La Bible d'Amiens

Part 23

Chapter 233,699 wordsPublic domain

En 1516, un autre nom et un nom important apparaît dans les comptes rendus, celui de Jean Trupin, «un simple ouvrier aux gages de trois sous par jour», mais certainement un bon sculpteur et plein de feu dont c'est, sans aucun doute, le portrait fidèle et de sa propre main, qui fait le bras de la 83° stalle (à droite, le plus près de l'abside) au-dessous duquel est gravé son nom JHAN TRUPIN, et de nouveau sous la 92° stalle avec, en plus, le vœu: «Jan Trupin, Dieu pourvoie».

L'œuvre entière fut terminée le jour de la Saint-Jean, 1522, sans aucune espèce d'interruption (autant que nous sachions), causée par désaccord, ou décès, ou malhonnêteté, ou incapacité parmi ceux qui y travaillaient ensemble, maîtres ou serviteurs.

Et une fois les comptes vérifiés par quatre membres du chapitre, il fut établi que la dépense totale était de 9.488 livres, 11 sous, et 3 oboles (décimes) ou 474 napoléons, 11 sous, 3 décimes d'argent français moderne, ou en gros 400 livres sterling anglaises.

C'est pour cette somme qu'une troupe probablement de six ou huit bons ouvriers, vieux et jeunes, a été tenue en joie et occupée pendant quatorze ans; et ceci, que vous voyez, laissé comme un résultat palpable et comme un présent pour vous.

Je n'ai pas examiné les sculptures de façon à pouvoir désigner avec quelque précision l'œuvre de chacun des différents maîtres; mais, en général, le motif de la fleur et de la feuille dans les ornements sont des deux menuisiers principaux et de leurs apprentis: le travail si poussé des récits de l'Écriture est l'Avernier, il est égayé çà et là de hors-d'œuvre variés dus à Trupin, et les raccords et les points ont été faits par les ouvriers ordinaires. Il n'a pas été employé de clous, tout est _au mortier_, et si admirablement que les jointures n'ont pas bougé jusqu'ici et sont encore presque imperceptibles. Les quatre pyramides terminales «vous pourriez les prendre pour des pins géants oubliés pendant six siècles sur le sol où l'église fut bâtie, on peut n'y voir d'abord qu'un luxe fou de sculptures et d'ornementation creuse, mais vues et analysées de près, elles sont des merveilles d'ordre systématique dans la construction réunissant toute la légèreté, la force et la grâce des flèches les plus célèbres de la dernière époque du moyen âge.»

Les détails ci-dessus sont tous extraits ou simplement traduits de l'excellente description des _Stalles et clôtures du chœur de la cathédrale d'Amiens_, par MM. les chanoines Jourdain et Duval (Amiens, Vve Alfred Caron, 1867). Les esquisses lithographiques qui l'accompagnent sont excellentes et le lecteur y trouvera les séries entières des sujets indiqués avec précision et brièveté ainsi que tous les renseignements sur la charpente et la clôture du chœur dont je n'ai pas la place de parler dans cet abrégé pour les voyageurs.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 188: La partie la plus forte et destinée à tenir la plus longtemps dans un siège, de l'ancienne ville, était sur cette hauteur.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 189: La cathédrale.--(Note du Traducteur.)]

[Note 190: Cf. avec _The Two Paths_: «Ces statues (celles du porche occidental de Chartres) ont été longtemps et justement considérées comme représentatives de l'art le plus élevé du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle en France; et, en effet, elles possèdent une dignité et un charme délicat qui manquent, en général, aux œuvres plus récentes. Ils sont dus, en partie, à une réelle noblesse de traits, mais principalement à la grâce mêlée de sévérité des lignes tombantes de l'excessivement mince draperie; aussi bien qu'à un fini des plus étudiés dans la composition, chaque partie de l'ornementation s'harmonisant tendrement avec le reste. Autant que leur pouvoir sur certains modes de l'esprit religieux est due à un degré palpable de non-naturalisme en eux, je ne le loue pas, la minceur exagérée du corps et la raideur de l'attitude sont des défauts; mais ce sont de nobles défauts, et ils donnent aux statues l'air étrange de faire partie du bâtiment lui-même et de le soutenir, non comme la cariatide grecque sans effort, où comme la cariatide de la Renaissance par un effort pénible ou impossible, mais comme si tout ce qui fut silencieux et grave, et retiré à part, et raidi avec un frisson au cœur dans la terreur de la terre, avait passé dans une forme de marbre éternel; et ainsi l'Esprit a fourni, pour soutenir les piliers de l'église sur la terre, toute la nature anxieuse et patiente dont il n'était plus besoin dans le ciel. Ceci est la vue transcendantale de la signification de ces sculptures.

