre influence artistique, car dans ses plus hautes branches, il touche les esprits les plus sincèrement religieux, tandis que, dans ses branches inférieures, il s'adresse, non seulement au besoin le plus vulgaire d'excitation religieuse, mais à la simple soif de sensations d'horreur qui caractérise les classes sans éducation de pays partiellement civilisés; non pas seulement même à la soif de l'horreur, mais à un étrange amour de la mort qui s'est manifesté quelquefois dans des pays catholiques en s'efforçant que, dans les chapelles du Sépulcre, les images puissent être prises, à la lettre, pour de véritables cadavres.
Le même instinct morbide a souvent gagné l'esprit des artistes les plus puissants, et les plus imaginatifs, lui communiquant une tristesse fiévreuse qui dénature leurs plus belles œuvres; et finalement, c'est là le pire de tous ses effets, c'est par lui que la sensibilité des femmes chrétiennes a été universellement employée à se lamenter sur les souffrances du Christ au lieu d'empêcher celles de son peuple.
Quand l'un de vous voyagera, qu'il étudie la signification des sculptures et des peintures qui, dans chaque chapelle et dans chaque cathédrale, et dans chaque sentier de la montagne, rappellent les heures et figurent les agonies de la Passion du Christ, et essaye d'arriver à une appréciation des efforts qui ont été faits par les quatre arts: éloquence, musique, peinture, sculpture, depuis le XIIe siècle, pour arracher aux cœurs des femmes les dernières gouttes de pitié que pouvait encore exciter cette agonie purement physique car ces œuvres insistent presque toujours sur les blessures ou sur l'épuisement physique, et dégradent bien plus qu'elles ne l'animent, la conception de la douleur.
Puis essayez de vous représenter la somme de temps et d'anxieuse et frémissante émotion, qui a été gaspillée par les tendres et délicates femmes de la chrétienté pendant ces derniers six cents ans. (Ceci rejoint encore de plus près le passage du chapitre II de la Bible d'Amiens sur les femmes martyres à propos de sainte Geneviève.) Comme elles se peignaient ainsi à elles-mêmes sous l'influence d'une semblable imagerie, ces souffrances corporelles passées depuis longtemps, qui, puisqu'on les conçoit comme ayant été supportées par un être divin, ne peuvent pas, pour cette raison, avoir été plus difficiles à endurer que les agonies d'un être humain quelconque sous la torture; et alors essayez d'apprécier à quel résultat on serait arrivé pour la justice et la félicité de l'humanité si on avait enseigné à ces mêmes femmes le sens profond des dernières paroles qui leur furent dites par leur Maître: «Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants», si on leur avait enseigné à appliquer leur pitié à mesurer les tortures des champs de bataille, les tourments de la mort lente chez les enfants succombant à la faim, bien plus, dans notre propre vie de paix, à l'agonie de créatures qui ne sont ni nourries, ni enseignées, ni secourues, qui s'éveillent au bord du tombeau pour apprendre comment elles auraient dû vivre, et la souffrance encore plus terrible de ceux dont toute l'existence, et non sa fin, est la mort; ceux auxquels le berceau fut une malédiction, et pour lesquels les mots qu'ils ne peuvent entendre «la cendre à la cendre» sont tout ce qu'ils ont jamais reçu de bénédiction. Ceux-là, vous qui pour ainsi dire avez pleuré à ses pieds ou vous êtes tenus près de sa croix, ceux-là vous les avez toujours avec vous! et non pas Lui.
Vous avez toujours avec vous les malheureux dans la mort. Oui, et vous avez toujours les braves et bons dans la vie. Ceux-là aussi ont besoin d'être aidés, quoique vous paraissiez croire qu'ils n'ont qu'à aider les autres: ceux-là aussi réclament qu'on pense à eux et qu'on se souvienne d'eux. Et vous trouverez, si vous lisez l'histoire dans cet esprit, qu'une des raisons maîtresses de la misère continuelle de l'humanité, est qu'elle est toujours partagée entre le culte des anges ou des saints qui sont hors de sa vue, et n'ont pas besoin d'appui, et des hommes orgueilleux et méchants qui sont trop à portée de sa vue et ne devraient pas avoir son appui.
Et considérez combien les arts ont ainsi servi le culte de la foule. Des saints et des anges vous avez des peintures innombrables, des chétifs courtisans ou des rois hautains et cruels, d'innombrables aussi; quel petit nombre vous en avez (mais ceux-là remarquez presque toujours par des grands peintres) des hommes les meilleurs et de leurs actions. Mais réfléchissez vous-même à ce qu'eût pu être pour nous l'histoire; bien plus, quelle histoire différente eût pu advenir par toute l'Europe si les peuples avaient eu pour but de discerner, et leur art d'honorer les grandes actions des hommes les plus dignes. Et si, au lieu de vivre comme ils l'ont toujours fait jusqu'ici dans un nuage infernal de discorde et de vengeance, éclairés par des rêves fantastiques de saintetés nuageuses, ils avaient cherché à récompenser et à punir selon la justice, mais surtout à récompenser et au moins à porter témoignage des actions humaines méritant le courroux de Dieu ou sa bénédiction plutôt que de découvrir les secrets du jugement et les béatitudes de l'éternité.»