Je n'y insiste pas. Ce sur quoi je m'appuie est uniquement leurs qualités de vérité et de vie. Ce sont toutes des portraits--la plupart d'inconnus, je crois--mais de palpables et d'indiscutables portraits; s'ils n'ont pas été pris d'après la personne même qui est censée représentée, en tout cas ils ont été étudiés d'après quelque personne vivante dent les traits peuvent, sans invraisemblance, représenter ceux du roi ou du saint en question. J'en crois plusieurs authentiques, il y en a un d'une reine qui, évidemment, de son vivant, fut remarquable pour ses brillants yeux noirs. Le sculpteur a creusé bien profondément l'iris dans la pierre et ses yeux foncés brillent encore pour nous avec son sourire.

Il y a une autre chose que je désire que vous remarquiez spécialement dans ces statues, la façon dont la moulure florale est associée aux lignes verticales de la statue.

Vous avez ainsi la suprême complexité et richesse de courbes côte à côte avec les pures et délicates lignes parallèles, et les deux caractères gagnent en intérêt et en beauté; mais il y a une signification plus profonde dans la chose qu'un simple effet de composition; signification qui n'a pas été voulue par le sculpteur, mais qui a d'autant plus de valeur qu'elle est inintentionnelle. Je veux dire l'association intime de la beauté de la nature inférieure dans les animaux et les fleurs avec la beauté de la nature plus élevée dans la forme humaine. Vous n'avez jamais ceci dans l'œuvre grecque. Les statues grecques sont toujours isolées; de blanches surfaces de pierre, ou des profondeurs d'ombre, font ressortir la forme de la statue tandis que le monde de la nature inférieure qu'ils méprisaient était retiré de leur cœur dans l'obscurité. Ici la statue drapée semble le type de l'esprit chrétien, sous beaucoup de rapports, plus faible et plus contractée mais plus pure; revêtue de ses robes blanches et de sa couronne, et avec les richesses de toute la création à côté d'elle.

Le premier degré du changement sera placé devant vous dans un instant, simplement en comparant cette statue de la façade ouest de Chartres avec celle de la Madone de la porte du transept sud d'Amiens.

Cette Madone, avec la sculpture qui l'entoure, représente le point culminant de l'art gothique au XIIIe siècle. La sculpture a progressé continuellement dans l'intervalle; progressé simplement parce qu'elle devient chaque jour plus sincère et plus tendre et plus suggestive. Chemin faisant, la vieille devise de Douglas: «Tendre et vrai» peut cependant être reprise par nous tous pour nous-mêmes, non moins dans l'art que dans les autres choses. Croyez-le, la première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme la seconde est la vérité. Je trouve ceci chaque jour de plus en plus vrai; un infini de tendresse est le don par excellence et l'héritage de tous les hommes vraiment grands. Il implique sûrement en eux une intensité relative de dédain pour les choses basses, et leur donne une apparence sévère et arrogante aux yeux de tous les gens durs, stupides et vulgaires, tout à fait terrifiante pour ceux-ci s'ils sont capables de terreur et haïssable pour eux, si, ils ne sont capables de rien de plus élevé que la haine. L'esprit du Dante est le grand type de cette classe d'esprit. Je dis que le _premier_ héritage est la tendresse--le _second_ la vérité; parce que la tendresse est dans la nature de la créature, la vérité dans ses habitudes et dans sa connaissance acquise; en outre, l'amour vient le premier, aussi bien dans l'ordre de la dignité que dans celui du temps, et est toujours pur et entier: la vérité, dans ce qu'elle a de meilleur, est parfaite.

Pour revenir à notre statue, vous remarquerez que l'arrangement de la sculpture est exactement le même qu'à Chartres. Une sévère draperie tombante rehaussée sur les côtés, par un riche ornement floral; mais la statue est maintenant complètement animée; elle n'est plus immuable comme un pilier rigide, mais elle se penche en dehors de sa niche et l'ornement floral, au lieu d'être une guirlande conventionnelle, est un exquis arrangement d'aubépines. L'œuvre toutefois dans l'ensemble, quoique parfaitement caractéristique du progrès de l'époque comme style et comme intention, est en certaines qualités plus subtiles, inférieure à celle de Chartres. Individuellement, le sculpteur, quoique appartenant à une école d'art plus avancée, était lui-même un homme d'une qualité d'âme inférieur à celui qui a travaillé à Chartres. Mais je n'ai pas le temps de vous indiquer les caractères plus subtils auxquels je reconnais ceci.

Cette statue marque donc le point culminant de l'art gothique parce que, jusqu'à cette époque, les yeux de ses artistes avaient été fermement fixés sur la vérité naturelle; ils avaient été progressant de fleur en fleur, de forme en forme, de visage en visage, gagnant perpétuellement en connaissance et en véracité, perpétuellement, par conséquent, en puissance et en grâce. Mais arrivés à ce point un changement fatal se fit dans leur idéal. De la statue, ils commencèrent à tourner leur attention principalement sur la niche de la statue, et de l'ornement floral aux moulures qui l'entouraient», etc. (_The Two Paths_, § 33-39).--(Note du Traducteur.)]

[Note 191: Moins charmante que celle de Bourges. Bourges est la cathédrale de l'aubépine. Cf. Ruskin, _Stones of Venice_: «L'architecte de la cathédrale de Bourges aimait l'aubépine, aussi il a couvert son porche d'aubépine. C'est une parfaite Niobé de mai. Jamais il n'y eut pareille aubépine. Vous la cueilleriez immédiatement sans la crainte de vous piquer» (_Stones of Venice_, I, II, 13-15).--(Note du Traducteur.)]

[Note 192: Cf. «Remarquez que le calme est l'attribut de l'art le plus élevé.» _Relations de Michel Ange et de Tintoret_, § 219, à propos d'une comparaison entre les anges de Della Robbia et de Donatello «attentifs à ce qu'ils chantent, ou même transportés,--les anges de Bernardino Luini, pleins d'une conscience craintive--et les anges de Bellini qui, au contraire, même les plus jeunes, chantent avec autant de calme que filent les Parques».--(Note du Traducteur.)]

[Note 193: Voyez d'ailleurs pages 32 et 130 (§§ 112-114) de l'édition in-octavo, _The Two Paths._--(Note de l'Auteur.)]

[Note 194: La même nuance (tissé ou brodé) se retrouve dans _Verona and other Lectures_, p. 47.--(Note du Traducteur.)]

[Note 195: Cf. sur la hauteur apparente et réelle des cathédrales et des montagnes, _The Seven lamps of Architecture_, chap. III. § 4.--(Note du Traducteur.)]

[Note 196: Cf. «J'ai vu, gravée au-dessus du porche de bien des églises, cette inscription: C'est ici la maison de Dieu et la Porte du Ciel» (_The Crown of wild olive_, II).--(Note du Traducteur).]

[Note 197: Article _Meneau._--(Note du Traducteur.)]

[Note 198: Contre la trop grande perfection en art voyez notamment _The Stones of Venice_, II chap. III, § 23, 24 et 25;--contre le fini de l'exécution. _The Stones of Venice_, II, chap. VI, 20 et 21: contre la précision excessive, _Elements of Drawing_, II, 104.--(Note du Traducteur).]

[Note 199: À Saint-Acheul. Voyez le chapitre I de ce livre et la _Description historique de la cathédrale d'Amiens_, par A. P. M. Gilbert, in-octavo, Amiens, 1833, p. 3-7.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 200: Feud, saxon faedh: bas latin, Faida (dérivés: écossais «fae», anglais «foe»), Johnson. Rappelez-vous aussi que la racine ce Feud dans son sens normand de partage de terre, est _foi_, non _fee_, ce que Johnson, vieux tory comme il était, n'observe pas, ni en général les modernes antiféodalistes.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 201: «Tu quoque magnam Partem opere in tanto, sineret dolor, Icare, haberes Bis conatus erat casus effingere in auro,--Bis patriæ cecidere manus.»