C'est après cette phrase que vient le morceau sur l'idolâtrie que j'ai cité dans le Post-Scriptum de ma Préface et qui termine ce long développement par ces mots:
«Nous servons quelque chère et triste image que nous nous sommes créée, pendant que nous désobéissons à l'appel présent du Maître qui n'est pas mort, qui ne défaille pas en ce moment sous sa croix, mais nous ordonne de lever la nôtre» (ce qui correspond exactement aux paroles de la _Bible d'Amiens_) «substituer l'idée de ses souffrances passées à celle de notre devoir présent». (_Lectures on Art_, II, § 56, 57, 58 et 59).--(Note du Traducteur.)]
[Note 308: «Jésus lui dit: Qu'est-ce qui est écrit dans la loi et qu'y lis-tu?»--Il répondit: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même. Et Jésus lui dit: «Tu as bien répondu; fais cela et tu vivras» (Saint Luc, X, 26, 27, 28).--(Note du Traducteur.)]
[Note 309: L'origine la plus authentique de la théorie du Purgatoire dans l'enseignement donné par l'art, se trouve dans les interprétations postérieures au XIIIe siècle, du verset: «par lequel aussi Il alla et prêcha parmi les âmes en prison», se transformant graduellement en l'idée de la délivrance, pour les saints dans l'attente, de la puissance du tombeau.
En littérature et en tradition, l'idée est à l'origine, je crois, Platonicienne, certainement pas Homérique, Égyptienne c'est possible, mais je n'ai encore rien lu des récentes découvertes faites en Égypte. N'aimant cependant pas laisser le sujet dans le dénuement absolu de mes propres ressources, j'ai fait appel à mon investigateur général M. Anderson (James R.) qui m'écrit ce qui suit:
»Il ne peut pas être question de la doctrine ni de son acceptation universelle, des siècles avant le Dante, il en est fait mention cependant d'une façon assez curieuse dans le _Summa theologiæ_, comme nous l'avons dans une version plus récente; mais je trouve par des références que saint Thomas l'enseigne ailleurs. Albertus Magnus la développe en grand, Si vous vous reportez à la Légende Dorée, au Jour de toutes les Âmes, vous y verrez comment l'idée est prise comme lieu commun dans un ouvrage destiné au peuple au XIIIe siècle. Saint Grégoire (le Pape) la soutient (Dial, IV, 38), dans deux citations scripturaires: (1), le péché qui n'est pardonné ni «in hoc seculo ni dans celui qui est à venir», (2) le feu qui éprouvera chaque œuvre de l'homme. Je pense que la philosophie Platonicienne et les mystères grecs doivent avoir eu fort à faire pour faire passer l'idée au début; mais chez eux--comme chez Virgile--elle faisait partie de la vision orientale de la circulation d'un fleuve de vie, dont quelques gouttes seulement étaient jetées par intervalle dans un Élysée permanent et défini ou dans un enfer permanent et défini. Cela s'accorde mieux avec cette théorie que ne le fait le système chrétien qui attache finalement dans tous les cas, une importance infinie aux résultats de la vie «in hoc seculo».
«Connaissez-vous une représentation du Ciel ou de l'Enfer qui ne soit pas liée au Jugement dernier, je ne m'en rappelle aucune, et comme le Purgatoire est à ce moment-là passé, cela expliquerait l'absence de tableaux le représentant.
«En outre le Purgatoire précède la Résurrection--il y a débat continuel entre les théologiens pour savoir quelle sorte de feu il peut y avoir au Purgatoire, qui puisse affecter l'âne sans toucher au corps.--Peut-être que le Ciel et l'Enfer--comme opposés au Purgatoire, parurent propres à être peints parce ils ne comportent pas seulement la représentation d'âmes mais aussi de corps s'élevant.
«Dans le récit de Bede de la vision du prophète Ayrshire, il est question du Purgatoire en termes très semblables à ceux de Dante dans la description du second cercle de tourbillons de l'Enfer; et l'ange qui finalement sauve l'Écossais du démon vient à travers l'Enfer, «quasi fulgor stellæ micantis inter tenebras» «que sul presso del mattino Per gli grossi vapor Marte rosseggia.» Le nom de Bede fut grand au moyen âge. Dante le rencontre dans le Ciel, et, j'aime à l'espérer, peut avoir été aidé par la vision de mon compatriote qui vivait plus de six cents ans avant lui.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 310: Comparez avec le Monastère lettré, artiste et doux de Saint-Jérôme, où les murs sont peints à fresque, dans la citation de _Saint Mark's Rest_, que j'ai donnée pages 222, 223, 224.--(Note du Traducteur.)]
[Note 311: Ruskin dit ici «les pierres d'Amiens» comme autrefois il avait dit les _pierres de Venise._ Il a dit aussi dans _Prœterita_: «Si le jour où je frappai à sa porte le portier de la Scuola san Rocco ne m'avait pas ouvert, j'aurais écrit les _Pierres de Chamounix_ au lieu des _Pierres de Venise._»--(Note du Traducteur.)]
[Note 312: Toutes les courageuses actions. Ruskin ne pense pas que la guerre soit moins nécessaire aux arts que la foi. Voir dans _The Crown of wild olive_ la troisième conférence sur _The War._--(Note du Traducteur.)]