Il n'y a, de parti pris, aucun pathétique de permis dans la sculpture primitive. Ses héros conquièrent sans joie et meurent sans chagrin.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 202: Voyez _Fors Clavigera_, lettre LXI, p. 22.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 203: Ainsi, le commandement aux enfants d'Israël «qu'ils marchent en avant» est adressé à leurs propres volontés. Eux obéissant, la mer se retire mais pas avant qu'ils aient osé s'y avancer. _Alors_ les eaux leur font une muraille à leur main droite et à leur gauche.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 204: L'original est écrit en latin seulement: «Supplico tibi, Domine, Pater et Dux rationis nostræ, ut nostræ nobilitatis recordemur, qua tu nos ornasti: et ut tu nobis presto sis, ut iis qui per sese moventur; ut et a Corporis contagio, Brutorumque affectuum repurgemur, eosque superemus, atque regamus; et, sicut decet pro instrumentis iis utamur. Deinde, ut nobis ad juncto sis; ad accuratam rationis nostræ correctionem, et conjunctionem, cum iis qui vere sunt, per lucem veritatis. Et tertium, Salvatori supplex oro, ut ab oculis animorum nostrorum caliginem prorsus abstergas; iit norimus bene, qui Deus, au mortalis habendus. Amen.»--(Note de l'Auteur.)]

[Note 205: Viollet-le-Duc, vol. VIII, p. 256.--Il ajoute: «L'une d'elles est comme art» (voulant dire art général de la sculpture) «un monument de premier ordre»; mais ceci n'est vrai que partiellement; ainsi je trouve une note dans l'étude de M. Gilbert (p. 126). «Les deux doigts qui manquent à la main droite de l'évêque Godefroy paraissent un défaut survenu à la fonte.» Voyez plus loin sur ces monuments et ceux des enfants de saint Louis, Viollet-le-Duc, vol. IX, p. 61, 62.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 206: Je vole encore à l'abbé Rozé les deux inscriptions avec sa notice introductive sur l'intervention mal inspirée dont elles avaient été l'objet.

«La tombe d'Évrard de Fouilloy (mort en 1222) coulée en bronze en plein relief, était supportée, dès le principe, par des monstres engagés dans une maçonnerie remplissant le dessous du monument, pour indiquer que cet évêque avait posé les fondements de la cathédrale. Un architecte _malheureusement inspire_ a osé arracher la maçonnerie pour qu'on ne vît plus la main du prélat fondateur, à la base de l'édifice.

«On lit, sur la bordure, l'inscription suivante en beaux caractères du XIIIe siècle:

«Qui populum pavit, qui fundameta locavit Huius Structure, cuius fuit urbs data cure Hic redolens nardus, fama requiescit Ewardus, Vir plus afflictis, viduis tutela, relictis Custos, quos poterat recreabat munere; vbis, Mitib agnus erat, tumidis leo, lima supbis.»

«Geoffroy d'Eu (mort en 1237) est représenté comme son prédécesseur en habits épiscopaux, mais le dessous du bronze supporté par des chimères est évidé, ce prélat ayant élevé l'édifice jusqu'aux voûtes. Voici la légende gravée sur la bordure:

»Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile. Seu minus aut simile nobis parai omnibus ille; Quem laurus gemina decoraverat, in medicina Lege qû divina, decuerunt cornua bina; Clare vir Augensis, quo sedes Ambianensis Crevit in imensis; in cœlis auctus, Amen, sis.»

Tout est à étudier dans ces deux monuments; tout y est d'un haut intérêt, quant au dessin, à la sculpture, à l'agencement des ornements et des draperies.»

En disant au-dessus que Geoffray d'Eu rendit grâces dans la cathédrale pour son achèvement, je voulais dire qu'il avait mis au moins le chœur en état de servir: «Jusqu'aux voûtes», peut signifier ou ne pas signifier que les voûtes étaient terminées.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 207: En français dans le texte.]

[Note 208: Cf. _Sesame and lilies_: 1. _Of kings treasuries_, 22: «Un «pasteur» est une personne qui _nourrit_, un «évêque» est une personne qui _voit._ La fonction de l'évêque n'est pas de gouverner, gouverner c'est la fonction du roi; la fonction de l'évêque est de veiller sur son troupeau, de le numéroter brebis par brebis, d'être toujours prêt à en rendre un compte complet. En bas de cette rue, Bill et Nancy se cassent les dents mutuellement. L'évêque sait-il tout là-dessus? Peut-il en détail nous expliquer comment Bill a pris l'habitude de battre Nancy, etc. Mais ce n'est pas l'idée que nous nous faisons d'un évêque. Peut-être bien, mais c'était celle que s'en faisaient saint Paul et Milton.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 209: Allusion à saint Matthieu: «Or tout cela arriva afin que s'accomplit ce que Dieu avait dit par le prophète: Une vierge sera enceinte et elle enfantera un fils et on le nommera Emmanuel, ce qui veut dire: Dieu avec nous» (I, 23). Le prophète dont parle saint Matthieu est Isaïe (III, 14).--(Note du Traducteur.)]

[Note 210: Regardez maintenant le plan qui est à la fin de ce chapitre.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 211: Saint Jean, 14, 60.--(Note du Traducteur.)]

[Note 212: Saint Matthieu, XVII, 5.--(Note du Traducteur.)]

[Note 213: Saint Matthieu, XXI, 7.--(Note du Traducteur.)]

[Note 214: Pour mieux distinguer ces différentes espèces de lys, reportez-vous aux belles pages de _The Queen of the Air_ et de _Val d'Arno_: «Considérez ce que chacune de ces cinq tribus (des Drosidæ) a été pour l'esprit de l'homme. D'abord dans leur noblesse; les lys ont donné le lys de l'Annonciation, les Asphodèles la fleur des Champs-Élysées, les iris, la fleur de lys de la Chevalerie; et les Amaryllidées, le lys des champs du Christ, tandis que le jonc, toujours foulé aux pieds, devenait l'emblème de l'humilité. Puis, prenez chacune de ces tribus et continuez à suivre l'étendue de leur influence. «La couronne impériale, les lys de toute espèce» de Perdita, forment la première tribu; qui donnant le type de la pureté parfaite dans le lys de la Madone, ont, par leur forme charmante, influencé tout le dessin de l'art sacré de l'Italie; tandis que l'ornement de guerre était continuellement enrichi par les courbes des triples pétales du «giglio» florentin et de la fleur de lys française; si bien qu'il est impossible de mesurer leur influence pour le bien dans le moyen âge, comme symbole partie du caractère féminin, et partie de l'extrême splendeur, et raffineront de la chevalerie dans la cité, dans la cité qui fut la fleur des cités.» (_The Queen of the Air_, II, § 82.)

Dans _Val d'Arno_, à la conférence intitulée _Fleur de Lys_, il faudrait noter (§ 251) le souvenir de Cora et de Triptolène à propos de la Fleur de Lys de Florence, et la couronne d'Hera qui typifie la forme de l'iris pourpré, ou de la fleur dont parle Pindare quand il décrit la naissance d'Iamus, et qui se rencontre aussi près d'Oxford. La note que Ruskin met à la page 211 de _Val d'Arno_ fait remarquer que les artistes florentins mettent généralement le vrai lys blanc dans les mains de l'ange de l'Annonciation, mais à la façade d'Orvieto c'est la «fleur de lys» que lui donne Giovanni Pisano, etc., etc., et la conférence entière se termine par la belle phrase sur les lys que j'ai citée dans la préface (page 70).--(Note du Traducteur.)]

[Note 215: «Ô Proserpine, que n'ai-je ici les fleurs que dans ton effroi tu laissas tomber du char de Pluton, les asphodèles qui viennent avant que l'hirondelle se risque..., les violettes sombres... les pâles primevères, la primerole hardie et la couronne impériale, les iris de toute espèce, et entre autres la fleur de lys!» (_Conte d'Hiver_, scène XI, traduction François-Victor Hugo).--(Note du Traducteur.)]

[Note 216: Cantique des Cantiques, II, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 217: Saint Jean, XV, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 218: Selon M. Émile Male, le sculpteur d'Amiens s'est inspiré ici d'un passage d'Honorius d'Autun. Voici ce passage (Male, p. 61): «L'aspic est une espèce de dragon que l'on peut charmer avec des chants. Mais il est en garde contre les charmeurs et quand il les entend, il colle, dit-on, une oreille contre terre et bouche l'autre avec sa queue, de sorte qu'il ne peut rien entendre et se dérobe à l'incantation. L'aspic est l'image du pêcheur qui ferme ses oreilles aux paroles de vie.» M. Male conclut ainsi: «Le Christ d'Amiens qu'on appelle communément le Christ enseignant est donc quelque chose de plus: il est le Christ vainqueur. Il triomphe par sa parole du démon, du péché et de la mort. L'idée est belle et le sculpteur l'a magnifiquement réalisée. Mais n'oublions pas que le _Speculum Ecclesiæ_ lui a fourni la pensée première de son œuvre et lui en a dicté l'ordonnance. À l'origine d'une des plus belles œuvres du XIIIe siècle on trouve le livre d'Honorius d'Autun (_Art religieux au_ XIIIe _siècle_, p. 62).--(Note du Traducteur.)]

[Note 219: «Tu marcheras sur l'Aspic et sur le Basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon» (Psaume XCI, 13).--(Note du Traducteur.)]

[Note 220: Voyez mon résumé de l'histoire de Barberousse et Alexandre dans _Fiction, Beau et Laid. Ninetenth century_, novembre 1880, p. 752, seq. Voyez _Sur la Vieille Route_, vol. II, p. 3.--(Note de l'Auteur.)

La citation faite par Alexandre III est aussi rappelée dans _Stones of Venice_, II, III, 59.--(Note du Traducteur.)]

[Note 221: Cf. chapitre Ier, § 33, de ce volume «jusqu'à ce que le même signe soit lu à rebours par un trône dégénéré».--(Note du Traducteur.)]

[Note 222: Voyez ce qu'en dit et les dessins très exacts qu'en donne Viollet-le-Duc (art. _Christ, Dictionnaire d'architecture_, III, 245).--(Note de l'Auteur.)

Voir aussi plus haut, page 76, l'opinion de Huysmans sur cette statue.--(Note du Traducteur.)]

[Note 223: Psaume XXIV.--(Note du Traducteur.)]

[Note 224: Voyez le cercle des Puissances des Cieux dans les interprétations byzantines, I, la Sagesse; II, les Trônes; III, les Dominations; IV, les Anges; V, les Archanges; VI, les Vertus; VII, les Puissances; VIII, les Princes; IX, les Séraphins. Dans l'ordre Grégorien (Dante, _Par._, XXVIII, note de Cary), les anges et les archanges sont séparés, donnant, en tout, neuf ordres, mais non pas neuf classes dans un ordre hiérarchique. Remarquez que, dans le cercle byzantin, les chérubins sont en premier, et que c'est la force des Vertus qui ordonne aux monts de se lever (_Saint Mark's Rest_, p. 97 et p. 158, 159).--(Note de l'Auteur.)]

[Note 225: Saint Luc, X, 5.--(Note du Traducteur.)]

[Note 226: Aujourd'hui le mot d'argot pour désigner un prêtre dans le peuple, en France, est un _Pax vobiscum_ ou, en abrégé, un _vobiscum._--(Note de l'Auteur.)]

[Note 227: C'est là (dans le _De orte et obitu Patrum_, attribué à Isidore de Séville), dit M. Mule, que nous apprenons qu'Isaïe fut coupé en deux avec une scie, sous le règne de Manassé (Émile Male, _Histoire de l'Art religieux au XIIIe siècle_, p. 214). Au Portail Saint-Honoré à Amiens, Isaïe est représenté la tête fendue.--(Note du Traducteur.)]

[Note 228: Voir la version des Septante.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 229: En français dans le texte.]

[Note 230: Selon M. Male, c'est un lion.--(Note du Traducteur.)]